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Titre: Les rues de Québec
Auteur: Le Moine [Lemoine], Sir James MacPherson (1825-1912)
Date de la première publication: 1875
Édition utilisée comme modèle pour ce livre électronique:
   Montréal: Compagnie d'imprimerie canadienne, 1875
   (première édition)
Date de la première publication sur Project Gutenberg Canada:
   20 avril 2010
Date de la dernière mise à jour:
   20 avril 2010
Livre électronique de Project Gutenberg Canada no 521

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LES RUES DE QUÉBEC

PAR

J. M. LeMOINE



MONTRÉAL
COMPAGNIE D'IMPRIMERIE CANADIENNE, 222, RUE NOTRE-DAME

1875




LES RUES DE QUEBEC

La Haute-Ville, avec ses grands chênes, ses noyers, ses ormes
majestueux, quand elle faisait partie de la forêt primitive, a dû être
un endroit fort giboyeux. Si Champlain et son beau-frère Boullé, ainsi
que ses amis de la Basse-Ville, eussent été moins ardents à pourchasser
d'autres hôtes de la forêt bien plus dangereux, au lieu de faire mention
seulement des renards qui rôdaient autour de «l'habitation,» ils
auraient noté quelques-unes des parties de chasse qui ont dû se faire
sur les déclivités boisées du Cap au Diamant et dans les halliers du
Côteau Sainte-Geneviève, surtout quand le scorbut ou la disette
rendaient indispensable l'usage des viandes fraîches; perdrix, bécasses,
lièvres, castors, renards, cariboux, ours, ont dû fréquenter les monts
et vallées de l'antique Stadaconé.

En 1617, la chasse dut céder le pas à la culture: le premier habitant de
la Haute-Ville, l'apothicaire Louis Hébert, y établissait feu et lieu.
Cette année là, «il commença aussitôt, dit l'abbé Ferland, à défricher
le terrain sur lequel se trouvent la cathédrale, le séminaire et cette
partie de la Haute-Ville qui s'étend depuis la rue Sainte-Famille
jusqu'à l'Hôtel-Dieu; il bâtit une maison[1] et un moulin, vers la
partie de la rue St. Joseph où elle reçoit les rues Saint-François et
Saint-Flavien. Ces édifices paraissent avoir été les premiers qui aient
été élevés sur l'emplacement occupé par la Haute-Ville.» A cette époque,
il ne pouvait y avoir que des sentiers étroits, des avenues irrégulières
suivant les détours de la forêt. Ces sentiers s'aplanirent, s'élargirent
avec le temps. Champlain et Kirtk s'occupèrent peu de la voierie. On
n'avait pas encore pensé aux Grands Voyers, en la Nouvelle-France.

     [Note 1: L'abbé Laverdière, au contraire, prétend que la
     maison d'Hébert a dû être bâtie sur le site de l'évêché
     actuel. (Œuvres de Champlain, tome II.)]

Un des premiers soucis du gouverneur de Montmagny, après avoir fortifié
la place, fut de faire préparer un plan de la ville, d'aligner,
d'élargir, de redresser les rues; certes, ce n'était pas sans besoin.
S'il eût poussé encore plus loin cette utile réforme, il aurait épargné
à notre municipalité bien des ennuis, au public bien des embarras. On
avait, le 17 novembre 1623, pratiqué une descente à la Basse-Ville,
moins dangereuse que celle qui existait déjà.

L'été, l'on voyageait par eau, d'ordinaire en canots d'écorce; l'hiver,
on avait recours aux raquettes. A quelle année remontent les voitures à
roues? C'est ce qu'il ne nous a pas été donné de découvrir. Le premier
cheval, destiné au gouverneur de la colonie, arriva de France en 1648.
Son Excellence l'employait-il comme cheval de selle seulement? ou bien,
quand il allait, au jour de l'an, saluer les Jésuites, les bonnes Dames
Ursulines, leur porter leurs étrennes[2], se faisait-il mener en
carriole, et en calèche pendant la belle saison? Voilà encore un point
pour nos antiquaires.

Bien qu'il y eût des bestiaux à Québec en 1623, on se servit pour la
première fois de bœufs pour labourer, le 27 avril 1628.

Le 16 juillet 1665,[3] un navire français amenait douze chevaux;
c'était, sans doute, des montures pour le brillant état-major du grand
marquis de Tracy, vice-roi. Ces fringants militaires du colonel de
Salières, cette jeunesse dorée du marquis de Tracy, montés sur leurs
douze chevaux français, que les aborigènes ébahis nommaient des
«orignaux d'Europe,» menaient grand train à Québec. Y avait-il des
_tandem_, des _driving clubs_, en 1665? _Quen sabe_? Ce n'étaient pas
tous des saints comme Paul Dupuy[4] que ces messieurs du colonel de
Salières! Le major Lafredière, par exemple, aurait pu rendre des points
au plus enragé gamin que les _guards_ de la reine Victoria aient compté
dans la colonie deux siècles plus tard.

     [Note 2: Les étrennes consistaient en vin d'Espagne,
     tourtières, chapons, livres de piété, etc., d'après le
     _Journal des Jésuites_.]

     [Note 3: Histoire de la colonie française au Canada, tome
     III, p. 384.]

     [Note 4: _Histoire de l'Hotel-Dieu de Québec_, Mère
     Juchereau, 511.]

S'il y avait, à Québec, douze chevaux de gentilshommes, ils ne passaient
pas toute leur existence à l'écurie. Les sentiers escarpés de la
Haute-Ville durent s'aplanir, s'élargir; la voie publique cessa d'être
réservée aux piétons seulement. C'est là précisément où nous en voulons
venir.

En effet, les rues de Québec prirent rapidement de l'importance, en
1665. Les améliorations effectuées, pendant l'administration du
chevalier de Montmagny, avaient été fort goûtées. L'illustre chevalier
avait ses rues Saint-Louis, Ste.-Anne, Richelieu, d'Aiguillon,
Saint-Jean, pour honorer son roi et maître, Louis XIII, la reine Anne
d'Autriche, le duc de Richelieu, sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, le
bon prêtre Saint-Sauveur.

La rue St. Louis au siècle dernier était habitée par bien des
notabilités. Le juge en chef Sewell occupait l'Hôtel actuel du
Gouvernement: il décéda en 1839. Il y avait l'Hôtel de M. de Lotbinière,
la maison de la chère amie de Bigot, Madame Péan, où le juge Emsley
résidait vers 1815: plus tard, le gouvernement l'acheta pour une caserne
d'officiers; vis-à-vis la Cour de Justice l'on voit le Kent House, où Sa
Grâce le Prince Edouard séjourna 1791-4.[5] Le No. 42, la maison du
tonnelier François Gobert où l'on déposa la dépouille du général
Montgomery le 31 déc. 1775, est devenue historique.

     [Note 5: «To let.--That elegant House, No. 6, Port Louis
     street, lately occupied by H. R. H. Prince Edward, and at
     present by the _Lord Bishop of Quebec_.

     For further particulars, apply to

                        MISS MABANE
                           or to
                        MUNRO & BELL.» (_Quebec Gazette_)

     Quebec 4th March 1794.]

Le sulpicien Vignal logeait dans cette rue. De nos jours, les sommités
judiciaires, parlementaires et les avocats l'ont accaparée. Vous y
trouvez le juge en chef Duval--les juges Tachereau, Tessier, Bossé,
Caron--MM. P. Pelletier, H. Tachereau, députés--MM. Bossé, Languedoc,
Hamel, Dechesne, Parkin, Dunbar, cum multis aliis, dont les clients sont
aussi matinals qu'au temps d'Horace:

«_Sub cantu galli._»

«De la Basse-Ville on montait à la Haute-Ville par un chemin tortueux
pratiqué entre les rochers, et sur la droite on rencontrait le
cimetière. Ce chemin, qui aboutissait à l'église paroissiale, se
divisait en deux: d'un côté, il conduisait chez les Jésuites et à
l'Hôpital (Hôtel-Dieu), de l'autre au fort des sauvages et au château
Saint-Louis. Le château, ou le fort du Roi, gardé par des soldats nuit
et jour, sous les ordres du gouverneur, était de forme irrégulière,
flanqué de bastions armés de pièces d'artillerie, et offrait à
l'intérieur plusieurs corps de logis séparés les uns des autres. A
quarante toises de là environ, on voyait, du côté du midi, un petit
jardin clos, à l'usage du gouverneur, et devant le château, à l'ouest,
était la Place-d'Armes (le rond) en forme de trapèze.

«Sur l'un des côtés de cette place, l'on voyait un bâtiment attribué
d'abord à la sénéchaussée et qui portait le nom du Palais: c'était là
sans doute qu'en 1664 le conseil souverain tenait ses séances. De la
Place-d'Armes partait le grand chemin qui conduisait au Cap-Rouge; à
droite et à gauche de ce chemin, étaient quelques emplacements donnés à
des particuliers pour y bâtir. Le Fort des Sauvages était ce réduit,
dont on a parlé, qui servait d'asile aux tristes restes de la nation
huronne, formant en tout quatre-vingts âmes, en l'année 1665. Il
continua d'être occupé par eux jusqu'à la paix faite avec les Iroquois,
après l'arrivée des troupes; ils le quittèrent alors, pour se livrer à
la culture des terres.

«Outre les bâtiments des RR. PP. Jésuites, ceux des Religieuses et ceux
de l'Hôpital (Hôtel-Dieu), on voyait à la Haute-Ville une maison située
derrière le chevet de l'église paroissiale, où habitait Mgr. de Laval.
C'était probablement ce qu'il appelait son séminaire, et où il faisait
élever des jeunes gens qu'on put promouvoir un jour au sacerdoce.

«C'était au séminaire que le prélat résidait avec ses prêtres, au nombre
de huit, qui composaient alors tout le clergé séculier de Québec. Là
était aussi l'église de NOTRE-DAME, en forme de croix latine.»
(Faillon.)

La rue Couillard rappelle un des personnages les plus importants de
l'ère de Champlain, Guillaume Couillard. Il faudrait tout un volume pour
retracer les incidents historiques qui se rattachent à la Grande Place
du Fort. Nous en avons indiqué un bon nombre aux premières pages (10-16)
de l'_Album du Touriste_. Nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit
les détails suivants:

Il paraîtrait que là où s'élève le _Union Hotel_ de 1804, les bureaux
actuels du _Journal de Québec_, le gouverneur d'Ailleboust résidait vers
1650. «Il s'était réservé le 10 janvier 1649 la pièce de terre comprise
entre la rue du Fort et la rue du Trésor, d'une part, et les rues Buade
et Sainte-Anne, de l'autre. A l'encoignure des rues du Trésor et de la
rue Buade, côté ouest, Jean Côté avait un emplacement. Il le donna en
dot, en 1649, à sa fille Simonne, qui se maria à Pierre Soumandre.»

Le terrain de l'archevêché faisait partie du clos de Couillard, dont la
maison était dans le jardin actuel du séminaire, devant la porte qui
donne sur la grande allée: les fondations en furent retrouvées en 1866
par l'abbé Laverdière.

Laval, d'Auteuil, Buade, Ste. Hélène[6] revivent dans les anciennes rues
du même nom, tandis que Frontenac, Iberville, Fiedmont, se rappellent à
votre souvenir dans des rues modernes. Le vieux pilote écossais, Abraham
Martin, qui possédait trente-deux arpents de terre dans le faubourg
Saint-Jean, bornait au nord son domaine par la côte qui maintenant porte
son nom, la côte d'Abraham.

     [Note 6: On prétend aussi que cette rue fut appelée
     d'après la mère Ste Hélène, supérieure de l'Hôtel-Dieu
     (Delle. Regnard Du Plessis).]

La mythologie a prélevé tribut sur une lisière du faubourg Saint-Louis:
le maître de l'Olympe payen a sa ruelle, la rue Jupiter. L'astronomie
moderne fait acte de présence dans la rue Arago[7].

     [Note 7: Nous lisons dans un registre municipal:

     «La rue Alfred s'étend de la Rue Colomb à la rue Arago, dans
     le fief Notre-Dame Des Anges. Cette rue, ainsi que ses
     parallèles: Alexandre, Nelson, Turgeon, Jérôme et Saint-Ours,
     et les transversales, Arago et Colomb, furent tracées en 1845
     de 30 pieds de large (la rue Saint-Ours ayant seule 40
     pieds)--par l'inspecteur des chemins, M. Jos. Hamel, suivant
     les instructions et du consentement des Dames Religieuses de
     l'Hôpital-Général.»]

La rue du Parloir mène aux Ursulines; au commencement du siècle, le juge
de Bonne y résidait. Les Ursulines ont nommé d'après leur patronne la
rue à l'ouest qui coupe à angles droits les rues Saint-Louis et
Sainte-Anne. La rue Ste. Ursule et les environs semblent être
particulièrement affectés à l'art d'Hippocrate. Médecins et chirurgiens
y pullulent; là résident le Dr. James Sewell, son fils, le Dr. Collin
Sewell, MM. Landry, Lemieux, Boswell, Belleau, Russell père, Russel
fils, Baillargeon, Larue, Rowan, Fortier, médecins distingués. Malgré le
séjour de tant d'éminents membres de la faculté, le quartier est sain:
on y vit longtemps.

Les rues Craig, Haldimand, Dalhousie, Richmond, Prevost, Aylmer,
perpétuent la mémoire de six gouverneurs anglais.

Il y a quelques années, le Conseil-de-Ville, sur motion du conseiller
Ernest Gagnon, dont le nom est identifié avec nos chants populaires,
enleva à la partie de la rue d'Aiguillon, _extra muros_, sa
nomenclature, pour lui substituer le nom de Charlevoix; à la section de
la rue Saint-Joseph, en dedans des murs, il conféra le nom de
l'historien national, F. X. Garneau; à la rue Saint-François, il donna
le nom de l'historien Ferland, et chacun d'applaudir.

Les rues du Prince Edouard à Saint-Roch et Donnacona, près des
Ursulines, nous redonnent deux personnages importants du passé: un
prince de l'Angleterre et Donnacona, un prince du Canada primitif.

Le vainqueur de Montcalm, le général Wolfe, compte non-seulement une
statue au coin des rues du Palais et Saint-Jean, celle que les frères
Chaulette sculptaient en 1771, sur les devis de George Hipps, boucher;
il a encore sa rue, la rue Wolfe. De même son illustre rival Montcalm
réclame tout un quartier de la ville. Est-ce que l'amoureux jeune
capitaine de l'_Albemarle_, Nelson, allait _flirter_ avec la séduisante
Dlle. Prentice, en 1782, dans la rue qui porte maintenant son nom?
Plusieurs rues dans les faubourgs Saint-Louis, Saint-Jean et Saint-Roch,
portent les noms des éminents citoyens, qui en donnèrent le site, ou
qui, par leur esprit public, ont laissé une mémoire aimée parmi le
peuple: MM. Berthelot, d'Artigny, Grey Stewart, T. C. Lee, Buteau,
Hudon, Smith, Salaberry, Scott, Tourangeau, Pozer, Panet, Bell,
Robitaille, Ryland, Saint-Ours. La largeur de la plupart des rues de la
ville varie de trente à quarante pieds; la rue la plus spacieuse est la
rue La Couronne[8]. Les propriétaires ont droit à toutes nos
félicitations pour les beaux arbres qu'ils y ont fait planter.

     [Note 8: La rue Saint-Jean est large de 36 pieds intra
     muros et de 46 pieds _extra muros_, en conséquence d'une
     donation de 10 pieds de terrain, après le grand incendie de
     1845.]

Québec comprend une dizaine de fiefs. Le Fief du Sault-au-Matelot
appartient au Séminaire. Les Ursulines, la Fabrique, les héritiers
Larue, l'Hôtel-Dieu, les Récollets, tous avaient leurs fiefs. La
Fabrique possède un fief, en outre du Fief du Cap aux Diamants; le Fief
de la Miséricorde appartient à l'Hôtel-Dieu. Les héritiers Larue
possèdent le fief de Bécancour et celui de Villeraie. Il y a aussi le
Fief Sasseville. Le fief des Récollets appartient à la Couronne.

Saint-Roch doit une dette de reconnaissance à Mgr. St. Valier, qui a
laissé son nom à la rue qu'il côtoya si souvent dans ses visites à
l'Hôpital-Général, où il alla clore son aventureuse carrière.
Monseigneur parait avoir eu des prédilections particulières pour cette
localité. Puis vint l'intendant De Meulles qui, vers 1684, dota la
pointe est du quartier d'un édifice remarquable par ses dimensions, sa
magnificence, ses jardins ornés, le Palais de l'Intendant. Où Talon
avait laissé une brasserie en décadence et «près de dix-sept arpents de
terre non occupés,» Louis XIV, sur l'avis de son intendant De Meulles,
prodigua de vastes sommes pour y ériger un palais fastueux, où la
justice française se rendait, où plus tard, sous Bigot, elle se vendait.
Nos illustres ancêtres, au reste, n'étaient pas hommes à se chagriner
pour de telles vétilles. Façonnés de longue main aux ineffables douceurs
du régime féodal, sans oublier les corvées et ces adorables et royales
lettres de cachet, qui, au rapport de l'abbé Faillon, pouvaient au
besoin atteindre même le clergé, que leur importait les institutions
d'un peuple libre, le texte de la Grande Charte! A cet endroit était le
célèbre magasin où Bigot, Cadet et consorts revendaient à d'énormes
profits les provisions, etc., que le roi de France envoyait à la
population affamée de Québec en 1758. Le peuple nommait la maison _La
Friponne_. Près du site de l'ancienne brasserie de Talon, où Frontenac
avait interné l'abbé de Fénélon, en attendant son procès, s'élève
maintenant la brasserie de M. Boswell. Aux yeux des «libres et
indépendants électeurs» de la Vacherie, au siècle dernier, nul doute que
le palais de l'Intendant ne semblât une huitième merveille. La
capitulation du 18 septembre 1759 enleva vraisemblablement une notable
partie de sa splendeur à la huitième merveille, qui subit une éclipse
totale lorsque les boulets des milices canadiennes, en 1775-76, en
délogeaient les envahisseurs du sol, les sans culottes d'Arnold, comme
le colonel Caldwell l'écrivait en 1776, à son ancien chef, le général
Murray. On appelait la Vacherie, les vastes pâturages au pied du côteau
Sainte-Geneviève, où paissaient en été les vaches de la cité, et où
maintenant se groupent tant d'orgueilleux magasins, sur les rues des
Fossés, Craig, de la Couronne, etc.

Si la rue Saint-Pierre eut eu en 1775 pour voie de communication avec
cette «seconde Basse-Ville» la rue Saint-Paul (ouverte en 1816), nul
doute que le soleil du progrès n'y eut lui près d'un demi-siècle plus
tôt.

«Quelques projets d'amélioration, dit l'abbé Ferland, pour la ville de
Québec furent proposés au ministre par M. de Meulles. Depuis assez
longtemps l'on reconnaissait la nécessité d'obtenir un local pour la
demeure de l'intendant et pour la tenue des séances du conseil, le
château Saint-Louis fournissant à peine un logement convenable au
gouverneur et à ceux qui composaient sa maison. M. de Meulles proposa
d'acheter un grand édifice de pierre que M. Talon avait fait bâtir pour
servir de brasserie, et qui, depuis plusieurs années, était resté
inoccupé. Placé dans une position fort commode sur le bord de la rivière
Saint-Charles et à quelques pas de la Haute-Ville, ce bâtiment, avec des
réparations et des additions, pourrait fournir, outre une résidence
convenable pour l'intendant, des salles et des bureaux pour le conseil
souverain et les cours de justice, des voûtes pour les archives et une
prison pour les criminels.

«Auprès de l'ancienne brasserie, M. Talon possédait une étendue de terre
d'environ dix-sept arpents en superficie, et dont personne ne se
servait. Une partie de ce terrain, dans le plan de M. de Meulles,
pouvait être réservée pour les jardins et dépendances du palais de
l'intendant, tandis que le reste serait partagé en emplacements et
deviendrait une seconde basse-ville qui pourrait un jour se prolonger au
pied du cap. Il croyait que si ce plan était adopté, les nouveaux
quartiers de Québec s'étendraient dans cette direction, et non sur les
hauteurs, presque toutes occupées par les communautés religieuses.»[9]

     [Note 9: Vol. II, p. 140.]

On voit d'après le journal de Panet que Saint-Roch existait en 1759--que
les femmes et les enfants du quartier n'étaient pas indifférents au sort
de la patrie aux abois.

Le même jour (31 juillet 1759), dit Panet, «nous entendîmes dans le
quartier Saint-Roch un grand cri de femmes et d'enfants qui criaient
«Vive le Roi!»

«Je montai sur la hauteur (sur le côteau Sainte-Geneviève), et je vis la
première frégate tout en feu; peu de temps après, une fumée noire dans
la seconde, qui sauta et qui prit ensuite en feu.» Le 4 août, on
recevait à Saint-Roch quelques bombes de 80. Le 31 août, on lit que deux
soldats, pour avoir volé un quart d'eau-de-vie dans la maison de
Charland, quartier de Saint-Roch, furent pendus à trois heures
après-midi. En ce temps-là, le général ou le _Recorder_ ne badinait pas.
Qui était ce Charland de 1759? était-ce le même qui, seize ans plus
tard, ferraillait avec Dambourgès, au Sault-au-Matelot?

Depuis l'inauguration de la domination anglaise, Saint-Roch s'est peuplé
d'une manière frappante; on y voit un réseau de rues embrassant en
superficie plusieurs lieues.

La voie publique la plus ancienne du quartier est probablement la rue
Saint-Valier. La rue Desfossés tire son nom vraisemblablement des fossés
qui servaient à égoûter les pâturages de la Vacherie. La rue du Vieux
Pont date de la fin du siècle dernier; celle de Dorchester rappelle
l'administrateur aimé et populaire, qui sous le nom de Sir Guy Carleton
conduisait les milices de Québec à la victoire en 1775.

La rue Craig reçut ce nom de Sir James Craig, vieux militaire, qui
administra les affaires en 1807. Elle fut élargie et agrandie de dix
pieds après l'incendie de 1845. Le site du marché Saint-Paul fut acquis
de l'ordonnance royale le 31 juillet 1831.

Le pont Dorchester fut bâti en 1822.

La rue Saint-Joseph, à Saint-Roch, qui n'avait d'abord que 25 pieds de
largeur, par la libéralité, des particuliers fut portée à 40 pieds.

Ceci engagea la corporation à la prolonger au-delà des limites de la
cité jusqu'au chemin de Lorette et l'a rendue la plus utile et l'une des
plus belles rues de Saint-Roch.

Quand la plus spacieuse rue du quartier, la rue de la Couronne, large de
soixante pieds, reçut-elle les cérémonies du baptême? À coup sûr, ce dut
être avant 1837, l'ère de Papineau. La rue du Roi rappelle sans doute le
règne de George III; ainsi pour la rue de la Reine. L'hon. John
Richardson, de Montréal, vers 1815, donnait son nom à la rue qui
traverse les terrains que la couronne venait de lui concéder pour les
héritiers de feu William Grant, qui, lui aussi, léguait son nom à une
rue avoisinante. Un Monsieur Henderson possédait des terrains dans le
voisinage de l'Usine du Gaz, au commencement du siècle: il fallait donc
y créer une rue Henderson. Le quai du gaz est bâti sur le site de
l'ancienne jetée, dont nous avons vu une mention vers 1720. Cette digue
se composait de pierres entassées les unes sur les autres et servait à
abriter le débarcadère au Palais contre le vent du nord-est. En 1815, le
Col. Bouchette dit que c'était une promenade assez fréquentée;
maintenant l'extension du quai n'en laisse aucune trace.

La rue de l'Église date sans doute de la construction de la belle église
de Saint-Roch, vers 1812. Le site en fut donné par l'hon. John Mure,
mort en 1823.

L'espace nous manque pour décrire convenablement une multitude de
localités, de rues et d'édifices de Saint-Roch; nous terminerons ces
notes hâtives par quelques détails topographiques.

Saint-Roch, comme la Haute-Ville, comprend plusieurs fiefs. A partir du
fief du Séminaire, à venir jusqu'au quai du gaz, les grèves avec le
droit de pêche appartenaient originairement à l'Hôtel-Dieu, par
concession du 21 mars 1648. Mais elles ont été concédées à d'autres. La
Couronne possède une réserve importante vers l'ouest de cette
concession; puis vient la concession de 1814 ou 1815 aux héritiers de
Wm. Grant, occupée maintenant par plusieurs chantiers. Jacques-Cartier
qui, en 1535-6, hivernait dans les environs de Saint-Roch, a donné son
nom à toute une division municipale de ce riche faubourg, aussi bien
qu'à une Halle fort achalandée.

Descendons cette antique et tortueuse côte de la Basse-Ville qui a
retenti sous les pas de tant de régiments, où les Gouverneurs Français
et Anglais ont tant de fois entendu leurs noms acclamés par des foules
avides d'émotions, où les Vice-Rois de la France et de l'Angleterre,
depuis le fastueux marquis de Tracy au fier comte de Durham, montaient
au château Saint-Louis, entourés de leurs brillants états-majors, au son
du canon et des fanfares guerrières. Nous voilà à la principale artère
du commerce dans la vieille capitale--la rue Saint-Pierre, large de
vingt-quatre pieds seulement.

La rue Saint-Pierre est vraisemblablement plus ancienne que sa sœur, la
rue Sault-au-Matelot. Là où la banque[10] de Québec fut érigée en 1862,
étaient les bureaux, la voûte, le quai de John Lymburner, marchand bien
connu. Il y avait trois Lymburner: John, mort vers 1816, Mathew, et
Adam, le plus lettré des trois: ils étaient sans doute parents. Il y
avait plus que des soupçons sur la loyauté d'Adam envers la couronne
britannique, en 1775: néanmoins ses talents oratoires, ses connaissances
en droit constitutionnel, le firent déléguer en Angleterre pour plaider
la cause de la colonie devant les autorités métropolitaines; son
discours est reproduit dans le _Canadian Revue_, publié à Montréal en
1826.

     [Note 10: Grâce à M. J. B. Martel, secrétaire de la
     Commission du Hâvre, nous pouvons décrire en quelques mots le
     site qu'occupe la Banque de Québec. Ce terrain, alors un lot
     de grève, fut concédé au Séminaire par le marquis de
     Denonville en 1687 et confirmé par le roi le 1er mars 1688.
     Le 25 août 1750, Messire Christophe de Lane, Directeur du
     Séminaire des Missions étrangères, à Paris.... le concéda à
     M. Nicolas René Le Vasseur, Ingénieur, ci-devant chef des
     constructions des vaisseaux de Sa Majesté très-chrétienne. Le
     24 Juin 1760, vente de la même propriété à Joseph Brassard
     Deschenaux, maison à deux étages et un quai (avec les
     pentures au-dessus de la porte). Le 8 septembre 1764, vente à
     Alex McKenzie, prix $5.800. Le 19 avril 1768, Joseph
     Deschenaux vend son hypothèque.... à M. John Lymburner. Le 11
     août 1781, concession de la grève en arrière, à marée basse,
     par le Séminaire, à Adam Lymburner. Le 5 nov. 1796, vente par
     le Procureur d'Adam Lymburner à Mathew Lymburner. Puis Angus
     Shaw en devient propriétaire moyennant £4.100. Le 17 octobre
     1825, vente par décret à Henry Atkinson, Esq.]

Le colonel Caldwell mentionne que le gouverneur Guy Carleton avait fait
braquer un canon sur le quai de la maison de Lymburner, pour tirer sur
les Bostonnais, en 1775, lorsqu'ils tentèrent une surprise dans le
quartier Sault-au-Matelot. On voit encore dans la maison voisine, au sud
de cette dernière, et appartenant aux héritiers Atkinson, de fort
massives voûtes, d'origine française probablement.

Sur le site où est le bureau de M. McGie et de l'_Express_, il y avait,
en 1759, l'entrepôt de marchandises de M. Pérault: d'après de nombreuses
lettres et factures trouvées en ce grenier, et qu'un antiquaire nous a
remises, M. Pérault avait des relations commerciales fort étendues au
Canada et en France.

La rue St. Pierre est devenue le quartier-général du haut commerce; des
bureaux d'assurance sur la vie, contre les accidents par le feu; les
institutions monétaires y trônent orgueilleusement: la Banque de
Montréal, de Québec, la Banque Union, Banque Nationale, la Banque
Stadacona, Banque Britannique.

Dans cette rue demeurait en 1774 le Capitaine Bouchette qui, l'année
suivante, dans son vaisseau «_Le Gaspé_» nous ramenait sain et sauf en
dépit des Yankees, Sir Guy Carleton, notre gouverneur. M. Bonchard,
marchand, M. Panet, N. P., le père de Mgr. B. C. Panet, aussi bien que
M. Boucher, maître du Port (Harbor Master), qui fut nommé à ce poste par
le Gouverneur R. S. Milnes, sur la recommandation du Duc de Kent, dont
il avait piloté le vaisseau (porteur du 7 Régt.) de Québec à Halifax--y
résidaient.

Le bureau où se rédige depuis 1847 le _Morning Chronicle_, appartenait
en 1759 à M. Jean Taché, syndic des marchands, «homme probe et
d'esprit,» disent les mémoires, un de nos premiers poëtes. Il composa un
poème sur la mer; c'est l'ancêtre de Sir E. P. Taché, du romancier
Marmette, etc. Il possédait alors en outre de grands bureaux, que
l'incendie dévorait en 1845 sur le quai Napoléon, et une maison de
campagne sur le chemin Ste. Foye, plus tard _Holland House_. Ce local,
pendant près d'un demi-siècle, fut un café fort achalandé par les marins
de long cours, sous le nom de _Old Neptune Inn_; le Dieu de la mer armé
d'un trident formidable, placé au-dessus de la porte, menaçait les
passants. Nous nous rappelons comme d'hier ses formes colossales: il a
disparu depuis près de trente ans.

Parallèle à la rue St. Pierre, court la rue Notre-Dame, qui conduit à la
petite église de la Basse-Ville, nommée d'abord _Notre-Dame de la
Victoire_ en souvenir de la victoire remportée en 1690 sur l'assiégeant
Phipps; plus tard _Notre-Dame des Victoires_, en mémoire de la défaite
de l'escadre de l'amiral Walker en 1711. Ce coin de la rue St. Pierre
occupe probablement les avenues et les parterres où Champlain cultivait
les roses vers 1615. En face de l'Eglise Notre-Dame des Victoires et sur
le site occupé actuellement par l'hôtel Blanchard, les Dames Ursulines,
en 1639, trouvèrent une asile, «à une toute petite habitation, espèce de
magasin, alors la propriété du Sieur Juchereau des Châtelets, située au
pied du sentier de la montagne,» où le Gouverneur, M. de Montmagny,
dit-on, leur envoya porter leur premier souper.

L'endroit a encore d'autres traditions, de suaves mémoires: la bonne, la
jeune, la belle Madame de Champlain, vers 1620, y enseignait le
catéchisme sous l'ombrage des bois aux marmots hurons qui s'extasiaient
en voyant leurs traits reproduits dans le petit miroir que leur
bienfaitrice portait suspendu à son côté.

Parmi les nombreuses voûtes et magasins de la Basse-Ville, en 1682, le
feu éclata et réduisit en cendres une grande partie des édifices. Sur
une partie de ces décombres, on construisit plus tard _Notre-Dame de la
Victoire_; ouvrons le tome II du _Cours d'Histoire du Canada_, de l'abbé
Ferland, et lisons:

«D'autres ruines se trouvaient (en 1684) au centre des affaires à la
Basse-Ville; c'étaient des murs noircis et lézardés, l'ancien magasin
(de Champlain) qui, des mains de la compagnie, était passé dans celles
du roi; il était resté dans l'état où l'avait laissé le grand incendie
qui, quelques années auparavant (1682), avait détruit la Basse-Ville.
Mgr. de Laval obtint en 1684 cet emplacement de M. de Labarre, afin d'en
faire une chapelle succursale pour l'avantage des habitants de la
Basse-Ville. Ce don ne fut cependant ratifié qu'un peu plus tard en
faveur de M. de St. Valier; au mois de septembre 1685, MM. de Denonville
et de Meulles firent expédier la concession pure et simple de ce lieu
pour l'érection d'une église, que le digne évêque bâtit avec le temps
sous le nom de Notre-Dame de la Victoire.» Le débarcadère des petites
embarcations, en aval de la vieille; halle (maintenant le marché
Finlay)[11] a sans doute emprunté son nom LA PLACE, du site avoisinant,
en face de l'église Notre-Dame, connue comme _La place de Notre-Dame_.

     [Note 11: M. Finlay, un des bienfaiteurs de la cité,
     laissa des dons que la ville employa à acheter ce marché.]

C'est dans ces environs, un peu vers l'ouest, qu'avait lieu en juillet
1608, sous l'ombrage discret d'un bois, près du jardin que Champlain s'y
faisait «accommoder», l'historique entrevue qui sauva la colonie. Le
secret en valait la peine: rien de surprenant si le loyal pilote de
Champlain, le capitaine Testu, jugea à propos de conduire le fondateur
de Québec à l'écart dans un bois avoisinant pour lui dévoiler l'odieuse
trame qu'un des complices, Antoine Natel, serrurier, venait de lui
confier sous le plus grand secret. Le chef de la conspiration était un
nommé Jean du Val, venu en ce pays avec Champlain. On devait égorger
Champlain, piller le magasin, puis rejoindre les vaisseaux Espagnols et
Basques à Tadoussac. Comme il n'y avait alors dans la Nouvelle-France ni
cour d'appel, qu'il n'était nullement question d'une Cour Suprême, le
procès du chef de la conspiration fut bientôt instruit, et le sieur Jean
du Val fut bel et bien «pendu et étranglé au dit Québecq, et sa têste
mise au bout d'une pique, pour êstre plantée au lieu le plus éminent du
fort»: certes, cette livide tête de forcené, au bout d'une pique, près
de la rue _Notre-Dame_, devait faire un effet pittoresque à la brunante.

Mais le brave capitaine Testu, le sauveur de Champlain et de Québec,
qu'est-il devenu? Champlain lui fait l'honneur de le nommer, voilà tout.
Ni monument, ni poème, ni page d'histoire, rien pour commémorer son
dévouement. A l'instar de celle de l'homme illustre dont il sauva les
jours, sa tombe est ignorée. Il n'existe personne de sa descendance,
d'après l'abbé Tanguay.

La plus vaste, la plus remarquable de ces solides voûtes françaises est
celle maintenant possédée par la succession Poston, sur le côté nord de
la rue Notre-Dame, presqu'en face de l'église. On prétend que ces voûtes
étaient construites non-seulement à l'épreuve du feu, mais encore à
l'épreuve de l'eau, aux grandes marées du printemps et de l'automne.

Pendant le siége de 1759 on voit, d'après le journal de Panet, que la
Basse-Ville n'était qu'un monceau de ruines fumantes; au 8 d'août,
c'était un brasier. Les bombes de Wolfe et de Saunders avaient pénétré
jusque dans les voûtes souterraines. Cette date fut fatale a bien des
québecquois. «Les anglais jetèrent des pots à feu sur la Basse-Ville,
dont trois tombèrent, un sur ma maison, dit M. Panet, un sur une des
maisons de la place du marché et dans la rue Champlain. Le feu prit à la
fois dans trois endroits. En vain voulut-on couper le feu et l'éteindre
chez moi; il ventait un petit _Nord-Est_, et bientôt la Basse-Ville ne
fut plus qu'un brasier; depuis ma maison, celle de M. Desery, celle de
M. Maillou, rue du Sault-au-Matelot, toute la Basse-Ville et tout le
Cul-de-Sac jusqu'à la maison du Sr. Voyer, qui en a été exempte, enfin
jusqu'à la maison du Sr. Voisy, tout a été consumé par le feu.

«Il y a eu sept voûtes qui ont été crevées ou brûlées; celle de M.
Perrault, le jeune, celle de M. Tachet, de M. Turpin, de M. Benjamin de
la Mordic, Jehaune, Maranda. Jugez de la consternation. Il y eut 167
maisons de brûlées.»

Cent soixante-sept maisons incendiées devaient créer bien des lacunes.
On sait où était le magasin de M. Perrault, jeune, de M. Taché. Mais qui
nous indiquera où étaient les maisons de Desery, Maillou, Voyer, de
Voisy et les voûtes de MM. Turpin, de la Mordic, Jehaune, Maranda?

On sait que Champlain, après son retour à Québec, en 1633, avait «eu le
soin de réparer une batterie placée au niveau du fleuve, près du
magasin, et dont les canons commandaient le passage entre Québec et la
côte opposée».[12] Or, en 1683, «cette batterie de canons posée dans la
basse-ville, environnée presque de maisons de tous côtés, était éloignée
du bord de la rivière et causait de l'incommodité au public;» le
gouverneur d'alors, Lefèbre de la Barre[13], «ayant reconnu un endroit
bien plus avantageux vers la pointe des Roches et au bord dudit fleuve à
haute marée qui, dit-il, battra bien plus avantageusement dans la rade
et qui causera bien moins d'incommodités aux maisons de la dite
basse-ville,» jugea à propos d'y transporter la dite batterie, et les
Révérends Pères de la Compagnie de Jésus s'étant offert de contribuer
aux frais qu'il conviendrait de faire, il leur concéda «une partie de
l'emplacement qui est au-devant du lieu sur lequel est présentement
posée la dite batterie de canons.........entre la rue ou le grand chemin
de charrettes venant du port[14] et la rue dite Saint-Pierre.»

     [Note 12: Cours d'Histoire du Canada, Ferland, Vol. 1, P.
     280.]

     [Note 13: Concession de La Barre aux Jésuites, 16 sept.
     1683.]

     [Note 14: M. de Laval, en 1661, décrivait la ville comme
     suit:

     «Quebecum vulgo in superiorem dividitur et inferiorem urbem.
     In inferiore sunt portus, vadosa navium ora, mercatorum
     apoticæ ubi et merces servantur, commercium quodlibet
     peragitur publicum et magnus civium numerus commoratur.»]

Voilà donc l'origine du quai Napoléon et une mention bien distincte de
la rue St. Pierre. La maison construite près de ce site fut vendue le 22
octobre 1763 à Wm. Grant, écuyer, qui, le 19 décembre 1763, achetait
aussi le reste du terrain jusqu'à basse marée de Thos. Mills, écuyer,
major de ville, lequel venait d'en obtenir la patente le 7 décembre 1763
du gouverneur Murray, en récompense, comme il est dit au préambule de
l'acte, de ses services militaires. Cette propriété qui plus tard
appartenait à M. Wm. Burns, fut par lui cédée, le 16 octobre 1806, à M.
J. W. Woolsey.

Le quai Napoléon acquis en 1842 de M. Buteau par feu M. Chouinard, fait
maintenant partie de la succession Chouinard; il se compose en réalité
de deux quais réunis en un seul, la partie à l'ouest se nomme Quai de la
Reine. La voie qui mène du Cap vers ce quai est nommée _Rue
Sous-le-Fort_, à cause de sa position: elle date probablement de l'année
1620, quand on jeta les fondations du Fort St. Louis. En 1663, elle
devait aboutir à la «Pointe des Roches;» au siècle dernier la _Rue
Sous-le-Fort_ comptait entre autres résidences celle de Fleury
Joannière, frère de Fleury de la Gorgendière, beau-frère du gouverneur
de Vaudreuil.

Il y avait aussi dans cette rue la maison de M. Geo. Alsopp, le chef de
l'opposition dans le Conseil du Gouverneur Cramahé, etc.; son voisin
était M. D'Amours des Plaines, le conseiller au Conseil Supérieur; puis
ensuite la résidence de M. Cuvillier, le père de l'hon. Austin
Cuvillier, le patriote le plus désintéressé qui ait vu le jour à Québec.
Dans cette rue se trouvait le magasin de M. Cugnet, le fermier du
domaine de Labrador.

Il ne faut pas confondre le Quai Napoléon tel que l'avait fait M. Brunet
avant M. Buteau, avec le Quai de la Reine, propriété de M. Woolsey. Du
Quai du Roi aux forges du Roi, dont on trouvait les masures au
commencement du siècle un peu plus haut que le hangard du Roi, il n'y a
que quelques pas.

G. Bellet, M. P. P., demeurait dans la propriété de M. Chouinard, au
coin des rues St. Pierre et Sous-le-Fort.

Entre le quai de la Reine et la jetée à l'ouest, appartenant aux
autorités impériales et nommée le quai du Roi, il y avait un enfoncement
ou débarcadère, fort prisé par nos aïeux, où les vaisseaux côtiers et
les petites embarcations de rivière se réfugiaient, le Cul-de-Sac. Là
aussi les navires, surpris par un hiver hâtif, attendaient que les
soleils d'avril, vinssent rompre leurs chaînes en fondant les glaces du
fleuve. On les mettait en hivernement sur un fonds de glaise,
douillettement et en sûreté: les vaisseaux naufragés y venaient aussi
pour recevoir des radoubs. Le Cul-de-Sac, avec ses us et traditions
marines, avait aux anciens jours son utilité dans notre incomparable
port de mer. Près de cet endroit, en 1759, Vaudreuil avait établi une
batterie à fleur d'eau. Sur ce site fut bâtie vers 1833 l'ancienne
douane. Le Cul-de-Sac rappelle «la première chapelle qui ait servi
d'église paroissiale à Québec--celle que Champlain fit construire à la
Basse-Ville, en 1615, dans l'anse du Cul-de-Sac, où le nom de Champlain
est resté attaché à la rue qui aboutissait à cette chapelle. Les
récollets y firent les fonctions curiales jusqu'à la prise de Québec par
les Kertks--1615-1629.» (Laverdière.)

Rien moins qu'un besoin pressant de fournir au public un marché
convenable, et aux petits vapeurs côtiers des quais, ne put déterminer
la municipalité d'y ériger les jetées actuelles et d'y élever en 1856,
avec les débris de l'ancien Parlement, la spacieuse Halle Champlain que
nous connaissons. Le quai du Roi et les hangards du Roi sur icelui, ont
aussi leurs traditions marines et militaires. Quelques compagnies des
Volontaires y étaient casernées à l'époque palpitante de 1837-8, lorsque
«Bob Symes» rêvait une nouvelle conspiration chaque nuit, et que M.
Aubin préservait dans l'ambroisie du _Fantasque_ ce loyal Magistrat.

Que de pimpantes frégattes, que de vaisseaux-amiral de la
Grande-Bretagne ont attaché un canot à la rampe de ce quai!
Jacques-Cartier, Champlain, Nelson, Bougainville, Cook, Vauclain,
Montgomery, ont tour à tour foulé cette pittoresque plage surplombée par
le Cap aux Diamants. Depuis un siècle, la rue qui porte le nom vénéré du
fondateur de Québec, la rue Champlain, oublieuse de ses anciennes
traditions gauloises, est le quartier-général, exclusif presque, de
notre population Hibernienne. Une lugubre planche peinte en noir,
suspendue aux saillies du Cap, marque l'endroit où l'un de leurs
compatriotes, le général Richard Montgomery, avec ses aide-de-camp
Cheeseman et McPherson, recevaient le coup de grâce pendant une tempête
de neige un samedi, vers 5 heures du matin, le 31 décembre 1775. Cette
malencontreuse matinée pour nos amis les ennemis, le poste était gardé
par des miliciens canadiens, MM. Chabot et Picard: le capitaine
Barnesfare, marin anglais avait pointé le canon; _Coffin_ et le sergent
McQuarters le tirèrent; à l'extrémité est était, selon MM. Casgrain et
Laverdière le tombeau de Champlain. M. S. Drapeau dit qu'il n'en est pas
sûr.

Un peu à l'ouest est le Cap Blanc, habité pur un petit groupe de
Canadiens-Français: près de là fut lancé le premier navire bâti à
Québec, en 1673; le drapeau blanc flottait alors aux bastions du Cap aux
Diamants.

La rue Champlain court presque jusqu'au Cap Rouge, une distance de six
milles. Pendant l'hiver, les incidents les plus marquants sont: les
éboulis sur les toits de quelque avalanche des flancs du
Cap--quelquefois mort s'en suit: la pose de la quille d'un grand navire
dans les chantiers de MM. Gilmour, Dinning, Baldwin, etc. Ceci remet la
joie au cœur des pauvres charpentiers en grève, dont les blanches
chaumières se groupent tout le long de la côte. Excepté pendant les mois
d'été, où les équipages des nombreux navires en chargement le long des
estacades, dansent et chantent dans les estaminets, l'année s'écoule
paisible. Aux grands jours de gala, au temps des élections, quelques
fils de St. Patrice parcoureront l'historique rue, armés de _gournaves_
ou de _shillaleghs_ pour _maintenir la paix_!

En somme la rue Champlain a une physionomie toute particulière.

Parmi les rues de Québec, les plus célèbres dans nos annales à raison
des incidents qui s'y rattachent, nommons la sale et tortueuse voie qui
circule du bas de la rue Lamontagne[15]. Elle court à deux cents pieds
sous le Cap jusqu'au sentier plus étroit encore qui commence où finit la
rue Saint-James, et mène au pied de la côte de la Canoterie[16]: nous
avons nommé la rue Sault-au-Matelot. Est-ce parce qu'un matelot un peu
_grisé_ sans doute, on est-ce parce qu'un chien du nom de Matelot y
sauta[17]? consultez Du Creux. Notre ami Marmette l'a réservée pour
recevoir dans sa chute son héros _Dent de Loup_. Ce «sentier plus
étroit» dont nous venons de parler à nom «Ruelle des chiens.» Ainsi le
nomme le peuple: les _Directory_ le nomment «Petite Rue
_Sault-au-Matelot_.» Il est si étroit que deux charrettes en certains
angles ne pourraient s'y rencontrer. Figurez-vous qu'à venir à 1816 nos
magnanimes aïeux n'avaient d'autre débouché en cette direction, à marée
haute, pour pénétrer à Saint-Roch (car la rue Saint-Paul est postérieure
à 1816 comme M. de Gaspé nous l'a si bien dit)! N'est-ce pas incroyable?

     [Note 15: En 1664, la rue Lamontagne qui, au rapport de
     l'abbé Laverdière, avait emprunté son nom d'un nommé
     Lamontagne qui résidait sur son parcours. Elle se nommait la
     «rue qui descend au magasin» le premier édifice de la
     Basse-Ville, bâti, comme l'on sait, par Champlain.]

     [Note 16: Au bas de la côte de la Canoterie, les pères
     Jésuites, venant par eau de la Ferme des Anges, attachaient
     leurs canots.]

     [Note 17: Etait-ce le chien de Champlain, nous demande un
     antiquaire?

     Ad leavam fluit amnis S. Laurentii, ad dextram S. Caroli
     fluviolus. Ad confluentem. Promontorium assurgit. _Saltum
     nautæ_ vulgo vocant, ab canis hujus nominis qui se alias ex
     eo loco præcipitem dedit.

     (Historia Canadensis, _Creuxius_. P. 204.) ]

Il y avait, sans doute, à chaque extrémité, comme dans certaines passes
des Alpes, un gardien muni d'un porte-voix pour annoncer quand le
passage était libre et pour prévenir les rencontres. Cette localité,
odoriférante surtout pendant la canicule, est fort peuplée: les bambins
de la Verte Erin y pullulent comme lapins en garenne. Des touristes
aventureux qui s'y sont risqués aux jours radieux de juillet, en sont
revenus tout éblouis, abasourdis même des merveilles de l'endroit.
Entr'autres curiosités indigènes, ils y ont remarqué comme des tentes
aériennes, improvisées sans doute contre les rares rayons du soleil du
midi. Sur des ficelles tendues d'un côté à l'autre de la voie, était le
linge des familles mis à sécher. Quand le vent agitait au-dessus des
passants toutes ces blanches chemisettes, mêlées à des caleçons
masculins, et à ces fragments de toile si nécessaire au jeune âge,
l'effet, dit-on, était pittoresque au suprême degré. Quant à nous,
désireux dès notre jeunesse d'approfondir les moindres détails de
l'histoire de notre cité et de les narrer dans toute leur pétillante
actualité, pour l'édification des touristes distingués de la France, de
l'Angleterre, des Etats-Unis, ça été pour nous un de nos chagrins les
plus cuisants de savoir que l'unique visite que nous ayons faite à la
_ruelle des Chiens_ ait été postérieure à la publication de l'_Album du
Touriste_, ce qui en explique l'omission.

Nos plus illustres touristes, le fils aîné de la Reine, le Prince de
Galles, ses frères, les Princes Edward et Arthur, les ducs de Newcastle,
de Manchester, les généraux Grant, Sherman, le Prince Napoléon
Bonaparte, tous, dit-on, ont quitté Québec sans avoir visité la _Ruelle
des Chiens_, ignorant même, il est probable, son existence! Et pourtant
cette rue est immensément historique. Elle a raisonné des fanfares de la
guerre, du grondement du canon, d'une fusillade des plus vives: le Col.
Arnold y tombait blessé au genou. On le transportait au milieu des cris
désespérés de ses soldats, ruisselant dans leur sang, sous le sabre de
Dambourgès, du féroce et colossal Charland, du brave Caldwell, secondé
de son ami Nairn et de leurs ardentes milices. Nos amis, les
annexionistes d'alors, était tellement décidés à annexer Québec, qu'ils
se ruaient comme des possédés sur les barrières (il y en avait trois)
dans la rue des Chiens et dans la rue Sault-au-Matelot: «chacun, dit
Sanguinet, portant une feuille de papier sur le chef, sur laquelle était
écrit _Mors aut Victoria_, La Mort ou la Victoire.» Il y a de cela cent
ans.

De nombreux cadavres jonchaient les environs: on les transportait au
Séminaire. Vous trouverez d'amples détails sur cette glorieuse journée
dans l'ALBUM DU TOURISTE. On croit que la première barrière était au bas
de la demi-lune en pierre où repose maintenant un canon sur les
remparts; la seconde était en arrière des bureaux de M. W. Campbell, N.
P., et la troisième près des bureaux de la Banque Nationale, dans la rue
Sault-au-Matelot.

La rue Sault-au-Matelot a perdu toute son allure militaire d'alors. A
part les bureaux de M. Ledroit, du _Chronicle_, des Mesureurs de bois
(cullers), elle semble affectée à des charretiers et à la nombreuse
tribu des tonneliers, dont les futailles à certains jours couvrent les
trottoirs. Il serait à désirer que la municipalité entrât en arrangement
avec ces honnêtes industriels pour savoir à quel taux ils consentiraient
à laisser la voie publique libre aux passants.

La rue _Sault-au-Matelot_ ne paraît pas sur le plan de Québec de 1660,
reproduit par l'abbé Faillon.

Ce quartier de la Basse-Ville, si populeux sous le régime français et
où, selon M. de Laval, il y avait en 1661 _magnus numerus civium_,
continua jusque vers 1832 à représenter, par le tohu-bohu des affaires
et les résidences des principaux négociants, une des plus riches
portions de la cité. En 1793, le père de notre Souveraine, en garnison à
Québec, colonel du 7e régiment, y acceptait l'hospitalité de M.
Lymburner, un des négociants les plus huppés de l'époque. La chère amie,
qui vécut comme son épouse avec lui pendant vingt-huit ans, l'élégante
baronne de Saint-Laurent, était-elle de la partie? C'est ce qu'il nous a
été impossible de constater de notre vieil ami, l'hon. Wm. Sheppard, de
Woodfield, près Québec, mort en 1867, dont nous tenons ce renseignement.
M. Sheppard, qui avait fréquenté les meilleurs salons de la vieille
capitale, était lui-même un des contemporains du généreux et jovial
Prince Edouard.

Le quartier du _Sault-au-Matelot_, la rue St. Pierre, la rue St. James à
venir à l'année 1832 contenaient les résidences d'une foule de familles
fort à l'aise: plusieurs de nos premiers marchands y résidaient. Les
traces de luxe dans les salons y sont visibles jusqu'à ce jour. On sait
que le drainage était presqu'ignoré alors en notre bonne ville. Le fléau
asiatique cette année-là décima la population: 3,500 cadavres étaient
allés dans quelques semaines prendre leur place au cimetière. Cette
terrible épidémie causa pour ainsi dire une révolution sociale à Québec:
les terrains sur les chemins St. Louis, Ste. Foye prirent de la valeur;
la classe aisée quitta la Basse Ville. On y faisait ses affaires, mais
on résidait à la campagne ou à la Haute-Ville.

Le fief du Sault-au-Matelot qui appartient maintenant au Séminaire de
Québec, croyons-nous, fut concédé à G. Hébert le 4 février 1623; puis le
dernier jour de février 1632, son titre lui fut confirmé par le duc de
Ventadour. Sur le terrain réclamé du fleuve, vers 1815, MM. Munro et
Bell, négociants distingués, bâtirent des quais et de grands hangards,
auxquels la ruelle Bell (Bell's Lane, ainsi nommée d'après l'honorable
Mathew Bell)[18], les rues Saint-James, Arthur, Dalhousie et autres
conduisent. M. Bell, plus tard l'un des locataires des forges de
Saint-Maurice, résidait dans la maison coin de la rue St. James et
Saint-Pierre, possédée maintenant par M. J. G. Chapham, N. P. C'était
un citoyen très-influent; il commandait une compagnie de cavalerie, fort
en renom parmi messieurs nos pères. Il eut une nombreuse famille et fut
par mariage lié aux Montizambert, aux Bowen, etc.

[Note 18: Ouverte par l'hon. Mathew Bell, en 1831.]

La rue Dalhousie à la Basse-Ville date probablement de l'ère du comte de
Dalhousie, de 1827, quand le _Quebec Exchange_ (la Bourse) fut bâti par
une société de marchands. L'extrémité de la Basse-Ville, au nord-est,
constitue la Pointe à Carcy; au large, est la jetée des commissaires du
Hâvre, auprès de laquelle la belle frégatte, l'_Aurora_, capt. De
Horsey, hivernait en 1866-67.

L'extension du commerce au commencement du siècle présent,
l'augmentation de la population, faisaient ardemment désirer des voies
de communication entre la Basse-Ville et Saint-Roch, moins scabreuses
que le tunnel de la ruelle des Chiens et la grève du Saint-Charles, à
basse marée. Vers 1816, on acheva l'extrémité nord de la rue
Saint-Pierre, qui alors se terminait par un pont rouge, resté mémorable
dans les souvenirs populaires. L'apôtre saint Paul eut sa rue, aussi
bien que son collègue, saint Pierre. MM. Benj. Tremain, Budden,
Morrisson, Parant, Allard et autres acquirent des terrains sur le côté
nord de cette rue, y bâtirent des quais, des bureaux, de grands
magasins.

La construction du chemin de fer du Nord, donnera plus tard une grand
valeur à ces propriétés, dont la majeure partie appartient maintenant à
notre compatriote, M. J.-Bte. Renaud, qui doit sous peu, paraît-il,
doter cette partie de la Basse-Ville d'édifices de première classe; le
quartier, espérons-le, progressera et notre entreprenant concitoyen n'en
souffrira pas.[19]

J. M. LEMOINE.

     [Note 19: Nous empruntons au «Directory for the City and
     Suburbs of Québec,» pour 1791, par Hugh Mackay, imprimé au
     bureau du _Quebec Herald_, le paragraphe suivant:

     RUES ÉCARTÉES.

     «La Canoterie suit la rue Sault-au-Matelot, commence à la
     maison de Cadet (où M. Ol. Alywin demeure) et continue
     jusqu'à la distillerie de M. Grant; la rue St. Charles
     commence là et finit à l'ouverture au-dessous de la porte du
     palais: la rue St. Nicholas va depuis la porte du palais
     jusqu'au bord de l'eau passant par devant la veuve Lavalée,
     l'ancien chantier vis-à-vis la garde de bateaux--la rue du
     Cap Diamant commence au quai de Mons. Antrobus et finit à
     l'extrémité ultérieure de celui de Mous. Dunière, au-dessous
     du Cap Diamant, les rues Carrière, Mont Carmel, Ste.
     Genevière, St. Denis, des Grisons, sont toutes au-dessus de
     la rue St. Louis.»]




[Fin de _Les rues de Québec_ par J. M. Le Moine]
