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Titre: L'abb mile Petitot et les dcouvertes gographiques
   au Canada: tude gographico-historique
Auteur: Morice, Adrien-Gabriel (1859-1938)
Date de la premire publication: 1923
dition utilise comme modle pour ce livre lectronique:
   Qubec: Imprimerie l'Action sociale, 1923
   (premire dition)
Date de la premire publication sur Project Gutenberg Canada:
   3 mai 2009
Date de la dernire mise  jour: 3 mai 2009
Livre lectronique de Project Gutenberg Canada no 310

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L'ABB MILE PETITOT
ET LES
DCOUVERTES
GOGRAPHIQUES
AU CANADA

TUDE GOGRAPHICO-HISTORIQUE

PAR

_LE R. P. A.-G. MORICE, O. M. I._



IMPRIMERIE L'ACTION SOCIALE, Limite.
QUEBEC
1923


L'ABB PETITOT
ET LES DCOUVERTES GOGRAPHIQUES[1]




I

NOTES BIOGRAPHIQUES ET APPRCIATIONS


Le 1er dcembre 1912 s'teignait  Lukeren, Belgique[2], un homme qui
avait bien mrit de la gographie, ainsi que de la plupart des sciences
anthropologiques en gnral. Sa carrire avait t des plus
mouvementes, et, plus que beaucoup d'hommes mme de sa condition, il
avait connu la mauvaise comme la bonne fortune. Intelligence suprieure,
imagination de feu et vritable bourreau de travail, l'abb mile
Petitot avait plus d'une fois vu les gographes et les ethnologues comme
suspendus  ses lvres, ou bien remus, sinon fascins, par la hardiesse
de ses vues et l'habilet avec laquelle il les dfendait dans ses
crits.

Il naquit en 1839 au diocse de Marseille, et l'exubrance de vie,
l'excs mme de ses qualits, qu'il dut au pays natal autant qu' sa
propre constitution, ne furent pas pour peu dans ses dboires, de mme
qu'ils contriburent incontestablement  ses succs. Il entra de bonne
heure dans la congrgation des Oblats de Marie Immacule,  N.-D. de
l'Osier (Isre), o il venait de faire son noviciat, et fut peu aprs
promu  la prtrise par l'vque de Marseille, qui tait en mme temps
le fondateur de son institut.

[Note 1: crites en 1913 pour la socit de Gographie de Neufchtel, en
Suisse, ces pages taient sous presse lorsqu'on apprit que la nouvelle
de la mort de l'abb Petitot tait prmature. On dut donc surseoir 
leur impression, et les soucis de la Grande Guerre survenant, le tout
fut bientt oubli. L'auteur vient d'en retrouver une copie par
accident, et comme les nombreux faits et critiques qu'elles contiennent
n'ont jamais t publis, le _Canada Franais_ croit bon de leur donner
l'hospitalit. Cette tude est reproduite  peu prs telle qu'crite il
y a huit ans.]

[Note 2: En ralit, M. Petitot ne devait mourir que vers la fin de la
guerre,  Mareuil-les-Meaux, o il s'tait signal par son courage au
milieu de la dsorganisation gnrale.]

C'tait en 1862, et le jeune prtre fut immdiatement envoy aux
missions d'outre-mer.

Sa premire destination tait pour la Colombie Britannique. Mais une
circonstance fortuite lui fit changer ce lointain champ d'action pour
celui originairement destin  un confrre et compagnon de voyage, le R.
P. J.-M. Le Jacq, que je devais remplacer moi-mme au Lac Stuart.

Le 26 mai 1862, le P. Petitot arrivait de Saint-Paul, Minnsota, en vue
du fameux fort Garry et s'arrtait quelque peu  Saint-Boniface, d'o il
s'enfonait dans les immensits du Nord canadien. Aprs un voyage long
et pnible, il faisait, au mois d'aot suivant, connaissance avec le
majestueux Mackenzie et sa valle, qu'il allait parcourir dans tous les
sens pendant treize ans.

Il atteignit les steppes du Grand-Nord en compagnie du R. P. mile
Grouard, homme des mieux dous auquel l'avenir rservait le gouvernement
spirituel comme vque de ces immenses tendues, tandis que lui, .
Petitot, tait appel, aprs des annes d'efforts couronns de succs et
aurols d'une gloire de bon aloi,  se retirer dans l'obscurit d'un
humble presbytre de campagne franais, pour s'teindre inconnu et
peut-tre mconnu, chez des trangers qui ne souponnaient probablement
pas ce qu'il y avait eu de brillant dans les 73 annes de son pass. La
vie a de ces contrastes, et le sort rserve de ces revirements de
fortune mme aux plus mritants.

Il n'entre pas dans mon plan de donner ici mme une simple esquisse de
la carrire du P. Petitot, comme missionnaire-explorateur. Qu'il me
suffise de dire que, au bout de treize annes de sjour dans l'Amrique
du Nord, il tait connu dans les milieux catholiques comme gographe,
ethnologue et linguiste mrite, non moins que comme artiste et
raconteur incomparable. Les cercles auxquels ses nombreux travaux
s'adressaient n'allaient pas tarder  s'largir d'une manire
prodigieuse.

Dou d'une grande facilit pour l'tude des langues, il avait ramass
les matriaux d'un dictionnaire de trois dialectes dns, ainsi que les
lments d'un vocabulaire esquimau, que la munificence d'un ami des
sciences qui fut pour lui un vritable Mcne, M. Alphonse Pinart,
devait lui permettre de publier. Il avait en outre, sans compter de
prcieuses notes gographiques et anthropologiques, le manuscrit d'une
superbe carte  grande chelle des valles de l'Athabaska et du
Mackenzie, due  ses incessantes prgrinations. La publication de ces
divers travaux lui fit traverser l'ocan, et des circonstances imprvues
l'levrent alors sur le pavois du monde scientifique.

C'tait en septembre 1875, poque de la tenue  Nancy du premier congrs
international des Amricanistes. Sans le chercher d'aucune manire, le
P. Petitot fut appel  jouer un rle que je pourrais qualifier de
prpondrant dans ces assises solennelles de la science, o s'mettaient
librement sur l'origine de ses chers Indiens des thories dont
l'invraisemblance et l'htrodoxie aux yeux du chrtien averti n'avaient
d'gale que la prsomption de leurs partisans. C'taient des savants de
bonne foi, sans doute, mais des gens qui n'avaient jamais vu un
Peau-Rouge, qui en ignoraient les langues et qui n'auraient pu
distinguer, par exemple, un Dn d'un Iroquois.

Le missionnaire frachement arriv des glaces du Nord amricain y
dfendit admirablement les non-autochtonie des races indiennes, et
conclut discrtement  leur origine asiatique. Il fit si bien que le
prsident temporaire du Congrs, un savant autrichien, ne put s'empcher
de rendre "hommage au zle et  l'rudition du R. P. Petitot",
tmoignage dont fait foi le compte rendu du Congrs[3], et sur lequel le
mme savant voulut encore renchrir  une sance subsquente. Parlant du
mme ecclsiastique, il vanta publiquement les "remarquables travaux
qu'il a su mener  bonne fin, tout en remplissant ses devoirs de
missionnaire, et aussi la vaillance avec laquelle il a dfendu pied 
pied la thse du peuplement du continent amricain par des immigrations
asiatiques"[4]. Au dner d'adieu, le maire de Nancy voulut lui-mme
faire cho  ces compliments dj si autoriss.

[Note 3: En deux volumes; Nancy, 1875.]

[Note 4: _Ibid._, vol. II. p. 327.]

Pendant ce temps, s'imprimait sa belle carte gographico-ethnologique
par les soins de la socit de Gographie de Paris,  laquelle il venait
d'offrir aussi un long mmoire sur l'Athabaska-Mackenzie, rapport bourr
de faits et d'aperus scientifiques qui ne laissent pas que d'tonner
sous la plume d'un humble missionnaire qui venait de passer ses plus
belles annes au contact journalier d'ignorants sauvages.

Une fois seulement, dans des pages que je voudrais pouvoir citer en
entier, il donne libre cours  sa verve mridionale, et dcrit avec son
coeur autant qu'avec son esprit les conditions climatriques du pays
lointain dont il est videmment pris. Je ne puis rsister  la
tentation de reproduire ici les lignes qu'il consacre au phnomne de
l'aurore borale dans les rgions subarctiques.

"Si l'on lve ses regards vers l'Ourse glace, qui tourne sans cesse
dans la vote cleste comme sur un pivot, l'oeil est ravi et bloui du
spectacle sublime et multiforme que le magntisme terrestre, en
connection avec les forces lectro-dynamiques, produit dans l'ther
assombri par la nuit. Brillante couronne terrestre ou aigrettes
innombrables, semblables aux feux Saint-Elme se jouant  la cime des
mts; zones d'or capricieusement ondules ou bien serpents livides aux
reflets mtalliques et chatoyants, qui glissent silencieusement et avec
un clat toujours renaissant dans les profondeurs des espaces;
arcs-en-ciel concentriques et immobiles ou bien aurores aux mille rayons
rutilants et iriss; coupoles splendides et diaphanes qui illuminent le
ciel entier et tamisent toutefois la lumire sidrale; nues sanglantes
et lugubres dans leur immobilit; bandes polaires longues et blanches,
qui s'tendent en droite ligne d'un bout  l'autre de l'horizon, comme
une route de nacre trace dans le sombre azur pour le char de Phb;
frles et incertaines nbuleuses suspendues comme un voile de gaze  des
hauteurs incommensurables: la lumire arctique, prote arien, revt
toutes ces formes, rjouit l'oeil de tous ces feux, se prte  toutes
ces combinaisons merveilleuses"[5].

Voici maintenant comment il dcrit les rsultats du froid qui svit dans
ces rgions dshrites de la fortune:

"L'aurore borale s'vanouit-elle, la lune radieuse demeure, une lune
qui ignore son coucher comme le Lucifer dont parlent les saints livres,
une lune qui transforme en jour les longues nuits du solstice d'hiver.
Tantt elle s'entoure de halos et de couronnes lumineuses, tantt elle
se multiplie par le mirage de la paraslne. Vous reprsentez-vous ces
nuits si calmes, si silencieuses que les battements du coeur deviennent
perceptibles, si froides que les arbres de la fort clatent et se
fendent sous leur impression, et que l'haleine produit en s'exhalant 
travers l'air dense un bruissement semblable  celui d'une baguette que
l'on agite; vous les figurez-vous embellies par la dcoration
fantastique que forme la lumire en se jouant  travers les frimas dont
la vgtation endormie est revtue, et que la pierre a aussi accepte?
Pyramides de cristal, lustres blouissants suspendus sur nos ttes,
prismes, gemmes de toutes sortes brillant de mille feux, colonnes
d'albtre, stalactites et stalagmites  l'aspect sacharin et vitreux
entremls de guipures et de festons, de dentelles et de dcoupures d'un
duvet immacul; arcades, clochetons, pendentifs, pinacles, toute une
architecture de glace et de neige: je me trompe, d'escarboucles et de
pierres prcieuses que la lune caresse de ses rayons mystrieux.

"Le voyageur qui erre dans ces bocages cristalliss se demande s'il est
bien une crature en chair et en os, et s'il n'a pas migr dans le pays
des fes et des songes"[6].

[Note 5: _Gographie de l'Athabaska-Mackenzie et des grands lacs du
bassin arctique_, p. 101; Paris, 1875.]

[Note 6: _Ibid._, p. 102.]

Les ouvrages que Petitot publia alors lui valurent, outre les palmes
d'officier et autres honneurs peu habitus  se tourner de ce ct-l,
des apprciations flatteuses du journal officiel de la Rpublique
Franaise, qui annonait lui-mme sa carte gographique comme renfermant
"une quantit considrable d'indications neuves et intressantes", et le
secrtaire d'une confdration de socits savantes exposait ainsi la
carrire du courageux missionnaire et les rsultats pratiques qui en
taient dcoul:

"Le comit n'a jamais voulu laisser dans l'ombre les services rendus 
la science par les explorateurs des pays lointains. Aussi n'a-t-il pas
essay de se dfendre de l'intrt qu'inspirent les tudes, les
observations, les longues courses d'un missionnaire dans les rgions
arctiques de l'Amrique. Treize ans, le P. Petitot a vcu ou chez les
Esquimaux ou chez les Indiens des terres voisines de la mer Glaciale.
Dix fois il a parcouru la longue valle du Mackenzie, depuis le fort
Good-Hope jusqu'au grand lac des Esclaves; sept fois il a visit le
grand lac des Ours et foul les steppes d'alentour; il a fait  pied le
long voyage du bas Mackenzie au fort Simpson; par les montagnes
Rocheuses, il a pass dans le nord de l'Alaska; il a t au lac des
Esquimaux et aux rives de l'ocan Arctique, en traversant des
territoires jusqu'ici demeurs sans nom pour les gographes.

"Dans ces contres, o pendant huit ou neuf mois de l'anne rgne un
froid intense, dont la pense seule donne le frisson, le brave
missionnaire a couch dans la fort, ayant une peau pour abri. Il a
sjourn dans les terriers des Esquimaux, au milieu d'une socit pas du
tout aimable, une socit o l'on pille et o l'on tue trs volontiers
l'tranger qui n'a pas su obtenir la protection d'un personnage
influent.

"Pendant cette existence passe en compagnie d'affreux sauvages, le P.
Petitot s'est livr  d'immenses travaux. Il a trac la carte des pays
qu'il a parcourus, il a compos le dictionnaire de la langue des
Esquimaux et celui de plusieurs peuplades indiennes... Nous lui devons
des observations mtorologiques, des remarques sur les caractres des
habitants, un aperu de la constitution gologique des contres qui
s'tendent du 54e degr de latitude  la mer Glaciale"[7].

[Note 7: _Apud: Missions des Oblats de Marie Immacule_, vol. XIII, pp.
119-20.]

Aprs l'impression de ses dictionnaires dn et esquimau, ainsi que de
ses diffrents mmoires scientifiques, le P. Petitot aurait voulu
retourner (1876)  ses steppes lointaines et  leurs primitifs
habitants. Mais il manifesta alors les premiers symptmes d'un mal qui
porta ses suprieurs  l'arrter en chemin, et  le stationner chez les
Montagnais du lac Froid, juste sur le mridien qui spare aujourd'hui
l'Alberta de la Saskatchewan. C'est alors que se produisit dans son
esprit comme une dbcle qui eut pour rsultat ultime sa sortie, en
1882, de l'ordre dont il tait l'un des membres les plus mritants, son
retour en Europe et sa retraite  Mareuil-les Meaux, non loin de Paris.
Cette retraite suivit une priode de repos ncessit par une prostration
mentale, o l'avaient rduit le surmenage et l'impression produite par
certains incidents, ou accidents, de sa vie de voyageur chez les Indiens
et les Esquimaux.

Une fois seulement, la valeur de ses travaux subsquents fut reconnue
par un corps scientifique. Au cours de 1883, la socit de Gographie de
Londres non seulement publia un mmoire sur l'Athabaska d  sa plume,
mais lui dcerna le prix de Back qu'aucun Franais n'avait obtenu depuis
sir Francis Garnier.

Puis il employa ses loisirs forcs dans l'humble cure de Mareuil  la
prparation de livres populaires, qu'il publia  Paris--sans compter
ceux pour lesquels il ne put trouver d'diteur. Condamn  vivre loin de
ses chers Peaux-Rouges, il voulut avoir au moins la satisfaction de
retracer dans ces volumes sans prtentions les aventures qui avaient
fait les dlices de ses meilleures annes, et que ses lecteurs durent
goter tout autant que lui s'il faut en juger par le fait que ces petits
ouvrages sont aujourd'hui introuvables.

Malheureusement, ainsi que je l'ai donn  entendre, l'abb Petitot
avait les dfauts de ses qualits. Il sentait intensment et dcrivait
en consquence, ce qui dotait d'un charme tout particulier les sujets
qu'il abordait; mais la sret de ses vues ne pouvait qu'en souffrir.
Son rudition tait profonde, il est vrai, et d'autant plus mritoire
qu'on ne pouvait s'empcher de se demander o il avait pu la puiser et
surtout quand il avait pu l'acqurir, sa vie passe en voyages
continuels semblant lui avoir enlev toute occasion d'tudier. Mais il
n'tait pas assez familier avec l'anglais pour se mettre au courant des
progrs dans les sciences anthropologiques accuss par les productions
des savants d'Angleterre et surtout des tats-Unis.

L'imagination fut aussi trop souvent chez lui la matresse du logis.
Elle nullifia parfois les avantages de lectures trs tendues, et
moussa notablement l'acuit et la rectitude du jugement.

Son dictionnaire polyglotte dnote une oreille trs exerce et une
opinitret au travail qu'on ne saurait trop admirer. Mais treize ans
n'taient pas assez pour en arriver  reproduire  perfection des
idiomes si riches et de facture si complexe comme le sont les langues
dnes. Sans vouloir aucunement dprcier ce grand ouvrage, je crois
pouvoir dire qu'il est par endroits fait d' peu prs, de termes
composs par l'auteur en vertu du systme d'agglutination, qui est, sous
ce rapport, trs commode, mais ne saurait autoriser  remplacer par des
mots-priphrases invents des termes indignes qui ont exist de temps
immmorial.

Au point de vue philologique, je prfre de beaucoup son volume intitul
_Traditions indiennes du Canada Nord-Ouest_[8]. Dans les dernires
annes de sa vie, l'abb Petitot avait pouss si loin la manie des
assimilations ethniques et historiques, qu'on n'a pas craint, je le
sais, de l'accuser de forcer la note, de fabriquer mme certains
dtails, pour servir les intrts de sa thse lorsqu'il lui arrivait de
citer des lgendes amricaines[8]. Je ne suis pas en tat de garantir la
parfaite authenticit de ses reproductions mythologiques; mais je puis
assurer que les textes aborignes de ses _Traditions indiennes_ sont de
la plus pure diction, et portent le cachet de la plus stricte mentalit,
dnes.

[Note 8: Alenon, 1887.]

[Note 9: Certaines de ces assimilations paraissent si plausibles qu'un
lecteur tranger aux recherches qu'il avait faites pouvait facilement se
croire autoris  douter de certains dtails mythologiques produits par
l'auteur.]

En les lisant, on se reporte involontairement aux loges enfumes, ou aux
feux de bivouac des nomades Peaux-Rouges; on semble entendre glapir la
voix mlancolique de quelque vieillard montagnais ou loucheux, redisant
avec un soin religieux les traditions qu'il tient de ses anctres. Je ne
vois donc pas ce qui pourrait autoriser  douter de l'honntet de leur
transcripteur.

Petitot tait parfaitement dans son lment lorsqu'il rapportait les
lgendes de ses Indiens. Pour sa tranquillit d'me, non moins que dans
l'intrt de sa propre rputation comme homme de science, il et d s'en
tenir l. Il faisait gnralement fausse route lorsqu'il se mettait 
identifier tel ou tel hros de la mythologie dne avec des personnages
rels de l'histoire ancienne.

Cette proccupation des rapprochements, qui tait devenue pour lui une
vritable passion, se manifesta surtout dans un travail ptri
d'rudition qui a pour titre _Six lgendes amricaines identifies 
l'histoire de Mose et du peuple hbreu_. L'origine hbraque des tribus
dnes avait, en effet, pris chez lui les caractres d'une espce de
marotte, et les excs auxquels elle le porta firent, je crois, d'autant
plus de tort  la vritable science qu'ils indisposrent aveuglment
contre tout essai d'assimilation ethnographique, quelque lgitime que
celui-ci pt tre.

L'abb Petitot avait  son service une plume excessivement facile et un
vocabulaire trs riche,  tel point que certains critiques lui ont
reproch ce qu'ils prenaient pour des ngligences de style, mais qui
n'tait en ralit que l'indice d'un esprit qui ne peut souffrir
d'entraves, d'une imagination impatiente de tout joug, qui prfre se
crer des mots plutt que de s'arrter pour en chercher. Pour lui, par
exemple, le sentier de l'Indien vagabond devient parfois une "smite"
(du latin _semita_), et l'apparition d'un revenant n'est autre chose
qu'une manifestation "ghostale" (de l'anglais _ghost_, esprit,
revenant). Ce qui n'empche aucunement qu'il ne possdt  fond la belle
langue franaise, de mme qu'il en tait venu  parler couramment les
dialectes montagnais et loucheux.

Je termine ce court aperu biographique par quelques mots sur ses
relations avec la gographie proprement dite. Il est hors de doute qu'il
lui rendit les plus grands services. Ses dcouvertes furent nombreuses,
et les noms qu'il donna  d'importants lments hydrographiques et
orographiques resteront comme autant de monuments  sa mmoire. Sa carte
est tout simplement admirable[10], et, de concert avec la splendide tude
explicative qui l'accompagnait, elle donna au monde savant comme une
nouvelle conception des vastes solitudes du Nord canadien.

[Note 10: D'autres, de caractre partiel, ornent en outre quelques-uns de
ses livres de voyage.]

Petitot fut moins heureux lorsque,  la gographie comme telle, il crut
pouvoir ajouter des donnes historiques. Ni son ducation, ni son
milieu, ni surtout son temprament ne l'avait prpar pour l'exposition
sobre et prcise de faits sans posie, d'apprciations sches et arides,
de dates rigides et inflexibles dans leur identit.

Par exemple, le volume XX du bulletin de la socit neufchteloise de
Gographie contient un essai de ce genre d  sa plume habile dont, par
amour pour la vrit historique, j'ai toujours eu l'intention de relever
les inexactitudes. Sous le titre: _Dates importantes pour l'histoire de
la dcouverte gographique de la Puissance du Canada_, il groupe par
ordre chronologique ce qui touche aux dcouvertes et un peu  l'histoire
de ce vaste pays. C'est un prcis qui trahit beaucoup de lecture et
forme un tableau de la plus grande utilit. Mais, outre qu'il est
incomplet en ce qui regarde mme simplement le Canada nord-ouest, de
trop nombreuses erreurs de dates ou de faits le dparent, erreurs et
lacunes que je prendrai sur moi de signaler et de combler ci-aprs.

Avant de commencer l'une et l'autre tche, je me permettrai de faire
remarquer que la plupart des fautes historiques de l'abb Petitot ont d
passer inaperues du lecteur[11], et que les yeux d'argus d'un
spcialiste peuvent seuls les dcouvrir. Ce qui soit dit non pas par
vaine jactance, mais pour excuser jusqu' un certain point celui-l mme
que je me vois maintenant oblig de critiquer assez au long. En second
lieu, comme je ne me reconnais point de comptence spciale en ce qui
touche  l'histoire de l'Est canadien, je me bornerai, dans les
remarques qui vont suivre,  ce qui peut avoir trait au nord-ouest de ce
pays.

[Note 11: Europen, du moins.]




II

ERREURS HISTORIQUES


Les premiers blancs qui contemplrent les interminables plaines connues
aujourd'hui sous le nom d'Ouest canadien, et formant les grandes
provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta, furent deux
Franais qu'on peut citer comme les types les plus accomplis du fameux
"coureur de bois" des jours d'antan. En regard de la date 1666, Petitot
mentionne leurs explorations  l'ouest du lac Suprieur, et dclare que
l'un d'eux tait "l'Anglais Radisson". Or, quelle qu'ait pu tre
l'irrgularit de sa carrire, quoi qu'on puisse penser de sa facilit 
changer de souverain selon les caprices du moment et les avantages
matriels qu'il pouvait en retirer, quelles qu'aient pu tre aussi ses
alliances matrimoniales, personne n'tait plus franais que
Pierre-Esprit Radisson--non pas Raddisson--puisqu'il tait n  Paris
mme, au cours de 1736[12].

Son nom[13], comme sa religion, et maintenant sa nationalit, ont t
l'objet de nombreuses variantes. L'Anglais Joseph Robson, qui crivait
en 1752, l'appelle Rattisson[14], se conformant en cela  l'orthographe
adopte par Henry Ellis quatre ans auparavant[15]. Mais l'explorateur
lui-mme signe Radisson dans la relation de son "Voiage au nord de
Lamrique"[16].

[Note 12: Il s'tait mari avec une protestante anglaise, la fille de
Louis Kertk, l'un des trois frres qui s'emparrent de Qubec en juillet
1629.]

[Note 13: M. le juge L.-A. Prud'homme, qui a fait de sa carrire une
tude spciale, l'anoblit gnreusement dans ses _Notes historiques sur
la vie de Pierre-E. de Radisson_.]

[Note 14: _An Account of Six Years Residence in Hudson's Bay_, p. 7;
Londres, 1752.]

[Note 15: _A Voyage to Hudson's Bay_, pp. 73 _et seq_.; Londres, 1748.]

[Note 16: Titre complet: _Relation du voiage du sieur Pierre Esprit
Radisson, Escer, au nord de Lamrique s annes_ 1682 et 1683.]

Sa personnalit a, en outre, donn lieu  plusieurs erreurs parmi les
rares auteurs qui se sont occups de ce caractre unique dans l'histoire
des flibustiers des grandes savanes amricaines. Quelques-uns, comme
A.-C. Laut[17], le font natre  Saint-Malo, probablement parce qu'il
passa une bonne partie de sa jeunesse dans ce "beau port de mer".
Ensuite, presque tous en ont fait un huguenot[18]. S'il l'tait
rellement, il faut avouer que ce n'tait pas un huguenot ordinaire,
puisqu'il allait  confesse, et, qui plus est,  un Jsuite, le P. Pons,
ainsi qu'il l'admet lui-mme dans son journal.

Il commence ce document par la clbre formule: Pour la plus grande
gloire de Dieu, qui trahit une remarquable familiarit avec la socit
de Jsus, dont il fait d'ailleurs l'loge, et  laquelle il tait
redevable de certaines faveurs. Il crit, en effet, dans la relation de
son voyage de 1682-83: "Jall voir les Pres Jsuittes de Paris, comme
intresss avec la Chesnaye au commerce du castor, et ils me donnrent
de l'argent pour mon voiage"[19].

D'autres raisons, exposes dans mon _Histoire de l'Eglise catholique
dans l'Ouest canadienne_[20], dmontrent jusqu' l'vidence que Radisson
n'appartenait point  la religion rforme.

[Note 17: _Pathfinders of the West_, p. 6; New-York, 1907.]

[Note 18: Entre autres, l'abb Georges Dugas, _L'Ouest Canadien_, p. 22,
et le P. Lewis Drummond, S. J., _The French Element in the Canadian
Northwest_, p. 2. Le Dr Georges Bryce, qui manque rarement une occasion
de se tromper, va mme jusqu' donner comme protestant son beau-frre et
compagnon de voyage insparable, Mdard Chouart dit Desgroseillers (_The
remarkable History of the Hudson's Bay company_, p. 3).]

[Note 19: _Relation du voiage, etc_., p. 6 de l'impression par le
dpartement des Archives du Canada.]

[Note 20: Pp. 18-19 du vol. I, dition dfinitive en 4 vol., en ce
moment sous presse.]

Je ne sais pourquoi Petitot mentionne ses explorations sous la date
1666. Radisson se trouvait alors en Angleterre, o il s'tait rendu
l'anne prcdente pour se mettre au service des ennemis de son pays, et
il n'en revint qu'en 1668. Les voyages auxquels notre auteur fait
videmment allusion eurent lieu entre 1659 et 1663.

Petitot le fait dcouvrir "le lac de la Reine que les Anglais nomment
Rainy-Lake, ou de la Pluie". Il rdite l une erreur qu'il a publie
pour la premire fois dans je ne sais plus lequel de ses livres de
voyages. La vrit en est que, au lieu d'appeler cette pice d'eau lac
de la Reine, de Lavrendrye, qui nous a le premier donn des pays
environnants des descriptions, ou du moins des mentions authentiques, et
y fonda les premiers tablissements, la nomme (27 aot 1731) le "lac de
la Pluye". Mme les auteurs anglais qui crivaient il y a un sicle lui
donnent gnralement le mme nom, que quelques-uns seulement traduisent
dans leur langue _Rainy Lake_.

L'auteur anonyme du plaidoyer qui avait pour but de rhabiliter la
compagnie du Nord-Ouest,  laquelle on attribuait  bon droit le
massacre de Robert Semple, officier de la corporation rivale et de vingt
et un de ses hommes, lui donne mme le nom hybride de "Lake la Pluie",
vocable franais accol  un qualificatif anglais[21].

Ce petit ouvrage parut en 1817. D'autres auteurs anglais plus rcents ne
se gnent pas pour appeler cette nappe d'eau lac de la Pluie, ou lac la
Pluie (en franais) dans des rcits crits dans leur langue maternelle.
Personne ne l'a jamais qualifie de lac la Reine, comme le voudrait
Petitot, qui parat lui-mme avoir t induit en erreur par la
consonnance entre cette dnomination et la traduction anglaise de son
nom franais (_Rain_-y Lake).

Ce missionnaire fait ensuite aller Radisson et son compagnon
Desgroseillers[22] jusqu' la rivire Winnipeg et le lac du mme nom. Il
est en cela considrablement plus explicite que tous ceux qui ont tudi
le journal du premier, dont les dtails gographiques sont si vagues
qu'on ne peut prciser, avec un tant soit peu de certitude, la contre
(sans parler des cours d'eau) que les deux aventuriers atteignirent
pendant leurs voyages.

[Note 21: _A Narrative of Occurrences in the Indian Countries of North
America_, p. 36; Londres, 1817.]

[Note 22: Dont le vrai nom, nous l'avons vu, tait Mdard Chouart. Ce
surnom a t, lui aussi, crit de toutes sortes de manires par les
historiens et autres.]

Arrivs  la baie d'Hudson, en 1667, "ils construisirent le fort Rupert,
 l'embouchure d'une rivire qui sort du grand lac Mistassiniy", dit
Petitot, qui ajoute: "Aussitt Charles II Stuart fonde la compagnie
anglaise de la baie d'Hudson, pour la traite des fourrures,  laquelle
il octroye tous les pays arross par les tributaires de la baie
d'Hudson".

Il y a ici confusion et inexactitude. D'abord Radisson ne fut pour rien
dans la construction susmentionne, pour la bonne raison que le vaisseau
qui le portait s'tant trouv spar sur mer de celui o se trouvait son
compagnon Desgroseillers, le capitaine du premier retourna en Angleterre
avec tous ses passagers, pendant que celui du navire qui portait
Desgroseillers se rendait  la baie d'Hudson.

Ensuite, ce fut le 29 septembre 1668, et non en 1667, que Desgroseillers
dbarqua  la baie d'Hudson, o il fonda, non pas le fort Rupert, mais
le fort Charles, sur un cours d'eau qu'il baptisa Rupert, au moment mme
o Radisson s'en retournait en Angleterre.

Notre auteur est, de plus,  peine correct en crivant comme il le fait,
sous la date 1667, que Charles II tablit "aussitt" la compagnie de la
baie d'Hudson pour la traite des fourrures. Cette fameuse corporation
naquit en ralit le 2 mai 1670, jour o lui fut octroye une charte qui
lui confrait des pouvoirs si tendus, qu'elle devait donner lieu  des
contestations et  des rcriminations sans fin.

A la date 1686-87, l'abb Petitot fait rapidement mention des exploits
du capitaine le Moyne d'Iberville et du chevalier de Troyes; puis il
ajoute: "Ils ne laissent debout que le fort Albany". Cette place fut
dment prise par les Franais, et c'est le fort Nelson qui resta seul
entre les mains des Anglais.

Plus loin, il nous montre d'Iberville capturant et coulant trois
vaisseaux anglais. Rduit  ses justes proportions, ce fait d'armes
tait assez glorieux pour n'avoir pas besoin d'exagration. En 1697--non
pas 1694 comme le dit l'auteur du prcis chronologique en
question--d'Iberville eut le courage d'attaquer sur la baie d'Hudson,
avec un seul vaisseau arm seulement de 50 canons, trois navires anglais
qui en portaient 124. Il en coula un et reut la soumission de l'autre,
pendant que le troisime parvenait  s'chapper.

Le dtail de ces luttes entre Franais et Anglais sur la baie d'Hudson
sont parfois d'un pittoresque homrique, et l'audace et les ruses des
reprsentants de la France dans ces mers lointaines et les rgions qui
les confinent eurent gnralement des rsultats qui justifiaient une
fois de plus l'adage: _audaces fortuna juvat_.

On pourrait peut-tre taxer Petitot d'optimisme, au point de vue
franais, lorsqu'il affirme que le "trait de Ryswick laisse la France
en possession de toutes les terres de la baie d'Hudson et du Labrador, 
l'exception du fort Albany". L'article VII de ce trait stipulait en
ralit que "tous les pays, les, forts et colonies" que les rois de
France et d'Angleterre possdaient en 1690 devaient leur tre rendus.
Or,  cette poque, chacun des deux monarques prtendait avoir droit 
la possession de la baie d'Hudson.

Il convient pourtant d'ajouter que les historiens franais donnent
gnralement des rsultats de ce trait la mme version que notre
chronologiste.

Nous arrivons maintenant  la grande figure qui donna  la France les
immensits connues aujourd'hui comme l'Ouest canadien, pays qui, avec le
Grand-Nord qui lui est contigu, est dix fois grand comme la France.
Petitot et la plupart des auteurs appellent cet explorateur de la
Vrandrye. Celui-ci signait lui-mme Lavrendrye en un seul mot, ainsi
que je l'ai montr en reproduisant son autographe au volume I de mon
_Histoire de l'Eglise catholique dans l'Ouest canadien_. C'est aussi la
manire dont il crit son nom au cours de son journal.

Par ailleurs, Petitot est assez excusable de l'crire comme il le fait,
puisque c'est l l'orthographe suivie par quelques-uns des contemporains
de son hros. L o il est rellement en faute, c'est lorsqu'il donne la
Louisiane comme l'objectif des explorations du grand Canadien. Cet
objectif n'tait autre que la "mer de l'Ouest", ainsi qu'on appelait
alors l'ocan Pacifique.

Ses suprieurs et ses contemporains en font foi. "Il tait charg de
poursuivre en personne la dcouverte de la mer de l'Ouest", crit le
gouverneur du Canada, ou de la Nouvelle-France, comme on disait alors,
en annonant la mort de l'explorateur[23]. Celui-ci, du reste, le dit
lui-mme lorsqu'il parle de l'entreprise qu'il a "suivie depuis 1731,
pour parvenir  la dcouverte de la mer de l'Ouest"[24]. L'un de ses
fils en dit autant dans un mmoire qu'il adressa au secrtaire d'tat
aprs la mort de son pre. Parlant de lui-mme, il y dit qu'il fut
"dtach par M. de Beauharnois pour aller avec son pre faire des
dcouvertes dans l'Ouest"[25].

[Note 23: Dans Pierre Margry, _Exploration des affluents du Mississipi
et dcouverte des montagnes Rocheuses_, p. 620; Paris, s. d.]

[Note 24: _Ibid._, p. 583.]

[Note 25: _Ibid._, p. 628.]

C'est ce qui explique pourquoi de Lavrendrye suivit constamment cette
direction dans ses explorations et la chane d'tablissements qu'il
fonda, et ne se proccupa jamais de "relier le Canada  la Louisiane".

Son premier aumnier ne fut point non plus "le jsuite Messager".
C'tait le P. Mesaiger, ainsi qu'on peut le voir par sa signature
reproduite en fac-simil dans mon livre prcit. De Lavrendrye
l'appelle gnralement Messaiger, mais jamais Messager.

D'aprs Petitot, le chevalier de Lavrendrye aurait construit en 1734
"le fort de Pierre, sur la rivire Rouge, au lieu o il est encore". Le
fort de Pierre fut lev par la compagnie de la baie d'Hudson en
1831-39,  un endroit o il n'y avait jamais eu de poste de traite.
Quant au fort Rouge, il fut bti, non pas en 1734-36, mais dans
l'automne de 1738. Son fondateur ne fut pas non plus le chevalier de
Lavrendrye, mais les Indiens d'abord, puis un M. de Louvire, sous les
ordres de Lavrendrye pre. La premire de ces deux assertions se base
sur une lettre de Charles de Beauharnois, gouverneur du Canada au
ministre des Colonies  Paris. A la date du 1er octobre 1738, ce
fonctionnaire crit que, pour hter l'tablissement des Franais  un
point plus central que le fort Maurepas, les Indiens "avoient fait un
grand fort  la grande fourche des Assiniboines pour y retirer les
Franois".

D'un autre ct, l'difice d  l'initiative aborigne ne parat pas
avoir t remarquable par son excellence architecturale; car de
Lavrendrye dit formellement, dans son journal pour les annes 1738-39,
que, d'aprs M. de la Marque, celui-ci a amen  la "Fourche" M. de
Louvire avec deux canots pour y btir un fort qui subviendrait aux
besoins des sauvages de la rivire Rouge, ajoutant qu'il y consentait
pourvu que ceux-ci en fussent avertis.

En regard de la date 1736, l'abb Petitot a ce qui suit: "M. de la
Jemmeraie, gendre de M. de Varennes, meurt de faim au fort Maurepas; le
plus jeune fils de M. de Varennes est massacr sur une le du lac des
Bois, par les Sioux, avec le jsuite Arnault et vingt autres Franais".

Notons d'abord que par M. de Varennes notre chroniqueur entend ici M. de
Lavrendrye, pre, dont le nom au complet tait Pierre Gaultier de
Varennes de Lavrendrye. Or le court passage que nous venons de
transcrire ne contient pas moins de cinq erreurs historiques.

D'abord, Christophe Dufrost de la Jemmeraye n'tait point le gendre,
mais le neveu de de Lavrendrye, et le frre de la fondatrice des Soeurs
grises qui devaient, un peu plus d'un sicle aprs, s'tablir au milieu
des sauvages que de la Jemmeraye visitait. "Je trouvay le moyen de
trouver quelqu'un, parmi le nombre de mes engags, pour aller avec mon
_neveu_ la Jemmeraye... tablir le poste du lac de la Pluye", crit de
Lavrendrye dans l'un de ses mmoires au gouvernement de Louis XV[26].

[Note 26: V. mon _Histoire de l'Eglise catholique dans l'Ouest
canadien_, dition dfinitive, vol. I, p. 35.]

Ensuite, ce neveu tant le commandant du fort Maurepas, devait tre au
moins aussi bien nourri que ses employs. Par consquent, on ne voit pas
trop comment il serait mort de faim alors que ceux-ci faisaient avec
succs face  la famine qui rgnait pourtant un peu partout.

En troisime lieu, le fils de Lavrendrye qui fut massacr sur une le
du lac des Bois n'tait point "son plus jeune fils", mais l'an de ses
enfants, le chevalier Jean-Baptiste. Il ne prit point non plus avec "le
jsuite Arnault et vingt autres Franais". Indpendamment du premier, il
n'avait que dix-neuf compagnons, et ce Jsuite tait le P. Aulneau de la
Touche, dont j'ai reproduit en fac-simil une lettre signe[27].

Le nom de ce missionnaire a t crit de bien des manires. Petitot le
donne ailleurs[28] comme Arneau, et cite en faveur de cette orthographe
un vieux document qu'il dit exister  la factorerie de York, sur la baie
d'Hudson, et qui porte le nom d'Arneau grav sur sa couverture. L,
dit-il, se voit un brviaire imprim  Rouen en 1701, qui a aussi le nom
Arneau crit sur sa premire feuille, et, au-dessous, des rfrences 
Rouen 1705 et  Paris 1698, plus des bouts de phrases comme: "sur la
cte septentrionale du lac Suprieur 1729. Tous les sauvages m'aiment et
ont beaucoup de confiance en moi... l'hyver 1728 trs long et des plus
rigoureux... P. F. Arneau, Rouen".

[Note 27: _Ibid._; _ibid._; p. 52.]

[Note 28: _En route pour la mer Glaciale_, pp. 192-93; Paris, 1877.]

Or si nous considrons que le P. Aulneau qui fut massacr avec le fils
an de Lavrendrye ne quitta la Vende pour le Canada qu'en 1734, il
deviendra vident que le missionnaire mentionn par le brviaire de York
est un autre personnage.

Remarquons en passant que le lac Winnipegous de l'abb Petitot est
communment appel Winnipegosis, ou "petit lac Winnipeg".

Selon cet auteur, les deux fils de Lavrendrye qui dcouvrirent les
montagnes Rocheuses taient, au terme de leur voyage, accompagns
d'Indiens de la _rivire_ des Arcs. Nous avons l, apparemment, un cho
inconscient des affirmations des rares crivains qui, avec mon ami le
juge L.-A. Prud'homme, ont voulu voir dans le point terminal de cette
mmorable expdition le site de la ville actuelle de Calgary, sur la
rivire des Arcs, ou, tout au moins, la base des montagnes Rocheuses
juste  l'ouest de cette ville. Or il n'y a pas l'ombre d'un doute que
ces auteurs se trompent, et que le point atteint par les deux frres
tait plusieurs degrs plus au sud, dans les tats-Unis au lieu du
Canada.

Il suffit, pour s'en assurer, d'tudier leur journal, qui nous les
montre se dirigeant constamment vers le sud-ouest, ou au moins vers
l'ouest-sud-ouest, et non pas vers l'ouest seulement, comme ils auraient
d le faire s'ils avaient jamais vu la rivire de Arcs canadienne--la
_Bow River_ des Anglais.

Ensuite, contrairement  ce que suppose la note de Petitot et  ce que
la plupart des historiographes semblent en penser, le chevalier de
Lavrendrye (celui des enfants Lavrendrye qui avait pris ce titre aprs
la mort de son frre an) ne mentionne pas une seule fois la rivire
des Arcs, bien qu'il parle trs frquemment des Gens de l'Arc et du chef
de l'Arc, ce qui est bien diffrent. Comme son voyage, tout en
n'aboutissant point  l'ocan Pacifique qu'il cherchait avec son frre,
n'en fut pas moins d'une trs grande importance pour la gographie,
l'ethnologie et l'histoire, il me sera permis d'attirer l'attention du
lecteur sur son itinraire.

Le point de dpart des deux frres tait le fort La Reine, aujourd'hui
le Portage-la-Prairie, sur l'Assiniboine. Ils se rendirent d'abord chez
les Mandanes, Indiens de race suprieure que leur pre avait t le
premier blanc  visiter (1738-39), et dont les villages se trouvaient 
175 milles au sud-ouest du point initial de son voyage. Puis ils
cheminrent vingt jours dans la direction de l'ouest-sud-ouest,
traversant un immense dsert o ils ne trouvrent personne, "mais bien
des bestes sauvages". Aprs avoir camp plusieurs jours, ils aperurent
dans le lointain de la fume, au sud-sud-ouest. C'tait l'indice d'un
village de "Beaux-Hommes", nation indigne qu'on croit gnralement
avoir t les Indiens Corbeaux. Accompagns de sauvages, les deux frres
prirent immdiatement cette direction, et atteignirent bientt ce
village, o ils restrent vingt et un jours.

De l, ils se dirigrent encore vers le sud-sud-ouest pendant six jours,
puis dvirent vers le sud-ouest, et mme le vrai sud, jusqu' ce qu'ils
fussent arrivs  un village de Gens des Chevaux, dont les habitants
venaient d'tre presque annihils par les Gens des Serpents, peuplade
qui, dit l'an des deux frres, passe pour trs brave, et qui, en 1741,
avait entirement dfait la population de dix-sept villages, tuant tous
les hommes et les femmes ges qu'ils y trouvrent, et rduisant en
esclavage les jeunes femmes que ces sauvages guerriers avaient
"trafiques  la mer pour des chevaux et quelques marchandises".

Suivis des habitants d'un village des Gens des Chevaux, les deux de
Lavrendrye voyagrent pendant trois jours dans une direction sud-ouest,
ce qui les mena au village du grand chef de l'Arc, dont les gens
"chantoient la guerre" qu'ils se proposaient de faire "du ct des
grandes montagnes qui sont proches de la mer, pour y chercher les Gens
des Serpents".

Ils continurent leur route tantt sud-sud-ouest, quelquefois
nord-ouest, s'adjoignant les habitants des villages qu'ils rencontraient
jusqu' ce que le nombre des futurs combattants dpasst le chiffre de
deux mille, lesquels se faisaient accompagner de leurs familles. Le 1er
janvier 1743, ils taient en vue des montagnes Rocheuses, au pied
desquelles ils arrivaient douze jours aprs.

L, des claireurs de leur arme ayant rapport que les habitants du
gros village des Gens des Serpents venaient de s'enfuir en masse,
avertis qu'ils taient apparemment de l'approche des Gens de l'Arc,
ceux-ci furent atteints d'une frayeur subite, base sur la supposition
que leurs ennemis sculaires taient en ralit alls dtruire leurs
propres villages. Ils se dbandrent donc immdiatement, retournrent en
toute hte  leurs foyers respectifs, et les deux frres Lavrendrye
durent rebrousser chemin.

Au point de vue ethnographique, deux choses manquent pour nous donner
une ide bien certaine de l'itinraire des deux explorateurs et obvier 
toute difficult d'interprtation: l'identit absolue des tribus qu'ils
nomment dans leur journal, et la sdentarit de ces mmes tribus, dont
l'habitat a plus ou moins vari dans les dernires 175 annes. J'ai dj
donn un essai d'identification en ce qui concerne leurs "Beaux-Hommes";
on s'accorde aujourd'hui  regarder les Gens des Chevaux comme les
Cheyennes, tandis que les Gens des Serpents ne peuvent gure tre autres
que les Shoshones, ou les _Snake Indians_ des Amricains.

Mais, outre ces points ethnologiques dont on pourrait peut-tre
contester les solutions, il y a dans le journal des explorateurs, les
mentions trs prcises et trs frquentes des points cardinaux vers
lesquels ils tendaient. Il suffit de les rcapituler pour arriver  un
rsultat  peu prs certain. Le Portage-la-Prairie, o ils commencrent
leur expdition, se trouve approximativement par le 50e degr de
latitude nord, et Calgary, dont la rgion aurait t le terme de leur
voyage d'aprs le juge Prud'homme et, ce semble, Petitot lui-mme, est
situ un degr plus au nord. Or pour s'y rendre, en adoptant
l'interprtation de ces deux auteurs, il leur fallut d'abord aller chez
les Mandanes, environ 175 milles au sud-ouest, puis voyager vingt jours
 l'ouest-sud-ouest (encore le sud), marcher six ou sept jours dans la
direction du sud-sud-ouest (encore plus au sud), aprs quoi ils se
tournrent du ct du sud-ouest, vers lequel ils tendirent trois jours
durant.

Et tout cela pour aboutir un degr plus au nord que leur point de
dpart! Pareille supposition ne tient pas debout, et ne peut s'expliquer
que par un manque d'tude absolu des documents originaux.

Les deux de Lavrendrye durent rebrousser chemin  un point qui est
vraisemblablement dans le coin sud-ouest de ce qui est aujourd'hui connu
comme le Montana. Cette assertion, que j'ai publiquement mise il y a
plusieurs annes, s'accorde assez, je crois, avec l'opinion des auteurs
bien renseigns.

Une circonstance qui parat la confirmer consiste en ce que, au cours de
la prsente anne 1913, on a dcouvert, tout prs de la capitale du
Dakota mridional, une plaque de plomb commmorative du voyage des deux
Franais, qu'ils enterrrent en tmoignage de leur prise de possession
du pays au nom du roi de France[29]. Or cette prise de possession fut
effectue alors que les explorateurs taient en chemin pour retourner au
fort la Reine--le Portage-la-Prairie d'aujourd'hui.

[Note 29: "Je posai sur une minence, prs du fort, une plaque de plomb
aux armes et inscription du Roy et des pierres en pyramide pour Monsieur
le Gnral" (_Apud_ Margry, _op. cit._, p. 609).]

Il serait difficile d'exagrer l'importance pour la gographie de cette
mmorable expdition. Outre le fait qu'elle mena les deux Lavrendrye
jusqu'au pied des montagnes Rocheuses, elle servit  donner de la
largeur du continent amricain une ide plus adquate que celle qui
avait prcdemment eu cours dans les cercles qu'on aurait pu croire bien
informs. On se l'imaginait au moins trois ou quatre cents lieues plus
troit qu'il n'est en ralit, et l'on ne peut lire sans sourire les
rapports que de Lavrendrye pre envoyait  ses suprieurs au
commencement de sa carrire d'explorateur, d'aprs les renseignements
qu'il tenait d'Indiens peu soucieux de la vrit, ou que trompaient des
congnres aussi ignorants qu'eux-mmes.

Ainsi, l'ouvrage dj mentionn d'Henry Ellis, _A Voyage to Hudson's
Bay_, contient une "nouvelle carte" publie en 1748, alors que les
Anglais n'avaient apparemment pu encore profiter des dcouvertes des
Lavrendrye, laquelle met le lac Winnipeg pas moins de douze degrs et
demi trop  l'ouest, et lui assigne une position mdiane entre le lac
Huron et les ctes de la Californie! Cette carte ne semble mme pas
souponner l'existence des vastes prairies de l'Ouest canadien, ou du
moins elle ne leur consacre  peu prs aucun espace.

D'un autre ct, la mention de la "nation des Beaux-Hommes", dont elle
place l'habitat vers le 49e degr de latitude, bien qu'au nord(!) du
grand lac "Ouinipique", donnerait  penser qu'un faible cho des
dcouvertes franaises tait alors parvenu en Angleterre.

J'ai mentionn la Californie. On ne parlait alors que d'tablissements
espagnols, et l'une des illusions du temps consistait en ce qu'on les
croyait considrablement plus au nord qu'ils n'taient rellement.
L'crivain dont les donnes chronologico-gographiques ont occasionn la
prsente tude semble s'tre fait ailleurs l'cho inconscient de ces
illusions. Dans son livre _En route pour la mer Glaciale_, publi 
Paris en 1887, tout en se laissant aller  quelques interprtations
assez fantaisistes, il donne du terme du voyage Lavrendrye une ide
plus juste. Mais pourquoi faut-il que, mme dans cet ouvrage qui trahit
une certaine connaissance du journal des deux explorateurs, il se soit
laiss aller  une inexactitude comme celle dont il se rend coupable
lorsqu'il crit qu'ils "passrent prs de deux forts espagnols"[30]?
Leur journal assure pourtant qu'ils ne virent "aucune apparence de se
faire mener chez les Espagnols"[31], et qu'un sauvage qui avait t
baptis chez ces derniers, et en parlait la langue, leur dit
formellement "qu'il faudroit au moins vingt jours pour s'y rendre 
cheval".

Par son assertion, l'abb Petitot a videmment fait sienne une
exagration intresse du second chevalier de Lavrendrye, qui prtend,
dans un mmoire destin au "ministre et secrtaire d'tat du dpartement
de la Marine", qu'il avait pouss ses dcouvertes "jusqu'auprs de deux
forts espagnols"[32]. "Auprs", c'est une affaire de plus ou de moins:
vingt jours de marche reprsentent une distance relativement petite
compare  une de cent. Dans ce mmoire crit d'ailleurs au moins cinq
ou six ans aprs coup, dans le but d'obtenir une grande faveur, de
Lavrendrye fils se donne, en outre, comme ayant accompli ce voyage
"seul avec deux Franais", tandis que dans son journal il admet y avoir
t accompagn d'un "de ses frres et de deux Franois envoys par son
pre"[33].

[Note 30: _Op. cit._, p. 179.]

[Note 31: _Apud_ Margry, _op. cit._, p. 608.]

[Note 32: _Ibid._, p. 629.]

[Note 33: _Ibid._, p. 598.]

Un critique mticuleux pourrait aussi trouver matire  correction dans
l'assertion de Petitot que ces deux explorateurs passrent l't de 1742
"aux pieds des montagnes Rocheuses". Nous avons vu, en effet, qu'ils n'y
arrivrent que le 12 janvier de l'anne suivante.

Le mme auteur dclare ensuite qu'en 1744 le chevalier de Lavrendrye
fonda sur la rivire Poskoya "le village et la mission du Pas". C'est l
encore la reproduction d'une erreur  laquelle il avait donn droit de
cit dans son livre de voyages susmentionn. Il y dit, en effet, que,
sous le rgime franais, "les pres de la compagnie de Jsus avaient
tabli une mission au fort du Pas. Aprs le trait de Paris, en 1763,
ils vacurent leur tablissement et se retirrent  la suite des
Franais, en ayant soin d'enfouir sous terre le matriel du culte
renferm dans des coffres"[34].

[Note 34: _En route pour la mer Glaciale_, p. 240.]

Cette histoire est apocryphe. Nous n'avons absolument aucune preuve que
les premiers Jsuites se soient tablis dans l'Ouest ailleurs qu'aux
forts Saint-Charles, sur le lac des Bois, et la Reine, sur
l'Assiniboine. Nous sommes mme en position d'affirmer que, non
seulement ils ne se fixrent point dans d'autres localits, mais qu'ils
ne sortirent de ces deux postes que pour retourner dans l'est du Canada,
ce qu'ils firent avant la cession de tout le pays  l'Angleterre.

Inutile d'ajouter que l'origine du village du Pas, qui se prtend ville
aujourd'hui, date de longtemps aprs le rgime franais.

Dans le mme paragraphe de sa chronologie historico-gographique, l'abb
Petitot mentionne une autre mission jsuite, qui aurait exist  ct du
fort la Corne. La remarque ci-dessus dispose de cette nouvelle
assertion.

En regard de la date 1751, notre auteur bombarde baron le M. de
Niverville qui fit construire le fort la Jonquire, probablement dans la
rgion o se trouve aujourd'hui Calgary. Or le suprieur immdiat de ce
gentilhomme l'appelle formellement "M. le chevalier de Niverville,"
pages 640, 641 et 650 de son journal, tel que reproduit par Pierre
Margry dans le sixime volume de sa prcieuse compilation, et tout le
monde lui a depuis donn ce titre.

Quant au nom d'Acton House, que Petitot dit avoir t port par le fort
la Jonquire sous le rgime anglais, j'avoue ne pas savoir o il l'a
pris. J'ai toujours cru, et crois encore, que cet tablissement,
abandonn aussitt qu'lev, tomba bientt en ruines, et ne fut
reconstitu qu' une poque trs rapproch de nous, alors que son
restaurateur inconscient ou plutt son nouveau fondateur, si l'on peut
ainsi parler--puisque celui-ci ignorait trs probablement jusqu' son
existence dans un pass lointain--lui donna son propre nom en l'appelant
fort Brisebois, vocable chang depuis en Calgary. Le fort la Reine, bien
que constamment habit, tombait dj en ruines en 1748, c'est--dire dix
ans seulement aprs son tablissement;  plus forte raison devait-il en
tre de mme, douze ans et plus aprs leur construction, des btisses
d'un poste qui ne fut jamais occup, ni entretenu[35].

[Note 35: Depuis que ce qui prcde a t crit, j'ai trouv _Acton
House_ sur une ancienne carte. Ce nom n'tait ni plus ni moins qu'une
variante pour _Rocky Mountain House_, ou fort des Montagnes Rocheuses!
Or ce poste se trouvait bien au nord du site du fort la Jonquire, sur
un cours d'eau diffrent.]

A la date 1752, Petitot crit: "Le chevalier de la Corne prend le
gouvernement de toutes les expditions et de toutes les affaires des
contres rcemment dcouvertes par les Varennes de la Vrandrye, qui
sont remercis et limins". Toute juste qu'elle puisse tre en
elle-mme, cette remarque semble, dans les circonstances, donner 
entendre que ce gentilhomme succda immdiatement aux de Lavrendrye
dans l'exploration et le gouvernement de l'Ouest, et que ce fut sous lui
qu'ils en furent loigns. La vrit en est que le pre de cette
vaillante famille eut pour successeur immdiat, en 1744, le lieutenant
Nicolas Fleurimont de Noyelles, qui fut lui-mme remplac dans cette
charge, cinq ans plus tard, par Jacques Repentigny Legardeur de
Saint-Pierre. C'est ce bouillant soldat, et non le chevalier Louis
Saint-Luc de la Corne, qui rejeta formellement les offres de service des
fils de Lavrendrye--leur pre tait mort le 5 dcembre 1749.

Ensuite, c'est dans l'automne de 1753, et non en 1752, que de la Corne
succda  de Saint-Pierre. Il fut le dernier gouverneur de l'Ouest
franais, si l'on peut qualifier ainsi celui qui devait diriger les
forts tablis dans ce pays, et continuer les explorations commences par
les de Lavrendrye.

Petitot mentionne avec raison sous les dates 1769-72 le mmorable voyage
de dcouverte de l'Anglais Samuel Hearne. Commenc par trois fois, ce
voyage accusait chez celui qui le mena  bonne fin une persvrance peu
commune, et d'autant plus mritoire que cet explorateur tait par nature
d'une timidit fort gnante avec les Indiens, sur lesquels il n'avait,
du reste, absolument aucun empire.

Notre auteur le fait aller  la rivire du Cuivre (la _Coppermine_ des
Anglais) "aprs avoir dcouvert et explor le nord-est du lac des
Montagnes (Athabasca aujourd'hui) et le sud-est du Grand lac des
Esclaves". Disons de suite que Hearne dcouvrit ce cours d'eau non pas
aprs, mais avant d'avoir vu la grande pice d'eau qu'il appelle
Athapuscow. En second lieu, il est certain qu'il ne vit que l'un de ces
deux bassins lacustres. Mais lequel dcouvrit-il? Voil un problme qui
parat on ne peut plus facile  rsoudre  quiconque lit son journal; et
pourtant jusqu' une poque trs rapproche de nous la plupart des
gographes s'y sont mpris.

Le lac Athabaska, avec les Grands lacs des Esclaves et des Ours, est une
petite mer intrieure, et ces deux derniers constituent les plus grandes
pices d'eau douce du Canada--les lacs Suprieur, Michigan et autres du
mme groupe appartiennent aussi bien aux tats-Unis qu' ce pays. Le lac
Athabaska mesure 230 milles de long sur une largeur de 14  30. Bien
plus considrable encore est le Grand lac des Esclaves, qui n'a pas
moins de 336 milles du nord-est au sud-ouest, et 50 dans sa plus grande
largeur du nord au sud. Le Grand lac des Ours, plus compact, plus
ramass, est, pour ainsi dire, compos d'immenses baies qui lui font
affecter une forme plus ou moins quadrilatrale. D'aprs sir John
Richardson, il atteint 150 milles gographiques du nord-est au
sud-ouest, et 120 du nord-nord-ouest au sud-sud-est.

tant donn l'importance de ces trois bassins, quelques mots sur la
question de savoir lequel fut dcouvert par Hearne ne seront pas
superflus.

Cet explorateur ne saurait apparemment tre plus explicite sur ce point.
Il crit formellement: "Aprs avoir quitt les lacs susmentionns, nous
nous dirigemes plus au sud, et le 24 (dcembre 1771) atteignmes la
cte septentrionale du grand lac Athapuscow"[36]. Il va sans dire que,
sous la plume du voyageur anglais, ce dernier nom est synonyme
d'Athabaska, qui s'crivait encore, il y a  peine quarante ans,
Athabascaw ou Athapaskow. A la page 111 de son livre Hearne l'crit mme
sans w final.

[Note 36: _A Journey to the Northern Ocean_, p. 223.]

Voil qui est bien clair, apparemment.

D'autres circonstances semblent encore corroborer son assertion.
D'abord, le temps qu'il prit pour se rendre de la mer Glaciale  ce
lac--160 jours bien compts--tait plus que suffisant pour l'atteindre,
malgr les haltes nombreuses qu'il dut faire en chemin. Ensuite, il
avait pour guide et confident un Indien mi-dn, mi-cris, qui ne pouvait
se tromper sur l'identit de la pice d'eau dcouverte; je veux parler
du grand Mattonabi, auquel son journal a assur une espce
d'immortalit.

En troisime lieu, Hearne parle constamment des Indiens qui frquentent
ce lac comme appartenant  la tribu athabaskaine, qui a son habitat au
sud des autres Dns qu'il appelle _Northern Indians_, ou sauvages du
nord, lorsqu'il ne les qualifie point de _Copper Indians_, Indiens du
Cuivre, ou Couteaux-Jaunes. Or ceux-ci hantent les steppes qui confinent
au Grand lac des Esclaves.

On objectera peut-tre que son lac Athapuscow se trouve lgrement trop
au nord sur sa carte. Mais pour quiconque est au courant de ses procds
cartographiques, cette objection est dpourvue de toute valeur. D'abord,
 la date du 6 octobre 1771, c'est--dire un mois et demi avant
d'arriver au bassin en question, il avait bris son "quadrant",
l'quivalent du sextant moderne, qui et pu lui donner une latitude
exacte. Ensuite, c'est un fait avr que, mme avec l'aide de cet
instrument, il mit l'embouchure de la rivire au Cuivre dans la mer
Glaciale pas moins de cinq degrs et demi trop au nord. Il ne saurait
donc surprendre en majorant d'un degr ou deux la latitude de son lac
Athapuscow.

Et pourtant il est aujourd'hui incontestable que Hearne ne vit jamais la
pice d'eau que nous appelons Athabaska, mais que celle qu'il traversa
du nord au sud n'tait autre que le Grand Lac des Esclaves.

Sa propre carte, toute dfectueuse qu'elle est, en est la meilleure
preuve. Il suffit d'y jeter les yeux, puis de les reporter aux documents
rcents qui reprsentent la partie mdiane du Grand lac des Esclaves,
pour se convaincre que c'tait bien rellement cette mer intrieure
qu'il avait sous les yeux lorsqu'il croyait peut-tre contempler le lac
Athabaska de nos gographes.

Ce qui frappe surtout dans la pice d'eau qu'il dcrit, ce sont les
nombreuses les dont sa nappe est parseme. Or le lac Athabaska n'est
nulle part agrment de pareil archipel, tandis que c'est justement le
cas pour le Grand lac des Esclaves,  l'endroit mme o Hearne traversa
sur la glace son lac Athapuscow. "On dit que le point o nous le
traversmes est le plus troit du lac", crit-il dans son journal. "Il
est plein d'les, dont la plupart sont revtues de hauts
peupliers-trembles, de beaux bouleaux et de pins"[37].

[Note 37: _Ibid._, p. 248.]

Que le lecteur veuille bien maintenant se reporter au milieu du Grand
lac des Esclaves, tel que relev sur une des dernires cartes
officielles du gouvernement canadien. Il y verra la partie troite
mentionne par l'explorateur anglais, non loin de la grande rivire 
laquelle il ne donne pas moins de deux milles de large, et il constatera
que cette partie du lac est un vritable labyrinthe d'les et d'lots.

De son point de traverse, Hearne ne put naturellement voir que la grande
baie du nord, qu'il prit pour le corps mme du lac, et si, du ct de
l'est, il fait terminer cette pice d'eau au dtroit que le lecteur
remarquera sur la carte, c'est sans doute pour se conformer  la manire
de parler de ses compagnons, sauvages dns, qui considrent comme
distincts, et nomment  part, deux nappes d'eau, spares par un
semblable rtrcissement. Il va sans dire qu'il ne put s'assurer _de
visu_ du prolongement du lac dans l'est.

Enfin, il n'y a pas jusqu'aux dimensions que notre voyageur assigne 
son prtendu lac Athapuscow qui ne correspondent  celles du Grand lac
des Esclaves. Se basant sur les dires toujours plus ou moins exagrs
des Indiens, il prte 120 lieues, c'est--dire de 350  360 milles, de
long au bassin qu'il venait de dcouvrir, et nous avons vu que le Grand
lac des Esclaves mesure en ralit 336 milles de l'est  l'ouest, tandis
que le lac Athabaska n'en a que 230. En outre, ainsi que nous l'avons
dit, ce dernier n'est nulle part "plein d'les", et le milieu de sa
nappe ne connat point de rtrcissement--au contraire.

Reste la question de savoir comment les compagnons de l'Anglais purent
se tromper  ce point sur l'identit de la pice d'eau qu'ils avaient
sous les yeux, ou bien quel tait le mobile qui put les porter 
dcevoir aussi grossirement leur matre. Pour quiconque connat les
sauvages amricains, l'hypothse sur laquelle se base la premire
question n'est pas admissible. La seconde n'a pas plus de raison d'tre.
Tout le mystre vient simplement d'une mprise de Hearne, cause par son
ignorance des langues indiennes.

_Athabaska_ est un compos cris qui veut dire "place parseme de joncs,
ou de roseaux". L'explorateur ayant entendu ce mot appliqu localement
aux bords du Grand lac des Esclaves, s'imagina que c'tait le nom du
bassin tout entier et le consigna comme tel dans son journal, de mme
que d'autres devaient le faire, ou l'avaient dj fait, pour la pice
d'eau qui est reste pour nous le lac Athabaska. Cette dernire est pour
les Cris le lac des Collines, tandis que les Dns appellent lac des
Mamelles ce que nous connaissons aujourd'hui comme le Grand lac des
Esclaves.

Une chose est donc dsormais acquise  la science gographique: Hearne
dcouvrit inconsciemment le Grand lac des Esclaves et ne vit jamais le
lac Athabaska. Je n'ai point le mrite de cette trouvaille, qui
appartient, je crois,  M. Lawrence-J. Burpee, l'auteur du savant
ouvrage _The Search for the Western Sea_[38]. J'ignore les raisons sur
lesquelles il s'appuie, mais je m'imagine qu'elles ne doivent pas
diffrer beaucoup de celles que je viens d'numrer.

[Note 38: Toronto, 1908.]

Dans tous les cas, on ne saurait faire un crime  l'abb Petitot de les
avoir ignores, dans sa retraite lointaine au diocse de Meaux. La
mention d'un lac Athapuscow par Hearne tait de nature  dcevoir
n'importe qui.

Le premier blanc qui vint jamais en contact avec la partie occidentale
du Grand lac des Esclaves, et en fit une exploration sommaire, fut un
nomm Laurent Leroux, Canadien qui y fut envoy en 1786 avec un Cuthbert
Grant. L ces deux traiteurs tablirent un poste, qui devait porter plus
tard le nom de fort Rsolution. Le premier, qui avait plutt le got des
dcouvertes gographiques que du commerce des fourrures, se rendit mme
au nord de cette mer intrieure, et atteignit un point qui devait plus
tard tre le sige d'un tablissement connu sous le nom de fort
Providence.

Peter Pond, homme violent et dnu de scrupules, tait alors le
suprieur de Laurent Leroux, et ce fut sur son initiative que celui-ci
fit cette expdition. Mais il ne parat pas que le premier s'y soit
lui-mme jamais rendu, bien que Petitot nous le montre comme descendant,
six ans plus tt, du lac Athabaska au Grand lac des Esclaves[39].

[Note 39: Dans sa _Gographie de l'Athabaskaw-Mackenzie_, publie en
1875, Petitot avait mis le mme voyage au compte du mme individu, qu'il
appelle alors Pierre Ponde (p. 21), et s'appuie pour cela sur l'autorit
de sir John Franklin, au journal duquel il renvoie, mais sans donner ni
le volume ni la page. Or cet ouvrage comprend ou bien quatre petits
volumes, ou bien deux grands, selon l'dition, et, malgr une tude
approfondie de ses pages, je n'ai pu y dcouvrir mme le simple nom de
Peter Pond.]

Sous la rubrique assez lastique de 1783-1812, le mme auteur dit que
"la compagnie du Nord-Ouest tablit successivement les forts de troc du
lac Qu'Appelle, Pembina, Douglas, Gibraltar, etc." Il y a confusion ici.
Cette corporation eut bien un poste connu sous le nom original de
Qu'Appelle, dans la valle de la rivire et des lacs du mme nom; elle
construisit aussi en 1807 un fort Gilbraltar au confluent de
l'Assiniboine avec la Rouge (aujourd'hui Winnipeg); mais le fort
Douglas, non loin de l, appartenait  la compagnie rivale de la baie
d'Hudson, ainsi que le fort Daer qui fut lev bientt aprs sur la
Pembina[40].

[Note 40: Il serait peut-tre plus juste de mettre ces deux dernires
fondations au crdit de la colonie de lord Selkirk elle-mme; mais les
intrts de celle-ci se confondaient plus ou moins avec ceux de la
corporation commerciale.]

En regard des dates 1789-90, notre chronologiste met  bon droit
l'expdition qui fit descendre l'Ecossais Alexandre Mackenzie jusqu'
l'embouchure, dans l'ocan Glacial, du fleuve gigantesque qui a depuis
port son nom. Puis il ajoute: "L'anne suivante, il remonte la grande
rivire des Castors (_Tsa-dess_) jusqu'aux montagnes Rocheuses, lui
impose le nom de rivire de la Paix, puis descend le fleuve Fraser
jusqu'au Pacifique".

Tout d'abord, ce second voyage eut lieu non pas en 1790-91, mais en
1792-93. C'est alors que cette fameuse "mer de l'Ouest", aprs laquelle
avaient soupir les de Lavrendrye, fut dcouverte par le premier blanc
qui s'y soit rendu aprs avoir travers les montagnes Rocheuses. Mais le
point du Pacifique atteint par Mackenzie fut trs loin de l'embouchure
du Fraser, qu'aucun explorateur _overland_ ne devait contempler encore
pendant quinze ans. Mackenzie ne descendit ce fleuve que jusqu' un
point, dans son cours suprieur, situ une quarantaine de milles au sud
du village actuel de Quesnel, o devait plus tard se btir un poste
nomm fort Alexandre en son honneur.

L, dcourag par les rapports des indignes qui lui reprsentaient ce
torrent comme absolument impraticable  des canots pendant des centaines
de milles, il rebroussa chemin, revenant jusqu' l'embouchure de la
rivire Noire (_Black Water R._), qui fut originairement appele rivire
de l'Ouest parce qu'il en remonta la valle pour se rendre, par monts et
par vaux, juste  l'ouest, c'est--dire  la baie Bentinck, o il arriva
le 22 juillet 1793.

L'honneur de descendre pour la premire fois jusqu' la mer le fougueux
Fraser appartient  un autre "bourgeois" de la mme compagnie du
Nord-ouest, le catholique Simon Fraser, qui fit cette prilleuse
exploration au cours de 1808.

Il peut aussi tre permis de faire remarquer que ce ne fut point
Alexandre Mackenzie qui baptisa la rivire la Paix. Elle tait appele
ainsi longtemps avant lui, et c'est un trait de paix conclu sur ses
bords entre les deux nations indiennes qui lui valut cette appellation,
que les mtis avaient donne aux blancs comme rsultat de leur
traduction de son nom aborigne. De fait, Mackenzie dcline lui-mme
indirectement l'honneur de l'avoir baptise, lorsqu'il dit dans son
journal:

"Le 13 (octobre 1892)  midi, nous arrivmes  la pointe de la Paix,
d'o la rivire tire son nom, au dire de mon interprte. C'est l'endroit
o les Knisteneaux[41] et les Castors[42] composrent leurs diffrends,
le nom rel de la rivire et de la pointe tant celui de la contre en
dispute.

"Quand ce pays fut autrefois envahi par les Knisteneaux, ils trouvrent
les Castors en possession de la rgion aux environs du portage La Roche,
et la tribu avoisinante tait celle des Indiens qu'ils appelrent
Esclaves. Ils chassrent chacune de ces deux tribus devant eux. C'est
alors que la dernire descendit le fleuve  partir du lac des
Collines[43], lequel fleuve fut, pour cette raison, appel rivire des
Esclaves. La premire remonta la rivire, et, lorsque les Knisteneaux
conclurent la paix avec elle, il fut entendu que cette place devait tre
la frontire" des deux nations[44].

[Note 41: Les Cris.]

[Note 42: Tribu dne.]

[Note 43: Le lac Athabaska.]

[Note 44: _Voyages from Montreal through the Continent of North America
to the Frozen and Pacific Oceans_, vol. I., pp. 340-41 de l'dition
moderne de Toronto.]

En regard de la date 1793, Petitot a ce qui suit: "Enfin les Anglais de
la baie d'Hudson atteignent la rivire Rouge par le lac Winnipeg, et
construisent un fort au confluent de la rivire Souris". C'est au fort
Brandon, ou Brandon-House, qu'il est ici fait allusion. Ce poste tait
sur la rive nord de l'Assiniboine, juste en face de l'embouchure de la
Souris--en dpit de la tradition locale qui voudrait le mettre dans les
collines de Brandon (_Brandon Hills_). Mais son rection date de 1794,
et non de 1793.

Plus loin, dans son expos chronologique, l'abb Petitot qualifie de
franco-cossaise la colonie que lord Selkirk tablit en 1812  la
rivire Rouge. Je ne vois pas la raison de la premire partie de cette
appellation, vu qu'il n'y avait pas un seul Franais ou
Canadien-franais parmi les colons de Selkirk. Si notre auteur avait dit
hiberno-cossaise, c'et t juste; car mme le premier contingent
d'migrs contenait un certain nombre d'Irlandais.

Faisant ensuite allusion aux dmls que les colons, de concert avec les
autorits de la compagnie de la baie d'Hudson, leurs allis et
protecteurs naturels, eurent avec les reprsentants de la compagnie du
Nord-Ouest, Petitot crit, toujours en regard de la date 1811--qui
devrait se lire ici 1813-15: "Les Anglais de la compagnie de la baie
d'Hudson attaquent et prennent les forts Pembina et Garry appels
(erreur typographique pour "appel") alors fort Gibraltar. Les forts Qui
appelle et Douglas rsistent".

Nous avons dans ce paragraphe la continuation d'une confusion dj
signale. Le fort Gibraltar ne peut tre donn comme prcurseur du fort
Garry, puisque celui-ci devait tre lev par cette mme corporation
dont les membres sont maintenant reprsents comme capturant celui-l.
La mme remarque s'applique au fort Douglas, qui, ainsi que nous l'avons
vu, appartenait aux Anglais, et non aux "gens de l'Ouest", pour parler
la langue locale. Le fort Garry succda au fort Douglas, non pas au fort
Gibraltar.

Vient ensuite la mention de la vigoureuse rsistance que lord Selkirk
opposa aux procds dloyaux de la dernire corporation. Il enrla 
Montral, pour dfendre, ou plutt remettre sur pied, sa colonie, "140
soldats suisses des rgiments de Meuron et Wattenwyl", nous dit Petitot,
qui, par l, fait sienne la version des ennemis du philanthropique
laird. Le rquisitoire de la compagnie du Nord-Ouest, publi pour se
dfendre devant l'opinion publique, et peut-tre mme influencer aussi
les tribunaux du Canada, devant lesquels la cause avait t porte,
parle,  la page 62, "d'environ 150 soldats trangers", qui sont,  la
page suivante, rduits  "140 soldats de Meuron"[45].

Ces chiffres sont encore rduits dans la brochure correspondante de la
compagnie de la baie d'Hudson. Il n'y avait, nous assure-t-elle,
qu'environ "cent soldats, dont quatre-vingts appartenaient au rgiment
de Meuron et vingt  celui de Vatteville"--le Wattenwyl de Petitot.
C'est cette dernire version qui a prvalu parmi les historiens
dsintresss.

La provenance et la qualit de ces mercenaires ont donn lieu  des
apprciations contradictoires, selon les prventions propres  chacun
des deux partis--anglais, ou celui de la compagnie de la baie d'Hudson,
et franco-cossais, ou celui de la compagnie du Nord-Ouest. D'aprs le
factum de la dernire, ce n'tait qu'un "ramassis de gens dont la
conduite ultrieure justifia amplement les apprhensions qu'on prouvait
 leur sujet. On les avait engags en Europe et en Asie pour diffrents
services, et leurs rgiments taient en partie composs de dserteurs
des armes de Bonaparte en Espagne"[46].

A cela la dfense de la corporation anglaise rpond en reproduisant des
certificats de bonne conduite et de loyaux services par ces soldats, et
en faisant remarquer[47] que, pendant le sjour  Gibraltar du rgiment
de Meuron, "le gouvernement de Sa Majest britannique avait autoris
tous les Allemands et Pimontais forcs par la conscription d'entrer
dans les armes de Bonaparte, qu'ils avaient quittes aussitt que
l'occasion s'en tait prsente, de s'enrler dans le service de Sa
Majest", ligne de conduite qui tait naturellement, aux yeux de tout
bon Anglais, un bon point plutt qu'un objet de fltrissure pour ceux
qui l'avaient suivie.

[Note 45: _A Narrative of Occurrences in the Indian Countries of North
America_; Londres, 1817.]

[Note 46: _Ibid._, p. 62.]

[Note 47: _Statement respecting the Earl of Selkirk's Settlement upon
the Red River_, p. 175; Londres, 1817.]

Quoi qu'il en soit, cette citation dmontre que l'abb Petitot est trop
exclusif quand il nous reprsente ces soldats comme uniformment
suisses. La Suisse est, je le sais, peuple de gens de langues
franaise, allemande et italienne; mais il n'y a point, que je sache, de
Pimontais dans ce pays, ou plutt la population de langue italienne
qu'il renferme n'appartient point au Pimont. En outre, des noms comme
ceux du lieutenant Fauche, du capitaine d'Orsonnens et mme du colonel
de Meuron, sont assez franais. La majorit de ces soldats taient
pourtant de langue allemande.

Allemand tait aussi le fameux navigateur Kotzebue, dont notre auteur
voudrait faire un Russe.

Celui-ci se trompe galement lorsqu'il attribue  l'intervention de
Franklin (sir John) la fusion des deux compagnies rivales de la baie
d'Hudson et du Nord-Ouest, sous la raison sociale de la premire.
Franklin cheminait alors pniblement au travers de la grande steppe
borale. Il avait bien d'autres soucis  envisager et d'autres problmes
 rsoudre. C'est  douard Ellice, un des principaux actionnaires
anglais de la compagnie du Nord-Ouest, que revient l'honneur de cet
heureux compromis, qui devait rendre la paix au pays, tout en
l'encombrant d'un monopole commercial dont il ne devait secouer le joug
qu'en 1849.

En attendant, l'abb Petitot nous montre les cossais de la
Rivire-Rouge fondant en 1821 les paroisses de "Kildonan, St-John,
Saint-Pol et Saint-Andrew". Avouons que, pour une anne, ce n'est pas
trop mal, surtout si nous considrons que leur faible colonie datait, en
pratique, seulement de trois ans, et que les protestants dans son
primtre ne comptaient encore gure plus de deux cents mes, s'ils
atteignaient ce chiffre.

En ralit, il n'y a que la seconde de ces paroisses qui fut fonde
alors, ou plutt dans l'automne de 1820, puisque c'est  cette poque
qu'arriva le premier ministre protestant de la colonie. Saint-Pol est
inconnu au pays, tout aussi bien que Saint-Paul; mais la rgion possde
une mission indigne sous le vocable de saint Pierre. Quant  la
paroisse de Saint-Andrew, elle fut tablie longtemps aprs.

A propos de Saint-Paul, M. Petitot se dtourne de son chemin pour nous
faire assister  la fondation de la ville amricaine de ce nom. Il fait
remonter sa naissance jusqu' l'anne 1825, et nous prsente "un soldat
du rgiment de Meuron nomm Sans-Chagrin" comme son fondateur. Sans
connatre autrement l'histoire de cet heureux militaire, dont le nom me
parat beaucoup plus canadien, ou mme mtis, que suisse, je n'prouve
aucune hsitation  dclarer que l encore notre auteur est mal
renseign.

La ville de Saint-Paul sur le Mississipi (que Petitot ne peut crire
comme tout le monde, mais rend par Missi-Sipiy) est beaucoup plus jeune.
Encore que son dveloppement ait t d'une rapidit phnomnale, mme
pour l'Amrique, ce n'tait encore, vingt ans aprs l'poque assigne
pour sa fondation (c'est--dire en 1845) qu'un groupe informe de trois
ou quatre cabanes. Quatre ans plus tard, 1849, elle consistait, d'aprs
un voyageur qui y passa, "dans une demi-douzaine de huttes en troncs
d'arbres, d'un htel, de deux magasins et d'une glise catholique en
troncs d'arbres"[48].

[Note 48: Lawrence Oliphant, _Minnesota and the Far West_, p. 263;
dimbourg, 1855.]

Cette place ayant t choisie pour la capitale provisoire du Territoire
du Minnsota, son avenir parut ds lors assur, et ses progrs furent
des plus rapides. Pourtant, mme en 1853, un auteur qui traite du
Minnsota et de ses ressources se croit permis d'crire, en parlant d'un
autre embryon de ville, que celui-ci n'avait point alors atteint "ce
degr de prosprit qui est si remarquable dans les _villages_ (les
italiques sont de moi) de Saint-Paul et de Saint-Antoine"[49].

[Note 49: J.-W. Bond, _Minnesota and its Resources_, p. 160; Redfield,
1853.]

Nous sommes pourtant dj bien loin de 1825!

Le premier blanc qui s'tablit l o devait s'lever la premire de ces
deux localits, fut un Canadien-franais assez peu difiant du nom de
Pierre Parent, qui s'y fixa le 1er juin 1838. Nanmoins, le vritable
fondateur de la future mtropole fut un Vital Gurin, qui, en 1841,
promena pour la premire fois la charrue dans ce qui devait en devenir
les rues. Conjointement avec un autre Canadien du nom de Benjamin
Gervais, il donna le terrain o s'leva la premire glise. Celle-ci fut
ddie sous le vocable de Saint-Paul, le 1er novembre de la mme anne,
par un prtre franais du nom de Galthier.

C'est donc  cette date (1841) qu'on peut faire remonter l'origine de
cette ville,  une place, ou dans une valle, qui ne comptait auparavant
d'autres habitations que les lieux de rsidence, aussi primitifs
qu'espacs, de Pierre Parent, Abraham Perret, Edward Phelan, William
Evans, Benjamin et Pierre Gervais, et d'un tranger du nom de Johnson,
avec quelques autres chelonns sur une assez grande distance et sans
aucune apparence de groupement urbain.

Cette petite colonie portait alors le nom assez peu potique de _Pig's
Eye_, ou Oeil de Cochon. Mais, embotant le pas avec le prtre
catholique, ses habitants de toute race et de toute religion furent
bientt charms de l'changer avec celui du patron que celui-ci lui
avait donn[50].

[Note 50: "Ce n'est que simple justice", dit J.-W. Bond, "de faire
remarquer que c'est au bon got du clerg catholique que nous devons
l'excommunication du sobriquet insultant d'Oeil de Cochon" (_Op. cit._,
p. 127).]

La langue maternelle de ce digne missionnaire fut, ds le dbut, tout 
fait en honneur dans cette localit, ainsi que nous le prouve cette
remarque de l'crivain amricain qui crivait en 1853: "Il n'y a point
de poteau indicateur le long de cette route, et l'amateur de pche ou de
chasse qui ne peut parler franais avec les habitants franais dont les
chaumires se cachent dans les sinuosits du chemin, peut remercier son
toile s'il ne se perd point de nuit"[51].

[Note 51: _Minnesota and its Resources_, p. 111.]

Quel changement, hlas! ne constate-t-on pas aujourd'hui dans cette mme
rgion, et comme cette remarque peut donner  rflchir au vritable
patriote! Le franais n'est point, chez nous, une plante d'exportation:
elle ne crot bien que sur le sol qui l'a vu natre.

Revenant maintenant aux notes de l'abb Petitot, nous voyons qu'il fixe
 la mme date que sa prtendue fondation de Saint-Paul, c'est--dire 
1825, l'migration des "Meurons" et des Suisses de la Rivire-Rouge aux
tats-Unis. C'est 1826 qu'il aurait fallu dire. Au printemps de cette
dernire anne, eut lieu dans la colonie de lord Selkirk la plus grande
inondation qu'on y et vu de mmoire d'homme. Dcourags  la vue du
dsastre, un grand nombre de nouveaux arrivs suisses et d'anciens
soldats du rgiment de Meuron quittrent alors le pays, pour aller
chercher fortune dans la rpublique voisine.

Puis notre auteur nous reprsente la compagnie de la baie d'Hudson comme
rachetant, en 1835, "aux fils de lord Selkirk leurs droits et titres sur
la colonie d'Assiniboya, pour la somme de 84.000 (fr. 2,100,000)". Lord
Selkirk n'eut jamais qu'un fils[52], et celui-ci mourut sans issue. Les
parties contractantes dans ce march furent la compagnie de la baie
d'Hudson et les hritiers du noble fondateur.

[Note 52: A savoir, James Douglas Hamilton sixime comte de Selkirk,
qui, n le 22 avril 1809, mourut le 11 avril 1885. Le titre nobiliaire
disparut avec lui.]

Quant  l'expdition Dease et Simpson, c'est en 1837-38, et non en 1836,
qu'elle eut lieu, ou du moins que ses dcouvertes furent faites.

A la date 1840, Petitot fait fonder le fort Youkon par un M. Bell. Ce
poste ne fut tabli que sept ans plus tard, et cela par un M. Alexandre
H. Murray, pre d'un de mes bons amis de mes jours de missionnaire
indien. C'est le fort McPherson, situ dans une rgion du ct oppos
des montagnes Rocheuses, que John Bell tablit, et la mprise de notre
chronologiste me parat d'autant plus surprenante qu'il avait
personnellement connu ce fort.

Permettons-nous, pour clore cette trop longue nomenclature
d'inexactitudes, une lgre critique en ce qui est de l'allusion aux
explorations du Prof. H.-Y. (Henry-Youle, non pas H.-V.) Hind, dont
Petitot fait un _surveyor general_, ou arpenteur en chef. Ses oprations
se produisirent surtout en 1858, au lieu de 1857, c'est--dire les mmes
annes que celles de Simon-J. Dawson, un catholique qui fut son
collaborateur. En outre, je ne sais o notre auteur a vu que Hind tait
arpenteur en chef (apparemment du Haut-Canada). J'ai son rapport
officiel, ainsi que le livre en deux volumes qu'il publia  la suite de
ses travaux: sur l'un et l'autre il s'intitule simplement "professeur de
chimie et de gologie  l'universit du collge de la Trinit, Toronto",
ce qui ne ressemble gure  un _surveyor_.

De fait,  la premire page de l'Introduction de son livre, il donne ce
titre  son collgue S.-J. Dawson, se regardant lui-mme comme le
gologue de l'expdition.

Enfin, pour tablir quitablement les responsabilits et dcharger
d'autant celui auquel nous venons de nous attaquer dans les pages qui
prcdent, disons que Petitot est suppos parler, en regard de la double
date 1895-96, des expditions et dcouvertes d'un soi-disant Rober Hell
(un bien vilain nom en anglais). Je suis moralement certain que c'est l
une erreur imputable au compositeur typographique. Ce sont, trs
probablement, les nom et prnom de feu mon ami le Dr Robert Bell, qui
n'a rien gagn au change.





III

OMISSIONS GOGRAPHICO-HISTORIQUES


En voil bien long, et le lecteur qui a eu la patience de me suivre
jusqu'ici doit m'avoir trouv bien mticuleux. Mais l'histoire est
l'histoire, c'est--dire la relation des faits authentiques placs 
leur vritable date et mis au compte des individus qui s'y trouvrent
mls. Toute dviation de cette rgle ne peut tre tolre.

Mais dans son prcis chronologique Petitot n'a pas simplement pch par
commission. Les fautes d'omission y sont aussi assez frquentes, ainsi
qu'on pourra le constater par l'expos ci-aprs qui compltera le sien
et, sans prtendre puiser la matire, ne laissera probablement gure de
lacunes importantes. Aux donnes du dfunt abb, nous nous permettons
d'ajouter les suivantes, sans lesquelles nous ne pouvons considrer
complte une liste des dcouvertes gographiques dans le Nord-Ouest
canadien.

                              -----

1585. John Davis dcouvre le dtroit qui porte son nom.

1612. L'Anglais sir Thomas Button explore la baie d'Hudson, dcouverte
deux ans auparavant, et se trouve le premier blanc  voir le fleuve
Nelson, qu'il nomme ainsi en l'honneur d'un de ses officiers.

1616. Robert Bylot et William Baffin se rendent au dtroit de Davis, et
font plusieurs dcouvertes dans les rgions qui s'tendent entre le 65e
et le 75e degrs de lat. nord.

1631. Le capitaine Thomas James dcouvre la partie de la baie d'Hudson
qui porte son nom.

1640. Les pres de Brboeuf et Chaumont viennent pour la premire fois
en contact avec le lac ri.

1647. Le P. Jean Dequen, S. J. dcouvre le lac Saint-Jean.

1660. Les Jsuites dressent une carte du lac Suprieur.

1662. Radisson et Desgroseillers atteignent la baie d'Hudson aprs un
voyage _overland_.

1663. Le P. Lacouture est, croit-on, le premier prtre  visiter la baie
d'Hudson.

1667. Le P. Allouez dcouvre le lac Npigon.

1669. Louis Joliet et Pr passent l'hiver sur les bords du lac Ontario.

1671. Le P. Charles Albanel fait son premier voyage par terre du
Saguenay  la baie d'Hudson.

1719. Les capitaines Barlow et Knight font des reconnaissances en vue de
trouver un passage par mer dans l'ouest.

1722. Le capitaine Scroggs cherche aussi un passage dans l'ouest.

1742. Le mtis Joseph La France se rend du Sault Sainte-Marie  la
factorerie de York, par le lac Suprieur et Winnipeg--le premier 
suivre cette voie.

En mme temps, le capitaine anglais Middleton s'efforce de trouver un
passage par eau de la baie d'Hudson  l'ocan Pacifique.

1746. L'expdition Dobbs-Galley a lieu dans les mers du nord.

1754-55. Anthony Hendry se rend, le premier de tous les voyageurs, de la
baie d'Hudson au lac Winnipeg, remonte la Saskatchewan et traverse les
grandes plaines canadiennes, rencontrant sur son chemin les Franais du
fort la Corne, et venant en contact avec des Indiens qui chassaient le
bison  cheval--probablement des Pieds-Noirs-- 1,200 milles de son
point de dpart, le fort York. Au cours de son voyage de retour, il est
reu par Saint-Luc de la Corne, surintendant des postes franais, qui
revient d'une tourne dans l'est.

1772. Mathieu Cocking, sous-facteur  la factorerie de York, refait en
partie l'itinraire de Hendry, et se rend chez les Pieds-Noirs.

1773. Les capitaines Phillips et Ludwidge font des dcouvertes dans les
mers arctiques.

1775. Alexandre Henry, l'an, aprs avoir brav les plus grands prils
 Michillimakinac, o les sauvages n'ont point accept le transfert du
pays  l'Angleterre, et o il a d pour cette raison se dguiser en
Franais, pntre dans l'Ouest canadien, traverse le lac Winnipeg
jusqu' l'embouchure de la Saskatchewan, se rend au fort Cumberland que
Samuel Hearne vient de construire, remonte la rivire jusqu' la
Pasquia, o le chef indien le ranonne sans piti, et finit par
s'tablir sur un lac Castor.

1776. Le mme "traiteur" explore les prairies de l'ouest, se rendant
jusqu'au fort des Prairies et de l chez les Assiniboines. Puis il va 
l'Ile--la-Crosse, o, par extraordinaire, il trouve des Indiens (des
Montagnais) qui estiment son rhum trop fort pour eux. Il a laiss un
trs intressant journal de ses aventures.

1790-92. Philippe Turner, "arpenteur et astronome de la compagnie de la
Baie d'Hudson", fait entre le fort Cumberland et le Grand lac des
Esclaves des explorations qui lui permettent d'en dcrire la contre, au
moyen d'une carte originale reprsentant pour la premire fois le lac
Athabaska avec ses vritables contours et sa position exacte. Les
autres, publies prcdemment, avaient plac cette pice d'eau plus de
20 degrs trop  l'ouest, donnant ainsi une ide ridicule de la largeur
du continent amricain.

1797. Charles-Jean-Bte Chaboillez, "bourgeois" de la compagnie du
Nord-Ouest, lve un fort  l'embouchure de la rivire Pembina.

1799. Le capitaine Cleveland, du sloop _Dragoon_, dcouvre l'embouchure
de la Stickine, Alaska.

1799-1800. Alexandre Henry, le jeune, neveu de l'Alex. Henry ci-dessus
mentionn, se rend de Montral au lac Winnipeg et au pays des
Assiniboines, juste  l'ouest du Portage-la-Prairie. Le 18 aot 1800, il
trouve, au cours de ses prgrinations, des traces de l'ancien fort
Rouge,  l'embouchure des rivires Rouge et Assiniboine. Il remonte la
premire jusqu' la rivire au Sel des Canadiens (aujourd'hui la _Park
R._ des Amricains), o il btit un fort pour se protger des Sioux.

1800. Duncan McGillivray dcouvre le col Howse, dans les montagnes
Rocheuses.

1804-05. Franois-Antoine Larocque, traiteur de fourrures, se rend de la
rivire Rouge chez les Mandanes du sud-ouest, et rencontre en chemin
l'expdition Lewis et Clarke, envoye par le gouvernement amricain
reconnatre les territoires qui forment aujourd'hui l'extrme nord-ouest
des tats-Unis, et, au besoin, en prendre possession en son nom.

1805. James McDougall, traiteur de la compagnie du Nord-Ouest, dcouvre
le lac Porteur en Colombie Britannique. C'tait au printemps; l'automne
suivant, Simon Fraser, bourgeois de la mme corporation, se rendit au
pied des Montagnes Rocheuses, o il tablit un fort avec 14 hommes.
Puis, remontant la rivire la Paix, il traversa cette chane de
montagnes, et fonda sur le lac McLeod le premier poste permanent qui ait
jamais exist dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Colombie Britannique.

1806. J. McDougall dcouvre la superbe pice d'eau qui doit s'appeler le
lac Stuart, et qu'il atteint par terre au fort McLeod.

Cette mme anne, S. Fraser s'engage dans la rivire la Paix, puis la
rivire aux Panais, qu'il remonte jusqu' sa source. De l, aprs un
court portage, il descend la Maligne jusque dans la "Grande Rivire",
qu'il prend pour la Colombie et qui doit plus tard porter son nom. Il
descend ce fleuve jusqu' l'embouchure de la Ntchakoh, qu'il est le
premier blanc  voir et qu'il remonte jusqu'au confluent de la rivire
Stuart. Ce dernier cours d'eau le mne au lac du mme nom, o il rige
un fort qui, dans la suite, s'appellera le fort Saint-James.

1807. Simon Fraser tablit le fort Georges, au confluent de la Ntchakoh
avec le Fraser.

1807-11. David Thompson, l'_astronome_ de la compagnie du Nord-Ouest,
remonte la Colombie jusqu' son point le plus septentrional par la
"passe", ou le col, Athabaska, et la redescend ensuite jusqu' son
embouchure dans l'ocan Pacifique. Cet explorateur ne se borne pas 
voyager et  dcouvrir: il consigne sur le papier le fruit de ses
observations, reconnat le pays et en dresse une carte trs minutieuse.

1808. Simon Fraser descend jusqu' son embouchure dans la mer le fleuve
imptueux qu'il avait pris pour la Colombie et qui porte maintenant son
nom. Les dangers qu'il court dans cette entreprise tmraire sont 
donner le frisson.

La mme anne, Alex. Henry, le jeune, se rend de la rivire Rouge  la
Saskatchewan, qu'il remonte, passant par les deux forts Cumberland
(compagnies de la baie d'Hudson et du Nord-Ouest) jusqu' la fourche des
deux Saskatchewan. Il s'engage alors dans la branche nord, passe
l'embouchure de la rivire Bataille (aujourd'hui Battleford), et hiverne
au fort Vermillon, au confluent de la rivire du mme nom.

1809. Le mme Alex. Henry refait son voyage de l'anne prcdente,
poussant, en septembre, jusqu'au fort des Montagnes, d'o il explore un
pays alors inconnu.

1812. Daniel-W. Harmon et James McDougall, du lac Stuart, dcouvrent le
lac Babine, o ils sont reus par une population de quelque 2,000 mes.
De son ct, D. Thompson descend la rivire Athabaska jusqu'
l'embouchure de la rivire du Petit lac des Esclaves, qu'il remonte de
l au lac du mme nom. Puis il continue la descente de l'Athabaska
jusqu' la rivire Castor et un point par lat. 5422'14" et long.
11017'.

1813. Alex. Henry, le jeune, traverse le continent du fort William 
Astoria, ou fort Georges, sur la basse Colombie, o il se noie six mois
aprs (22 mai 1814) en se rendant en canot au vaisseau qui doit
l'emmener.

1813-14. Joseph Larocque, frre de Franois-Antoine, fait plusieurs fois
le trajet entre la Colombie et le fort Saint-James au lac Stuart, la
capitale de la Nouvelle-Caldonie, comme on appelait alors la Colombie
Britannique, passant par moments  deux doigts de sa perte, par suite du
mauvais vouloir des Indiens du sud.

1818. John Ross et William-E. Parry reconnaissent la baie Baffin, et
cherchent par mer un passage dans l'ouest.

1819. Le lieutenant Franklin explore les golfes Coronation et Bathurst,
dans les mers arctiques.

1819-20. Le lieutenant W.-E. Parry dcouvre les ctes des dtroits de
Lancaster, Barrow, Melville et Banks.

1821. Le capitaine Parry relve la cte orientale de la presqu'le
Melville et celle du dtroit _Fury and Hecla_.

1823. Bernard Dubreuil est le premier blanc  traverser les montagnes
qui sparent le lac Babine de la Bulkley, dans laquelle il se noie en
voulant la traverser sur un pont suspendu  la sauvage,  un point
appel aujourd'hui Moricetown.

1824. John Finlay, de la compagnie de la baie d'Hudson, explore le cours
d'eau qui porte son nom juste  l'ouest des montagnes Rocheuses, 
partir du point o il commence  s'appeler la rivire la Paix jusqu' sa
source dans le lac Thtade. Ce cours d'eau, grand lui-mme comme un
fleuve de France, est la vritable source du fameux Mackenzie qui,
appel d'abord Finlay, prend ensuite les noms de rivire la Paix,
rivire aux Esclaves et enfin Mackenzie. Le gographe europen ne doit
point voir dans ces "rivires" des cours d'eau sans importance: on suit
simplement en Amrique, et mme au Canada franais, la coutume des
Anglais, dont la langue ne fait point de distinction entre une rivire
et un fleuve.

Cette mme anne, le capitaine Parry explore la cte du fiord
Prince-Rgent environ jusqu'au 72.

De plus, le capitaine Lyon reconnat une partie de l'le Southampton.

1825. Le capitaine Beechey, commandant du _Blossom_, explore la cte
septentrionale du continent,  partir du cap de Glace (_Icy Cape_)
jusqu' la pointe Barrows.

1828. Le gouverneur Georges Simpson, de la compagnie de la baie
d'Hudson, accomplit son grand voyage de la baie d'Hudson au Pacifique.
Parti de la factorerie de York le 12 juillet de cette anne, il arrive
sept jours aprs au fort Norway sur le lac Winnipeg. Il remonte alors la
Saskatchewan, et, abandonnant la ligne droite pour visiter
l'Ile--la-Crosse et mme le fort Chippewayan, sur le lac Athabaska, il
se dirige ensuite vers la rivire la Paix, qu'il remonte pour traverser
les montagnes Rocheuses. Le 17 septembre, il arrive au lac Stuart, puis
descend son dversoir, la Ntchakoh et le Fraser jusqu' l'embouchure de
la Thompson.

Le 6 octobre, il est au fort Kamloops, sur cette dernire, et, deux
jours plus tard, il revoit le Fraser, dont il est le premier blanc 
descendre mme les passages que Fraser avait d viter  cause de
l'imptuosit encore plus accentue de ses eaux, alors bien plus hautes
par suite de la diffrence dans la saison. Le 10 octobre, il arrive au
fort Langley, tout prs de l'ocan Pacifique, aprs un voyage d'une
rapidit exceptionnelle. Il avait fait 3,261 milles en 74 jours--y
compris 16 jours consacrs  la visite officielle des diffrents postes
de traite sur son chemin.

Ce voyage est rest si clbre dans les annales du commerce des
fourrures, qu'il est difficile de comprendre comment l'abb Petitot a pu
oublier de le mentionner. Le journal, copieusement annot et comment,
en a t publi en 1872.

1829. John Ross dcouvre la presqu'le de Boothie,  l'extrmit N. E.
du continent amricain. Il en relve les ctes, ainsi que celles du
dtroit James Ross.

1834. John McLeod, traiteur de la compagnie de la baie d'Hudson, remonte
la rivire aux Liards, jusqu'au fort Simpson, dans ce qui est
aujourd'hui le Territoire du Youkon. Puis il dcouvre le lac Dease, 
l'ouest des montagnes Rocheuses, traverse la hauteur des terres qui le
spare de la source de la Stickine, et suit cette rivire (qu'il appelle
la Pelly) jusqu' un pont suspendu de facture indienne, qu'il n'a pas le
courage de traverser.

1840. Robert Campbell reoit de sir Georges Simpson la mission
d'explorer jusqu' sa source la branche nord de la rivire aux Liards et
de dcouvrir la source de la Colville. A cet effet, il remonte la
premire, dcouvre le lac Frances, et se rend par terre  un cours d'eau
qu'il baptise la Pelly en l'honneur du gouverneur de la compagnie de la
baie d'Hudson.

galement en 1840, John Bell, traiteur de la compagnie de la baie
d'Hudson, tablit le fort McPherson, le plus septentrional des postes de
la race blanche sur le continent amricain. C'est sur la rivire Plume
(_Peel R._), qu'il explore alors.

1842. Ayant travers les montagnes Rocheuses de l'est  l'ouest, John
Bell dcouvre le cours d'eau qui porte son nom, ainsi que la rivire
Porc-pic (la _Porcupine_ de Anglais).

1843. Robert Campbell descend la Pelly jusqu'au confluent d'un
tributaire important qu'il appelle Lewes.

1844. John Bell complte la reconnaissance de la rivire qui porte son
nom jusqu' son embouchure dans le Youkon.

1845. En vue de se procurer des sujets ethnologiques pour son pinceau,
l'artiste Paul Kane traverse l'Amrique du Nord du lac Ontario, par les
lacs Huron et Suprieur et l'ancienne "route des canots", jusqu'au lac
Winnipeg, la Saskatchewan et le col Athabaska, descendant la Colombie
jusqu'au fort Vancouver, prs de son embouchure.

Mme anne, dernire expdition de sir John Franklin, dont on doit
perdre toute trace  l'le Beecher (en avril 1846).

1846. A.-C. Anderson trouve, dans les valles des lacs Seaton et
Anderson, une route qui permet de se rendre de Kamloops au bas Fraser
sans avoir  affronter les furies de ce torrent.

1846-47. Le Dr John Rae traverse l'isthme de la baie Repulse  la baie
du Comit et explore la cte du golfe de Boothie.

1847. Sir John Franklin meurt le 11 juin de cette anne dans les rgions
arctiques.

1847-48. Alexandre-H. Murray, pre de mon ami Alex.-C. Murray, longtemps
 la tte du fort Saint-James (Col. Brit.) o j'ai pass dix-neuf ans,
traverse les montagnes Rocheuses  la latitude o elles sparent le
Youkon du Mackenzie, et btit le fort Youkon sur le fleuve du mme nom,
retournant en 1848 au fort la Pierre, sur le versant occidental des
Rocheuses. Son journal a t publi par le gouvernement fdral du
Canada il y a seulement quelques annes.

1848. Sir James Ross, commandant de l'_Enterprise_, recherche sir John
Franklin sur la baie Maxwell, la cte du fiord Prince-Rgent et les
ctes N. et O. du Somerset septentrional.

1850. Le capitaine E. Ommaney trouve sur la grve du cap Riley des
restes de l'expdition Franklin, des habits et des provisions qui ont
appartenu  ses compagnons, reliques qui prouvent que l'explorateur
disparu a pass l les hivers 1845-46. Ce fut la premire trouvaille des
traces de cette malheureuse expdition.

En octobre de la mme anne, le capitaine McClure se rend compte du fait
qu'un passage existe rellement entre l'Atlantique et le Pacifique,
circonstance dont on n'tait pas sr avant ses explorations.

Toujours la mme anne, sir John Ross fait de nouvelles investigations
dans les rgions circompolaires en vue de dcouvrir les restes de
l'expdition Franklin.

1852. Le lieutenant franais Joseph-Ren Bellot dcouvre le dtroit qui
porte aujourd'hui son nom, et se noie peu aprs dans une fissure de la
glace arctique.

1854. Le Dr Rae complte la reconnaissance de la cte N. de l'Amrique,
 partir de l'endroit o Dease et T. Simpson avaient termin leurs
explorations.

1856. Le mme Dr Rae reoit de l'Amiraut anglaise la somme de 10,000
livres sterling, pour avoir dfinitivement dcouvert le sort de sir John
Franklin et de ses compagnons, des vaisseaux l'_Erbe_ et la _Terreur_.

1857-58. Simon-J. Dawson fait une reconnaissance officielle de la
contre qui s'tend entre le lac Suprieur et la rivire Rouge, ainsi
que des prairies  l'ouest de ce cours d'eau jusqu' la Saskatchewan. Le
fruit de son travail est un long rapport accompagn de cartes sur une
grande chelle.

1859. Le lieutenant de marine Richard Mayne explore les territoires
arross par la Thompson, le Fraser et la Harrison, en Colombie
Britannique, pendant que le lieutenant H.-Spencer Palmer, ingnieur (ou
sapeur) royal, reconnat le haut Fraser.

La mme anne, le lieutenant W.-R. Hobson et le capitaine McClintock
trouvent des restes additionnels de la troisime expdition Franklin
dans les environs du cap Herschell.

Cette mme anne encore, le major William Downie explore l'le de la
reine Charlotte en vue d'y trouver de l'or; aprs quoi son expdition
remonte la Skeena jusqu' Hazelton, et pntre jusqu'aux lacs Babine et
Stuart, faisant d'intressantes dcouvertes en chemin.

1859-60. Le comte de Southesk se rend du fort Garry aux forts Ellice et
Qu'Appelle, puis  la Saskatchewan du sud et au fort Edmonton. De l, il
pousse jusqu'aux montagnes Rocheuses, et reconnat le pays du Koutenay.
A son retour, il visite les forts Pitt et Carlton, ainsi que le fort
Pelley, aprs avoir pass  la montagne de Tondre--itinraire compliqu
qu'il illustre plus tard d'une carte originale accompagne d'un journal
qui forme un intressant volume.

1862. Thomas McMicking, de Queenstown en Ontario, accompagn d'un
certain nombre d'migrs, se rend du fort Garry aux mines d'or de la
Colombie Britannique en traversant les montagnes Rocheuses par le col de
la Cache Tte-Jaune, et en descendant la Fraser sur un radeau jusqu'au
fort Georges, pendant qu'une autre partie de sa troupe en fait autant
pour la Thompson du nord. Sur l'un et l'autre cours d'eau, pas moins de
six personnes se noient.

1862-63. Lord Milton et le Dr W.-B. Cheadle, aprs avoir descendu la
rivire Rouge en venant des tats-Unis, parcourent les plaines de
l'Ouest canadien sur lesquelles ils passent l'hiver. Puis ils cheminent
jusqu'au fort Edmonton, o ils font la rencontre de l'ineffable Monsieur
O'B., qui devait par ses excentricits ajouter  leur futur rcit un
lment d'intrt qui en a fait la fortune. De l, ils se rendent au
fort Jasper et traversent les montagnes Rocheuses par le col de la Cache
Tte-Jaune, faisant le relev gographique des montagnes dont ils
nomment quelques-unes.

Puis, aprs d'indescriptibles souffrances au travers de la grande fort,
ils tombent sur la Thompson septentrionale, qu'ils descendent jusqu'
Kamloops. De l, ils poussent une pointe aux mines du Caribou et
atteignent la mer par les voies ordinaires  cette poque.

1864. M. Walter Moberly explore la contre qui s'tend de Kamloops  la
frontire orientale de la Colombie Britannique, et dcouvre le col de
l'Aigle (_Eagle Pass_), puis tourne son attention sur la valle du
fleuve Colombie.

1872. En vue de prparer les voies  un chemin de fer transcontinental,
une expdition est envoye au Pacifique, laquelle a pour mission
d'explorer le pays, prendre les hauteurs et chercher un col favorable au
travers des montagnes Rocheuses. L'expdition est sous les ordres de
Sandford Fleming, et le prof. John Macoun en est le botaniste. MM.
Charles Horetzky et Georges-M. Grant (ce dernier un ministre protestant)
en font galement partie. Ils traversent les montagnes par le col de la
Cache Tte-Jaune, descendent la Thompson septentrionale et arrivent  la
mer aprs des explorations sans nombre et un parcours total de 5,314
milles,  partir d'Halifax. Cette expdition n'a pas donn lieu  moins
de trois livres de caractre populaire, crits par le premier et les
deux derniers des susmentionns.

1876-79. Le Dr Georges-Mercer Dawson, gologue de profession mais au
besoin gographe de mrite, reconnat systmatiquement l'Extrme-Ouest
canadien, c'est--dire la partie centrale de ce qui est aujourd'hui
l'Alberta, la rgion des montagnes (Rocheuses et Selkirk), la Colombie
Britannique au nord et au sud, ainsi que les les de la reine Charlotte,
dans le Pacifique. Le rsultat de ses investigations est d'abord un
rapport officiel extrmement prcieux aux points de vue gographique,
gologique et mme ethnographique; puis une carte minutieuse de ses
itinraires en trois grandes feuilles, oeuvre probablement sans gale au
Canada.

1879. Le Parlement canadien envoie MM. H.-J. Cambie et H.-A.-F. MacLeod
avec le Dr G.-M. Dawson et le Rv. Daniel-M. Gordon, continuer dans
l'Extrme-Ouest les explorations dj commences, en vue de la
construction trs prochaine de la ligne du Pacifique-Canadien. Abordant
 Port-Simpson, sur le Pacifique, les membres de l'expdition traversent
l'intrieur septentrional de la Colombie Britannique, puis les montagnes
Rocheuses, les uns par la rivire la Paix, les autres par la coule de
la rivire aux Pins.

1884. Le P. Adrien-Gabriel Morice, o. m. i., remonte la valle de la
rivire Noire (_Black Water_), en Colombie Britannique, jusqu' sa
source, et reconnat la rgion qui spare celle-ci de la rivire au
Saumon, affluent du Pacifique qu'il dpasse, s'arrtant au sein des
monts de la Cte, ou Cascades.

1887. Le Dr Dawson explore avec le soin qui lui est habituel le district
du Youkon et de l'Extrme-Nord de la Colombie Britannique.

1889. M. Warburton Pike fait un voyage aux Grandes Landes (_Barren
Grounds_) du Nord-Est canadien.

1892. Le mme M. W. Pike explore en amateur la grande fort de
l'Extrme-Nord de la Colombie Britannique, remontant la Stickine, puis
traversant le district du Cassiar et visitant les rivires aux Liards,
Pelly et Youkon. Rsultat pratique: un livre intitul _Through the
Sub-Arctic Forest_.

1892-94. Le prof. Frank Russell explore le Grand-Nord canadien dj en
partie reconnu par Petitot et d'autres, faisant du fort Rae la base de
ses courses  la recherche de spcimens ethnographiques, ornithologiques
et autres.

1893. Parti d'Edmonton aprs un voyage _overland_, Henry-Somers Somerset
et Arthur H. Pollen traversent les montagnes Rocheuses par le col de la
rivire aux Pins, et se rendent du lac Stuart au fort Georges et 
Quesnel, emportant avec eux les matriaux avec lesquels ils doivent
crire un livre intressant: _The Land of the Muskeg_, illustr de
cartes montrant leur itinraire.

1895. Caspar Whitney explore  son tour les Grandes-Landes, ou
Terres-Striles, en qute de boeufs musqus et d'aventures, qu'il dcrit
plus tard dans un livre intitul _On Snowshoes to the Barren Grounds_.

Dans l't de la mme anne, le P. Morice se rend en canot du lac Stuart
 l'extrmit septentrionale du lac Babine, puis toujours par la voie
d'eau, au lac d'Ours, par 5610' de latitude. S'enfonant alors dans la
fort, il parcourt  pied la rgion qui spare cette nappe d'eau de la
Finlay, qu'il atteint au fort Graham. De retour  son point de dpart
par la rivire aux Panais et le lac la Truite, il prend le chemin des
lacs Fraser et Franais. Quittant ce dernier non loin de son extrmit
ouest, il se faufile au travers des grandes herbes jusqu'au lac Cambie
(_Youtsou_); aprs quoi il dcouvre les lacs Dawson, Morice, Lejacq et
Simonin qui, avec les lacs Cambie et Huard, sont les sources de la
Ntchakoh. Il descend alors cette rivire jusqu' son embouchure dans le
Fraser, dcrivant sur son calepin et sondant en diffrents points les
pices d'eau traverses.

1899. Le mme missionnaire fait  pied, souvent au sommet d'une chane
de montagnes, le trajet entre les lacs McDonald (juste au N. du lac
Babine) et d'Ours, notant les particularits gographiques de sa route
et relevant l'altitude des points atteints. Puis se dirigeant vers le
sud, il revient au lac Stuart, d'o il prend le chemin de l'ouest et
dbouche sur le Pacifique par le lac meraude, source de la rivire
Bleue, qu'il dcouvre.

1900. J.-W. Tyrrell reconnat la route des canots du lac Clinton-Golden
 la baie Chesterfield, sur la baie d'Hudson; aprs quoi il publie
_Across the Sub-Arctics of Canada_.

Cette mme anne, le P. Morice parcourt dans un but gographique la
rgion entre les lacs Babine et Tatla, dj maintes fois explore par
lui, ainsi que celle entre cette dernire pice d'eau et les lacs
Nation, dont il relve minutieusement les ctes et sonde la profondeur.

1903. Le P. Morice reconnat le cours et dcouvre la vritable source de
la Bulkley, qu'aucune carte ne portait encore, constatant une fois de
plus la bvue des publications officielles qui donnent ce cours d'eau
comme un affluent de la Bulkley, sous le nom de R. Morice.

1907. Le gouvernement de la Colombie Britannique publie  ses frais une
grande carte originale de la partie septentrionale de cette province,
rsultat de 23 ans d'explorations par le P. Morice.

1907-08. Joseph Keele fait une reconnaissance au travers des montagnes
du Mackenzie, le long des rivires Pelly, Ross et Gravel, dans le Youkon
et les Territoires du Nord-Ouest.

1916. M. Paul-L. Haworth explore la contre qui s'tend entre les
sources de la rivire la Paix et de la rivire aux Liards.




[Fin de _L'abb mile Petitot et les dcouvertes gographiques
au Canada_ par Adrien-Gabriel Morice]
