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Titre: Histoire de Bures-en-Bray
Auteur: Decorde, Jean-Eugne (1811-1881)
Date de la premire publication: 1872
Lieu et date de l'dition utilise comme modle pour
   ce livre lectronique:
   Neufchtel: Imp. Th. Duval;
   Paris: Derache;
   Rouen: A. Lebrument, 1872 (premire dition)
Date de la premire publication sur Project Gutenberg Canada:
    4 avril 2009
Date de la dernire mise  jour: 4 avril 2009
Livre lectronique de Project Gutenberg Canada no 292

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                               HISTOIRE
                                  DE
                            BURES-EN-BRAY.

                    ___________________________
                    Neufchtel--Imp. Th. Duval.




                               HISTOIRE
                                  DE
                            BURES-EN-BRAY

                      Par l'Abb J.-E. DECORDE
                    (Ancien Cur de la paroisse)
           MEMBRE DE L'INSTITUT DES PROVINCES ET DE DIVERSES
              SOCITS SAVANTES, FRANAISES ET TRANGRES.



A PARIS,
Chez DERACHE, Libraire,
rue Montmartre, 18.

A ROUEN,
Chez LE BRUMENT, Libraire,
rue Jeanne-d'Arc, 11.

                                 1872.




On l'a souvent dit et rpt, depuis quelques annes surtout: le
meilleur moyen d'arriver  la publication d'une bonne histoire gnrale,
c'est d'encourager les hommes studieux  publier de consciencieuses
monographies,  feuilleter avec patience non-seulement les anciennes
chroniques, mais encore les archives locales, pour y puiser des
renseignements exacts et indits, dans lesquels viendront plus tard
butiner les historiens pour former un ensemble de ce que nos annales de
province offrent de plus intressant au point de vue gnral.

C'est cette pense qui nous a port  publier l'histoire du petit coin
de la Normandie que nous avons habit pendant trente-quatre ans. Une
partie de nos lecteurs trouvera peut-tre que nous aurions pu omettre
quelques dtails; mais nous avons cru devoir entrer dans ces dtails,
pour nous conformer  la Lettre-Circulaire de Monseigneur le
cardinal-archevque de Rouen (avril 1864), prescrivant  chaque cur de
consigner sur un registre spcial (Annales de la paroisse) tout fait qui
paratra digne de remarque.

Les principales sources auxquelles nous avons puis sont:

_Archives de l'glise et de la mairie de Bures;_
_Archives de l'glise et du chteau le Mesnires;_
_Archives de la prfecture;_
_Histoire de Bolbec,_ par GUILMETH;
_Histoire de l'arrondissement de Dieppe,_ par le mme;
_Histoire de l'arrondissement de Neufchtel_, par le mme;
_Description de la Haute-Normandie_, par DUPLESSIS;
_Histoire de Dieppe_, par L. VITET;
_Notre-Dame-de-Noyon_, par le mme;
_Histoire du chteau d'Arques_, par le mme;
_Histoire de la ville de Rouen_, par FARIN,
_Anastasis Childerici I_, J.-J. CHIFLETIO;
_Revue de Rouen_;
_Dictionnaire de thologie_, par BERGIER;
_Annales des Cauchois_, par J. HOUEL;
_Regestrum Visitationum_ Odonis Rigaad;
_Histoire de Normandie_, par Orderic VITAL;
_Histoire abrge de Normandie_, par TIREL DE MONTMIREL;
_Histoire gnrale de Normandie_, par DUMOULIN;
_La Ville d'Eu_, par Dsir LE BEUF;
_The Record of the Home of Gournay_, by D. GURNEY;
_Histoire des Normands;_
_Catalogue de la Bibliothque potique_, par VIOLLET-LEDUC;
_Recueil des historiens des Gaules;_
_Essais historiques sur les Bardes;_
_Mmoires chronologiques pour servir  l'histoire de Dieppe;_
_Histoire abrge et chronologique de Dieppe,_ m.;
_Histoire de Neufchtel,_ m.;
_Essai sur la Seine Infrieure, par_ NOL;
_Lettres missives de Henri IV;_
_Recueil de chants historiques franais;_
_Mmoires de la Socit d'mulation d'Abbeville_;
_Mmoires de la Socit des Antiquaires de Picardie_.




BURES.


A huit kilomtres de Londinires, aprs avoir travers la fort du
Hellet, on aperoit dans la valle un petit bourg de 422 habitants,
pittoresquement situ sur les bords de la Bthune, se continuant en
amphithtre sur le versant oppos, et couronn par plusieurs bois jets
 et l sur les coteaux qui le sparent du vallon voisin. Le plus grand
nombre des maisons s'alignent sur les bords d'une large rue qui part de
la rivire, passe auprs de l'glise, dont le clocher montre sa longue
flche au milieu des arbres, et se dirige vers un calvaire plac devant
l'cole. A droite et  gauche, de vastes herbages servent 
l'engraissement des boeufs destins  la boucherie; et  la nourriture
des vaches dont le lait produit un beurre exquis et des fromages
renomms, connus sous le nom de _bondons de Neufchtel_. Ce petit bourg,
 l'entre duquel on trouve une gare du chemin de fer de Dieppe  Paris,
c'est Bures.

Tout porte  croire que cette bourgade fut autrefois un lieu fort
important. Son ancien manoir, ses vieilles maisons, son glise, l'usage
de la faire figurer en gros caractres sur les cartes gographiques[1],
tout semble attester cette ancienne importance,  part toute recherche
historique.

[Note 1: C'est cet usage qui attira dans le pays un grand nombre de
Prussiens au moment de la guerre de 1870-1871. Hlas! Bures figurait
aussi en majuscules sur leurs cartes. Nous parlerons de leur conduite un
peu plus loin.]

Avant d'entrer dans les dtails srieux, qu'on nous permette de
rapporter une anecdote qui fit rendre  cette commune son ancien titre
de bourg.

En 1825 ou 1826, le pre G.... engraissait un porc: or, comme le pauvre
animal tait tourment par un grand nombre de vermines parasites,
savez-vous  quel moyen le bonhomme eut recours pour l'en dbarrasser?
Il fit sortir le pourceau de l'table et mit le feu  la litire. Si le
moyen tait expditif, on ne saurait dire qu'il fut prudent. En effet,
au bout de quelques instants, il n'y avait plus de vermines; mais aussi
il n'y avait plus d'table, et l'on mettait tout en oeuvre pour prserver
le pays d'un incendie gnral![2] C'est  la suite de cet vnement que,
sur la demande de plusieurs habitants de Bures, fut rendue une
ordonnance royale qui dfendit de couvrir en chaume les maisons et
autres btiments de la rue du _Bourg-de-Bures_.

[Note 2: Deux autres incendies eurent lieu  Bures dans ces derniers
temps. Au mois de novembre 1856, un btiment  usage de grange et de
cellier, appartenant  M Germain Guian, fut la proie des flammes. Le
dommage fut valu  16,000 francs. Le 25 avril 1864, un nouveau
sinistre rduisit en cendres le mme corps de btiment, qui avait t
rdifi et assur contre l'incendie. Les auteurs de ce double incendie
n'ont jamais t connus. Les habitants de Bures ayant t accuss
d'avoir montr peu d'empressement  combattre le flau, il s'ensuivit
une polmique assez acerbe entre le capitaine de la compagnie des
sapeurs-pompiers de Neufchtel et le cur de la paroisse. Le _Dernier
mot_ de ce pasteur dfendant son troupeau fut signal par la _Revue
anecdotique_ (de Paris), qui lui dcerna cette mention: Il y a l'toffe
d'un polmiste dans ce cur de village.]

Une ide  peu prs semblable amena l'incendie de la ville de Bolbec, le
14 juillet 1765. Pendant que les catholiques taient runis, le
dimanche,  l'glise, un protestant tuait un porc et s'enfermait pour le
brler; le feu prit  la maison du boucher, et, en moins de deux heures,
neuf cents maisons furent consumes et trois mille personnes plonges
dans la plus affreuse misre.

Au commencement de ce sicle, la grande rue de Bures n'tait qu'une
profonde cave sur les bords de laquelle taient plants des arbres qui
cachaient le devant des maisons. Cette cave tait si profonde, surtout
au-dessus de l'glise, qu'un chariot charg de foin atteignait  peine
le haut des bords du chemin. C'est Adrien Carrel, mort en 1822, qui a
donn l'ide de remplir cette espce de ravin, et qui a commenc le
travail, auquel il s'est livr avec une louable persvrance. D'aprs un
arrt du parlement de Rouen (17 aot 1752), il y avait dj eu ordre du
procureur du roi d'Arques d'arracher et vendre, au profit de l'glise,
les arbres de la rue de Bures, qui _nuisoient au charroi_. Le 28 octobre
1781. les habitants du Bures adressrent une rclamation  l'intendant
de la Gnralit de Rouen, dans le but de faire remplir cette cave et
_de la faire paver en grez_; mais cette rclamation resta sans effet.

La _Grande-Rue_ actuelle de Bures porte ce nom depuis longtemps, car
nous avons lu un acte de 1413 dans lequel il est question du fief _d'un
lieu assis au bourgage de Bures, qui jouxtoit_ (touchait) _d'un boult 
la grant rue, et d'un boult  la rue de dessoubs le moustier_.

La premire fois que nous voyons Bures figurer dans l'histoire, nous
sommes en 1058. Alors on tait dans une anne de calme; la plus
formidable coalition qui et jamais t forme contre la Normandie avait
t vaincue  Mortemer; Guillaume II, 7e duc des Normands, avait profit
de cette victoire pour obliger Henri Ier, roi de France,  lui
abandonner toutes les conqutes qu'il pourrait faire sur Geoffroy
Martel, comte d'Anjou, seul prince de la Gaule qui pt rsister aux
Normands. A l'occasion de cette stipulation, le duc de Normandie avait
livr bien des combats au comte d'Anjou, sans obtenir de rsultats
dcisifs; c'est alors que nous voyons le roi de France soutenir une
conspiration trame par Jrme de Bures, issu de Richard-sans-Peur, qui
prtendait avoir des droits sur le duch de Normandie. Mais Jrme de
Bures choua, et le moment n'tait pas encore venu o la France dt
joindre un riche fleuron  sa couronne, par la conqute de notre pays.

Lorsque Guillaume-le-Conqurant eut fond en Angleterre une monarchie
qui dure depuis huit sicles, il distribua ses tats  ses enfants.
Robert, son an, eut la Normandie, et Guillaume l'Angleterre, o il
alla se faire couronner en 1087. Cependant, bientt la guerre clata
entre les deux frres, et les Normands conurent le projet de rtablir 
leur profit l'empire form par Guillaume. Mais loin d'tre capable de
rgner sur l'Angleterre, Robert-Courte-Heuze ou Courte-Botte ne devait
mme pas conserver la Normandie. Aussi Guillaume n'eut pas plutt
triomph de son frre, qu'il chercha  rgner en mme temps sur
l'Angleterre et la Normandie, o un parti s'tait form en sa faveur. Il
ne russit pas d'abord; mais, en 1094, les Normands ayant pris les armes
contre lui, il s'empressa de passer la mer, et bientt la rvolte fut
comprime. Bures avait alors une forteresse qui fut enleve de vive
force par Guillaume lui-mme, qui venait de la ville d'Eu, o il avait
gagn la plupart des seigneurs normands par ses prsents et ses belles
promesses. Le chteau devait avoir alors pour gouverneur _Guillaume de
Bures, seigneur de Tibriade_, dont les armes se voient  Versailles, au
plafond d'une des salles des Croisades, avec la date de 1096.

Les chteaux de Bures et d'Arques, avec tout le territoire circonvoisin,
avaient t accords  titre de dot  Hlie de Saint-Saens, en 1089, au
moment de son mariage avec une fille naturelle de Robert II
(Courte-Heuze). Ce prince voulait par l se crer un appui contre les
nombreux ennemis qui le menaaient; mais les vnements qui se
prparaient ne devaient pas laisser longtemps Hlie en possession du
comt d'Arques. Cependant il fut toujours fidle au duc, et il eut
beaucoup de calamits  souffrir sous Guillaume-le-Roux et Henri Ier.

Au commencement du XIIe sicle, la Normandie tait loin d'tre
tranquille; elle n'avait plus,  proprement parler, ses ducs
particuliers et avait perdu, pour ainsi dire, son indpendance.
Cependant les Normands voyaient avec peine leur nationalit s'anantir,
et de longues luttes furent engages, luttes auxquelles prirent part
l'Angleterre et la France. C'est ainsi qu'en 1118, redoutant les
entreprises de Henri Ier, troisime fils de Guillaume, qui avait usurp
la couronne d'Angleterre, le roi de France, le comte de Flandre et le
comte d'Anjou se coalisrent pour combattre celui qu'ils regardaient
comme leur ennemi commun. Averti de cette coalition, Henri passa
aussitt en Normandie pour maintenir son pouvoir; mais il s'aperut
bientt qu'il avait  lutter contre de redoutables ennemis. Plusieurs
villages furent brls sous ses yeux, aux environs d'Arques, par
Baudouin, comte de Flandre, suivi d'une nombreuse arme. Alors Henri
s'empresse de fortifier le chteau de Bures et y met une garnison de
Bretons et d'Anglais. Aussitt Baudouin vient attaquer cette garnison:
mais il est bless  la tte par Hugues Boterel, et se retire  Aumale,
o _s'estant le soir emport dans la bonne chre et le vin nouveau, et
la nuict dans la desbauche, et de l sa playe devint incurable_.
Baudouin, 7e du nom, succomba  Aumale, aprs avoir misrablement langui
depuis le mois de septembre jusqu'au 17 juin 1119, g de 26 ans.

M. Dsir Le Beuf reporte la blessure du comte de Flandre, devant le
chteau de Bures,  l'anne 1119, et il ajoute qu'ayant t pris les
armes  la main, il fut retenu captif jusqu' ce que le pape Calixte II,
alors en Normandie, et obtenu sa dlivrance. D'aprs H. J. Houel, le
chteau de Bures aurait t pris en 1117, et Baudouin tu dans une
action prs des ruines de la ville d'Eu, au moment o, se retirant vers
la Picardie, il mettait tout  feu et  sang. Sans prciser le lieu du
combat, H. Daniel Gurney le fixe en 1118, et dit que, mortellement
bless, le comte de Flandre mourut peu de temps aprs  Aumale. Cette
opinion, entirement conforme au rcit d'Ordric Vital, historien
contemporain, nous parat la plus probable. S'il faut en croire M. A.
Guilmeth, d'aprs Guillaume de Malmesbury, ce serait sous les remparts
d'Arques que le comte de Flandre aurait reu la contusion dont les
suites ngliges le conduisirent au tombeau. Ce sentiment est contraire
 la gnralit des historiens, qui fixent le lieu du combat  Bures.

Aprs la mort de Henri Ier, roi d'Angleterre et duc de Normandie, Henri
II, son successeur, avait tendu son pouvoir depuis l'cosse jusqu'aux
Pyrnes, et nourrissait le projet de s'emparer de l'Irlande, dont
quelques gentilshommes anglo-normands se rendaient matres. Durant ce
temps, son fils Henri-le-Jeune se donnait du bon temps en Normandie et
tenait sa cour  Bures, aux ftes de Nol 1172. Pour se figurer combien
cette cour tait nombreuse, il nous suffira de citer Dumoulin, qui
assure qu'il y avait  dner, en une seule salle, cent dix seigneurs et
chevaliers du nom de Guillaume, _sans comprendre les simples escuyers et
serviteurs qui portaient le mme nom_.

Au temps de Nol, en 1190, le chteau de Bures ouvrait encore ses portes
 un hte royal. Richard Ier, aprs avoir dbarqu  Calais, fut reu
avec joie par Philippe, comte de Flandre, qui le conduisit jusqu'aux
frontires de Normandie. Aprs avoir pass les ftes  Bures,
Richard-Coeur-de-Lion alla trouver le roi de France, Philippe II, au gu
Saint-Remy, o ils jurrent de se garder une fidlit inviolable et
arrtrent l'expdition de la Terre-Sainte pour la Saint-Jean 1191.
C'est  la suite de cette entrevue que Richard publia des ordonnances
dans lesquelles nous remarquons les pnalits suivantes:

--_Quiconque tuera un homme dans le navire, sera li avec le mort, et
tous deux jettez en la mer: que s'il le tue en terre ferme, il sera
pareillement li avec le mort, et enterr tout vif_.

--_Le larron attaint et convaincu aura la teste raze, puis couverte de
poix bouillante, et la poix des plumes d'un oreiller, afin qu'il soit
cogneu de tous, et sera expos au premier rivage o le navire abordera_.

Ces ordonnances furent donnes  Chinon.

Hlas! si, de nos jours, tous les larrons taient traits selon
l'ordonnance de Richard, que de personnes auxquelles on ferait une
perruque de leur oreiller!

Au temps, de nos ducs de Normandie, il en tait tout autrement.
Guillaume de Jumiges rapporte plusieurs faits qui peuvent donner une
ide de la svrit dont on usait alors contre les voleurs. On avait
vol  un paysan sa serpe et le soc de sa charrue: il se plaignit 
Rollon, qui l'indemnisa. Mais, comme on ne dcouvrait pas le voleur, on
arrta la femme du paysan, qui finit par se dclarer coupable. Alors le
duc dit au paysan:--Savais-tu que c'tait elle qui avait vol?--Je le
savais.--Ta bouche te condamne; vous serez pendus tous deux.

Cette svrit tait salutaire. Aprs avoir chass dans une fort auprs
de Rouen, le duc Rollon, entour de ses serviteurs, suspendit  une
branche de chne des bracelets d'or. On craignait tant la svrit du
duc, que les bracelets demeurrent, pendant trois ans,  la mme place,
sans que personne ost se les approprier. On rapporte de Richard II un
fait  peu prs analogue.

C'est un peu plus tard que fut publi un petit pome intitul _l'Ordne
de chevalerie_, pome qui, dans le manuscrit original, commenait par
ces mots: _Chi commenche d'Ordne de chevalerie, en si que li quens Hues
de Tabarie l'enseigne au soudan Salehadin_. Barbazan, qui publia une
dition de ce pome en 1759, nous raconte que Hues ou Hugues, chtelain
de Saint-Omer, obtint de Baudouin la principaut de Tibriade, d'o il
prit le nom de Tabarie. Plus tard, Hugues, fait prisonnier par Saladin,
fut requis par le soudan de l'ordonner chevalier; ce qu'il fit en
expliquant au candidat, par _l'Ordne de chevalerie_, les crmonies 
observer pour sa rception. Saladin lui prouva sa reconnaissance en lui
donnant cinquante mille besants pour sa ranon et celle de dix
chevaliers. Telle est, d'aprs Barbazan, l'origine du pome qui nous
occupe.

Mais M. Viollet-le-Duc rejette avec raison ce petit conte, et attribue
notre pome  Hugues de Bures, prince de Tabarie, fond sur l'opinion
solidement appuye de l'abb De la Rue, dont voici la base: Ducange dit,
d'aprs Guillaume de Tyr, que Guillaume de Bures, prince de Tabarie,
donna, vers l'an 1135, sa nice en mariage  Renier Brus. Ce Guillaume
de Bures eut cinq fils, dont l'an, Hugues, succda  son pre dans sa
principaut de Tabarie, et dfendit vaillamment sa ville contre Saladin,
qui s'en empara en 1187; en 1190, il combattit contre le mme sultan, au
sige d'Acre: or, si jamais Hugues de Tabarie eut avec Saladin les
rapports qu'on lit dans _l'Ordne de chevalerie_, ce dut tre pendant
ces guerres, qui durrent jusqu' la mort du sultan, en 1193. Aprs
cela, comment peut-on attribuer notre pome  Hugues de Saint-Omer,
gratifi de la principaut de Tibriade (par altration Tabarie), pour
services militaires rendus  Baudouin, qui mourut en 1118? Ces services
auraient t rendus dans le xi sicle: or, Ville-Hardouin dit qu'en
1204 Hugues de Tabarie vint de la Syrie avec ses frres au secours de
l'empereur Baudouin,  Constantinople. Il faudrait donc dire que
non-seulement Hugues vcut de 120  130 ans, mais encore qu' cet ge il
servait militairement; ce qui n'est pas croyable. Il faut donc attribuer
_l'Ordne de chevalerie_  Hugues de Bures, prince de Tabarie, qui
assure lui-mme que c'est un conte qu'il a entendu et qu'il a mis en
vers.

Nous retrouvons encore un Guillaume Buure en 1248; voici  quelle
occasion: La maison d'Aliermont, de l'archevque de Rouen, avait t
viole par Gautier Carue, chtelain de Gamaches, qui commit de grandes
dprdations dans le manoir piscopal et aux environs. Nanmoins,
comprenant l'importance de son forfait, le dvastateur demanda  tre
absous par l'archevque; ce qui lui fut accord, aprs qu'il eut donn
plusieurs pleiges, parmi lesquels tait Guillaume Bure. Pour expier son
crime, Gautier Carue fut condamn  rendre la somme de 112 liv. 4 s. 1
d., qui avait t soustraite aux hommes de l'archevque; 30 liv.  la
mre d'un enfant qui avait t tu; 30 liv.. au cur de Saint-Aubin,
dont l'glise avait t pille, etc. De plus, il fut condamn 
s'adjoindre onze personnages notables au point de vue de la fortune, de
la naissance ou des dignits, _sive diviciit, sive gnre, sive
potestate_, pour faire, dans l'espace de huit mois, douze processions
solennelles  diverses glises. Il tait enjoint au coupable d'avoir la
tte et les pieds nus, des caleons de lin et une chemise de crin; ses
compagnons, galement tte et pieds nus, devaient tre en chemise et en
braies. Tous les douze taient dans l'obligation de porter  la main les
verges destines  leur donner la discipline. Plusieurs des glises 
visiter taient trs loignes: une procession  chacune des principales
glises de Rouen, d'Evreux, de Lisieux, de Beauvais, d'Amiens, de Dreux,
de Gamaches; une  Saint-Aubin; une  Saint-Vaast; trois aux trois
glises d'Aliermont, en s'avanant nu-pieds  partir de l'entre du
village jusqu' l'glise, _tres ecclesie de Alacri Monte, tres, ubi,
postquam villam intrabitis, usque ad ecclesiam, nudis pedibus et pedites
incedetis_[3].

[Note 3: Ce texte donne  entendre qu'il n'existait encore,  cette
poque, que trois glises sur l'tendue de Valiermont. Lesquelles? Le
_Regestrum visitationum_ d'Eude Rigaud nous apprend: 1 que cet
archevque ddia l'glise de Saint-Jacques de Tristeville le 10 juillet
1257; 2 que l'glise de Sainte-Agathe ne fut ddie que le 24 juillet
1267. Les trois glises dont il est question seraient donc celles de
Saint-Nicolas, de Notre-Dame et de Croixdalle. Mais un nouvel embarras
se prsente. Dans un titre de constitution de 15 liv. de rente sur le
_batel_ passeur de Dieppe au Pollet, donn  Aliermont en 1290,
l'archevque Guillaume de Flavacourt dit qu'il vient de fonder l'glise
paroissiale de Croixdalle: _considerantes reddittus et proventus
ecclesie parrochialis de Craudale quam nuper fundovimus et dotavimus_.
D'un autre cte, nous voyons le pape Innocent IV accorder, le 8 octobre
1249,  Eude Rigaud l'autorisation de disposer d'une place de sa villa
d'Aliermont pour y fonder une glise, un cimetire et un presbytre:
_unam plateam ecclesie quam in villa sua de Alacri Monte fundare
intendit pro cimitterio et habitaculo sacerdotis ipsius ecclesie_.

De ce qui prcde, il sembie rsulter que, des cinq glises actuelles de
l'Aliermont, il n'existait que celle de Notre-Dame en 1248. Les deux
autres, auxquelles Gautier Carue dut aller en procession, nous
paraissent avoir t l'glise du manoir de Saint-Nicolas, qu'on appelait
alors _villa de Loco Veris_, et une chapelle qui devait exister au
manoir de Croixdalle pour la commodit des hommes occups en ce lieu,
soit  la ferme, soit  la tuilerie, ou bien comme charbonniers,
billettiers, etc., dont il est question dans les baux de 1253 et 1255.]

En 1555, le 11 aot, un membre de la famille de Bures fut frapp
mortellement dans un combat naval qu'il livra aux Flamands, en vue de
Douvres et de Boulogne, par ordre du roi Henri II. Le brave Louis de
Bures mourut en mer et n'eut pas la satisfaction de jouir de la belle
victoire remporte par la flottille dont il avait t nomm commandant
par les capitaines de l'expdition.

C'est probablement un membre de cette mme famille que nous retrouvons 
Dieppe, en 1593, au moment o Henri IV vint en cette ville avec Mme de
Bourbon, sa soeur. Cette princesse tait encore alors si attache au
protestantisme que, pendant les six semaines qu'elle passa l, elle fit
faire publiquement le prche dans la maison de Richard de Bure, o elle
logeait.

Ne perdons pas de vue le chteau de Bures. En 1418, les Anglais
s'emparrent de Bacqueville, qu'ils mirent  feu et  sang. Ils tenaient
d'autant plus  cette victoire, dit M. Guilmeth, que le chteau des
Martels, runi aux forteresses de Brachy, Longueville, Arques, _Bures_,
Bellencombre, Auffay, etc., formait une ligne de forts dtachs, de
formidable dfense. Au moment de cette victoire de nos ternels ennemis
d'outre-mer, la Normandie faisait dj lgalement partie de la France:
depuis prs de deux sicles, tout en conservant ses lois et sa
nationalit.

Quoi qu'il en soit, la paix tait loin d'tre faite. Henri V, roi
d'Angleterre, avait pris Dieppe, et, en se retirant, y avait laiss une
garnison; mais il comptait peu sur la fidlit des Dieppois, et, pour
s'assurer de leur conduite, il fit enlever  Rouen les enfants des
principaux bourgeois. Comme on se mettait en mesure d'excuter cet
ordre, un grand nombre de Dieppois prit les armes et parvint  dlivrer
plusieurs de ces enfants. Cependant, la paix n'tait pas faite, et les
habitants, traqus dans l'glise Saint-Jacques, furent obligs de rendre
ces enfants pour obtenir la libert. Alors, afin d'viter la
surveillance de la garnison, les Dieppois s'en rapportrent  quatre
notables d'entre eux pour oprer dans le secret une nouvelle rvolution.
Quand tout fut dispos, un des quatre dlgus sortit de la ville sous
un faux prtexte, et se rendit  Bures, pour faire part au sieur
Desmarets des prparatifs des Dieppois. Ce gentilhomme faisait des voeux
pour la prosprit des armes de Charles VII, et n'tait venu  sa terre
de Bures que pour la parfaite gurison d'une blessure qu'il avait reue
au service de ce prince. Desmarets approuva le projet, et, dans la nuit
du 22 novembre 1431, il se rendit au signal convenu, et chassa les
Anglais, qui laissrent plus de la moiti des leurs, morts ou blesss.

D'aprs un manuscrit anonyme, cette attaque n'aurait eu lieu que le 17
novembre 1435[4], sous le commandement de Charles Desmarets, _qui,
accompagn du marchal de Rieux, s'achemina avec les troupes qu'il avait
amasses, et, ayant pass la rivire de basse eau, surprit la ville, en
montant par-dessus les murailles avec des chelles, et la prit par
escalade, quoiqu'elle ft trs-forte et bien garde_.

[Note 4: Dans son Histoire de Dieppe, M. Vitet admet aussi la date de
novembre 1435; mais, sans citer Bures, il dit seulement que le sire
Desmarets vivait retir dans les environs.]

Ce manuscrit dit aussi que les Anglais avaient le projet d'enlever _les
enfants mles du pays de Vaux et de Dieppe_, non  Rouen, comme le
disent les _Mmoires chronologiques_ que nous venons de citer, mais en
Angleterre, _ dessein de leur inspirer l'amour du pays et de la nation,
en leur apprenant leur langue et leur manire de vivre, et, par ce
moyen, les rendre plus sociables._

Le 2 novembre 1442, le brave Desmarets repoussait encore les Anglais,
qui taient venus assiger la ville de Dieppe; en 1448, il les chassait
de Fcamp, et, en 1515, les Dieppois pleuraient la mort de cet intrpide
capitaine et couvraient sa tombe de lauriers. Nous craignons fort qu'il
y ait erreur dans cette dernire date; autrement il s'ensuivrait que
Desmarets serait mort excessivement g, puisqu'il avait dj reu une
blessure au service de Charles VII, en 1431.

En 1521, craignant que ses ennemis n'en vinssent  _endomager ton
royaulme comme ilz avoient ja essay faire l'anne dernire qu'ilz
toient venus  grosse force et puissans d'armes faire des grandes
pilleries et forces de tyranies  ses subjectz_, Franois Ier rendit une
ordonnance pour charger ses commissaires et procureurs de raliser sur
ses _domaynes, aides, gabelles_, etc., une somme de _deux centz mille
livres_.

En cette circonstance, Charles Le Noble, de Bures, acquit, tant _pour
luy et ses hoirs_ que pour _vnrable et discrepte personne Archambault
Bourgoise, pre cur de Sainct-Souxplix_ (Saint-Sulpice), une ferme sise
 Bures, nomme la _Petite-Jure_. C'tait alors une terre _plaine de
buissons, qui se bailloit et adjugoit, de trois ans en trois ans, treize
livres par chacun an_. Elle fut _achepte sept vingt livres_: mais il y
eut plus tard dbat sur les conditions; une rente de _trente-neuf
livres_, sur la JURE, fut accorde  Mre de Bourgoise de Pommerval,
patron du _Valiquet_, et, en 1642, la ferme fut adjuge au profit du
roi,  charge par le fermier de payer la rente due au seigneur de
Poramerval.

Il ne sera peut-tre pas hors de propos de dire ici ce que l'on
entendait pat le mot JURS, connu dans beaucoup de communes, pour
dsigner une ferme, une terre, un pr, etc. On sait que les pouvoirs des
seigneurs taient autrefois trs-grands, et qu'il leur est arriv assez
souvent d'en user et abuser. Alors toute personne libre, habitant les
terres d'un seigneur, pouvait se soumettre au roi par un aveu de
bourgeoisie, et chapper ainsi  la juridiction seigneuriale; mais il
fallait payer au roi le droit de jure, qui variait selon les localits.
C'est de l que plusieurs fermes ou terres, affectes  ce droit, ont
conserv le nom de _Jures_.

A la fin dit XVIe sicle, au moment ou Henri IV tait occup  conqurir
son royaume, la valle de Bthune fut souvent occupe par les troupes
espagnoles. Il semble assez probable qu'elles avaient tabli un camp
dans une plaine de Bures connue sous le nom des _Miquelons_ ou
_Miquelets_, auprs du _Grle-Val_, vallon qui leur servait de
retranchement: on a trouv eu ces lieux beaucoup d'armes et de
boulets[5].

[Note 5: On dsignait, sous le nom de Miquelets, certaines milices
espagnoles destines  faire la guerre des montagnes. Louis XIV cra
cent compagnies  l'instar de ces milices; le gouvernement franais
tenta un nouvel essai  la fin du dernier sicle; enfin, Napolon
institua un nouveau corps de _Miquelets franais_, pour faire la guerre
d'Espagne, en 1806.]

Quoi qu'il en soit, vers la fin de fvrier 1592, Henri IV partit de
Rouen, avec 5,000 hommes de cavalerie et 400 fantassins, pour marcher 
la rencontre du duc de Parme, qui venait de Hollande pour soutenir
Philippe II, roi d'Espagne, le protecteur de la Ligue. Mais dj le duc
avait pris Neufchtel, et Henri IV lui livra un sanglant combat 
Bures, au mme endroit o quelques mois auparavant il avait failli
prendre le duc de Guise. Deux cents hommes restrent sur la place, l'on
fit quelques prisonniers, et il ne se trouva, du ct du roi, que peu de
blesss. Dans son _Premier Essai sur le dpartement de la
Seine-Infrieure_, Nol parle aussi d'un combat livr, quelques mois
aprs la prise de Bures, par le roi de Navarre; mais il place le lieu de
ce combat dans une plaine _entre Bellencombre et Bures_.

D'aprs ce qui prcde, il semblerait certain que deux combats auraient
t livrs, en peu de temps,  Bures ou aux environs; toutefois, nous
dirons qu'aprs avoir parcouru le recueil des _Lettres-Missives_ de
Henri IV, nous n'avons rien trouv qui pt indiquer deux siges.
Peut-tre, en parlant du second combat, aura-ton fait allusion  une
escarmouche qui eut lieu  quelque distance de Bures, avant le combat
dcisif. Au reste, voici la lettre crite par Henri IV, le lendemain de
la bataille,  M. Ancel, serviteur ordinaire de sa chambre:

      Aussy tost que ma blessure, de laquelle je vous ay donn
      advis, m'a permis d'aller  la guerre, j'ay bien voulu faire
      sentir  mes ennemys qu'elle n'est pas telle, Dieu mercy,
      qu'ils en faisoient courir le bruit, et qu'ils n'en tireront
      pas l'advantage qu'ils s'estoient promis. Pour ce faire, je
      montay  cheval hier matin avec quinze cens chevaulx
      franois, et six cens harquebusiers tant  cheval que 
      pied, en intention d'aller lever le logis de Bure, o
      estoient logez le duc de Guise et La Chastre, avec onze
      cornettes de cavallerie et cinq rgimens de gens de pied.
      Ceste mienne deslibration cuida estre interrompue par la
      rencontre que soixante chevaulx que j'avois jectez devant
      moy, et quelques harquebusiers feirent de cent chevaulx
      ennemys, conduicts par le comte de Chaligny,  une lieue et
      demie du logis du dict duc de Guise; mais ils furent chargez
      si rsoluement, que soixante demourrent morts sur la place,
      ou prisonniers: entre autres le dict comte de Chaligny,
      prisonnier et fort bless. Le reste fut poursuivy jusqu'
      leur village, auquel ils portrent l'alarme; et demourrent
      les nostres fermes une grande demye heure, attendans mes
      trouppes qui ne pouvoient encore estre arrives. Ce pendant
      ils donnrent loisir  leur cavallerie de monter  cheval et
       leurs gens de pied de se baricader et de border sur les
      advenues les hayes de leurs harquebusiers. Trois cens
      chevaulx ennemys sortirent, et combien que le nombre fust
      plus grand que celuy des miens, et du tout ingal,
      toutesfois, environ les deux heures aprs midy, aussy tost
      que je descouvris mes dictes troupes sur un hault, l
      auprs, marchans au grand trot, et le peu d'asseurance que
      je recongneus aux dicts ennemys, je les feis charger sy 
      propos, Dieu mercy, que ce petit nombre les ramena battans,
      leur feit passer leur village, et les nostres en demeurrent
      maistres plus d'une heure. Il y fut tu prs de trois 
      quatre cens hommes, tant de cheval que de pied, quatre cens
      chevaulx buttinez, leur bagage, vaisselle d'argent et
      habillemens, jusques  la valeur de plus de cinquante mille
      escuz, et la cornette du duc de Guise, qui estoit all ce
      matin-l au quartier du duc de Parme. S'ils montrrent peu
      de courage  deffendre et garder leur logis, ils n'en eurent
      pas davantage ny plus d'assurance  faire quelque chose de
      mieulx sur nostre retraicte; car jamais ils ne sortirent
      pour nous suivre, combien que ce fust  la teste de leur
      arme, ains nous laissrent paisibles possesseurs de leurs
      prisonniers et de leurs despouilles. Mon cousin le duc de
      Nivernois, qui estoit  ma main droicte,  une lieue de
      Bure, donna dans un aultre village, auquel estoit log le
      rgiment de Barlette, dont il en fut tu soixante sur la
      place; et douze chevaulx qui se retiroient les derniers de
      la trouppe de mon dict cousin en rencontrrent seize des
      ennemys, qu'ils chargrent. Quatre furent tus sur la place,
      le maistre de camp de Cluseaulx et quatre aultres pris
      prisonniers, et le reste mis  vau de route. Ceste nouvelle,
      que je vous ay bien voulu faire savoir, vous rendra asseur
      tant de mon bien porter, grce  Dieu, que de l'assistance
      qu'il pleut  sa divine bont me continuer en la justice de
      mes armes, afin que vous en facis part  ceulx que vous
      jugers estre  propos, aprs en avoir pris la resjouissance
      qui est deue  vostre bonne volont, et  l'affection que
      vous ports  mon service: priant, sur ce, Notre-Seigneur
      vous avoir en sa saincte garde. Escript au camp de Buchy, ce
      XVIII febvrier 1592.

      Henry.

Cette lettre semble indiquer quatre combats, plus ou moins srieux,
livrs le 17 fvrier par les troupes de Henri IV: le premier,  une lieu
et demie sud-ouest de Bures, par l'avant-garde du roi, qui venait de
Blainville. C'est  cette premire affaire que le comte de Chaligny fut
fait prisonnier par Chicot, bouffon du roi. Ce gentilhomme gascon se
distingua autant par sa bravoure pour son prince que par l'originalit
des plaisanteries et des avis burlesques qu'il adressait aux gens de la
cour. Chicot cherchait depuis longtemps  se venger, sur un prince
lorrain, des coups de canne qu'il avait reus du duc de Mayenne; et, en
deux ans, il avait eu cinq chevaux tus sous lui, pour trouver cette
occasion, quand il prit le comte de Chaligny auprs de Bures, et non au
sige de Rouen, comme l'affirme M. Ph. Le Bas, dans son _Univers
pittoresque_. Aussi amena-t-il gaiment son prisonnier au roi, en lui
disant: _Tiens, voil ce que je te donne_. M. de Chaligny, furieux
d'tre tomb aux mains de ce bouffon, lui donna un coup d'pe dont il
mourut,  Rouen, quinze jours aprs. Quant au comte, il recouvra plus
tard la libert, moyennant une ranon de trente mille cus, qui furent
employs  indemniser la duchesse de Longueville de pareille somme
qu'elle avait paye elle-mme pour obtenir sa libert.

Le second combat, o se trouvait Henri IV, et qui est le principal de la
journe, fut livr  Bures, qui fut pris aux ligueurs.

Le troisime et le quatrime eurent lieu  une lieue de Bures, _
droite_; mais, comme nous ne connaissons pas positivement l'itinraire
du roi, nous ne saurions fixer l'endroit o le duc de Nivernois livra
cette double attaque. Toutefois, le 13 fvrier, Henri IV tait 
Blainville, o il avait demand le duc de Nevers, le marchal de Biron,
les seigneurs d'O et de La Guicbe, afin de pourvoir  ce qu'il y avait 
faire; ce qui nous porte  croire qu'il vint de ce ct. Alors le combat
aurait t livr par le duc de Nivernois, du ct de Fresles, peut-tre
 la Ferme des _Murailles_, ou au _Manoir-de-Bray_.

Depuis cette poque, Bures n'avait plus eu  souffrir de la prsence
d'une arme sur son territoire, quand la guerre si imprudemment dclare
 la Prusse, le 49 juillet 1870, vint jeter le trouble et la dsolation
en France. Nos lecteurs se rappellent la cause ou plutt le prtexte de
cette dclaration de guerre. Il avait t question de placer le prince
prussien de Hohenzollern sur le trne d'Espagne. Le gouvernement
franais protesta contre cette prtention, qui fut abandonne; mais on
ne se contenta pas de cette concession, on voulut que la Prusse
s'engaget  ne jamais revenir sur cette question. Cet engagement fut
refus, et l'empereur Napolon fit signifier une dclaration de guerre
au roi Guillaume. Malheureusement nous tions loin d'tre prpars  la
lutte. En vain M. Thiers supplia-t-il les dputs de moins se hter
dans cette guerre follement entreprise et ineptement conduite;
l'empereur, fascin par les sept millions de _Oui_ du plbiscite, obtint
un vote selon ses dsirs, et l'on se mit immdiatement en campagne. La
Prusse, qui tait prpare de longue main, ne nous laissa pas le temps
de pntrer sur son territoire, et la France fut bientt envahie par les
armes allemandes. De coupables manoeuvres et de lches trahisons
sacrifirent l'lite de nos soldats et livrrent nos forteresses.
L'empereur des Franais dposa lchement son pe _aux pieds_ du roi de
Prusse, qui fut heureux d'envoyer dans ses tats des centaines de mille
de prisonniers et notre meilleur matriel de guerre[6].

[Note 6: Nous ne saurions indiquer le chiffre des blesss de notre arme
pendant la guerre, mais nous croyons pouvoir donner le dtail exact des
morts. Dans les batailles de Forbach, Reichshoffen, Borny, Gravelotte,
Saint-Privat, et dans les combats livrs autour de Metz du 1er septembre
au 27 octobre, 26,000;  Sedan, 10,000; au sige de Paris, 17,000; les
pertes de l'arme de la Loire sous les gnraux d'Aurelle de Paladines
et Chanzy, 22,000; sous le commandement de Bourbaki, 7,000;  l'arme du
Nord, 3,500;  celle de Garibaldi, 1,600; aux siges de Strasbourg, de
Toul, de Bitche, de Thionville, de Montmdy, de Verdun, de Phalsbourg,
de Mzires et de Belfort, 2,000; total: 89,100 hommes! En jetant un
regard un peu en arrire, nous retrouvons une perte de 130,000 hommes
dans la guerre de Crime; 40,000 en Italie; 33,000 au Mexique; 10,000 en
diverses autres expditions lointaines; total: 294,100 Franais vous 
la mort sous l'Empire de Napolon III!!!..... C'tait bien la peine
d'avoir fait graver sur un marbre blanc,  la bourse de Bordeaux, le
clbre discours  la fin duquel se trouve le fameux mensonge: L'EMPIRE
C'EST LA PAIX.]

Alors les vainqueurs se rpandent dans toute la France et sment la
dsolation sur leur passage. Ils pillent, ils volent[7], ils incendient,
ils violent[8], ils assassinent de tous cts. Ils s'abattent sur nos
villages comme des nues d'oiseaux de proie. Ils brisent les barrires;
ils tuent les bestiaux, ils enfoncent les portes; ils vident les
armoires; et ils mettent le pistolet sur la poitrine de ceux qui
paraissent mus de leurs procds. Ils s'installent arrogamment dans les
maisons; ils envahissent les poulaillers et les caves; ils se gorgent
des meilleurs mets et des vins les plus fins qu'ils peuvent dcouvrir;
ils condamnent les matres  devenir leurs valets muets et tremblants;
ils s'emparent de leurs lits; ils salissent les chambres de leurs
immondices, et, en partant, ils emportent tout ce qu'ils trouvent  leur
convenance.

[Note 7: La _Revue politique_ a publi ce qui suit, sous ie titre de _la
Main dans le sac_: Il se trouve que la _Feldpost_ (poste de campagne)
ayant rendu ses comptes semestriels dans les premiers jours du mois de
janvier, cette statistique officielle a t publie,  cette poque,
dans les journaux prussiens. Qu'y voyons-nous? Du 16 juillet au 31
dcembre 1870, les envois d'Allemagne en France pour le compte
particulier des soldats, c'est--dire les sommes qui leur ont t
envoyes par leurs familles, reprsentent le chiffre de 13,940,000 fr.
(14 millions de francs en chiffres ronds). D'autre part, du 16 juillet
au 31 dcembre 1870, les envois d'argent laits par les soldats  leurs
familles, c'est--dire les sommes expdies de France en Allemagne,
s'lvent  34,981,200 fr. (35 millions de francs en chiffres ronds).
Les 14 millions que les soldats allemands ont reus de leurs familles
leur ont t envoys en 1,030,900 lettres (1 million de lettres en
chiffres ronds), gal: 14 fr. par lettre. Les 35 millions qu'ils ont
envoys  leurs familles taient renferms dans 523,000 lettres, gal:
70 fr. par lettre. En d'autres termes, le pre, la mre ou le cousin
envoyait un thaler, et le soldat reconnaissant renvoyait un louis.]

[Note 8: La cour d'assises de la Seine-Infrieure a condamn aux travaux
forcs  perptuit un nomm Langlois, du Trport, qui a laiss violer
sa fille par quinze Prussiens, et a mme facilit le crime.]

Le dpartement de la Seine-Infrieure eut  supporter tous ces dsordres
durant plusieurs mois, et beaucoup de communes durent nourrir et loger
un nombre plus ou moins considrable de ces incommodes visiteurs. Bures
se trouva sur leur passage, et les habitants n'oublieront jamais l'moi
caus pendant leur sjour. Dj, une fausse alerte avait mis tout le
pays sur pied, quelques semaines auparavant, au milieu de la nuit. Vers
dix heures du soir, le tambour et la grosse cloche avaient rveill la
population en sursaut de son premier sommeil: on disait que les
Prussiens arrivaient  Neufchtel, et les gardes nationaux se mirent en
chemin pour aller  leur rencontre. Heureusement, cette rumeur tait
sans fondement, et la garde nationale de Bures rentra dans ses foyers,
sans avoir us ses cartouches.

Le vendredi 16 dcembre, ce fut autre chose! Par suite d'un mouvement
inattendu d'un corps d'arme ennemie, quatre  cinq mille Prussiens
remontrent la valle de Bthune et envahirent les communes de Bures,
Mesnires, Saint-Martin, Quivrecourt et Neufchtel, pour y passer la
nuit. En cette circonstance, Bures eut  loger et nourrir un bataillon
et demi du 8me corps du 40me rgiment de ligne, et un escadron du 8me
corps du 2me rgiment de hussards, de la province de Trves, en tout:
1,350 hommes et 250 chevaux. C'tait beaucoup trop pour une population
de 422 habitants! d'autant plus que la rpartition, qui fut
trs-prcipite, ne se fit pas d'une manire tout--fait convenable. Au
reste, le dfaut que nous signalons doit tre principalement imput aux
envahisseurs[9], car eux-mmes marquaient  la craie, sur la porte des
maisons, le nombre d'hommes et de chevaux assign  chaque habitation.
L'inscription indiquait galement si les hommes taient de simples
soldats ou des officiers. On comprend que le logement dans les maisons
de plus belle apparence tait toujours rserv pour les chefs et leurs
domestiques.

A la suite de l'armistice conclu le 28 janvier 1871[10], la commune de
Bures eut  hberger, ds le 1er fvrier, 460 Pomraniens du 1er corps
du 45me de ligne.

[Note 9: Il parat que, plus tard, l'administration locale excita
galement de vifs murmures, en distribuant les logements d'une manire
plus ou moins quitable.]

[Note 10: Cette date du 28 semble fatidique: cette cruelle guerre a
commenc le 28 juillet 1870, la capitulation de Strasbourg a eu lieu le
28 septembre, et celle de Metz le 28 octobre.]

Le lendemain, ds qu'on fut dbarrass de ces trois compagnies, on vit
arriver 190 hommes et 306 chevaux du train des quipages, Ier corps,
colonne n 4, qui restrent jusqu'au 10 fvrier. Il parat que ces
hommes sont le rebut de l'arme, des mauvais sujets ramasss dans les
divers rgiments de la cavalerie. Toutefois, leur prsence  Bures a
t, en quelque sorte, plutt un bienfait qu'une charge pour les moins
riches, car ils firent de nombreuses rquisitions dans les communes
voisines, durant leur sjour, et les gens peu aiss furent nourris en
partie, et mme chauffs, grce  40  50 stres de bois  brler
rquisitionn dans la fort d'Eawy.

Depuis le 14 jusqu'au 17 mars, le pays fut encore occup par 150 dragons
et 185 chevaux de la garde du grand duc de Meklembourg, 5me escadron du
17me rgiment du 13me corps[11].

[Note 11: La veille du dpart de cet escadron, un officier suprieur et
quatre hommes vinrent lever le plan de la commune.]

A peine avait-on eu le temps de se fliciter du dpart de cet escadron,
que la consternation se rpandit de nouveau parmi les habitants: 685
hommes d'infanterie, au nombre desquels se trouvaient un gnral et un
colonel, accompagns de 70 chevaux, venaient demander le logement!
C'taient des Meklembourgeois, du 90me rgiment de ligne, parmi lesquels
il y avait beaucoup d'officiers.

Enfin, le 14 mai, une compagnie de 220 hommes, qui avait dj log 
Bures le 16 dcembre 1870, y revint de nouveau passer six jours.
Chanteurs intrpides, on les entendait durant toute la journe et
surtout le soir. Ils partirent le 20 mai et furent les derniers
Allemands qui rpandirent l'anxit dans le pays. Toutefois, par suite
d'un accord entre les deux gouvernements belligrants, ces derniers
visiteurs taient obligs de pourvoir  leur nourriture. Prcdemment,
il fallait leur fournir toutes les choses ncessaires pour eux et leurs
chevaux. A part les rquisitions de grains, fourrages, pain, vin, caf,
eau-de-vie, bougie, viande, etc., faites dans les communes de Mesnires,
Saint-Martin-l'Hortier et Bully, les habitants furent obligs de leur
donner, ou de les laisser prendre, du lard, des volailles et mille
autres choses. Au reste, voici l'estimation des dpenses occasionnes
par leur prsence dans le pays:

Nourriture et entretien[12].....    8,266 fr. 20 c.
Trois boeufs[13].................      655
Quatre vaches...................    1,252
Trente-trois moutons............    1,650
Un porc.........................       55
4,479 kilogrammes d'avoine......    4,343     70
2,495 kilogrammes de foin.......      493
2,015 kilogrammes de paille.....      241     80
Contributions de guerre[14].....    4,044     46

[Note 12: Nous ne connaissons pas le dtail des fournitures englobes
sous cette dnomination.]

[Note 13: On distribuait,  la mairie, ce qui tait destin  la
nourriture des hommes et des chevaux.]

[Note 14: Le chiffre fix par l'autorit prussienne, pour cette
contribution  lever dans le dpartement de la Seine-Infrieure, fut
d'abord beaucoup plus lev; mais on le rduisit environ des deux tiers,
 la suite d'une dmarche faite auprs de M. de Bismark,  Versailles,
par S. Em. Monseigneur le Cardinal-Archevque de Rouen, et par deux
membres du Conseil gnral.]

Douzimes des impts[15]........   1,632     30
Charrois et transports..........     589
Pillages[16]....................   4,294     65

[Note 15: Les envahisseurs avaient fait payer deux douzimes des impts;
mais le gouvernement franais dcida plus tard qu'il serait tenu compte
de cet impt aux contribuables, ainsi que de la contribution de guerre.]

[Note 16: Les Prussiens ont marqu leur passage par le vol et le
pillage, nous l'avons reconnu plus haut; mais le chiffre de 4,294 fr.,
mme avec les 65 c., pourrait laisser quelque doute sur l'apprciation
du dommage caus.]

Pour faire face  ces diverses dpenses, on eut recours  des emprunts
et  des rquisitions. Mais ce dernier mode suscita de vives critiques;
on ne suivit pas la mme marche  l'gard de tous, et plusieurs
trouvrent le procd vexatoire. Toutefois, comme on avait recueilli une
somme dpassant les exigences prussiennes, on restitua une partie de
l'argent, et l'orage se calma.

Aprs avoir pass en revue les faits gnraux qui se rattachent 
l'histoire de Bures, nous allons consacrer divers articles  ce qui nous
reste  dire sur cette commune.




MANOIR DES DUCS DE NORMANDIE.


Nous avons dj eu l'occasion de citer le chteau de Bures, en relatant
des faits historiques qui s'y rattachent. Il nous reste  parler de cet
antique manoir,  un point de vue plus spcial, et  mentionner ici ce
qui n'a pas trouv sa place ailleurs.

Le manoir des ducs de Normandie, dont les derniers vestiges ont disparu
au commencement du sicle actuel, tait situ sur les proprits de MM.
Eugne Guian et Joseph Brianchon, et comprenait galement dans ses
dpendances les herbages de MM. Romain Havet et Mdric Hurard, de sorte
qu'il tait born sur trois de ses cts: 1 par la rivire, _ripparia
que dicitur Dyeppe_; 2 par le chemin royal, _queminum regale_; 3 par
la grande route de la fort d'Eawy, _magna via que vadit apud forestam
Dauvi_. Il est encore ais aujourd'hui de se rendre compte de ces
dnominations qui remontent au XIIIe sicle. Depuis cette poque, la
rivire de _Dieppe_ a t nomme la _Bthune_. _Le chemin royal_[17],
c'tait la rue principale de Bures qui, comme tous les anciens chemins,
formait une profonde cave. La route de la fort a t en partie comble
au moment de l'excution du chemin n 12 qui conduit de Londinires 
Saint-Saens; il en reste encore un tronon qui porte le nom de _rue en
rue_.

[Note 17: Dans un titre de 1409, il est question du _quemin ral...
quemin du Roi_.]

Nous avouons que nous ignorons  quelle poque le manoir de Bures est
devenu la proprit du monastre de N.-D. du Pr. Tout ce que nous
pouvons dire, c'est que la paix conclue, en 1260, entre Louis IX et
Henri III, amena une grande tranquillit en Normandie, et que le manoir
de Bures dut s'en ressentir, puisque le roi d'Angleterre avait cd ses
droits sur la Normandie. Nous trouvons la mention suivante au bas de
l'acte de vente d'un pr, qui eut lieu en 1276: _testibus, Roberto de
Blaquevilla tunc temporis custode manerii de Buris_. Ce qui montre que,
malgr la paix conclue, le manoir avait toujours un gardien, afin
d'viter toute surprise et de surveiller peut-tre le personnel de la
maison. Nous supposons que le chteau tait habit par quelques moines
ds cette poque, car une charte sans date, que nous croyons de la 1re
moiti du XIIIe sicle, relate la donation de deux jardins faite aux
religieux de N.-D. du Pr et aux moines du Bec demeurant dans leur
manoir de Bures: _Ricardus sacerdos de Buris et Helias coheres ejus dant
in elemosinam S. M. de Prato et monachis Becci commorantibus in manerio
suo de Buris duos hortos....._

Le manoir de Bures servit aussi plus tard de lieu de retraite 
certaines personnes qui cherchaient un refuge pour passer tranquillement
leurs vieux jours. C'est ainsi que, le 3 mai 1446, Bertin Le Senescal et
Perrine sa femme meus (mus) de devocion confessent eux estre rendus et
du tout donns frre et seur avec tous leurs biens meubles et hritages
quelzconques.... au couvent du Pr... pour le grant aage et fieblesche
en quoy ils sont... et pour doubte de cheoir en plus grant debillitation
et mendicit de leurs corps..... par ainsi que iceulx seront et
demeureront au manoir de Bures et chascun d'eulx auront leurs vies des
biens et revenus de la dicte glise..... et pour leur vestir et chausser
auront chascun d'eulx la somme de 60 sous pour chascun an... seront
tenus les diz mariez a toutes les besongnes et affaires de la dicte
glise... et se eulx ou l'un d'eulx cheoient en ncessite de maladie,
les dicts religieux les seront tenus garder et gouverner comme frres et
seurs doivent estre..... En temps de guerre pourront se retirer au Pr 
Rouen.

Lorsque la Normandie fut dfinitivement runie  la France, le manoir de
Bures fut conserv comme sige de justice, et l'on y tablit une
chapelle pour la commodit des religieux, des frres, des soeurs et du
fermier qui l'habitaient. Mais cette chapelle ne tarda pas  devenir une
cause de contrarits pour les curs de la paroisse. Nous en avons
trouv la preuve dans une plainte, sans date, conserve aux archives
dpartementales, formule par Antoine De la Roche et Adrien Guerrier,
qui furent en mme temps curs de la 1re et de la 2me portion de Bures,
 partir de 1694 jusqu' 1706. _Nous nous plaignons_, disent-ils, _qu'on
fait des pain bnit aux messes du Rosaire les festes de la Ste Vierge et
premiers dimanches du mois. Malgr nous ou la dfense de Monseigneur
qu'il y a une chapelle dans la ferme de la Cour appartenante aux moines
de Bonnes Nouvelles de Rouen qui n'est ny ddie ny approuve de
Monseigneur. Ou les prdicateurs des avent et carme confessent et
disent la messe pour le fermier. Et encore prsentement le sieur Guisse
vicaire d'Omoy et le vicaire de Bures y disent tous les lundys et mardys
de la semaine une messe pour les bons amis du fermier, quoique nous nous
en soyons plainds au procureur de Bonne Nouvelle et aux dits fermiers._

Les curs de Bures se plaignent aussi de ce que le procureur de
Bonne-Nouvelle leur a _suscit un procedz injuste_. Ils ajoutent _qu'il
mne  Bures une vie trs peu rgulire. Il ne fait_, disent-ils, que
_boire, fumer, jouer, rgaler de ct et d'autre, et il tient une espce
de bal_. Nous ignorons quel fut le rsultat de cette plainte.

Le manoir des ducs de Normandie, comme proprit de l'abbaye de Fcamp,
devint la proie de la Nation, en 1789, avec toutes ses dpendances. 
cette poque, l'Assemble nationale dclara que les biens
ecclsiastiques lui appartenaient; elle s'en empara; elle les mit en
vente, afin de se crer des ressources, et dfendit toute espce de
protestation. C'tait l'aurore qui annonait le lever du soleil de la
libert!




JUSTICE.


Jusqu' la rvolution du sicle dernier, il y eut  Bures _haute,
moyenne et basse_ justice. Dans une protestation faite en 1398 contre
Guillaume de Vienne, archevque de Rouen, Jean de Bouquetot, prieur de
Notre-Dame-du-Pr, rappelle que depuis six ans il jouit paisiblement du
manoir de Bures, ainsi que de ses revenus, droits, liberts, haute,
moyenne et basse justice: _cum omnibus redditibus juribus liberiatibus
alta mdia et bassa justitia_. Par une sentence rendue en 1669, la haute
justice de Bures fut _adjuge aux religieux de nre dame du Pr  l
encontre des religieux de Fescamp_, qui voulaient s'en emparer.

Ce fut en reconnaissance de ce droit de _haute_ justice que deux
jugements du bailli de Caux (1461-1493) accordrent la permission de
_refaire le gibet  quatre piliers sur une montagne  Bures_[18].

[Note 18: La terre o se trouvait le gibet est situe  la cte de
Follemprise, et on la dsigne encore sous le nom des _Potences_.]

Rien n'est plus obscur que l'origine de ces trois sortes de justice:
_haute, moyenne et basse_. La _haute_ justice tait celle du seigneur,
qui pouvait faire condamner  la peine capitale, et juger toutes causes
civiles et criminelles, except les cas royaux. En certains lieux, la
moyenne justice connaissait des injures dont l'amende ne pouvait
dpasser _soixante sous_. La basse justice statuait sur les droits dus
au seigneur; sur les dgts des animaux, et sur les injures dont
l'amende n'excdait pas _sept sous six deniers_. Outre ces trois degrs
de justice, il arrivait parfois que ceux qui avaient de grandes terres
accordaient aux petits seigneurs qui relevaient d'eux la facult
d'tablir des juges dans leurs villages pour les causes de peu
d'importance.

Le sige de la _haute_ justice tait  l'ancien manoir royal; les arrts
de la _basse_ se rendaient  Tourpes.

Une enqute faite au nom de Philippe Le Bel nous montre que les
religieux de N.-D.-du-Pr jouissaient dj depuis longtemps du droit de
_haute_ justice au temps d'Imer, qui fut abb du Bec[19] de 1281  1304.
On voit figurer dans cette enqute Mathieu de Bray, g de 60 ans,
lequel affirme que les dits religieux ont us du plaid de l'pe[20]
toutes les fois que le cas s'est prsent dans l'tendue de leur terre
de Bures, et cela depuis un temps immmorial: _dicit quod dicti
religiosi usi fuerunt de omnibus casibus placiti ensis accidentibus in
terra de Buris et pertinenciis sicut crdit et a tempore a quo non
existit memoria_. Un autre tmoin, nomm Richard, g de 80 ans, affirme
qu'il a vu condamner un nomm Richard Le Tellier qui, ayant tu Pierre
de Foret et s'tant enfui  l'glise de Saint-Valeri, dans la terre de
Bures, fut conduit avec la croix et l'eau bnite par la justice des dits
religieux: _conductus fuit cum cruce et aqua benedicta per justiciam
dictorum religiosorum et ad hec omnia fuit presens ipse qui deponit_.

[Note 19: Le prieur de N.-D.-du-Pr tait un bnfice dpendant de
l'abbaye du Bec.]

[Note 20: On a appel _plaids de l'pe_ la haute justice: GLADII, VEL
NECIS POTESTAS.]

Comme seigneurs et hauts justiciers de Bures, les religieux du Pr
avaient _de tous temps adcoustume y commectre officiers bailli et
viconte sergens tabellions et autres officiers par eux establis et par
ordonnance d'eschiquier ancienne_. Mais il arriva que l'un des sergents
royaux, dont le sige tait  Envermeu, s'avisa de _commettre deux de
ses serviteurs, gens de labour non congnoissant ce_, pour exercer dans
la seigneurie de Bures, au nom du roi.

Alors, le prieur du Pr et ses religieux s'adressrent au grand snchal
de Normandie, pour le supplier de faire cesser cet abus, lui
reprsentant que _jamais ne fust adcoustume ne souffert avoir tabellions
royaulx ailleurs ne en autre sig et aussi n'est en raison telle
multiplication de tabellions en chascun hamel village ou haute justice
et seroit confusion et danger de plusieurs inconveniens_.

Cette supplique fut accueillie favorablement, et, le 27 avril 1353, le
sergent d'Envermeu fut charg, au nom du roi, de _dfendre ausdis
tabellions que il ne soient si hardi de passer aucunes lettres en la
haulte justice de Bures_, o le roi n'avait d'autre droit que celui de
fouage et ressort, _focagium et resortum_, c'est--dire de lever un
tribut sur chaque feu, maison ou famille, et de faire juger les appels
des jugements prononcs par la justice locale. C'est ainsi qu'un arrt
du parlement confirma, en 1650, la sentence du bailli de Bures, portant
peine de mort contre Nicolas Desforges.

Le sceau de la haute justice de Bures reprsentait des lopards; les
fleurs de lys furent ajoutes aprs la domination anglaise.

A la suite de la rvolution de 1793, Bures fut rig en chef-lieu de
canton et dsign comme sige d'une justice de paix; mais les habitants
de Londinires rclamrent et obtinrent, au bout de deux mois, une
sentence favorable  leur rclamation. Bures resta seulement lieu de
perception des contributions directes pour les communes de Mesnires, de
Fresles et de Saint-Valeri, durant une cinquantaine d'annes.




SEIGNEURIE ET FIEFS.


En parlant de la Justice de Bures, nous venons de rappeler que les
religieux de N.-D. du Pr avaient joui, jusqu' la fin du sicle
dernier, des prrogatives attaches  la seigneurie de ce lieu. Mais il
exista, en cette paroisse, d'autres portions de fief.

Un _Vidimus_ de 1485 mentionne une donation faite en 1359 par _noble
homme mons. Jehan Valiquet chev. sire de Valiquerville_. Ce noble
chevalier donna son nom  un quart de fief _assis s parroisses de
Pommerval, Bures et Maintru_. La partie situe  Bures consistait, en
1509, en une _certaine masure.....au val  la Dame.....et  la fontaine
de Coquefen_.

En 1273, un cur de Bures assista comme tmoin  la vente d'une pice de
terre galement dsigne sous le nom de Coquefen: _cultura dicta de
Quoquefen... testibus... Magistro Radulpho tunc temporis presbytero de
Bures..._ On dsigne encore aujourd'hui, sous le nom de Val--la-Dame et
de Coquefen deux pices de terre de cette commune.

En 1476, le fief du Valiquet tait possd par Guillaume de Saint-Ouen.

En 1527, Louis Bourgoise vend ce fief  Antoine Bourgoise, _verdier de
la forest d'Eawy_[21], qui, en 1543, fit _hommage de bouche et de mains
 mons. matre Franois Ruffin prothonotaire du S. Sige prieur
commanditaire du Pr_. En 1643, le fief tait pass  _damoiselle Marie
de Ricarville vefve de Mathieu Bourgoise_.

[Note 21: Un acte de vente de plusieurs rentes, en 1283, dsigne cette
fort sous le nom de _Foresta de Aquosa_. Dans le mme acte, on cite le
bois de _Locus_, qui n'est spar de cette fort que par le vallon du
Mesnil: _nemus quod vocatur Lotqueu_. En 1670, le bois de _Locul_
appartenait aux religieux du Pr. Nous supposons que ce bois est celui
dont il est question dans l'acte de donation de Durand de _Hostilli_.]

Nous citerons galement, comme situ en partie sur Bures, le fief de la
_Valouine_, dsign dans les chartes sous les noms de _Valogne,
Valoines, Valloignes, Valunnes, Valunneis,_ etc. En 1190, Durand de
_Hostilli_ ou _Osteilli_ et sa femme Gunnor, fille de Robert de
Valunnes, donnrent aux religieux du Pr, moyennant dix livres angevines
de rente payables  la fte de St-Christophe, toute leur terre de Bures,
dpendant de leur fief, avec la maison, le bois, les prs et les
pturages: _totam terram nostram de Bures de feudo de Valunnes cum
mainillo et bosco et pratis et pascuis._ Mais, comme les donateurs
avaient reu cent livres des religieux,  l'occasion de cette
concession, la charte stipule que ceux-ci seront dispenss de la rente
annuelle pendant treize ans,  partir du couronnement de Richard, roi
d'Angleterre et duc de Normandie: _Sciendum et quod monachi prenominati
primos tredecim annos post primam coronationem domini Ricardi rgis
Anglie_. On voit figurer au nombre des tmoins: Regnauld de Mesnires,
Matthieu et Geffroi de Bures[22]. On trouve aussi un Hugues de Bures
comme tmoin au bas d'un acte de 1202, confirmatif du prcdent.

[Note 22: Le sceau de cet acte est en cire verte et reprsente un lion
rampant sur un cu; on voit un oiseau sur une branche au contre-sceau.]

En 1302, il y eut une enqute faite par le bailli de Caux, en prsence
de Philippe de Ricarville et du seigneur de Bures, de laquelle il
rsulta que le fief de Valoynes tait de la seigneurie de Bures. D'aprs
un aveu du 15 janvier 1602, la terre de la _Valonine_ tait un quart de
fief de haubert.

C'est en cette anne 1602 que fut leve la belle et solide construction
que nous dcrirons sommairement. En arrivant par la plaine, on aperoit
une tourelle qui domine le corps du logis; mais il faut entrer dans
l'enceinte forme par les btiments pour jouir de leur beaut. Un perron
 double escalier, dont la devanture est orne de colonnes en pierre,
conduit  l'entre du logis. La plupart des btiments sont btis en
briques, except les votes, dont les artes et les cls sont en pierre.
Les principaux ornements de cette construction sont des losanges, des
trfles en creux, des chanes, etc. Les cls de vote et les espces
d'cussons qui surmontent les portes offraient autrefois de nombreuses
fleurs de lis; mais tout a t enlev  la fin du sicle dernier.

En face du perron se trouve une grande porte protge par six ou sept
meurtrires places au-dessus d'une pice qu'on nous a dit tre une
ancienne chapelle; mais rien ne nous semble justifier cette
qualification.

Enfin, on aperoit,  divers endroits de cette construction, des R
isols; c'est,  ce qu'il parait, l'initiale des fondateurs, qui taient
les sieurs de Ricarville. On raconte que ces deux frres,  la suite
d'une discussion, se battirent au pistolet, et que, les deux coups ayant
parti  la fois, ils tombrent tous deux frapps  mort.

La terre de la _Valouine_ appartient actuellement  la famille de
Fitz-James, et dpend de la commune de Saint-Valeri-sous-Bures.

Nous mentionnerons encore le fief de _Fanencourt_ ou _Favencourt_, que
nous supposons avoir t assis  Bures. En 1462, Jehan de Cappeval et
Jehanne de Fanencourt, sa femme, transportrent, _pour eulx et leurs
hoirs_,  Nicolas de la Croix, chevalier et seigneur de Tourpes,
_escuier descurie du roy_, ce fief de Fanencourt, tenu du prieur du Pr.
A l'gard de ce fief, _plusieurs descords et diffrences furent meuz et
intentez_ entre le prieur du Pr et messire Colbert de la Croix,
seigneur de La Salle et de Tourpes.

Enfin, nous terminerons par le fief de Tourpes, dont il vient d'tre
question, et dont nous aurons occasion de parler dans l'article consacr
 cette seigneurie.




FOIRE ET MARCHS.


Pendant longtemps, nous avions fait d'inutiles recherches pour dcouvrir
les traces d'un march que nous supposions avoir exist  Bures, lorsque
nous avons lu, dans _l'Inventaire des Tiltres du Prieur de Nostre Dame
de Bonnenouvelles faict en lan 1671_, une transaction de l'an 1323,
entre Jean de Valiquerville et Jeanne de Tendos, sa femme, d'une part,
et les religieux du Bec, d'autre part. Dans cette pice, les religieux
se plaignaient (_se douloient_) de ce que les dicts chevalier et dame
_n'avoient fieu_ (fief) _ne demaine_ (domaine) _et avoient tourn le
cours de l'eaue hors de son droit cours anchien_ (ancien) _pour aller 
un moulin que il ont fait et difi de nouvel en fieu que il tenait des
dis religieux..._ En outre, les plaignants prtendaient que _les hommes
reseans_ (rsidant) _au dis fieu ne pouvoient vendre pain  jour dessus
semaine en leurs maisons sans paier plaine coustume ne en leur hales et
estaux ne as jour de leur marchies_ (marchs) _et foire que il ne
paiassent ou deussent paier plaine coustume halage et estalage_. Nous
concluons de l qu'il y avait  Bures foire et marchs, avec halles et
taux taxs  un droit de coustume payable aux religieux du Bec, comme
seigneurs de Bures.

En 1340, nous retrouvons un _compromis_ pour terminer le diffrend qui
tait survenu de nouveau entre le prieur de N.-D. du Pr et le sieur de
Valiquerville, _sur ce que le dit prieur disoit quez_ (que dans les)
_jours qu'il foisoit labourer ses terres de Bures nul des habitants
dudit lieu ne pouvoit labourer les siennes mais estoit oblig d'aller
aider led. prieur_. Nous ne savons quels taient les droits du prieur du
Pr, mais ses prtentions nous paraissent ici bien capables d'exciter le
mcontentement des habitants de Bures.

_L'Inventaire_ o nous puisons nos renseignements mentionne,  partir de
1474, des baux du droit des _taulx_ de Bures. Nous y trouvons galement
mention d'une requte, qui remonte au moins  cette poque, prsente au
comte de Tancarville par _dix ou environ pauvres hommes de la paroisse
de Bures, potiers de terre, boulangers et brasseurs_, afin qu'on les
laisse jouir de leurs droits en la fort d'Eawy. Un autre acte, de 1415,
nous apprend qu'une des rues de Bures s'appelait: _Rue aux Potiers_. Ces
simples indications suffisent pour nous signaler l'industrie d'une
partie des habitants de Bures  cette poque recule. Nous ajouterons
qu'une permission fut accorde, en 1520,  Colin Criquet de construire
un moulin  l'huile dans une petite le qui porte encore le nom de
_Moulin--l'Huile_, quoique le moulin soit dtruit depuis longtemps.
L'huile qui se fabriquait l devait tre de l'huile de faine et de
l'huile de noix. Une dclaration d'Antoine Verdier (1618) nous montre
qu'on payait aussi aux officiers du prieur un droit sur la vente des
boissons, et qu'on tait tenu de dclarer la quantit vendue chaque
anne.

Les habitants de Bures taient donc dans une grande dpendance des
religieux du Pr; mais en revanche ils jouissaient de quelques
exemptions. C'est ainsi que, tandis que les autres paroisses de la
chtellenie d'Arques payaient une redevance pour l'entretien du chteau
de ce lieu, celle de Bures tait exempte. On lit dans une ordonnance
rendue  ce sujet, le 17 novembre 1399, par Charles VI, roi de France:
_La paroisse de Bures neant pour ce quilz sont hommes du prieur du Pr
et se sont opposs et en est procs en lassise darques._

Un arrt d'Andrieu Bourgoise, lieutenant gnral de la seigneurie et
haute justice de Bures, pour les religieux de N.-D. du Pr (16 mars
1541), rclame cette exemption en faveur d'Antoine Fournier, attestant
qu'il est homme tenant et ressanl de la baronnye de Bures dont les
manans et habitans sont francz quictes et exemptz de pontz passaiges
rivages louvetages pontaiges barrages chausses travers acquitz
malletotes et de tous autres tribuz acquitz et subsides par dons faitz
ja auditz religieux du Pr par feus de bonne memore les roys de France
et ductz de Normandie....




MOULIN BANAL.


Il y avait  Bures un moulin banal, c'est--dire que tous les vassaux du
seigneur du lieu taient assujtis  venir y faire moudre leur bl. Il
n'y avait d'exemption que pour les gens de Tourpes. On avait voulu les y
contraindre; mais une sentence rendue en 1664 dcide que les _manants
dans le chteau, de Tourpes ne doivent payer aucun droit de moulture au
moulin de Bures_.

Les autres possesseurs de biens  Bures taient mme obligs de payer le
droit de _verte moulte_, quoiqu'ils fussent _ressans_ (rsidants) hors
du fief. Ce droit tait en Normandie de la 16me gerbe de ce que le
vassal consommait. Un jugement fut rendu en ce sens, en 1587, en faveur
du baron de Bures,  l'gard de ceux qui possdaient des terres _dans
l'estendue de la dite baronnie_. En 1653, une mme sentence fut rendue
relativement  ceux des habitants de Fresles qui se trouvaient dans le
mme cas.




DOYENN DE BURES.


Jusqu' la seconde moiti du XIIIe sicle, Bures fut le chef-lieu d'un
doyenn qui dpendait de l'archidiacon d'Eu. Il se composait de seize
paroisses: Meulers _(Meilliers)_, Omoy _(Ste Maria de Omay)_, Dampierre
_(Dampeira)_, Freulleville _(Freulevilla)_, Maintru _(Mendren)_,
Ricarville _(Ricarvilla)_, Equiqueville _(Esquequevilla)_, St-Valry
_(S. Valericus)_, Beaubequet _(Bellum-Becquetum)_,
Saint-Martin-l'Hortier _(S. Martinus de Urtiaco)_, Aulage _(Aurlagium)_,
Bures _(Bure)_, Bully _(Burleium)_, Pommerval _(Pommerecal)_, Mesnires
_(Maneria)_ et Fresles _(Freelle)_.

Le _Regestrum Visitationum_ d'Eude Rigaud cite encore le doyenn de
Bures, en 1258. En cette anne, le 9 janvier, il runit les prtres de
ce doyenn dans l'glise de Notre-Dame-d'Aliermont, _visitavimus
presbyteros decanatus de Buris, in ecclesia Beate Marie Alacris Montis_.
Mais ce doyenn fut supprim plus tard par ce mme archevque, qui
runit au doyenn d'Envermeu les neuf premires des paroisses que nous
venons de citer, et les sept autres au doyenn de Neufchtel.

La paroisse dsigne sous le nom de _Beaubequet_ a t fonde, au XIIIe
sicle, par les religieux de Beaubec; plus tard, on la nomma
_Ventes-d'Eawi_; aujourd'hui on l'appelle _Grandes-Ventes_.

Aprs avoir t chef-lieu de doyenn jusqu' la fin du XIIIe sicle,
Bures a fait partie du doyenn de Neufchtel jusqu' la fin du sicle
dernier, et, depuis la nouvelle organisation des cantons actuels, il
dpend de Londinires.




LE PRIEUR.


Il y avait autrefois,  Bures, un prieur dpendant de celui de
Bonne-Nouvelle fond, en 1060, sous la dnomination de
Notre-Dame-du-Pr, dans un fond appartenant  l'abbaye du Bec-Hellouin,
au faubourg d'Emendreville, aujourd'hui Saint-Sever, prs Rouen. C'est
par suite de cette dpendance que nous voyons l'abb du Bec accompagner
Eude Rigaud dans la visite qu'il fit au prieur de Bures, en 1250. Le
_Regestrum Visitationum_ nous apprend que ce prieur n'tait alors
habit que par deux moines, qui s'occupaient tellement du commerce
qu'ils omettaient la clbration du saint sacrifice. L'archevque leur
reproche aussi de manger de la viande sans ncessit, et leur ordonne de
faire la pnitence prescrite dans les statuts du pape Grgoire, sans
quoi il les punira grivement. Dans tous les cas, il leur ordonne de
demander la permission  leur abb, qui peut les dispenser de la peine
contenue dans les statuts. Les moines sont encore repris pour se servir
de matelas, _de usu culcitrarum_, et pour n'avoir point de _rgle_; il
leur est enjoint d'en demander une au prieur du Pr.

Les revenus du prieur de Bures taient touchs par l'abb du Pr, et
les moines du lieu n'avaient que les choses ncessaires  leur
entretien. Toutefois, il leur tait permis, en 1265, de pourvoir  la
nourriture de leur famille, et ils donnaient alors l'aumne, trois fois
la semaine,  tous ceux qui se prsentaient.

Avant d'appartenir aux religieux du Pr, le prieur de Bures tait une
possession de l'abbaye de Saint-Amand. Voici ce que dit  ce sujet M.
Barab dans ses intressantes tudes de palographie et de diplomatique:
En 1209, dans un accord relatif  la prestation annuelle de _quatre
muids_ de froment  livrer par le prieur du Pr  l'abbaye de
Saint-Amand, en change des possessions de cette dernire, situes 
Bures, celui-ci, en cas de retard au terme marqu, se soumet  livrer
une surmesure d'un demi-muid aux mmes religieuses, obligation qui ne
doit flchir, pour le cas de peste ou de guerre, que d'aprs l'arbitrage
de _prud'hommes_.

Nous pensons que le prieur de Bures tait situ au sud de l'glise
paroissiale, sur la proprit appartenant aujourd'hui  M. Simon, ou
bien de l'autre ct de la rue, sur la proprit de M. Delaunay,
au-dessus de la fontaine. Ce qui nous fait arrter  cette opinion,
c'est que la rue qui passait autrefois entre ces deux proprits tait
dsigne, sur un ancien plan de la commune, sous le nom de
_Rue-sous-le-Moustier_. Cette rue, qui alors tait le principal chemin
de Bures  Neufchtel, faisait suite  la petite rue dite _de Bordeaux_,
et se dirigeait par le Manoir dt Bray.

Le prieur de Bures devait tre habit au moins par deux moines, _debent
ibi esse ad minus duo monachi_, est-il dit dans le procs-verbal de la
visite archipiscopale du 18 juillet 1265. L'abb du Pr tait prsent 
cette visite, et l'archevque, qui tait venu coucher la veille, toucha
une procuration de _10 livres 16 sous_[23].

[Note 23: On donnait le nom de _procuration_  une somme d'argent paye
 l'vque et aux archidiacres, dans le cours de leurs visites, pour les
ddommager en partie de leurs frais de voyage.]

Nous ne saurions dire en quelle anne le prieur de Bures a cess
d'exister.




L'HOPITAL.


Sans pouvoir l'affirmer, nous supposons que cet hpital tait situ
auprs de l'glise, sur la proprit de M. Simon, et qu'il fut
transfr, vers la fin du XIIIe sicle, dans les dpendances du manoir
des ducs de Normandie, dont nous avons parl. Son existence nous a t
rvle par le _Regestrum Visitationum_ d'Eude Rigaud, dans lequel est
mentionne une visite de l'actif prlat, faite le 13 janvier 1256. Il
trouva dans cet tablissement un prieur et trois chanoines, auxquels il
reprocha de ne point se confesser assez souvent. Il y avait aussi cinq
soeurs charges du soin des malades. Au reste, les choses taient en
assez bon tat, _alia sunt salit in bono statu_, et il n'y avait pas
plus de 40 livres de dettes.

Il nous parat certain que ces trois chanoines jouissaient des trois
_prbendes_ de Bures, donnes aux religieux de Bonne-Nouvelle de Rouen,
en 1150, par Geoffroi Plantagenet, duc de Normandie. Ces chanoines
devaient tre chargs de clbrer l'office divin dans la chapelle des
ducs de Normandie, qui se trouvait au bas de l'glise actuelle de Bures.




L'GLISE.


L'glise de Bures est sans contredit la plus intressante des environs.
Afin de mettre un peu d'ordre dans ce que nous devons en dire, nous
l'examinerons par parties, en commenant par l'extrieur.

Le porche tait beaucoup plus grand qu'il est actuellement; mais, comme
il tombait en ruines, il a t diminu des deux tiers, vers 1856, en
conservant son ancienne disposition.

Les murailles de la nef sont du XIe sicle. Sur celle du sud, au-dessus
d'un cordon plac  quatre mtres du sol, on voit la trace de plusieurs
fentres troites. Ces fentres primitives ont t remplaces par les
trois qui existent actuellement, vers la fin du XVe sicle. Au nord, le
mur offre la trace de deux grandes arcades  plein cintre, spares par
une colonne. Un vieillard du pays nous a assur avoir entendu dire que
ces arcades taient les restes d'une chapelle des ducs de Normandie.
Cette tradition nous parait trs-vraisemblable.

Les trois fentres qui clairent ce ct de la nef demandent un mot
d'explication. La plus rapproche du clocher est de la mme poque que
celles du ct droit. Celle qui la suit a t ouverte au XVIe sicle;
mais elle a t rtrcie d'un tiers en 1867. C'est  cette dernire
poque que la plus rapproche de l'orgue a t perce. Elle a t
tablie avec divers dbris de pierres provenant de l'glise de
Saint-Valeri, donns par M. Paul Havet. Il avait achet les murailles de
cette glise, qui ne servait plus au culte catholique depuis 1832.

A droite et  gauche de la nef, on voit la trace de deux portes qui ont
t bouches. Ces deux portes taient rserves spcialement pour les
possesseurs de deux portions de fief, qui jouissaient du droit de
chapelle en l'glise de Bures.

La porte du midi donnait entre  l'autel _Saint-Adrien_, plac contre
le pilier. Le titulaire de cette chapelle, qui consistait en un autel et
un banc, tait, en 1669, Jacques de Bourgoise, seigneur de Pommerval,
verdier de la fort d'Eawy, dont le sige tait  Bures, mari en
premires noces  Charlotte de Pelletot. La statue de saint Adrien a
disparu dans le flot rvolutionnaire du sicle dernier; mais la console
qui la supportait a t pargne. On y voit accoles les armes des
chtelains dont nous venons de rappeler le souvenir:--DE BOURGEOISE DE
POMMERVAL, _d'argent au lion de sable, arm et lampass de gueules,
avec trois lions d'or_ pour supports et cimier;--DE PELLETOT, _pal
d'azur et d'or de six pices, au chef de gueules charg de quatre fuses
d'argent_.

Cet autel avait t rdifi  la suite d'un arrt de l'archidiacre, en
date du 20 juin 1621, qui dfendait de clbrer la messe sur l'autel de
saint Adrien _qu'il ne soit refait, et ce  peine de supplice_. La
console dont nous venons de parler atteste que le travail de
restauration fut soigneusement excut. Mais il parait que le sire de
Pommerval avait pris de l occasion d'empiter sur les droits du
seigneur patron de l'glise, car nous trouvons, dans _l'Inventaire des
tiltres du prieur de Nostre Dame de Bonnenouvelles faict en lan 1671_,
la mention d'une sentence par laquelle il fut condamn de faire biffer
la litre[24] qu'il avoit fait mettre dans et dehors l'glise de Bures.

[Note 24: On sait qu'on dsigne sous le nom de _litre_ une bande noire
sur laquelle la seigneur du pays faisait peindre ses armoiries.]

La porte du nord tait rserve  la famille du Monduet, qui payait une
rente pour sa chapelle ddie  saint Roch. Par suite de contestations,
cette chapelle fut supprime au commencement du sicle dernier, mais il
fut reconnu plus tard que, par contrat du 8 mai 1639, Michel de
Croutelle, cuyer, sieur du Monduet, avait fond en l'glise de Bures,
moyennant _une rente perptuelle et inaquittable de dix livres_, la
chapelle de saint Roch pour sa spulture et celle de ses successeurs.

Le 29 avril 1714, Antoine et Andr de Croutelle, cuyers, sieurs de
Maisonneuve et du Mesnil, _freres enfans dudit sr du Monduet_,
intentrent une action aux trsoriers de l'glise, afin de faire
rdifier la chapelle qui avait t _raze et dmolie_. Le 8 juillet, le
bailliage d'Arques rendit une sentence favorable aux rclamants, et la
chapelle ft rtablie, avec autorisation de _mettre  la muraille une
pitaphe et leurs armes qui estoient d'anciennet_. Vivement contraris
par cette sentence, les administrateurs de l'glise firent placer _un
cadre neuf sur l'autel de la de chapelle_ de manire que _la veue du
maistre autel fut oste_. Mais cette petite vengeance leur russit mal:
_les dits sr de Maisonneuve et du Mesnil_ furent autoriss  _faire
ouverture au cadre pour avoir la vee audit matre autel_. Il est ais
de comprendre que cette autorisation fut loin de rtablir la paix. Aussi
voyons-nous les trsoriers faire dfinitivement boucher la porte de la
chapelle en 1752[25].

[Note 25: Il y avait alors pour cur de la premire portion de Bures un
chicanier de premire force qui, cinq ans plus tard, consentait 
_dmolir un four et un palis qu'il avait fait construire en anticipant
sur le cimetire_, et  remettre au trsorier 979 liv. 2 s. 3 d. que
l'glise avait dpenss pour soutenir deux procs contre lui.]

En 1791, le sieur de Croutelle refuse de payer sa rente, parce qu'on a
dmoli cette chapelle, o il avait droit de spulture, et dans laquelle
on devait clbrer un obit pour sa famille, et aussi parce qu'on lui
refuse une place de banc dans l'glise. On prend une dlibration pour
le poursuivre; mais la rvolution arrive, et les choses en restent l.
Puis,  la suite de la grande catastrophe sociale, la rente est paye de
nouveau, jusqu' ce que M. Adrien-Raymond de Croutelle eh demande et
obtienne le remboursement en 1854.

En feuilletant les archives de l'glise de Bures, il est ais de
reconnatre que, par suite de la ngligence ou du mauvais vouloir des
habitants, cet difice serait tomb en ruines depuis longtemps, s'il
n'avait t solidement bti. Ce qui nous tonne, c'est qu'il ne se soit
pas totalement croul pendant qu'on passait de longues annes 
dlibrer sur sa conservation. Nous allons immdiatement fournir les
pices  l'appui de notre apprciation.

Le 1er juin 1733, les habitants se runissent en commun et nomment Louis
Delaunay pour _faire faire les rdifications et rparations ncessaires
au clocher et  tous les lieux ncessaires de l'glise_, et l'on emploie
525 liv. 15 s. _au travail d'un pan de la muraille du clocher_, du ct
de l'ouest.

Le 15 avril 1742, on s'assemble de nouveau _en tat de commun_, et l'on
reconnat que l'glise a encore un pressant _besoin de rdifications et
rparations_. Franois Lelatteux est nomm pour les faire excuter, et
dpense environ 200 livres au beffroi du clocher, aux moutons des
cloches, aux couvertures et aux fentres.

Au bout de quelques annes, le pignon de la chapelle du sud s'croula,
et une adjudication de 2400 livres fut passe pour le rdifier, ainsi
qu'un pan de la tour du clocher et plusieurs autres parties de
l'difice. Mais cette somme se trouva insuffisante, attendu qu'une trop
longue ngligence avait rendu les rparations beaucoup plus
considrables qu'on l'avait pens. Le 16 mars 1752, les trsoriers,
principaux habitants et propritaires reconnurent donc qu'il tait de
toute impossibilit  l'adjudicataire de continuer les ouvrages
commencs, et lui allourent 220 livres  ajouter aux 2400 livres
prleves sur tous les biens-fonds de la paroisse. D'un autre ct, il
fallut prendre les mesures ncessaires pour contraindre  payer leur
part les habitants du Mesnil et de Follemprise, qui s'y refusaient. Une
autre difficult venait de ce que plusieurs propritaires, qui avaient
bonne volont, n'avaient point d'argent; ce qui avait port Claude
Pernet, notaire royal, trsorier de l'glise,  avancer 200 livres 
l'adjudicataire des travaux, ds l'anne 1750, pour _faciliter les
propritaires qui n'taient pas en tat pour lors de payer_.

L'anne suivante, le 8 juillet 1753, on se trouve dans la ncessit
d'ajouter _un pillier buttant au pignon de la chapelle_, et l'on
constate le mauvais tat de la couverture de la nef,  laquelle le
trsorier est autoris  _faire faire en neuf le plus qu'il pourra_.

La dpense faite au beffroi en 1742 ne l'avait pas consolid; il fut
reconnu, le 23 aot 1761, qu'il se trouvait _hors d'tat de pouvoir
subsister par tat de vtust_. On construisit donc le beffroi qui
existe encore, auquel on dpensa 397 liv. 6 s. 6 d. Mais,  la suite de
ce travail intrieur, on ne tarde pas  reconnatre le besoin de faire
dresser un devis des travaux  entreprendre pour la _rdification du
clocher qui menace sa destruction_. Il est  remarquer qu'on n'oublie
pas, en cette circonstance, de consigner la ncessit de placer sur le
clocher _un coq neuf en cuivre dor_. Cette dpense, qui se monta  26
livres, fut la premire faite. En effet, un _coq dor_ sur un clocher
qui s'croulait tait bien ncessaire pour prcher la vigilance  ces
braves gens! Par la mme occasion, on dpensa 130 livres  la couverture
de la flche. On ne fit rien autre chose pour le moment.

Cependant, une vritable reconstruction devenant de jour en jour plus
pressante, on dcida, dans une runion qui eut lieu le 13 novembre 1777,
que le clocher serait visit de nouveau, afin de reconnatre les travaux
ncessaires. Le 14 dcembre suivant, il fut arrt qu'on procderait 
une adjudication au rabais. Rien ne se fit, et, dans une nouvelle
assemble tenue le 20 aot 1780, le trsorier reprsenta qu'il serait
bon de consolider les principales pices de bois avec des barres de fer,
pour empcher la chute du clocher.

C'est  la suite de cette reprsentation que les habitants se
runissent, le 5 novembre, _pour dlibrer de rechef sur la rparation
et rdification du clocher qui menace ruine et chute vidente... Vu
l'normit de la somme  laquelle a t ci-devant estime la rparation,
il parat plus avantageux de faire rparer les murs de la tour quarre
sur laquelle est pose la flche et d'en faire construire une nouvelle
qui ne sera que d'environ un tiers de la hauteur de celle qui existe
actuellement_[26]. On charge donc le trsorier de faire faire deux plans
(l'un en forme de pointe, l'autre en forme de petit dme) le plus tt
possible, attendu qu'il _est  craindre que le cloch ne tombe avant que
la reconstruction puisse tre faite_.

[Note 26: Le clocher, dont la hauteur totale est d'environ 53 mtres,
devait tre abaiss  31 mtres.]

Le 21 janvier 1781, nouvelle runion des principaux propritaires, qui
adoptent le plan prsent par le sieur Prout, entrepreneur de travaux 
Dieppe, et le sieur Deslande, de Serqueux. Il est dcid qu'il faut _se
pourvoir devant monseigneur l'intendant aux fins d'tre autoris  faire
faire tout ce qu'il appartiendra pour la dite reconstruction....._ Et
l'on paye _72 livres pour les devis et plans_. On fait mme imprimer 50
placards[27] pour annoncer que l'adjudication des travaux (3,462 liv. 10
sous) aurait lieu au rabais,  Dieppe, le mercredi 6 juin 1781. Mais les
placards ne furent pas affichs.

[Note 27: L'un de ces imprims, conserv dans les archives du chteau de
Mesnires, n'a pas moins de 1 mtre 63 centimtres de hauteur sur 0 m.
46 c. de largeur.]

Le 26 mai, l'intendant ordonne une _contre-visite  celle faite par les
sieurs Prout et Deslande qui avoient conclu  la dmolition du clocher_.
Cette contre-visite avait t demande par plusieurs propritaires de la
paroisse. En _voyant le clocher subsister aprs l'ouragan du 28 fvrier,
ils avaient pens qu'il pourroit durer longtemps encore, au moyen de
quelques rparations_.

Le 1er juillet, dans une nouvelle runion en tat de commun, on dcide
que le clocher sera visit par les sieurs Baudribos et Doul,
charpentiers-entrepreneurs, _lesquels donneront leurs procs-verbaux
soit pour la rparation, soit pour la reconstruction d'icelui clocher_.

Le 12 aot, _messieurs les religieux bndictins de l'abbaye royale de
la trs-sainte Trinit de Fcamp, seigneurs collateurs et gros
dcimateurs de cette paroisse, dment apells_, un grand nombre de
propritaires, approuvent les plan et devis prsents par Baudribos et
Doul, _tant pour les rparations au clocher que sur la vote de la
chapelle de la Ste Vierge_. L'abb Villeroy, cur d'Aulage, convoqu
comme propritaire, signe _en protestant de nullit de la dlibration
et devis....._ Et l'on paye 45 livres pour le nouveau devis.

Le 18 novembre, on tient encore une assemble pour reconnatre _qu'il
n'y a ni deniers ni fonds  la fabrique_, mais que _la communaut des
propritaires entend qu'une juste rpartition sera faite sur les biens
fonds_. En outre, on arrte qu'il sera prsent une nouvelle requte 
Mgr l'intendant, _afin d'en obtenir ordonnance de faire gnralement
tout ce qui sera ncessaire pour parvenir aux rparations et au
payement_.

Le 24 fvrier 1783, a lieu une runion dans laquelle il est donn
lecture d'un procs-verbal de visite du clocher, fait par le nomm
Bosquier, de Saint-Saens, qui avait t envoy par Mgr l'intendant. Ce
procs-verbal est rejet comme inutile, _nonobstant l'opposition de M.
Vilieroy, seul de son parti_.

Le 2 juin, le sieur Dumontier, receveur de M. le marquis de
Poutrincourt, proteste contre une dlibration qui vient d'tre prise
pour demander  Mgr l'intendant une ordonnance, afin de hter les
travaux.

Les choses en restent l pendant prs d'un an. Enfin, on se met 
l'oeuvre en 1783, et le 5 octobre, en vertu d'une ordonnance de Mgr
l'intendant, a lieu une runion en commun, dans laquelle on nomme, _pour
faire le rolle de rpartition des ouvrages du clocher, mur et vote de
la chapelle de la Ste Vierge, sur tous les propritaires de biens fonds
de la paroisse de Bures et des hameaux de Mesnil-aux-Moines et de
Follemprise_, savoir: M. l'abb Villiot, seigneur et haut justicier; M.
le marquis de Poutrincourt; M. le baron du Feugueray; M. Guillaume
Villeroy neveu. Cette dcision est suivie des protestations du sieur
Dumontier, au nom de M. de Poutrincourt, et de l'abb Villeroy, cur
d'Aulage, au nom de son neveu.

Plusieurs fois, notamment le 11 janvier 1784, on avait demand que les
habitants de Burette fussent appels  contribuer _aux frais des travaux
faits  l'glise matrice de Bures_. Mais ils refusrent toujours leur
concours, et, runis en commun, le 25 juillet 1784, ils chargrent M. de
Saint-Ouen, de Beauval, de soutenir leur refus et de _constituer avocat
au sige de Bures_ pour dfendre leurs intrts. D'aprs l'avis
favorable des avocats Vimkar et Moulin, de Rouen, l'affaire fut entame
au mois de dcembre suivant. Mais, comme elle ne paraissait pas devoir
se terminer  l'avantage des habitants de Burette, ils se runirent le 7
novembre 1785, et arrtrent qu'ils ne poursuivraient pas _en plus outre
le procs intent en la haute justice de Bures_ relativement au payement
des travaux du clocher.

Ces travaux taient  peu prs termins, et le sieur Baudribos, l'un des
entrepreneurs, avait trouv la mort en les excutant[28]; mais les fonds
destins  solder l'entreprise taient loin d'tre disponibles. C'est
pourquoi, dans une runion du 15 fvrier 1784, on dcide qu'il faut
absolument prendre des mesures, afin que le sieur Doue, le survivant
des entrepreneurs, soit pay _au plus tt de la moiti de l somme  lui
due et le surplus aprs le parfait jug des ouvrages_. Or, pour oprer
ce payement, il fallait que les membres de la commission nomme
prcdemment tablissent le rle de rpartition de l'impt. C'est
prcisment ce qu'ils n'avaient pas fait. Aussi, dans une runion du 7
mars, nomma-t-on de nouveaux membres pour tablir ce rle: Andrieu,
Guillaume Garin, Alexandre Beaumont et Nicolas Rose.

[Note 28: Le jeudi vingtime jour du mois de mars 1783, le corps de
Jacques-Nicolas Baudribos fils, matre charpentier entrepreneur de la
paroisse d'Offranville-en-Caux, Ag de 45 ans, dcd du jour d'hier en
la communion des fidles, dans la tour de cette glise, y tant tomb
d'environ quarante-cinq pieds de haut, en travaillant au clocher de la
dite glise, vu le permis de M. de la Coudre, juge de Bures, dat de ce
jour, rest en nos mains, y recours, a t inhum dans le cimetire de
cette paroisse, par moi cur de Bures soussign, en prsence de Pierre
Baudribos son pre, et de Michel Fizet son beau frre, aussi
charpentier, de la paroisse de Tourville-sur-Arques, le dit Baudribos
pre, charpentier de la dite paroisse d'Offranville, tmoins avec nous
soussigns.

_Michel Fizet. Pierre Baudribos. Nicolas Fizet. F. Langlois, cur de
Buret, p. p._ (premire portion).]

On reconnat, en feuilletant les archives locales, que celui qui figure
en tte de la nouvelle commission, Guillaume Andrieu, sergent, tait un
esprit brouillon qui cherchait  faire rgner la division dans la
paroisse. Aussi, dans une runion _en commun_ qui eut lieu le 28 janvier
1781, avait-il t donn lecture d'une ordonnance du marquis de Belbeuf,
procureur gnral en la cour du Parlement, par laquelle il tait
dfendu, pour la seconde fois, audit Andrieu de _se prsenter dans les
assembles_. Mais, comme tous les esprits tracassiers, Andrieu tait
actif; c'est ce qui le fit choisir pour terminer une affaire qui
tranait en langueur depuis si longtemps. En effet, les choses
marchrent assez vite, et, le 17 juin 1784, Nicolas Poullain,
_entrepreneur d'ouvrages_, demeurant  Sainte-Agathe, tait appel pour
faire la visite de rception des travaux excuts au clocher.

Depuis cette poque, la couverture du clocher a t bien mal entretenue
pendant plus d'un demi-sicle. Aussi, a-t-on d se livrer plus tard 
des rparations assez coteuses. Par surcroit de misre, le tonnerre
tomba sur la flche dans la nuit du 18 au 19 mars 1846, et occasionna
une nouvelle dpense de 150 francs.

A part diverses rparations  la couverture du clocher, on dpensa 1,020
francs pour couvrir le choeur en ardoises, vers 1845. Il est regrettable
que, au moment de l'excution de ce travail, on ait dmoli la muraille
en pierre qui formait le pignon, pour la remplacer par la croupe
anormale qui existe aujourd'hui. L'architecte l'a voulu, et
l'administration l'a approuv!

En 1855, on a aussi employ une somme de 3,000 francs  la couverture de
la nef. Les deux chapelles ont galement t couvertes en ardoises en
1869.

La chapelle de Saint-Paterne est claire par une fentre ogivale,
pratique en 1860, qui remplace la grande fentre carre tablie au
moment de la reconstruction de la muraille. Une autre fentre a t
bouche, au XVIe sicle, au moment de la construction d'une petite
sacristie qui ressemblait  une cave et a t remplace, en 1857, par la
sacristie actuelle, pour laquelle on a dpens 330 francs, tout compris.
Enfin, un oeil-de-boeuf, qui a d former primitivement une belle rosace,
existe encore au-dessus de la petite porte.

La chapelle de la Sainte-Vierge a deux fentres en pointe, du XIIIe
sicle. Une troisime, qui se trouvait derrire l'autel, a t bouche
au XVIe sicle, et remplace par un bas-relief dont nous parlerons plus
loin.

La muraille du choeur est perce de cinq fentres qui annoncent le XIIIe
sicle: deux au nord, partages par un meneau; deux au midi, divises
par deux meneaux; celle du chevet,  trois meneaux, et entirement
semblable  celle de Bailleul-sur-Eaulne, dont le magnifique choeur est
clair par une douzaine de fentres  lancette.

Maintenant, retournons sur nos pas et entrons dans le saint lieu, aprs
avoir donn un coup-d'oeil au portail, qui annonce la fin du XIIIe sicle
et a t restaur en 1857. Les colonnettes sont ornes de chapiteaux 
feuilles de vigne, de chne, etc.

La porte de l'glise a t faite au moment de l'excution des travaux
dont nous allons parler.[29] Disons seulement que le dessin des
ferrements a t pris sur ceux de l'une des portes de la cathdrale de
Rouen, et que le bois, ainsi que celui de la chaire, provient de poutres
inutiles qui taient supposes soutenir les sommiers du berceau de la
nef. L'anneau qui sert  soulever la clenche rappelle un ancien usage
que nous mentionnerons en deux mots. A une poque recule, on plaait un
grand anneau aui portes des glises, et le coupable ne pouvait plus tre
arrt ds qu'il avait port la main  cet anneau: il avait conquis en
quelque sorte le droit d'asile dans l'glise.

[Note 29: L'ancienne porte offrait aux chats l'avantage de pouvoir
passer en-dessous, pour aller faire la chasse aux souris qui venaient
ramasser les miettes de pain bnit.]

La premire chose qui frappe les yeux, en entrant dans l'glise de
Bures, ce sont les fonts baptismaux. Les anciens, qui avaient t
rpars avec du pltre, s'croulaient par morceaux,  cause du salptre
dont ils taient imprgns. Un ouvrier fut charg d'en faire de neufs,
en copiant servilement ceux qui tombaient en ruines. Mais il remplit mal
son engagement; les fentres simules de la colonne sont seules
parfaitement semblables  ce qui existait.

La gracieuse pyramide qui couronne les fonts tait abandonne dans un
coin de l'glise. C'est un ancien tabernacle du XVIe sicle, qu'on a
fait restaurer et peindre, en distribuant les couleurs comme elles
l'avaient t  l'origine. Mais, la cuve baptismale tant octogone et la
pyramide hexagone, on a t oblig d'ajouter une pice intermdiaire
assez insignifiante, comme point d'union entre les deux.

Au-dessus des fonts sont places les orgues, qui ont cot 1660 francs.
Ces orgues avaient t faites par M. l'abb Duchemin, cur de
Ferrires-les-Gournay, pour M. l'abb Richomme, cur de Conteville;
mais, nomm  la cure de Bully, elles lui devinrent inutiles et furent
acquises pour l'glise de Bures au mois d'octobre 1856. On se mit
aussitt  l'oeuvre pour construire une tribune,  laquelle on dpensa
282 francs, et, le jour de la Toussaint, tout le monde coutait avec
plaisir les sons harmonieux du nouvel instrument.

Pour le paiement de ces orgues, M. le cur eut recours  une
souscription. Le moment n'tait gure propice,  la suite d'une autre
souscription ouverte pour entreprendre un vrai travail de restauration
de l'glise. Cependant, la nouvelle tentative produisit encore un
chiffre de 686 francs 25 centimes, et la fabrique s'engagea  payer le
surplus en six annuits.

Afin de ne point revenir sur la premire souscription dont nous venons
de parler, nous mentionnerons ici la somme recueillie: de S. M.
l'Impratrice, 200 fr.; de l'tat, 2,000 fr.; du dpartement, 200 fr.;
de la commune, 500 fr.; de la fabrique, 5,233 fr.; des habitants, 2,746
fr. 75 c; total, 10,881 fr. 75 c. Cette somme a t employe aux
murailles et  la couverture de la nef,  la restauration du berceau
(voussure en bois), au pavage et aux vitres.

Pendant bien des sicles, l'usage d'enterrer les morts dans les glises
fut assez commun; mais, comme il en rsulta certains abus, on finit par
imposer un droit de spulture, afin de restreindre cet usage, qui
tendait  se gnraliser, au point que ce qui avait t d'abord
l'exception devenait la rgle. Aussi voyons-nous l'archidiacre, dans sa
visite du 48 septembre 1634, ordonner qu'il sera pay  l'avenir
_soixante sols pour les grands corps et trente pour les petits corps_
inhums dans l'glise de Bures. Nous avons reconnu, dans les comptes des
trsoriers, qu'on ne rclama que les deux tiers de la somme fixe.

Dans la suite, il se fit annuellement 10  12 inhumations dans l'glise.
Le trsorier faisait niveler le sol,  mesure qu'il devenait ingal par
suite de la pourriture du cercueil ou de la dcomposition des cadavres.
Il est  remarquer qu'on inhumait alors un grand nombre de corps
envelopps dans un simple linceul. On voit encore, dans les combles de
l'glise de Bures, une espce de bote allonge qui servait  faire le
transport des dfunts ainsi envelopps.

En 1685, le compte du trsorier porte: _Pay au masson pour avoir fait
quatorze journes de son travail  refaire les tombes de l'glise a
raison de quinze sols par jour et dix sols pour la journe d'un cheval 
amasser du sablon et autres matriaux... 11 livres_. A cette poque,
l'glise n'tait pas encore pave, et la _refaon_ des tombes consistait
 remplir le vide et couvrir la surface d'une couche de sable ml d'un
peu de chaux. Dans la suite, on commena  paver  et lk, et  placer
quelques bancs. Le 29 juillet 1750, nous voyons l'abb Sehier, vicaire
gnral, ordonner de continuer de paver l'glise dans les endroits o
elle ne l'est pas, surtout  l'entre du choeur. Le trsorier paye 86
livres, en 1752, pour avoir pav en neuf le reste de la nef.

En 1746, on construisit les douze premiers bancs; leur loyer figure dans
les comptes du trsorier pour la somme de 18 livres 12 sols. Quatre ans
plus tard, l'abb Durand, cur de deuxime portion, se charge de faire
faire d'autres bancs uniformes, autant que besoin sera, _de faon qu'on
puisse  l'avenir faire la procession autour du dedans de l'glise_. On
s'engage  le rembourser de la dpense,  l'aide du prix de la location.
En 1759, les anciens bancs sont lous 25 livres 10 sols, les quatorze
nouveaux produisent 32 livres. Plus tard, on en vint  garnir de bancs
non-seulement la nef, mais encore les chapelles et tout le transept.
Enfin, tout ces bancs, qui existaient encore en 1836, finirent par tre
supprims, comme inutiles ou hors de service, et furent remplacs par
des chaises et les bancs actuels, plus commodes pour ceux qui les
occupent que gracieux dans la forme. En 1832, l'ancienne lgion de bancs
produisait la somme de 197 fr. 35 c. En 1869, le produit annuel des
bancs et chaises est de 501 fr. 25 c.

Continuons notre course  l'intrieur de l'glise.

Les poutres qui ont fourni le bois pour la porte de l'glise ont
galement fourni celui de la chaire, qui a t faite par M. Spiridion
Cartier, de Bures, moyennant 250 francs. Cette chaire devait tre
surmonte d'un clocheton (style du XIIIe sicle), mais les grandes
dpenses faites en quelques annes n'ont pas permis de raliser ce
projet. Au reste, voici ce qui existe: la tribune de la chaire est
supporte par des colonnettes copies sur celles qui tapissent les
piliers du clocher; cette tribune est polygone et orne de fentres en
relief dont le dessin a t pris sur celles du choeur; sur le panneau du
milieu du dossier, on voit l'alpha et l'omga; d'un ct, le livre de
l'ancienne loi, avec les nombres I, II, reprsentant les deux grands
prceptes de l'amour de Dieu et du prochain, sous la lgende _Lex per
Moysen_; de l'autre ct, le livre de la nouvelle loi, sur lequel sont
les nombres I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, figurant les dix
commandements divins, avec la lgende _Gratia per Jesum_; l'abat-voix
est orn d'une espce de dentelle d'un assez bel effet[30].

[Note 30; Par suite d'un malentendu, le feston de la rampe est dispos 
faux aplomb.]

Primitivement, la chapelle du sud avait t ddie  sainte Barbe; elle
est aujourd'hui sous le vocable de saint Paterne. La vote de cette
chapelle a d s'crouler entre les annes 1671 et 1680 (annes qui ont
t dchires dans le registre des archives), car nous trouvons une
dpense de _15 sous pour de la pierre blanche pour aider  raccommoder
la vote de la chapelle de Ste-Barbe_, en 1656, et il n'est plus
question de cette vote aprs 1680. Une somme de 400 francs a t porte
au budget de la fabrique de 1871 pour remplacer le plancher actuel par
une vote en briques de pltre.

Auprs de l'autel, on voit le gros _cierge_ dit de _Saint-Paterne_. Le
saint patron est reprsent dans une verrire au bas de laquelle est une
famille  genoux, implorant son intercession. Cette verrire, qui a
cot 300 francs, y compris les frais de pose et autres, a t place en
1859, au moment de la transformation de la fentre; ce qui cota
seulement 55 francs, attendu qu'on avait eu soin de faire scher
d'avance le moellon destin au travail, au lieu d'acheter de la pierre
blanche au prix de 90  100 francs le mtre cube.

Selon l'usage, la chapelle du nord, dont la vote a t rpare vers
1783, est ddie  la Sainte-Vierge. Elle est claire par deux fentres
 lancette, dont l'une est garnie d'une verrire reprsentant l'_Ecce
Homo_, qui a t place en 1859 et a cot 300 francs.

Au-dessous de cette verrire est un _Spulcre_ compos de neuf
personnages, non compris le Christ tendu dans le tombeau; Deux de ces
personnages, Nicodme et Joseph d'Arimathie, sont de stature colossale
et d'une trs-belle expression; les autres, sans offrir le mme intrt,
ne sont pas sans valeur. Nous avons cru distinguer saint Jean, la
Sainte-Vierge, Marie-Madeleine, Marie, soeur de Lazare, Marie, la
pcheresse de Naim, peut-tre sainte Marthe, et une autre sainte femme
tenant la _Vronique_, ou _vraie face_ du Christ, empreinte sur le
suaire qui fut pos sur son visage dans le tombeau. La faade du
Spulcre forme une double ouverture en accolade, qui annonce le XVIe
sicle. Au haut de deux colonnes se trouvent deux cussons recouverts de
plusieurs couches de peinture; ce qui empche d'en reconnatre les
maux. L'un porte trois besans sur champ sem d'hermine; l'autre une
croix cantonne de quatre ttes tirant la langue, quatre masques humains
ou quatre lopards. Nous avons le regret de n'avoir pu dcouvrir, 
l'aide de ces armoiries, le nom du donateur de ce curieux monument de la
fin du XVe sicle, ou du commencement du XVIe[31].

[Note 31: Ce spulcre a t restaur en 1846. Voici en quelle
circonstance: La majorit du conseil municipal ayant refus de voter un
supplment de traitement de 200 francs en faveur de M. le cur, celui-ci
annona au prne qu'il allait demander son changement. Alors le nouveau
maire proposa de s'engager personnellement h faire le supplment. Cette
gnreuse proposition n'ayant pas t accepte, on fit, dans la commune,
une qute de 267 francs qu'on apporta au presbytre. Comme une seule
personne avait refus de contribuer  cette souscription, les
conseillers rcalcitrants promirent de voter  l'avenir le supplment;
la promesse fut agre, et, au lieu de garder les 267 francs, M. le cur
les fit employer  la restauration du tombeau de Notre-Seigneur.]

Vers la mme poque, une main beaucoup moins habile avait excut un
bas-relief, derrire l'autel, reprsentant l'Assomption de la
Sainte-Vierge, avec cette inscription: ASSUMPTA EST MARIA IN CELUM
GAV[32]. Au bas tait le groupe des aptres, qui a disparu dans les
troubles de 1793 et a t remplac en 1848[33]. Au-dessus des aptres,
qui ont tous les yeux levs vers Marie, on voit, d'un ct, un ange
pincer de la guitare; de l'autre, un autre ange jouer du violon;
au-dessus, deux anges soutiennent la Vierge; plus haut, deux nouveaux
anges, une cassolette sous le bras, balancent un encensoir; enfin,  la
partie suprieure, un ange en adoration sert de console pour supporter
un sige destin  la Vierge; puis, au-dessus de ce sige, le
Saint-Esprit, en forme de colombe;  droite, Dieu le pre, tenant le
monde dans sa main;  gauche, J.-C. avec sa croix. Au bas de ce groupe,
se trouvent deux personnages, un de chaque ct: l'un tient une
trompette, l'autre a les mains poses sur une espce de clavecin.
Peut-tre a-t-on voulu reprsenter deux trsoriers, ou les donateurs du
bas-relief qui, pour tre dpourvu de mrite artistique, n'en est pas
moins digne d'tre conserv. Le lustre, ainsi que la statue de la
Sainte-Vierge, perche au haut de la chapelle, ont t donns, en 1836,
par M. l'abb Lesueur, originaire de Bures, cur de la paroisse de
Saint-Patrice de Rouen.

[Note 32: Le peintre avait voulu mettre GAUDETE; mais, ayant mal
distribu la place dont il pouvait disposer, il s'est vu oblig de
supprimer dete.]

[Note 33: Ces douze statuettes ont t faites par le sieur Tirant, de
Neufchtel, ainsi que les statues de sainte Marguerite et sainte
Catherine, qu'on voit de chaque ct du bas-relief, sous deux dais en
pierre habilement travaills.]

Le confessionnal a t fourni, en 1869, par la maison Lvesque, de
Paris, moyennant le prix de 750 francs, emballage et port compris.

Dans un coin de cette chapelle, on voit un cercueil qui contient un
squelette humain, en bois; c'est la Reprsentation, qu'on place 
l'entre du choeur dans les services funbres et tous les premiers
dimanches du mois, aprs la messe paroissiale, pendant qu'on chante un
Libra pour les fidles dfunts. En ces circonstances, on place le drap
des morts sur la Reprsentation. Comme le dessus du cercueil s'ouvre 
l'aide de charnires en fer, nous sommes convaincu qu'on mettait
autrefois le squelette  dcouvert en certaines circonstances, et qu'on
mnageait peut-tre divers effets fantasmagoriques, au moyen de lumires
systmatiquement disposes autour et en dessous du cercueil, qui n'a pas
de fond.

Avant d'aller plus loin, n'oublions pas de rappeler les cloches qui, au
sicle dernier, animaient encore de leurs joyeux carillons le clocher
qui couronne la croise, sans masquer en rien l'ensemble du choeur, grce
 l'heureuse disposition de quatre piliers tapisss de colonnettes
ornes de gracieux chapitaux du XIIIe sicle. Malheureusement, le
marteau des iconoclastes a frapp l!

A l'poque o Henri IV, occup  conqurir son royaume, bataillait 
Arques, il vint plusieurs fois au manoir de Tourpes, situ sur la
paroisse de Bures, visiter Gabrielle d'Estres. On rapporte qu'un soir,
ne sachant trop par o pntrer dans l'enceinte du chteau, entour de
larges fosss remplis d'au, le Barnais fit demander de quel ct on
pouvait aborder.--Par l'glise! lui fut-il rpondu;--rponse  double
sens faite au visiteur, qui n'tait pas encore converti au catholicisme.

La tradition ajoute que, dans cette visite ou dans une autre, press par
Gabrielle de se faire catholique, il lui demanda si elle assistait
souvent  la messe de sa paroisse, elle qui paraissait se montrer si
fervente.--_Rarement_, rpondit-elle; _la cloche est si petite que je
ne l'entends pas sonner.--Ventre-Saint-Gris!_ repartit le roi, _s'il y a
de belles cloches dans la premire ville dont je me rendrai matre,
elles seront pour Bures_. Peu de temps aprs cet entretien, Henri
prenait Hesdin, et envoyait  Bures quatre magnifiques cloches, qui y
sont restes jusqu'en 1793, ainsi que la petite cloche, nomme Berline,
de laquelle Gabrielle d'Estres se plaignait  Henri IV. La Rpublique
de 1793 en a pris trois. La plus grosse et la plus petite sont restes 
l'glise; malheureusement, elles ont t refondues et leurs anciennes
inscriptions n'ont pas t conserves.

La grosse cloche, _qui faisoit la plus belle harmonie de son avec les
trois autres_, ayant t casse en 1789, il fut arrt, le 15 aot 1791,
qu'elle serait refondue, aprs avoir t pese _avec les poids et
romaine de la ville de_ _Rouen_, que le fondeur devait _faire parvenir
sur les lieux  ses frais_. Il fut reconnu qu'elle pesait _trois mille
huit cent quinze livres_. Dans une runion des habitants, il fut dcid,
 la majorit de 48 voix contre 8, que _Bertine_, du poids de trois cent
dix livres, serait galement refondue, afin de _combler le dchet_ que
subirait la grosse cloche dans l'opration de la refonte, et que ce qui
resterait de mtal serait employ  faire une nouvelle petite cloche.
Ces renseignements, qui paraissent sans importance, sont ncessaires
pour l'intelligence de ce qui va suivre.

Les deux cloches furent donc brises, et les morceaux jets dans le
fourneau tabli auprs du porche de l'glise de Bures. Aprs
l'opration, il fut reconnu que la nouvelle cloche pesait _trois mille
sept cent dix livres_, et qu'il restait _deux cent soixante livres de
mtail_ non employ. Les dimensions de cette cloche, dont la forme est
fort gracieuse, sont celles de l'ancienne: 1 mtre 20 centimtres de
profondeur _de dedans en dedans_; 1 mtre 26 centimtres de hauteur,
_non compris les anses_; 10 centimtres d'paisseur _dans le plus
pais_, et 1 mtre 50 centimtres de diamtre  l'ouverture. La
bndiction eut lieu le 4 novembre 1791. Voici le texte de
l'inscription:

FONDUE L'AN 1791 3me ANNE DE LA LIBERT J'AI T BNIE (sic) PAR MM.
J.-E. LANGLOIS ET AUG. J. BELAMY CURS DE 1re ET 2e PORTION DE CE LIEU,
ET NOMME MARIE-JOSEPH PAR LE SIEUR JOSEPH GUIAN FILS DE J.-GERMAIN
GUIAN MATRE DE LA POSTE AUX CHEVAUX DE NEUFCHATEL ET DE MARIE-ANNE
LEFEBVRE SON POUSE ET DE Melle MARIE-MAGDELEINE-FRANOISE GARIN FILLE
DE GUILLAUME GARIN MAIRE DE BURES ET DE FEU CATHERINE-FRANOISE GRESSENT
SON POUSE. GUILLAUME ANDRIEU TRSORIER ET GREFFIER DE LA MUNICIPALIT.
NICOLAS-LOUIS DELAUNAY, ET J.-MATTHIEU JOURNOIS OFFICIERS MUNICIPAUX.
J.-GABRIEL SIMON PROCUREUR DE LA COMMUNE.

Au-dessous de l'inscription sont placs quatre mdaillons reprsentant
le monogramme sacr JHS (_Jsus Hominum Salvator_), la Sainte-Vierge, un
vque et un crucifix sur le pied duquel on lit le nom et le domicile
des fondeurs: P. N. et J. R. CAVILLIER. AUMALE.

Nous avons dit que,  la fonte de cette cloche, il tait rest 260
livres de mtal non employ. Ce reliquat fut emport  Aumale par les
fondeurs, qui en firent une petite cloche pesant deux cent trente-sept
livres, laquelle fut bnite le 5 janvier 1792. Il existe peu de cloches
bnites  cette poque. Cependant, le petite commune de Longmesnil
(canton de Forges-les-Eaux) en possde une dont la bndiction a eu lieu
en 1793, L'AN DEUXIME DE LA RPUBLIQUE FRANOISE UNE INDIVISIBLE.

Voici la singulire inscription de notre petite cloche, haute de 50
centimtres, et large de 63:

     JE SUIS FILLE D'UNE MRE QUI COMMENA D'EXISTER
     EN 1507 SUR L'INSCRIPTION DE LAQUELLE ON A (Lisez n'a)
     PU DCOUVRIR QUE l'ANNE CI-DESSUS ET LES MOTS
     ANDRIEU ET BOURGOISE. JE FUS BNIE (sic) L'AN 1791,
     PAR MM. LANGLOIS ET BELAMY CURS DE BURES ET
     NOMME VICTOIRE PAR ANT.-J. CARTIER FILS d'ANT. ET
     DE M. M. Ge. TERRIER ET PAR M. VICTOIRE DELAUNAY FILLE
     DE THOMAS ET DE M. LEROUX EN PRSENCE DE LA MUNI-
     CIPALIT INSCRIPTE SUR LA GROSSE CLOCHE.

Au-dessous de l'inscription se trouve une espce d'cu sur lequel on
lit: P. N. et J. B. CAVILLIER FONDEURS  AUMALE.

La date de la bndiction de cette petite cloche, que nous avons
recueillie dans les archives de la fabrique, ne concorde pas avec celle
qui est indique dans l'inscription, et donne  entendre que cette
bndiction a t retarde, ou bien que le fondeur n'a pas livr la
cloche  l'poque prsume au moment de la fonte.

En se rappelant les circonstances que nous avons relates relativement 
la fonte des deux cloches dont nous nous occupons, nos lecteurs auront
compris le sens un peu nigmatique de l'inscription de la plus petite:
_Je suis fille d'une mre, etc._, c'est--dire que de l'excdant de
mtal de la grosse cloche est ne la petite. Le prix de la refonte de
ces deux cloches a t de sept cent cinquante livres payables en
plusieurs termes.

Le dernier terme a t sold par le _citoyen Jean Lesueur_ le 25
pluvise an II (13 fvrier 1793); de sorte que, s'il et plu  la
Rpublique de prendre nos deux cloches, au lieu des trois autres qu'elle
a enleves au clocher de Bures, les habitants se seraient trouvs
obligs de payer la fonte de cloches qu'ils ne possdaient plus.

Autrefois, l'entre du choeur et les deux chapelles taient fermes par
des balustrades qui furent construites vers 1656. Le travail ne fut pas
uniforme, car l'archidiacre Ango dcide, le 15 mai 1736, _que la
balustre de la chapelle latrale du cost gauche sera baisse  la
hauteur de celle de l'autre chapelle du cost droit pour la commodit
des bancs qui sont derrire_.

Le 23 juillet 1843, un march fut conclu avec M. Spiridion Cartier, de
Bures, pour la main-d'oeuvre et fourniture des huit premires stalles du
choeur, moyennant 360 francs, et de l'autel, au prix de 315 francs. Le
travail, consciencieusement excut, tait termin pour Pques 1844. Les
autres parties de menuiserie ont t faites  la mme poque, et ont
cot 244 fr. 50 c. On a dpens 125 francs pour la dorure de l'autel et
du tabernacle.

Au moment de placer la nouvelle menuiserie dont nous venons de parler,
on fil tomber des lambris vermoulus qui montaient jusqu'au bas des
fentres. Quel ne fut pas notre tonnement, en dcouvrant dans la
muraille,  droite et  gauche, jusqu'au chevet, une suite
d'enfoncements d'ingale largeur[34], les uns  plein cintre, les autres
en ogive, qui avaient d primitivement servir de siges! Nous aurions
bien voulu conserver ce souvenir de la construction primitive de
l'glise; mais la menuiserie tait faite, et les exigences de l'conomie
l'emportrent sur l'amour de l'art. Il y avait aussi,  droite de
l'autel, la trace d'une piscine.

[Note 34: Des enfoncements du mme genre se voient encore dans le choeur
de l'glise de Villedieu, canton de Forges-les-Eaux.]

Par suite de l'tat d'abandon dans lequel l'glise de Bures a t
laisse pendant trop longtemps, la vote du choeur est loin d'tre
solide, et elle n'existerait probablement plus, si elle n'avait t un
peu consolide, il y a une soixantaine d'annes,  l'aide de deux arbres
ancrs dans le mur; malheureusement ce travail a t fait sans got.

Le pavage du choeur avait t renouvel en 1856; mais la fourniture fut
dfectueuse, l'architecte eut le tort de l'accepter, et, quand le
conseil de fabrique voulut refuser le payement, le fournisseur se
retrancha derrire l'expiration des dlais lgaux. Alors on utilisa ce
qu'il y avait de solide dans les pavs, pour former encadrement d'un
carrelage en terre cuite, vendu par M. Boulenger, d'Auneuil (Oise), sur
dessins fournis, au modique prix de 8 fr. 50 c. le mtre superficiel.

 l'entre du choeur, on remarque sur la muraille deux croix qui
rappellent la conscration de l'glise, et deux portes:  droite, celle
de la sacristie;  gauche, celle du clocher. En montant quelques degrs
de l'escalier en pierre, on trouve deux  trois marches qui conduisaient
 une ancienne ouverture qui donnait sur le choeur. D'un autre ct,
comme on voit,  l'extrieur, du ct droit, la trace d'une autre
ouverture faisant face  celle-ci, nous concluons qu'il y avait
primitivement l une tourelle dans laquelle on entrait par la porte de
la sacristie qui n'existait pas alors[35], pour arriver  la baie que
nous venons de signaler. La construction de ces deux entres, qui
donnaient accs dans le choeur,  une hauteur de 3  4 mtres, remonte 
l'origine de l'difice; il est ais de s'en convaincre  la vue des
colonnettes inclines qui, de chaque ct, avoisinent les deux
ouvertures, dont la destination nous semble assez claire. En effet,
Guillaume Durand, qui crivait au XIIIe sicle, parle de deux voies
diffrentes par lesquelles le sous-diacre et e diacre montaient 
l'ambon ou jub pour chanter l'ptre et l'vangile. Saint
Charles-Borrome parle galement 4e ces deux escaliers, et il donne 
entendre que, de son temps (XVIe sicle), l'escalier de l'orient servait
 monter, et celui de l'occident pour descendre.

[Note 35: Les sacristies proprement dites ne remontent pas au-del du
XVIIe sicle.]

Quoi qu'il en soit, il nous parait hors de doute que les deux ouvertures
dont nous venons de parler donnaient entre dans un jub qui n'existe
plus; peut-tre mme y avait-il deux ambons, un de chaque ct, afin de
ne point masquer l'entre du choeur. Ce travail aura t dtruit, au
XVIIe sicle, par les _ambonoclastes_, contre lesquels le docte Thiers
s'est lev avec une juste et svre indignation. C'est alors que la
tourelle du ct droit aura t supprime et remplace par la petite
sacristie dmolie en 1857.

De chaque ct du choeur, se trouve un pilier  demi-saillant, masqu par
cinq colonnettes dtaches aux trois quarts. De ces piliers partent des
cordons qui vont traverser la vote en ligne droite, tandis que d'autres
forment des arceaux en se croisant. Auprs du pilier gauche se trouve
l'inscription suivante, trace en caractres du temps:

         [croix] Anno: ab: incarnatione: dni: m: c: lx: viii:
         dedicata: est: hoec: eccl'ia: a: Rotrodo: Rotom:
         archiepo: xi: kl: julii: in: honore: beati: Stephani:
         pthom: et: sct: Aniani: epi': et: confessor':

         L'an 1168 depuis l'incarnation du Seigneur, cette
         glise a t consacre, le onzime jour des calendes
        de juillet (21 juin), par Rotrou, archevque de Rouen,
         sous l'invocation de saint Etienne, premier martyr, et
         de saint Agnan, vque et confesseur.

Quelle que soit l'opinion de plusieurs visiteurs, nous croyons que cette
inscription est bien de l'poque de la construction de l'glise
actuelle, poque o Henri II, cherchant  s'attacher le clerg,
applaudissait  la fondation de cette glise et de celle de Valmont,
village rcemment fond. A nos yeux, toutes les traces d'enfoncements
qui se trouvent dans la base de l'difice, les uns  plein cintre et les
autres en pointe, indiquent clairement l'poque de transition du style
roman au style ogival. Cependant, nous devons avouer que, si les
chapiteaux des colonnes et toute la partie infrieure de la muraille
nous paraissent indubitablement de l'poque indique sur la pierre de
conscration, les fentres annoncent un travail de la deuxime moiti du
XIIIe sicle, poque de la construction du portail.

D'aprs l'inscription que nous venons de citer, il est vident que le
principal patron de l'glise de Bures est saint Etienne. Mais, dans
beaucoup de paroisses,  la suite de l'institution des _Confrries_ de
charit, le patron choisi par celles-ci a fini par devenir le premier
patron.

C'est ainsi que saint Agnan remplaa saint Etienne[36],  Bures,
jusqu'au moment o de graves dsordres ayant eu lieu, pendant plusieurs
annes, durant la nuit de l'assemble fixe au jour de la fte
patronale, M. le cur reprit l'ancien usage de fter saint Etienne,
comme principal patron[37]. D'ailleurs, la _Confrrie de charit_, 
cause de laquelle on avait interverti le rang des saints patrons, allait
tomber pour ne plus se relever. Puis, on arrivait  l'introduction de la
liturgie romaine, qui prescrit de ne fter solennellement que le premier
patron, et dfend de transfrer au dimanche la solennit du patron
secondaire. Toutefois, au lieu de clbrer la fte du patron le
lendemain de Nol, on la remit au 3 aot, jour de l'invention de son
corps, conformment  une dcision du cardinal Cambacrs[38].

[Note 36: En 1761, on commena  _clbrer solennellement comme feste
patronnalle la translation de saint Agnan le 14 juin au lieu du 17
novembre sa feste natalle_. Aujourd'hui, l'autorit diocsaine ne permet
plus de fter en t les ftes qui se trouvent en hiver. C'est ainsi que
les ftes patronales de saint Martin ont lieu au mois de novembre, et
non au mois de juillet.]

[Note 37: Il est vrai que saint Agnan est indiqu comme premier patron,
dans la _Description de la Haute-Normandie_ dite en 1740; mais nous
avons eu sous les yeux un exemplaire de cet ouvrage, annot par l'abb
Pasquier de Wardanche, cur de Sainte-Agathe en 1742, qui rectifie ainsi
le texte de Duplessis: _Saint Agnan, deuxime patron, saint Etienne,
premier_.]

[Note 38: On lit en tte de l'Ordo pour l'anne 1809: En nous
conformant  l'indult du SOUVERAIN PONTIFE, relatif aux ftes supprimes
ou transfres, nous ordonnons dfinitivement, et sans vouloir entendre
 aucune rclamation: 1...... 2 que dans toutes les glises de notre
diocse qui sont sous l'invocation de Saint-Etienne, premier martyr, il
n'y aura qu'une fte patronale de ce saint, laquelle se fera le dimanche
le plus proche du troisime jour d'aot. Depuis l'introduction de la
liturgie romaine, les ftes patronales se clbrent le dimanche
suivant.]

De toutes les statues de l'glise de Bures, la seule qui ait t
pargne par les iconoclastes du sicle dernier, c'est celle du premier
patron, qui se trouve au bout de l'autel; les autres viennent de
l'glise de Burette, except celle de saint Agnan, deuxime patron, qui
a t donne par M. Dniport, dont nous allons bientt citer un don
plus considrable. Sur le stylobate qui supporte la statue de saint
Etienne, on voit le saint diacre,  genoux, les mains jointes et les
yeux levs au ciel: de chaque ct sont les bourreaux, arms de pierres;
puis, au-dessus de la tte du martyr, s'avance la main de Dieu qui le
bnit  la manire latine, le pouce et les deux doigts suivants orns du
nimbe crucifre.

Le choeur est clair par cinq fentres, dont trois sont garnies de
verrires sorties des ateliers de M. Lusson, peintre-verrier  Paris,
qui a fourni galement celles des chapelles de saint Paterne et de la
Sainte-Vierge, la verrire du chevet a t place eu 1858., et a cot
1,200 francs, qui ont t pays par M. Pierre Dniport, chevalier de la
Lgion-d'Honneur: 500 francs  pur don, et 700 francs  condition que la
fabrique lui ferait une rente viagre de 70 fr. durant sa vie et celle
de sa femme. Ce gnreux paroissien a t inhum le 11 mai 1865, et sa
femme six ans plus tard.

Les deux verrires du sanctuaire, places en 1867, ont cot 1,570
francs, ferrements et port compris; les personnages sont d'une meilleure
excution que ceux de la fentre de l'abside.

Le sujet de ces verrires est simple. Au haut de celle du chevet, sont
reprsentes les deux premires personnes de la Trinit divine. Un peu
au-dessous et de ct, la Sainte-Vierge et saint Jean-Baptiste.
Au-dessous de Dieu le Pre et le Fils, le Saint-Esprit, en forme de
colombe, qui se trouve au-dessus de la tte des aptres saint Pierre et
saint Paul, qui occupent les deux compartiments du milieu de la fentre.
Dans les deux autres, on a reprsent les deux patrons de l'glise:
saint Etienne et saint Agnan. Au bas de la fentre, on lit en caractres
du XIIIe sicle: Cette verrire a t donne par Pierre Dniport
chevalier de la Lgion-d'Honneur. La fentre du ct de l'vangile offre
saint Andr et saint Jean; dans la rose place  la pointe de l'ogive,
on voit le coeur de Jsus, sur lequel reposa l'aptre bien-aim. La
fentre du ct de l'ptre prsente saint Barthlemi, saint Thomas,
saint Mathieu et saint Mathias[39].

[Note 39: Il reste  excuter deux autres verrires, pour complter la
suite des aptres: du ct gauche, on pourra mettre saint Philippe et
saint Jacques-le-Majeur, avec quelque chose se rapportant  la vie de
l'un des deux dans la petite rose; au ct droit, sera la place de saint
Simon, saint Jude et saint Jacques-le-Mineur, avec Judas reportant le
prix de son crime, dans la rosace d'en-haut.]

Aprs avoir donn la description de l'glise, nous mentionnerons divers
faits qui trouveraient difficilement leur place ailleurs:

1259.--Le septime des ides de juillet, l'archevque ude Rigaud donna
la confirmation dans l'glise paroissiale de Bures.

1610.--Nous trouvons dans le compte du trsorier cette double dpense:
_Pour vin  communier le jour de Nol... XI sous. Pour le vin de
Pasques.... X sous._ La communion sous les deux espces n'avait plus
lieu; mais on distribuait un peu de vin aux communiants, aprs la
rception de la sainte hostie, comme cela se pratique encore quelquefois
 la premire communion des enfants et aux ordinations ecclsiastiques.

1653.--En excution d'une ordonnance de l'archidiacre, _achapt d'un
tabernacle_pour tre plac sur l'autel. Cette dpense semble indiquer
l'poque  laquelle on commena gnralement, dans nos campagnes, 
placer un tabernacle sur le principal autel.

1654.--Une recette de XXXIX sous figure au compte du trsorier _pour
gerbes adjuges  Anthoine Jourdain_.  cette poque et beaucoup plus
tard, on faisait  l'glise des offrandes en nature, qui taient ensuite
mises en vente et adjuges au plus offrant.

1656.--Le trsorier paye au cirier de Bellencombre: _Pour le luminaire
de la Ddicasse.....VI livres III sous. Pour de la chandelle aux festes
de Nol..... m sous. Pour le luminaire de Nol..... VI liv. XIII s. Pour
le luminaire de Pasques..... VI l. IIII s. VI deniers._ La dpense d'un
luminaire pour le jour de la Ddicace nous rappelle que l'glise a t
consacre, et l'usage de faire brler un cierge auprs de chacune des
douze croix peintes sur les murailles en souvenir de la conscration.

1700.--L'abb Busquet, archidiacre d'Eu, _prie les sieurs curs de faire
le catchisme les dimanches et festes entre vespres et complies._

1789.--A l'occasion de la nomination du trsorier qui eut lieu en cette
anne, nous trouvons indique la manire de procder. Le trsorier
sortant prsentait trois candidats, parmi lesquels les curs, anciens
trsoriers et principaux habitants lui choisissaient un successeur,  la
_pluralit_ des voix.

1793.--Une dlibration avait t prpare pour la nomination d'un
trsorier. On lit au bas: NOTA. Cette dlibration n'a point eu lieu
par la raison que la municipalit de Bures et de Burette est charge de
la manutention des biens et revenus du trsor de Bures et Burette, aux
termes de la loi de la convention nationale.

1794.--Le 1er janvier (12 _nivse an II de la Rpublique une et
indivisible_), Marie-Madeleine Lefay est nomme _trsorire de la
Sainte-Vierge par les maire et officiers municipaux assembls au banc du
trsor de l'glise_. Cette nomination donne  entendre qu'il y eut,
pendant quelque temps, un cur constitutionnel dont nous n'avons pu
dcouvrir le nom.

A partir de cette nomination, les archives de la fabrique sont muettes
sur ce qui se passa dans l'glise jusqu' la fin du sicle. Mais nous
savons qu'elle fut profane par certain nombre d'habitants, qui
brisrent les statues des saints et remplacrent les solennits
religieuses par les chants rpublicains. Une chose tonnante, c'est
qu'ils n'aient pas mutil le Spulcre, eux qui grimpaient aux chelles
pour attacher des cordes au cou des autres statues, afin de les arracher
plus aisment de la place qu'elles occupaient et de les prcipiter sur
les dalles du lieu saint.

1802.--Le 26 septembre _(4 vendmiaire an XI)_, les habitants de la
commune, assembls, au son de la cloche, au banc et buffet du trsor,
d'aprs les annonces faites aux prnes des messes paroissiales le 19
septembre _(2me jour complmentaire de l'an X)_, en la prsence de M.
Laboullais, ministre du culte catholique, desservant la succursale de la
commune, nomment J.-P.-N. Guian trsorier et le chargent _de faire
dcorer dcemment l'glise, de fournir des cuiriaux pour les marteaux
des cloches, des balais pour le ntoiement de l'glise, etc._
L'expression aux prnes des messes paroissiales indique que l'abb
Laboullais clbrait une premire messe dans l'glise de Burette.

1803.--Le 21 juin (_2 messidor_), les fabriciens dlibrent sans
rsultat pour aviser aux moyens de rparer le corps extrieur de
l'glise qui est dans un tat dsastreux.

1803.--Le 31 juillet (_12 thermidor an XI_), on vide les troncs, en
prsence de J.-P.-N. Guian, trsorier de l'glise, de Perptue Leprtre,
trsorire de la Sainte-Vierge, et de Madeleine Leloue, _trsorire de
Saint-Paterne_. Comme on le voit, les jeunes gens tant partis pour le
service militaire, on fut oblig alors de nommer une jeune fille aux
fonctions de trsorier.

1805.--Le 28 avril (8 _floral_), les marguilliers, _considrant que
l'glise a un extrme besoin, d'ornements_, autorisent Jean Bienaim ,
dpenser 333 francs pour achat de chapes; et chasubles.

1806.--Le trsorier est charg d'acheter un calice _dont la coupe sera
en argent_; il fait  ce sujet une dpense de 93 francs. Au sicle
dernier, on se servait encore communment de calices en tain ou mme en
verre, malgr les prescriptions liturgiques.

1816.--Le 6 octobre, les administrateurs de la fabrique, _considrant
que l'glise est dans un grand dlabrement_, dcident qu'une somme de
370 francs, reste sans emploi sur les 1600 francs, prix de vente de
l'glise de Burette, sera employe  l'achat d'un ostensoir, d'un
encensoir, de trois chasubles et de trois aubes.

1834.--Le conseil de fabrique dlibre relativement aux rparations 
faire au berceau de la nef, pour empcher qu'il ne tombe,  la
couverture du clocher,  la muraille, aux piliers, etc. Mais il est sans
ressources _pour une si grande quantit de rparations_. On dcide qu'on
fera les travaux les plus urgents, _aprs que les comptes de divers
trsoriers auront t rendus_; ce qui, par aperu, pourra former une
somme de 150 francs.

1836.--L'glise est pour ainsi dire en ruines et possde pour toutes
ressources: 64 fr. 92 c.

1836.--Le conseil de fabrique n'tant pas lgalement institu, 
l'arrive d'un nouveau cur, on dut procder  sa rorganisation, et les
nouveaux fabriciens nomms par les administrations religieuse et civile
furent convoqus au presbytre, le 7 juin. Deux membres se retirrent,
en protestant contre la rorganisation, et adressrent au prfet une
rclamation  laquelle il ne fut pas donn suite. Reconnaissant qu'ils
avaient eu tort, les rclamants consentirent  faire partie du conseil
quelques annes plus tard.

1836.--Outre la statue de la Vierge et le lustre dont nous avons dj
parl, M. l'abb Lesueur envoie des livres pour le lutrin, un missel, un
rituel, et plusieurs chasubles qui, sans tre neuves, peuvent encore
rendre des services. Le conseil de fabrique dcide, le 2 octobre, qu'une
messe des morts sera chante annuellement pour le donateur, pendant 50
ans,  partir de son dcs, en reconnaissance de ses dons.

1837.--Le 3 avril, le conseil de fabrique prend une dlibration, afin
de mettre la commune en demeure de lui venir en aide pour les
rparations de l'glise; mais la demande reste sans effet. Il en est de
mme des nouvelles demandes faites les 16 aot 1840 et 7 mars 1841.

1841.--Le 3 octobre, le conseil de fabrique dcide qu'on fera les
rparations les plus urgentes  la couverture du clocher, en attendant
l'aide de la commune.

1842.--Le 20 mars, nouvelle demande de secours.

1843.--Les 22 janvier, 9 avril et 12 juin, nouvelles dlibrations sur
le mme sujet.

1844.--Les 30 mars et 14 avril, nouvelles demandes inutiles.

1845.--Le 5 janvier, on fait encore une demande sans plus de succs.

1846.--Le 4 janvier, la commune ayant refait la couverture du choeur, la
fabrique demande inutilement  employer aux autres couvertures une somme
de 877 francs qu'elle avait touche pour divers remboursements de
rentes.

Aujourd'hui, toutes les rentes sur particuliers, au nombre d'une
trentaine, dont plusieurs n'taient que de quelques centimes, ont t
rembourses. Les fonds, placs sur l'tat, produisent 112 francs.

1846.--Voyant sa demande du 4 janvier repousse, le conseil de fabrique
rclame un nouveau secours dans sa dlibration du 8 novembre.

1852.--Le calvaire plac devant l'cole tombait de vtust, le Christ
tait sans bras, sa figure n'avait plus forme humaine, sa croix le
soutenait  peine.... En faisant station au reposoir plac l, le
dimanche de la Fte-Dieu, M. le cur adressa quelques mots aux
assistants pour leur annoncer qu'il ferait aux vpres une qute dont le
produit serait employ  lever un nouveau calvaire. Cette qute se
monta  88 fr. 10 c. Le 24 octobre, le nouveau calvaire fut bni, et il
y eut sermon par M. l'abb Dieudegard, cur de Pommerval. Une nouvelle
qute eut lieu, et produisit: 92 fr. 40 c.

1853.--Le 30 octobre, on demande encore l'aide de la commune pour
l'excution d'un devis montant  8,962 francs. Cette fois, il y a accord
parfait, et les travaux ne seront plus diffrs au-del du printemps.

1855.--Au mois d'avril 1850, le conseil de fabrique avait voulu changer
le mode de location des bancs. M.*** avait mme crit sa dmission sur
le registre, en voyant qu'on ne voulait pas suivre la marche qu'il
proposait. Alors on adopta sa proposition. Toutefois, en signant la
dlibration, M. le cur demanda qu'il ft constat, sur le registre,
qu'il tait  craindre qu'une grande baisse ne fut le rsultat de la
mesure adopte. En effet, la premire location se fit encore assez bien;
mais,  la deuxime, aprs avoir lou quelques bancs, l'on interrompit
l'adjudication,  la vue de l'norme diminution qui se produisait dans
le prix de location. Alors on pria M. le cur d'tablir lui-mme la
marche qu'il croyait la meilleure pour rparer cet chec. Aprs en avoir
obtenu l'autorisation, il runit extraordinairement le conseil de
fabrique le 11 mai 1855, et proposa de louer les bancs _ vie_,
c'est--dire jusqu' la mort de l'adjudicataire ou son dpart de la
paroisse, avec quelques autres conditions qu'il est inutile de relater
ici. Cette proposition fut adopte; les adjudicataires des bancs qui
avaient t lous  bas prix consentirent  ce qu'on les mit de nouveau
en adjudication, et le total fut de 475 fr. 15 c. Depuis cette poque,
toutes les fois qu'on loue un banc par suite de dpart ou de dcs, il y
a augmentation. Le chiffre total dpasse aujourd'hui 500 francs.

1805.--Le 16 juillet, Monseigneur Blanquart de Bailleul, accompagn de
M. l'abb Caumont, vicaire-gnral, administre le sacrement de
confirmation dans l'glise de Bures, o s'taient runis les
_confirmands_ de Sainte-Agathe et d'Osmoy.

1855.--On agrandit le cimetire du ct de la rue, et la commune dpense
347 fr. pour les murs.

1859.--Le dimanche de _Quasimodo_, M. le cur tombe malade, d'une fivre
typhode. Malgr son nergie et sa force de volont, il ne peut crire
quelques mots de dlibration du conseil de fabrique, et reste couch
pendant cinq  six, semaines. Parmi les nombreuses visites qu'il reut
sur sa couche de douleurs, nous devons citer celle de M. l'abb Caumont,
vicaire-gnral, qui vint de Neufchtel lui donner une marque d'intrt
et de sympathie.

Le 12 juin, jour de la Pentecte, il sortit du presbytre pour la
premire fois depuis sa maladie, et put _assister_  la messe, aprs
laquelle on chanta un _Te Deum_ , l'occasion d'une victoire remporte
par l'arme franaise en Italie. Au bout de quelques jours, un membre du
conseil de fabrique fit une dnonciation contre M. le cur, parce qu'il
n'avait point port chape  ce _Te Deum_. Le pauvre cur avait peine 
porter sa soutane, et ne pouvait marcher sans tre appuy sur une canne!
En ce temps-l, on marchait encore en portant chape, en allant et venant
depuis le bas du choeur jusqu'aux degrs du sanctuaire. Cet usage, qui a
t aboli au moment de l'introduction de la liturgie romaine, existait
dj, au XIe sicle.

1859.--Le 3 juillet, le conseil de fabrique dcide qu'il ne sera plus
laiss de fonds aux mains des trsoriers et trsorires; mais que
l'argent sans emploi sera plac  la caisse d'pargne, au nom de l'un
des marguilliers, afin d'en tirer un petit intrt. Au moment du dpart
de l'abb Decorde (1er octobre 1870), il y avait  peu prs 700 francs
en dpt, destins en partie  l'acquisition d'une verrire pour la
chapelle de la Sainte-Vierge, et  aider la fabrique dans la dpense
d'une vote  la chapelle de Saint-Paterne.

1861.--Le dimanche 12 mai de cette anne fut un jour de grande fte pour
le petit bourg de Bures, depuis le matin jusqu'au soir. Il y eut messe
en musique par une socit d'amateurs de Dieppe, venus au nombre de 20 
25 conqurir les loges de tous ceux qui eurent le bonheur de les
entendre. Aprs vpres, un concert eut lieu dans la cour du presbytre,
trop petite pour contenir dans ses murs l'affluence des curieux. A la
messe, on fit une qute abondante pour les besoins de l'glise, et une
autre qute fut faite, pendant le concert, en faveur des pauvres de la
commune.

Au moment du dpart, M. le cur adressa aux musiciens quelques mots de
flicitations et de gratitude, et, la semaine suivante, il reut une
lettre collective, signe de tous, dans laquelle la socit le
remerciait bien cordialement de l'affectueux accueil qui lui avait t
fait. Comme souvenir de la sympathie avec laquelle ils avaient t
reus, les musiciens dieppois ajoutaient: Une rception si fraternelle
de la part du pasteur et du troupeau est un bien grand encouragement
pour nous. Conclusion: tout le monde fut content!

1862.--A la suite de grandes instances, M. le cur avait consenti  se
charger de la surveillance des travaux excuts  l'glise, des
dmarches  entreprendre pour obtenir des secours, de divers fonds 
recouvrer et de nombreux payements  faire. Il rendit compte de sa
gestion le 27 avril. Les recettes se montaient  7,834 fr. 56 c, et les
dpenses  7,759 fr. 20 c.

1864.--Les bergers de la contre se runirent, au nombre de trente 
quarante, pour offrir un pain bnit  la messe de minuit, ainsi qu'un
petit agneau plac sur une lgante civire. Ils taient vtus d'un long
manteau et portaient une houlette orne de verdure, de fausses-fleurs et
de rubans de soie. Tout se passa dans le plus grand ordre, quoiqu'on
n'et jamais vu l'glise aussi remplie d'assistants venus de tous cts.
Les qutes furent abondantes, et, aprs les vpres, les bergers vinrent
sur deux rangs, au presbytre, offrir l'agneau  M. le cur[40]. Il y
eut dans cette fte religieuse quelque chose d'analogue  ce qui se
passait dans la reprsentation des Mystres du moyen-ge. Les bergers
avaient plac un enfant Jsus dans la chapelle de la Vierge, et ils
avaient invit  se tenir auprs de la crche deux enfants de 12  13
ans, qui figuraient Joseph et Marie, et trois des principaux
cultivateurs du pays, qui rappelaient les Mages par la varit des
ornements de leur manteau.

[Note 40: Cet agneau fut mang le jour de la fte patronale. Parmi les
convives figuraient les bergers qui avaient organis la crmonie de
Nol, plusieurs personnes qui y avaient figur, et le clerg de la
paroisse.]

1865.--On lit au registre des dlibrations du conseil de fabrique,  la
date du 16 juillet: M. le cur, par suite du refus de MM. les
conseillers de croire  l'exactitude d'un nom de locataire de banc port
au registre, dclare donner sa dmission de secrtaire du conseil et du
bureau, et propose de lui donner un remplaant. Les membres prsents
refusent non-seulement de nommer un successeur  M. le cur, mais
dclarent donner leur dmission de membres du conseil de fabrique.
Voici ce qui avait provoqu la dmission de M. le cur: Les conseillers
de fabrique qui avaient qualifi M. le cur de _faussaire_ criaient sur
les toits que le nom du locataire de banc port au registre n'avait
jamais figur sur la liste des trsoriers. Chaque trsorier conservant
sa liste, et le prix total de la location tant port en bloc dans les
comptes, il n'tait pas facile de rpondre  cette imputation
malveillante. Cependant, M. le cur fut assez heureux pour se procurer
une de ces listes, crite  l'encre bleue, de la main d'un fabricien qui
n'avait pas encore prsent les comptes de sa gestion  l'approbation du
conseil. Or, le 16 juillet 1865, le conseil assembl pour cette
reddition de comptes, M. le cur prsenta cette liste aux fabriciens, en
disant: Messieurs, vous avez affirm que j'avais port au registre de
vos dlibrations un nom de locataire de banc qui n'avait jamais figur
sur vos listes. Voici ce nom, crit par vous, Monsieur***;
reconnaissez-vous votre encre et votre criture? La liste passa de main
en main, au milieu d'un morne silence, tandis que M. le cur crivait sa
dmission, dont nous venons de parler.

1865.--La fte des bergers eut encore lieu  Nol; mais, malgr le bon
ordre qui avait rgn l'anne prcdente, il s'tait trouv quelqu'un
qui avait cru devoir blmer cette crmonie auprs de l'autorit
ecclsiastique, et l'offrande de l'agneau fut dfendue. Toutefois, en se
conformant  la dfense, les bergers voulurent que le pauvre petit
animal ft de la fte: ils ne l'entrrent pas dans l'glise, mais ils le
placrent sous le porche, d'o ils l'emportrent au presbytre comme en
1864.

1866.--Le 10 mai, on procda  l'installation des cinq nouveaux membres
du conseil de fabrique nomms par Mgr l'archevque et par M. le prfet.

1870.--Le 29 septembre, l'abb Decorde quitte la paroisse et laisse 
l'glise, comme souvenir: un drap mortuaire en velours, une chasuble
blanche en soie moire, etc.




CURS DE BURES.


Il y eut,  diverses poques, de grandes contestations relativement aux
curs de Bures, tant sous l'administration des religieux de N.-D. du Pr
que sous celle des religieux de la Sainte-Trinit de Fcamp, qui
jouirent successivement du droit de prsentation  la cure. Nous ne
saurions dire comment ni  quel moment ce droit passa des uns aux
autres. Un jugement du commencement du XIIIe sicle nous apprend que les
menues dmes de la paroisse de Bures _ont t adjuges au prieur de
nre-Dame du Pr au prjudice du cur et pres de Bures_. D'un autre
ct, il est dit, dans un trait qui eut lieu en 1327, que les religieux
de Fcamp percevront la dixme sur les terres de Bures o elle leur est
due _devant quoy percevoir le droit de champart_. Puis, en 1398, nous
trouvons appel contre une ordonnance de l'archevque de Rouen, _portant
envoy de religieux pour desservir  Bures comme bnficiers_. Au milieu
debout cela, nous cherchons la lumire et nous ne la trouvons pas. Nous
savons seulement que, dans les derniers temps qui ont prcd la
rvolution de 1793, l'abbaye de Fcamp prsentait aux deux portions de
la cure, en vertu du droit que lui confrait la baronnie de
Jardin-sur-Dieppe, situe en la paroisse de Saint-Aubin-sur-Scie.

Gnralement parlant, il est assez difficile d'tablir la liste exacte
des curs d'une paroisse. Ici, la difficult est d'autant plus grande
que, dans tous les noms des prtres ayant rempli quelque fonction en la
paroisse de Bures, on rencontre un embarras spcial: celui de se
reconnatre au milieu de ce ddale de curs de premire et de deuxime
portion, de vicaires, de chapelains, etc., qui ne signent pas toujours
d'une manire lisible. Nous allons faire de notre mieux pour atteindre
notre but,  l'aide des archives locales et de celles qui sont
conserves au dpt de la prfecture.




CURS DE PREMIRE PORTION.

.....--..... Richard.
1273.--..... Raoul.
1467.--Nicole Le Roux.
1615.--..... Bucquet.
.....--Nicolas Fr.
1648.--Jacques Ducroc.
1660.--Jean Le Sauvage.
1665.--Charles Lattaignant.
1671.--..... Le Verdier.
1678.--Jean Lamaune.
1678.--Jacques Le Verdier.
1689.--..... Renoult.
1690.--Nicolas Le Faucheux.
1693.--Nicolas Dudan.
1694.--Antoine De la Roche.
1706.--Abraham Marcotte[41].
1739.--Guillaume Marcotte[42].
1742.--Constantin-Richard Eudes[43].
1772.--Julien Benot.
1773.--Jean-Franois Langlois.

La signature de l'abb Langlois figure pour la dernire fois au registre
des trsoriers le 1er janvier 1791, et au registre des baptmes le 2
octobre 1792.

[Note 41: Inhum, en 1739, dans le choeur de l'glise de Bures.]

[Note 42: Dcd  l'ge de 30 ans, et inhum dans le choeur.]

[Note 42: Inhum dans la chapelle de la Sainte-Vierge.]




CURS DE DEUXIME PORTION.

1610.--.....Bellart.
.....--Jean Bollart.
1628.--Mathieu Lefebvre.
1654.--Nicolas Nepveu.
1668.--Jacques Le Verdier.
1676.--Jean Lamaune.
1686.--.....Renoult.
1688.--Franois Nepveu.
1689.--.....Le Faucheux.
1690.--Antoine De la Hoche.
1697.--Adrien Guerrier.
1715.--David Stallin[44].
1742.--J.-T.-Benoit Durand[45].
1763.--Augustin-Jacques Belami.

[Note 44: Dcd  la suite d'une longue maladie, et inhum dans
l'glise de Bures.]

[Note 45: Inhum dans l'glise.]

L'abb Belami tant rest jusqu' la rvolution de la fin du sicle
dernier (puisque nous trouvons sa signature au registre paroissial
jusqu'au 1er janvier 1790, et sur le registre des baptmes jusqu'au 16
octobre 1792), nous ne pouvons nous expliquer la prsence d'un abb
Tuelsfarber qui signe au bas d'une dlibration des trsoriers de
Burette, en 1773, comme _prtre desservant de la deuxime portion de
Bures et Burette_. D'un autre ct, nous le voyons signer sur un
registre de deux feuillets destin aux actes de baptme de Burette,
comme _prtre desservant de la premire portion de Bures et Burette_. Ce
registre ne contient qu'un seul acte, au verso duquel les curs Langlois
et Belami attestent cet _acte vritable_.

A partir du mois d'octobre 1792; les deux curs de Bures se htent de
faire faire la premire communion aux jeunes enfants, et disparaissent
sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus. Avant de partir, ils allrent
chez les braves gens faire leurs adieux, et, dans ces maisons, tout le
monde pleurait en les voyant s'loigner. L'abb Belami tait un homme
svre et anim de l'esprit de chicane. L'abb Langlois tait d'un
caractre trs-doux. Il parait qu'il remplaait parfois le clerc laque
pour faire l'cole, et montrait la _taplette_ aux enfants, en leur
disant: _Voil la petite Jeannette! vous en aurez, si vous n'tes pas
sages_. Mais jamais la petite _Jeannette_ ne servait  punir.

Six registres qui ne contiennent que des actes de baptmes semblent nous
indiquer qu'un autre prtre, l'abb Deschamps, vint se cacher dans la
paroisse vers la fin d'avril 1794. En effet, nous lisons en tte du
premier de ces registres: _Ce registre contient tous les baptmes des
enfants ns depuis le 27 avril 1794 jusqu'au 1er janvier 1797, sans date
du jour des baptmes, parce que la plupart de ces enfants toient ns
avant que j'exerasse le ministre dans la paroisse et que je ne puis me
ressouvenir de la date du jour des baptmes._

Le premier acte dat dans ces registres est celui d'un baptme fait le
20 dcembre 1796; le dernier est du 29 aot 1802. A la fin de chacun de
ces registres, on lit: _Certifi ce registre entirement conforme 
celui envoy  l'vch._ L'abb Deschamps a d rdiger ses registres
sur des notes, car nous le voyons clore chacun d'eux par une date
diffrente, mais de la mme anne,  partir du 15 janvier 1802 jusqu'au
10 mars suivant.

Le 28 aot 1802 (10 _fructidor an X_), l'abb David, cur de
Londinires, parafe un registre _pour servir  l'enregistrement des
actes sacramentaux, comme baptmes, mariages, permission de marier et
spultures de la succursale de Bures_. 11 est  remarquer qu'on suit
encore le calendrier rpublicain, qui ne fut aboli (au commencement de
sa 14e anne) que le 1er janvier 1806, en vertu d'un snatus-consulte du
21 fructidor an XIII (31 aot 1805). En effet, le premier acte de notre
registre est du 16 fructidor an X, et le dernier est du 14 thermidor an
XI. D'aprs ce qui prcde, nous porterons donc, comme successeur des
abbs Langlois et Belami:

1794.--.....Deschamps.

Lorsque l'abb Deschamps put se faire connatre dans la commune, sans
craindre la perscution, il loua une petite maison et prit  son service
_mademoiselle Marianne_, qui allait en journe chez les habitants pour
aider son matre qui, d'un autre ct recevait quelques petits secours
des personnes animes de sentiments religieux. En partant de Bures,
l'abb Deschamps alla se fixer  Martainville-sur-Ry, et, pendant
plusieurs annes, il fit visite  plusieurs de ses anciens paroissiens,
en allant toucher une petite rente qui lui tait due 
Notre-Dame-d'Aliermont. Il eut pour successeur:

1802.--Nicolas Laboulais.

Au milieu de la discorde qui rgnait dans la commune, l'un des partis
finit par faire suspendre ce vieillard de ses fonctions, au mois d'aot
1835,  la suite de toutes sortes de tracasseries qu'on lui suscita. Il
resta dans la maison presbytrale, qui lui appartenait, et mourut au
bout de quelques mois, le 6 mai 1836. Le maire s'opposa  ce qu'il ft
enterr au pied de la croix du cimetire, comme cela a lieu
ordinairement pour les curs de paroisse.

1836.--Jean-Eugne Decorde.

Ordonn prtre  Nol 1835, il resta trois semaines comme chapelain au
chteau de Bois-Guilbert, en attendant sa nomination  la cure de Bures.
Quand il arma dans cette paroisse, la position n'tait pas attrayante;
l'glise tombait en ruines; il n'y avait ni presbytre ni maison
d'cole, quoiqu'il y eut trois instituteurs par suite de la division qui
rgnait parmi les habitants. Cependant le jeune prtre rsolut de rester
 ce poste difficile. Pour calmer ses ennuis, il s'amusa donc  tudier
un peu la botanique. Au bout de de quelques annes, il s'occupa
d'ornithologie et forma une collection d'oiseaux empaills. Plus tard,
il se livra  l'tude de l'archologie et de l'histoire locale. Alors il
publia successivement, outre un grand nombre d'articles de journaux et
de revues: 1 _Essai historique et archologique sur le canton de
Neufchtel_ (1848); 2 _Essai sur le canton de Blangy_ (1850); 3 _Essai
sur le canton de Londinires_ (1851); _Dictionnaire du patois du pays de
Bray_ (1852); _La Croix ou le dernier jour du Christ_ (1854); _Essai sur
le canton de Forges-les-Eaux_ (1856); _Dictionnaire du culte catholique_
(1859); _Essai sur le canton de Gournay_ (1861). Le 15 mai 1863, il
commena la publication d'un recueil mensuel sous le titre de _Magasin
brayon_, qu'il changea, l'anne suivante, contre celui de _Magasin
normand_. Tout en publiant ce recueil, qui parut durant six ans, il se
cra une distraction en consacrant ses quarts d'heure perdus  la
photographie. Enfin, en 1872, il publia la prsente histoire de la
paroisse qu'il venait de quitter.

Les travaux historiques, archologiques et littraires de l'abb Decorde
lui valurent l'honneur de faire partie de plusieurs socits savantes.
Nous citerons les suivantes, qui l'admirent au nombre de leurs membres,
 peu prs dans l'ordre suivant: _l'Acadmie des Sciences, Arts et
Belles-Lettres de Caen, la Socit des Antiquaires de Normandie, la
Socit des Antiquaires de Picardie, la Socit d'Emulation d'Abbeville,
la Socit franaise d'archologie pour la conservation des Monuments
historiques, la Socit d'Agriculture, Sciences, Art et Belles-Lettres
de l'Eure, l'Association normande, la Commission dpartementale des
Antiquits de la Seine-Infrieure, la Socit archologique du
grand-duch de Luxembourg (Belgique), la Socit archologique de Sussex
(Angleterre), l'Institut des Provinces de France_[46], _la Socit de
l'Union des Potes, l'Acadmie nationale agricole et industrielle, la
Socit de linguistique de Paris, la Socit d'Etudes diverses du
Havre,_ etc.

Au milieu de ses travaux, l'abb Decorde trouva le temps de visiter une
assez grande partie de la France,  l'occasion de divers congrs
auxquels il assista[47]. Il parcourut galement la Suisse, la Belgique,
un coin de la Hollande, de l'Allemagne, et poussa une pointe jusqu'
l'extrmit de l'Espagne (Sville).

[Note 46: Il fut nomm membre de _l'Institut des Provinces_ dans une
sance qui eut lieu  Bordeaux, en 1861, pendant la session du _Congrs
scientifique de France_. Un mmoire sur _l'Utilit des oiseaux en
agriculture_, qu'il lut dans une sance gnrale de ce congrs, lai fit
dcerner une mdaille de bronze par la _Socit protectrice des
animaux_.]

[Note 47: A Cherbourg, il fut nomm secrtaire de la section
d'archologie (1880);  Troye, vice-prsident de la section
d'agriculture (1865);  Amiens, vice-prsident de la section
d'archologie (1867).]

Ses tudes et ses voyages n'empchrent pas le cur de Bures de
s'occuper activement de la restauration de son glise. Il n'y a pas un
centimtre de surface  l'intrieur de ce monument qui n'ait t l'objet
de quelque travail d'embellissement.

L'abb Decorde commenait  jouir de la satisfaction que procure un long
ministre utilement employ dans une paroisse, quand il s'aperut qu'il
ne pouvait plus continuer le bien qu'il avait commenc. Alors il rsolut
de partir et demanda la cure de Notre-Dame-d'Aliermont, o il fut
install le 1er octobre 1870. Un seul homme fut la cause de sa
dtermination. Inutile de dire son nom: il est dans la bouche de tous
les habitants de Bures, les autres n'ont pas besoin de le connatre. Que
Dieu lui pardonne les chagrins qu'il a causs  celui qui, durant de
longues annes, lui avait donn tant de marques de sympathie et
d'intrt!

1870.--Franois Lecoeur.

Avant de venir  Bures, M. l'abb Lecoeur avait desservi la paroisse de
Sainte-Agathe-d'Aliermont durant dix ans, aprs avoir t vicaire de
Blangy depuis 1852 jusqu'en 1860.




LA CONFRRIE DE LA CHARIT.


Au seizime sicle, on vit s'organiser un grand nombre de confrries de
charit dans nos paroisses rurales. Au dbut, ces pieuses associations
tablissaient entre ceux qui en faisaient partie un lien sympathique
bien louable; mais, peu  peu, ce lien se relcha, l'indiffrence
succda au dvoment, l'amour de soi remplaa l'amour des autres, et ces
confrries, plusieurs fois rorganises, finirent par s'teindre. Il en
existe encore quelques-unes; mais ces dbris ne sauraient donner une
ide de ce que fut cette institution dans le principe.

Pour faire partie de la confrrie, il fallait tre _de bonne vie et
honneste conversation_, promettre de _garder bien et duement les statuts
et ordonnances dicelle_, et payer une petite somme, par exemple six
deniers au profit du trsor de la charit Chaque anne, lecture des
statuts tait faite le jour de la fte du patron, et le lendemain, _ou
le dymence aprs en suyvant por toute dilation_ (dlai), les frres
nommaient l'un d'entr'eux prvt de ladite charit, et six des autres
pour _estre frres semants, eschevyns et sergents_, lesquels taient
obligs de remplir leur charge pendant un an, sous peine de vingt sous
d'amende pour le prvt, et de dix sous pour les autres, _le tout 
convertir au profit de lad. charit_. Chaque confrrie avait son
chapelain et un clerc  son service, et devait tre pourvue d'ornements,
d'une croix, d'une bannire, de cierges, de clochettes, de torches, de
chaperons et d'un drap des trpasss. Tous les premiers dimanches du
mois, on chantait, le matin, une messe  laquelle devaient assister les
frres servants, portant chacun son chapperon et chacun sa torche sur
paine d'amende. Le jour de la fte du patron, on clbrait une messe
solennelle, et, le lendemain, on chantait une messe de _Requiem_ pour
les _frres et soeurs trespassez_. Au commencement de la messe et des
vpres, au jour de la fte patronale, le chapelain, le clerc et les
frres servants allaient chercher le prvt  sa maison pour le conduire
en procession  l'glise, avec croix, bannire, cierges, torches,
chaperons et clochettes. Aprs le service de l'glise, on le
reconduisait dans le mme ordre. Aux principales ftes de l'anne, les
frres servants taient tenus d'avoir leurs chaperons et leurs torches
pour accompagner la procession, de se prsenter de la mme manire
auprs de l'autel au moment de l'vangile et de la conscration, et de
se tenir debout avec les mmes attributs aux antiennes et oraisons de
_Magnificat_. Le prvt et les frres servants devaient se confesser et
communier le jour de la fte patronale, et toucher dix-huit deniers ou
deux sous de chacun frre et seur _participans aux bienfaicts de la
confrrie_. Quand un frre ou une soeur allait _de vie  trespas_, la
famille du dfunt avertissait le prvt, qui faisait sonner, afin
d'annoncer le dcs, et le chapelain, le clerc et les frres servants
assistaient  l'inhumation,  laquelle ils taient _tenuz de porter
croix, bannire, clochettes, chapperons, torches, cierges, eaue beniste,
sarcueil, drap des mors et le corps dudict trespass en terre saincte_.
A la suite de chaque enterrement, la confrrie faisait clbrer une
messe de _Requiem_ pour le repos de l'me du dfunt, et touchait de sa
famille la somme de cinq sous. Quand le mort n'tait pas membre de la
confrrie, la rtribution tait de dix sous, s'il tait chef d'hostel.
Les amendes et recettes taient perues par le prvt, qui en rendait
compte au plus tard le dimanche qui suivait la fte du patron, terme de
son anne d'exercice. En ce jour, il offrait un pain  bnir, au moment
du _Kyrie eleison_, et tait conduit  l'autel par les frres servants,
avec croix, bannire, etc. Aux vpres, quand on entonnait le
_Magnificat_, tous les frres en exercice se rendaient galement en
procession au bas du sanctuaire, o ils se mettaient  genoux, et le
clbrant faisait entr'eux l'change de leurs insignes (bannire, croix,
bton de sergent, torches et chaperons), quand le choeur chantait le
verset: _Dposait patentes de sede_.

Tels taient les principaux usages des confrries de charit institues
dans le diocse de Rouen vers 1550. Nous n'avons pu retrouver les
statuts primitifs de celle de Saint-Agnan de Bures; mais une ordonnance
de l'archidiacre, en cours de visite, le 20 juin 1621, nous montre que
cette confrrie avait dj perdu son zle primitif, puisqu'il est
enjoint au matre-frre de poursuivre ses prdcesseurs, _aux fins de
reddition de leurs complet,.... par toutes les voies deus et
raisonnables_.

Une autre ordonnance de l'abb Lefebvre, cur de Sain-Saire, doyen de
Neufchtel[48], remplaant l'abb Busquet, archidiacre d'Eu, rappelle de
nouveau la confrrie  l'ordre en 1699. Il est ordonn, entre plusieurs
autres choses, de clbrer les messes de saint Agnan, de saint Roch, de
saint Adrien, de saint Sbastien, de sainte Barbe, de saint Nicolas, et
de saint Paix (Paterne) contenues dans la bulle de la charit. En 1746,
le nombre de ces messes tait rduit  cinq. Nous trouvons, au chapitre
des dpenses, _onze livres cinq sols_, pays pour honoraires de ces
messes  _Mrs les curs_, et _une livre cinq sols_ au sieur Payen,
clerc, pour les avoir chantes.

Au chapitre des receptes, il est fait mention d'une somme de 29 livres
19 sols 3 deniers, comme produit de la vente du _pain aumosn aux
trpasss_. Cette qute avait lieu, le jour de la Toussaint, aprs les
vpres, et le produit tait vendu le lendemain. Le compte de Marc
Thuillier, rendu le 8 juillet 1791, nous fait voir que, dans la suite,
on recevait diverses denres en aumne  l'intention des morts: on y
voit figurer 31 l. 10 s. 3 d., provenant en partie _du pain et fromage
et cidre qu'il a vendu le jour des Trpasss_[49].

[Note 48: En ce temps-l, les fonctions de doyen taient attaches  la
personne, et non au chef-lieu du doyenn.]

[Note 49: L'usage tait de payer une personne pour faire la qute des
trpasss. On lit dans le compte du matre-frre en 1636: _Pay  la
femme d'Anthoine Crosnier pour avoir ceuilly le pain des trespassez.....
six sous_.]

Au moment de la rorganisation de 1746, l'_tat des frres et soeurs
associez  la confrrie et charit de Saint-Agnan de Bures_ contient 126
noms; mais il est  observer que plusieurs associs habitaient les
communes voisines. Quand ces membres mouraient, la confrrie allait
faire le transport du corps.

Cette rorganisation ne fut pas de longue dure, car nous trouvons une
dlibration, en 1772, dans laquelle il est encore question de _rtablir
l'ordre naturel_ de cette confrrie. Puis, le 22 mai 1791, le sieur
Andrieu consigne, sur le registre des trsoriers de la fabrique, trois
pages et demie de remontrances dans lesquelles il demande une rforme
dans la confrrie de la charit. Il cite diverses ordonnances royales du
seizime sicle, d'aprs lesquelles il prtend que l'existence de ces
confrries est un abus. Il rclame, en tout cas, la destruction de deux
grands bancs que les frres ont fait placer devant la chaire, et la
suppression d'une table _qui ne leur sert que pour y placer leurs
chapeaux_. Mais il n'est pas dlibr sur ces remontrances, et la
confrrie languit encore pendant quelque temps. Au mois de juillet
suivant, le matre-frre paye 2 l. 15 s. (2 francs 75 centimes)  Romain
Havet, clerc laque, _pour ce qu'il a chant douze libras et cinq
messes_. Il remet en mme temps 11 l. 5 s. 9 deniers  Adrien Dniport,
son successeur, _en pices de douze sols, de deux sols, de six liards,
en gros sols, en liards_ (quart de sou ou sol) _et deux liards_. Le 15
juillet 1792, Pierre Dolbec rend son compte, _ l'issus des vespres, par
devant messieurs les officiers municipaux_, et la confrrie de la
charit disparat dans le tourbillon rvolutionnaire.

Lorsque la paix fut rendue  l'glise, quelques habitants de Bures
voulurent organiser une nouvelle confrrie de charit, et, le 19 juin
1803, Adrien Lesueur fils prsenta un projet de statuts qui fut
approuv. D'aprs ces statuts, le matre-frre devait veiller  ce que
les membres assistassent aux offices, spcialement  la procession qui
avait lieu aprs les vpres, le premier dimanche du mois, au _Libera_
chant le deuxime dimanche,  l'issue de la messe, ainsi qu'aux
processions des Rogations et de saint Paterne. Il devait galement faire
faire la qute, le jour de la Toussaint, dans la paroisse, et faire
sonner jusqu' sept heures du soir. Le produit de cette qute tait
destin  faire clbrer un service solennel, pour les fidles dfunts,
le lendemain des Trpasss. Le jour de son entre en fonctions, il
devait aussi prsenter un pain  bnir, selon l'ancien usage. Aprs sa
mort, on clbrait un service pour lui, et un autre pour sa femme, quand
il tait mari.

Primitivement, la confrrie faisait gratuitement le transport du corps
des frres et soeurs associs, qui payaient annuellement une petite
cotisation; mais cette offrande, ayant cess d'avoir lieu pendant la
rvolution, ne fut pas renouvele en 1803. I! fut dcid que la famille
du dfunt payerait cinq francs  la confrrie,  la charge par celle-ci
de faire chanter une messe de _Requiem_ pour le dfunt. Il fut aussi
remis en usage de placer une serviette sur la croix de procession du
convoi funbre; mais la famille eut la facult de reprendre cette
serviette aprs l'enterrement, en payant soixante centimes au profit du
trsor.

A l'occasion de cette rorganisation, il fallut remplacer les ornemente
et insignes qui avaient t dtruits pendant la rvolution: on acheta
donc des clochettes, une tunique de bedeau, une croix, une bannire et
des chaperons. Il semble que dsormais l'avenir de la confrrie soit
assur; mais non! Peu  pou, le zle se refroidit; le pain bnit du
matre-frre est pay sur les fonds du trsor;  l'aide des mmes fonds,
on donne une rtribution de cinquante centimes  chaque frre qui porte
les morts; enfin, en 1833, la confrrie disparat de nouveau.

Cependant, l'arrive d'un nouveau cur dans la paroisse, au commencement
de l'anne 1836, suggra encore une fois  plusieurs habitants la pense
de tenter la rsurrection de la confrrie de charit, et, le 27 mars,
une dizaine de frres s'engagrent  se soumettre au rglement du 19
juin 1803. Mais cette nouvelle rorganisation ne devait pas tre stable;
l'esprit religieux des anciens frres de charit avait disparu[50], et
la nouvelle socit s'teignit dans son indiffrence, aprs avoir vcu
pendant vingt-cinq ans. Aux derniers jours de son agonie, elle n'tait
plus compose que de cinq membres qui remplissaient mal leur devoir. Le
21 juillet 1861, deux seulement s'tant prsents  l'inhumation de
Catherine Dolbec, et ayant dclar qu'ils ne voulaient plus continuer
leurs fonctions, M. le cur runit le conseil de fabrique, qui dcida
que, conformment  l'article 21 du dcret du 12 juin 1804 et 
l'article 9 de celui du 18 mai 1806. on informerait M. le maire de cet
tat de choses, en le priant de prendre  l'avenir les moyens qu'il
jugerait les plus convenables pour le transport des corps des dfunts.

[Note 50: Par exemple, les nouveaux frres employaient le produit de la
qute de la Toussaint  payer le repas qui se faisait, le aoir, chez le
matre-frre.]

Aujourd'hui, il reste comme souvenir de la _Confrrie de la charit_:
d'une part, le _Libra_ qu'on chante le deuxime dimanche de chaque
mois, ainsi que les messes de saint Adrien, de saint Paterne, de saint
Agnan, de saint Roch et des Trpasss;--d'autre part, la tunique et les
clochettes du bedeau..... et le bton du sergent.




LE PLERINAGE D'ORIVAL


Chaque anne, le mardi de la Pentecte, la cloche se fait entendre ds
trois heures du matin, afin de prvenir les habitants qu'il est temps de
se lever pour partir  quatre heures et demie, de manire  ce que la
procession soit rendue  Orival-sous-Bellencombre  l'heure convenable
pour chanter la messe  chanter[51]. Avant de quitter l'glise de Bures,
un grand nombre de personnes mettent brler des cierges devant la statue
de saint Paterne, et l'on se met en chemin en chantant le _Veni
Creator_, suivi d'hymnes diverses en l'honneur des patrons des paroisses
sur le territoire desquelles passe la procession. On continue ensuite
par les psaumes de la pnitence et les litanies de la Sainte-Vierge.

[Note 51: Ce jour-l, il y a cinq messes chantes dans la petite
chapelle.]

Rien de plus touchant ni de plus pittoresque que ce plerinage! En tte
de la procession marche un brave paysan, revtu d'une tunique, qui agite
en cadence deux clochettes au son argentin. Derrire lui est le suisse,
qui prcde les croix et bannires,  la suite desquelles vient le
clerg. Puis, ce sont les plerins, et enfin les voitures de ceux qui ne
_peuvent_ ou ne _veulent_ faire la course  pied.

Pendant le trajet, on rencontre  et l les habitants de chaque hameau
qui attendent sur le bord du chemin la procession pour s'y joindre.....
Dans la plaine, les simples chants de l'alouette se mlent aux chants
religieux, et l'on voit l'innocent oiseau s'lever vers le ciel, comme
pour y faire monter la prire des plerins.... Plus loin, on pntre
dans une sombre fort. Oh! comme l'me est saisie d'un pieux
recueillement  l'ombre de ces vieux arbres!..... comme le coeur
s'panouit au milieu de ces chnes sculaires et laisse exhaler, dans
ses chants rpts par les chos, les sentiments d'amour dont il est
pntr!...

Aprs trois heures de marche, on arrive  Orival, o l'on clbre la
messe, au milieu d'un concours immense de peuple venu de tous cts.

Lorsque la messe est finie, les uns consomment le djeuner qu'ils ont
apport avec eux; les autres se casent comme ils peuvent dans les
maisons du village transformes en auberges pour la circonstance. Aprs
cette rfection, la procession repart de l'glise en chantant le _Te
Deum_. Quand ce chant est termin, tout le monde se retourne vers la
chapelle, et le matre-chantre entonne l'invocation suivante: _Sancte
Paterne, quoesumus almum facere regem, jure memento salvet ut omnes nos
jubilantes_. Alors on s'incline vers le vallon, pour donner le salut
d'adieu, et la foule reprend sa marche en chantant, avec le plus grand
enthousiasme, cette reprise, qui se rpte aprs chaque invocation des
litanies: _Kyrie eleiton, qui, pretioso sanguine tuo, not redemisti de
maledicti fauce draconis_. On fait station  l'glise d'Ardouval, o Ton
chante l'hymne de sainte Marguerite, patronne de la paroisse. Puis,
aprs avoir repris les litanies des saints, que l'on avait interrompues,
on commence les vpres et les complies,  la suite desquels on donne la
bndiction du Saint-Sacrement dans l'glise de Bures.

Voici l'origine assigne  la procession de saint Paterne: Dans un temps
trs-recul, la peste se manifesta  Bures; des familles entires
taient enleves par le flau; l'on n'entendait que des pleurs et des
lamentations: la consternation tait partout. C'est alors qu'on alla en
procession  Orival, pour implorer l'intercession de saint Paterne, et,
au bout de quelques jours, la peste cessa. Aussi fit-on le voeu de
clbrer  jamais, par une procession, l'anniversaire d'un aussi grand
bienfait. La tradition ajoute encore que les habitants de Bures ayant
oubli leur voeu et nglig de l'accomplir pendant plusieurs annes, la
maladie recommena  svir. Alors ils s'en prirent  leur ngligence, et
allrent de nouveau en plerinage  Orival. Depuis ce temps, ils se font
un devoir de ne plus manquer  cette procession. Nous savons mme que,
au sicle dernier, quand il tait dfendu d'adorer Dieu publiquement,
certain nombre d'habitants de Bures se cachaient pour aller invoquer
saint Paterne. Les portes du lieu saint taient fermes, mais les
pauvres plerins faisaient le tour de la chapelle, et revenaient avec un
peu d'espoir dans l'me.

Au reste, ces pestes donnrent lieu  un grand nombre de plerinages et
de processions votives. De nos jours, on ne se figure pas la dsolation
qui rgnait alors dans nos contres. En 1582 et 1584, l'pidmie svit
tellement  Abbeville, que les chirurgiens et les matres barbiers, qui
alors exeraient la mdecine, sont contraints  soigner les pestifrs,
_ paine de dix escus d'amende et d'estre privs de leurs privilges_.
Il est dfendu  tous les habitants de faire aucunes runions, galement
_ paine de cent escus d'amende_. Les religieuses reoivent l'ordre de
_dellguer aulcunes d'entre elles, fortes et sollides, pour secourir les
mallades_. On fait dfense aux curs d'envoyer les porteurs d'eau bnite
dans les maisons, le dimanche, _ paine de amende contre lesd. curs et
de prison pour lesd. porteurs d'eaux bnites_. On fait aussi _deffense
de ne plus recepvoir aulcuns enffants ny tenir escolle_. Il est ais de
comprendre, par ce simple nonc, la frayeur que devait inspirer le
flau qui, durant le moyen-ge, sema si souvent la mort au milieu de nos
populations.




ASSOCIATION DE SAINT-PATERNE.


L'glise de Bures tait dans un tel tat d'abandon en 1836, qu'il fallut
user de tous les moyens possibles afin de pourvoir  sa restauration.
Comme les habitants ont une grande vnration pour saint Paterne, M. le
cur runit les jeunes gens au presbytre, le 14 mai 1837 et leur
proposa d'entreprendre la restauration de la chapelle de sainte Barbe;
ce qu'ils acceptrent,  condition que le conseil de fabrique leur
laisserait le libre emploi de la qute qu'ils feraient dans l'glise les
jours des dimanches et ftes. Alors ils dcidrent qu'ils nommeraient un
trsorier, chaque anne, pour faire cette qute[52]; qu'ils se
runiraient de temps en temps pour dlibrer sur les besoins de la
chapelle dsigne, depuis cette poque, sous le vocable de saint
Paterne; qu'ils prsenteraient tour  tour un pain  bnir, le premier
dimanche de chaque mois; enfin, qu'ils payeraient les honoraires des
messes de saint Paterne, chantes le 16 avril, les mardi et mercredi de
la Pentecte, le premier lundi de chaque mois, ainsi que les frais
occasionns annuellement pour la fourniture du cierge de saint Paterne,
qu'on porte au plerinage d'Orival. Avant de se sparer, ces jeunes
gens, runis au nombre de trente-trois, firent entre eux une petite
collecte qui se monta  la somme de 53 francs.

[Note 52: Il y avait dj eu un trsorier; mais la chapelle n'en tait
pas moins dans le plus grand abandon. En 1832, le sieur Cordier rendit
compte de sa gestion, comme trsorier pendant _neuf ans_: il avait reu
648 fr. 68 c, et il lui restait aux main 9 fr. 88 c.]

La coutume de porter un gros cierge,  la procession d'Orival, est
trs-ancienne; seulement, autrefois, on se bornait en quelque sorte  le
_regreffer_. Dans le compte du trsorier de l'glise, en 1648, on trouve
mentionne une somme de 4 l. 3 s. pour le cierge de saint Paix (pour
saint Par ou Paterne), et 6 s.  Ballan pour _le portage d'icelui_. En
1611, on ne voit figurer qu'une dpense de 20 sols pour le cierge,
tandis qu'on y trouve 17 sols _pour port d'icelui_; ce qui nous porte 
croire que,  cette poque, le cierge aurait bien pu peser cent livres,
comme le dit la tradition locale (la somme de 20 sols ne figurant au
registre que pour le _raccommodage_). Le poids le plus considrable
qu'il ait eu, depuis 1837, est de 46 livres. Depuis quelques annes, son
poids moyen est de 16  18 kilogrammes. On l'allume quelques centaines
de pas avant d'arriver  la chapelle d'Orival; sa pesanteur ne
permettrait pas de le porter processionnellement durant tout le trajet.

Pendant la procession, le trsorier de saint Paterne s'adjoint plusieurs
jeunes gens pour faire une qute dont le chiffre a parfois dpass 30
francs. Primitivement, cette qute avait lieu dans l'glise d'Orival,
mais elle fut interdite, en 1835, par l'abb Lacaille, cur de
Saint-Hellier, charg du desservice de ce village.

Le mardi de la Pentecte, quelques heures aprs le retour de la
procession, les jeunes gens se runissent au presbytre pour nommer un
nouveau trsorier,  la pluralit des voix.

Voici la liste de tous ceux qui ont rempli cette charge jusqu'en
1870[53]:

MM. Auguste Decorde. Pierre Bienaim. Sauveur Gudon. Thodore Cordier.
Amour Guian. Joseph Brianchon. Ernest Planchon. Isidore Mutrel. Adolphe
Lefebvre. Paul Letalleur. Victorien Lefebvre. Andr Venambre. Amde
Guian. Eugne Guian. Adolphe Petit. Eugne Cordier. Gabriel Simon.

MM. Amour Delaunay. Athanase Guian. Amour Petit. Flix Chapel. Lopold
Simon. Amour Ridel. Spiridion Bry. Ernest Laurent. Hippolyte Delaunay.
Modeste Varin. Emile Goubin. Paul Auber. Maximilien Delabouglise. Juste
Leloue. Gustave Auber. Joseph Lefebvre. Achille Guian.

[Note 53: Cette liste contient plus de noms qu'il s'est coul d'annes
depuis l'institution de l'_Association_, attendu que plusieurs
trsoriers ont contract mariage avant la fin de leur gestion.]

Pendant une priode de 34 ans, ces trsoriers ont recueilli une somme
totale de 4,681 fr. 81 c. Deux seulement ont runi moins de _cent
francs_ durant leur anne de gestion. Quatre ont dpass _deux cents_:
MM. Thodore Cordier, 207 fr. 75 c.--Andr Venambre, 219 fr.--Ernest
Planchon, 221 fr.--Lopold Simon, 248 francs.

Ces sommes reprsentent le produit des qutes et de la vente du pain
offert chaque mois, dont on ne bnit que ce qui doit tre distribu aux
fidles; le reste est partag en gros morceaux, et vendu sous le porche,
aprs la messe, au profit du trsor. Dans cette somme est galement
compris le prix de la couronne du pain offert en commun, le jour de
Nol, par les jeunes gens de la paroisse, qui sont tous invits par le
trsorier, pourvu qu'ils aient fait leur premire communion. Cette
couronne n'est jamais vendue moins de dix francs, et elle est toujours
rachete par les jeunes gens, pour tre mange dans une runion qui a
lieu  l'issue des vpres.

Le 31 dcembre 1837, au moment de vider le tronc de Saint-Paterne, on
s'aperut qu'il avait t forc, et l'on n'y trouva qu'une somme de 6
fr. 40 c, montant prsum des deux dernires qutes. A la suite
d'investigations poursuivies avec persvrance, M. le cur finit par
dcouvrir le coupable. C'tait un enfant de douze  treize ans qui avait
vol une somme assez importante, en plusieurs fois, et l'avait perdue au
jeu avec ses camarades. L'argent vol fut restitu par le pre de
l'enfant.

Parmi les dpenses faites par l'_Association_ de Saint-Paterne, nous
mentionnerons les deux suivantes: en 1848, achat d'une croix de
procession, du prix de 145 francs;--en 1860, main-d'oeuvre de la baie
d'une fentre et fourniture d'une verrire, tout compris, 355 francs.




TRSORIERS DE L'GLISE.


Nous allons donner les noms des trsoriers de l'glise, qui ont rempli
cette charge depuis 1836 jusqu'en 1870, comme nous le faisons pour les
trsorires de la Vierge et les trsoriers de Saint-Paterne.

Germain Guian. Franois Cauchoix. Amde Guian. Pierre Millevoix.
Germain Guian. Aim Chevallier. Pascal Planchon. Louis Hodant. Charles
Helluy. Pierre Dniport. Louis Delaunay. Germain Guian. Joseph
Boutillier. Joseph Brianchon. Amour Guian. Magloire Lefebvre. Alexis
Delaunay.

MM. Spiridion Cartier. Gabriel Simon fils. Flix Chapel pre. Romain
Havet. Auguste Dumanoir. Amde Vasselin. Joseph Slecque. Flix Chapel
pre. Franois Delaunay. Jacques Durand. Eugne Guian. Lopold Simon.
Amde Guian. Franois Servin. Athanase Guian. Dieudonn Chouquet.
Prosper Lefebvre.

Pendant ce laps de temps, deux trsoriers ont qut moins de 100 francs,
dix-sept moins de 130 francs, et un plus de 200 francs: M. Lopold
Simon, qui a recueilli 219 francs. Dans le produit des qutes, est
compris le prix de quelques morceaux de pain non bnit, vendu aprs la
messe, quand le pain offert est plus que suffisant pour la distribution.
On ne bnit que ce qui doit tre distribu aux fidles.




TRSORIRES DE LA SAINTE-VIERGE.


Les archives de la fabrique ne nous fournissant aucuns renseignements
sur les noms des demoiselles qui furent nommes, avant 1836, pour former
les ressources ncessaires  l'entretien et  l'ornementation de la
chapelle de la Sainte-Vierge, nous ne pouvons citer que les noms des
trsorires qui ont rempli cette charge  partir de cette poque.

MMlles Vnrande Delaunay. Eugnie Decorde. Zo Hodant. Anastasis
Bienaim. Florence Cartier. Clarisse Hodant. Damarice Cauchoix. Virginie
Guian. Zulma Guian, Henriette Dumanoir. Adeline Venambre. Prfre
Petit. Dsire Delaunay. Csarine Chouquet. Sraphine Guian. Apolline
Delaunay. Julie Leloue.

MMlles Adeline Rimbert. Damarice Bienaim. Damarice Guian. Alzina
Lefebvre. Dsire Chouquet. Clrine Duvr. Adeline Delaunay. Ismrie
Carel. Arthmise Anselin. Lopoldine Havet. Clmentine Laurent. Lucille
Slecque. Antoinette Delabos. Cline Drouet. Emma Brianchon. Josphine
Guian. Josphine Durand.

La trsorire de la Vierge trouve ses ressources dans la qute qu'elle
fait,  l'glise, aux jours des dimanches et des ftes, dans la vente
des morceaux non bnits qui restent des pains offerts en l'honneur de la
Sainte-Vierge, et dans le prix de la couronne de son pain bnit de
crmonie, auquel elle convie ses compagnes. Ces couronnes, vendues 
l'enchre, ont parfois atteint le chiffre de 60 francs. Durant une
priode de trente-quatre annes, cinq trsorires ont recueilli moins de
60 francs, dix ont dpass 400 francs, et deux ont t au-del de 200
francs: Mlle L. Havet, 210 francs, et Mlle J. Durand, 200 francs 20
centimes.




QUTES.


Il rsulte, de nos recherches, que les qutes faites dans l'glise de
Bures, de 1836  1870, ont produit:

Qutes des trsoriers de l'glise....... 4,927 fr. 45 c.
Qutes des trsorires de la Vierge..... 3,035 63
Qutes des trsoriers de Saint-Paterne.. 4,681 81
Qutes des trpasss.................... 1,349 72
                      Total............ 13,994 fr. 60 c,




MAISON DU CAPITAINE DES MARETS.


Pendant plusieurs sicles, on dsigna sous le nom de _Maison du
capitaine des Marets_ une de ces belles constructions en bois, comme on
savait les btir aux XVe et XVIe sicles, et qu'on dtruit sans scrupule
dans notre re de progrs. Cette maison, situe  peu prs en face de
l'glise, sur le bord de la rue, est remplace aujourd'hui par une
construction nouvelle, plus en rapport avec les gots du jour. Pour
nous, ami des vieilles choses, quand elles ont du mrite, nous aurions
prfr la restauration de l'ancienne maison  la construction de la
nouvelle; mais....... chacun son got.

Outre la maison  laquelle nous consacrons cet article, on a galement
dmoli une autre maison du XVIe sicle, qui n'tait pas sans intrt.
C'tait une construction en briques, dont les pignons taient taills en
gradins. L'encadrement des fentres tait en pierre blanche.
Primitivement ces fentres avaient t partages en quatre, par une
croix galement en pierre et orne de moulures; mais un zl agent des
contributions, trop jaloux de faire rendre  l'impt tout ce qu'il peut
rendre, voulut imposer cette fentre comme _formant quatre ouvertures_.
Pour obvier  cette ingnieuse tracasserie, le propritaire des fentres
fit dtruire les croix ou meneaux, et M. le contrleur ne trouva plus
qu'_une ouverture_. C'est par de tels procds qu'on arrive  faire
disparatre les types divers de notre architecture. Cette maison avait
de grandes ouvertures de chemines, au-dessus desquelles avaient exist
des armoiries; on voyait encore, sur un cusson, le chiffre JHS (_Jsus
Hominum Salvator_) au moment de la dmolition.

Les _vieilles_ maisons ont donc t dmolies en 1867. Chose assez
singulire! des le 4 fvrier, avant que la hache et le marteau fussent
levs pour donner le signal de destruction de ces difices historiques,
nous recevions une lettre d'un artiste de Paris, qui nous informait
qu'il allait faire une communication au _Comit imprial des travaux
historiques_ et  la _Commission des antiquits de la Seine-Infrieure_,
afin de tcher de conserver la curieuse maison du capitaine des Marets 
l'admiration des amis des arts. La protestation de M. Andr Durand eut
le sort qu'on devait attendre: elle prouva une fois de plus le zle de
son auteur pour la conservation des belles choses; elle provoqua la
publication de plusieurs articles dans les journaux[54], mais elle ne
put empcher la dmolition de la maison de Charles des Marets!

[Note 54: H. Durand se proposait de publier, dans le journal
l'_Illustration_, un nouveau travail accompagn d'une vue d'ensemble
dessine par MM. Guilmard, de Versailles, en septembre 1866; mais la
mort de notre regrett collgue ne lui aura peut-tre pas laiss le
temps de raliser son projet.]

Afin de conserver au moins un souvenir de cet difice, nous allons
tcher de le faire revivre,  l'aide de notes prises avant et pendant la
dmolition.

Cette maison, sous laquelle existaient de belles caves, offrait une
faade de seize mtres de longueur sur sept mtres d'lvation,  partir
du sol jusqu'au larmier de la couverture en tuiles, laquelle n'tait
perce d'aucune lucarne[55].

Au milieu du comble sortait le carr en briques de la chemine, qui
tait assez lev: les corniers formaient des espces de pilastres; sur
la face principale, on apercevait deux grands mdaillons sur l'un
desquels on distinguait encore les restes d'une tte de femme, qui
n'avait pas t pargne par les iconoclastes du sicle dernier.

L'embasement de l'difice tait form de grs, de pierre blanche et de
silex ou cailloux noirs, le tout distribu en carrs et losanges
d'ingale grandeur.

Du ct de la rue, il n'y avait qu'une seule porte d'entre[56], large
d'un mtre soixante centimtres, et haute de deux mtres dix-huit
centimtres, place  deux mtres du pignon du nord. L'ensemble de la
faade tait divis en sept traves partages par de grosses poutres
sculptes et ornes de statuettes dont les figures avaient
malheureusement t mutiles  la rvolution de 1793.

[Note 55: Au besoin, le grenier tait clair par une porte place au
pignon.]

[Note 56: Dans cette description, nous ne tenons pas compte des
changements survenus dans la distribution du cette habitation depuis la
fin du sicle dernier.]

Au rez-de-chausse, la porte occupait la deuxime trave du nord; deux
fentres remplissaient la troisime et la sixime. Ces fentres taient
carres et partages en six compartiments par des traverses en bois. Les
trois divisions du haut avaient  peu prs le quart en tendue de celles
du bas, et le tout tait garni de soixante-trois carreaux: quinze 
chaque chssis du bas, et six  chacun de ceux du haut. Ces fentres,
comme celles qui se trouvaient du ct de la cour, taient protges par
une belle grille en fer formant saillie, divise en carrs de dix-sept
centimtres de hauteur et de vingt-trois centimtres de largeur.
L'ensemble de chacune de ces fentres offrait une superficie de deux
mtres de largeur sur un mtre, cinquante-cinq centimtres de hauteur.

L'tage suprieur s'avanait sur le rez-de-chausse, et toute la partie
rentrante et intermdiaire formait une corniche orne de curieuses
sculptures. Une autre corniche, de prs d'un mtre de hauteur, et
charge de moulures diverses, existait galement sous le larmier de la
couverture.

La deuxime et la troisime traves de cet tage taient garnies de
volets distribus par trois, comme les fentres du rez-de-chausse,
c'est--dire six plus grands et six plus petits; mais chacun des grands
tait subdivis en quatre petites portes s'ouvrant isolment et 
volont; cinq des petits se composaient de deux portelettes, et le
sixime tait remplac par une fentre  plombs. La mme disposition se
remarquait du ct de la cour. Ces ouvertures descendaient jusqu'
quatre-vingt-quinze centimtres du carrelage de l'appartement. La
sixime trave tait occupe par une fentre ordinaire. Toutes les
autres traves taient remplies par divers agencements de charpente fort
gracieux et trs-varis.

Primitivement, cette belle maison ne contenait que quatre pices, deux
en bas, et deux en haut, dans chacune desquelles tait une grande
chemine[57]. Les deux chemines du rez-de-chausse taient les plus
simples. Les chapiteaux de celles du premier tage taient orns
d'intressantes sculptures. On y voyait des enfants nus, une figure
aile et accroupie, avec des pieds de griffon, une espce d'ange
exterminateur arm d'une pe et d'un bouclier, un petit chevalier
tenant sa flamberge pointe baisse, etc., etc. Ces chapiteaux offraient
galement des cussons sans armoiries. L'entablement des chemines,
avait un mtre soixante centimtres de hauteur, et se terminait par deux
boudins runis en accolade et supportant un grand cusson surmont d'une
couronne. Malheureusement, le tout a t mutil. a et l, nous avons lu
des dates et des noms gravs sur la pierre de ces chemines:
1607,--1609,--1610,--Guillaume Lainsn, 1618,--Louis Le Page, 1618,
etc.

[Note 57: Trois de ces chemines ont t acquises, au pris de 500
francs, par M. le marquis des Roys, pour tre utilises dans un chteau
qu'il a le projtt de faire btir  Gaillefontaine.]

La plus belle de ces chemines tait dans la grande pice du nord du
premier tage. Voici les dimensions du foyer: hauteur sous linteau, un
mtre soixante-quinze centimtres; largeur de l'entre, trois mtres dix
centimtres; largeur du fond, deux mtres trente-cinq centimtres;
profondeur, quatre-vingts centimtres.

Cette pice, d'une superficie de huit mtres quatre-vingts centimtres,
sur sept mtres quatre-vingt-dix centimtres, tait carrele en pavs
vernisss en vert, de quatorze centimtres de ct; elle avait trois
mtres dix centimtres d'lvation pour atteindre aux soliveaux,
proprement varlops, dont les interstices taient garnis de planchettes
variant de six centimtres  douze centimtres de largeur. Ces
soliveaux, au nombre de vingt-quatre par range, portaient sur de beaux
sommiers de trente-cinq centimtres de face. C'est dans cette pice que
se trouvaient les volets si curieux, diviss en trente-quatre petites
portes de chaque, ct de l'appartement, qui servaient  augmenter le
jour fourni par les deux panneaux de vitres  plombs, et  donner de
l'air dans la belle saison. On pouvait,  volont, ouvrir tous les
volets  la fois; alors l'air et le jour arrivaient par une ouverture de
quatre mtres trente centimtres  l'est et  l'ouest. La chaleur du
soleil devenait-elle gnante, on laissait un ct ferm. On pouvait
aussi tablir une ventilation, en ouvrant les petites portes d'en haut.
En un mot, rien de plus ingnieux que le systme adopt pour ces
ouvertures, qu'on fermait trs-hermtiquement au moyen de charmants
ouvrages de serrurerie!

Nous supposons que les murailles taient recouvertes de tapisseries, au
temps de la splendeur de cette maison. Toutefois, le mur du pignon avait
t orn de peintures dont on voyait encore quelques traces dans ces
derniers temps: au milieu du feuillage, on distinguait un homme tendant
le bras vers une main qui semblait prsenter quelque chose, Adam
peut-tre recevant d'Eve le fruit dfendu dans le paradis terrestre.
D'aprs la tradition locale, cette pice servait de lieu de runion pour
les protestants, au XVIIe sicle. On assure mme qu'un cur de Bures
aurait t tu d'un coup d'arquebuse, parti de l, au moment o il
entrait dans l'glise par la petite porte.

De cette salle, on communiquait dans la pice voisine par une porte
place  droite de la chemine, ayant un mtre quatre-vingts centimtres
de hauteur sur un mtre de largeur. La porte primitive existait encore
au moment de la dmolition. Au rez-de-chausse, on passait galement
d'une pice dans l'autre; mais la porte, place  gauche de la chemine,
avait t supprime.

En dmolissant les chemines du premier tage, on dcouvrit, sous l'tre
de celle du sud, quatre cachettes en briques, recouvertes de grands
pavs. Ces cachettes taient carres, larges de vingt-quatre centimtres
au fond et de quarante centimtres  l'ouverture, profondes de
cinquante-cinq centimtres. Nous pouvons ajouter qu'elles taient vides
au moment de leur dcouverte; mais elles avaient pu servir  l'poque
des troubles religieux. En effet, pendant longtemps, cette maison fut la
proprit de la famille du Feugueray. Or, nous voyons, dans les archives
de l'glise de Bures, qu'une rente de 8 livres 8 sols, due par M. du
Feugueray, n'est pas porte en compte, par le trsorier, aux annes
1706, 1707, 1708, 1709, 1710, _pour le dit sieur de Feugueray avoir
pass en Hollande  cause de la religion_. Cette rente tait fonde sur
sa proprit de Burette, qui fut runie au domaine, disent encore nos
archives, _pour l'absence dudit sieur du Feugray RELIGIONNAIRE_. Dans le
compte-rendu en 1713, on voit figurer une recette de 42 livres pour cinq
annes d'arrrages de cette rente, _due par la succession du sieur Le
Noble de Feugueray religionnaire fugitif du royaume suivant l'ordre de
mgr l'intendant de la gnralit de Rouen_. D'o nous concluons que M.
du Feugueray, qui tait protestant et habitait la maison qui nous
occupe, aurait bien pu mettre divers objets en sret dans nos quatre
cachettes avant son dpart pour la Hollande.

Une autre trouvaille faite dans l'intrieur de la maonnerie d'une
chemine, au premier tage, mrite d'tre mentionne: c'est celle de
deux oeufs de poule. Ces oeufs taient vides et d'une grande blancheur.
Nous n'aurions vu, dans cette rencontre, qu'un caprice d'ouvrier, que
nous aurions pass sous silence; mais nous savons que, il y a quelques
annes, un oeuf a galement t trouv au milieu d'une muraille du
chteau de Mesnires, au moment des travaux excuts  la partie la plus
ancienne de ce magnifique monument. C'est pourquoi nous avons cru devoir
relater ce fait.

Dans un btiment qui se trouvait auprs du jardin, et qui servait
peut-tre de logement au gardien de la maison, existait encore une
chemine en pierre, du mme genre que celles dont nous avons parl; mais
elle tait beaucoup moins grande et moins riche en ornementation. Elle a
t utilise en partie dans la cuisine de la nouvelle habitation.

A une distance de 70  80 mtres de la maison que nous venons du
dcrire, on voit un monticule, en forme de cne tronqu, fait de main
d'homme, comme il en existait encore, il y a quelques annes, 
Saint-Vaast et en divers autres lieux. Ce monticule, connu de temps
immmorial sous le nom de _La Motte_, tait entour d'une double
enceinte de fosss larges et profonds qui ont t presque entirement
combls. Comme ces anciennes buttes taient assez communes dans les
environs, nous supposons qu'elles avaient t leves pour exercer la
surveillance aux alentours, pour procurer une retraite contre les
attaques des ennemis, et peut-tre aussi pour correspondre d'un point 
l'autre. Ces Mottes taient trs-multiplies au temps des Romains; mais
nous n'oserions affirmer que celle de Bures remontt  cette poque,
encore moins  l'poque gauloise ou mme prhistorique, comme
quelques-uns l'ont pens, et d'aprs lesquels les Romains et les
Normands se seraient successivement appropri ces anciens ouvrages pour
se mettre  l'abri des diffrents peuples envahisseurs de nos contres.
Nous ne croyons pas davantage qu'on puisse voir l une Motte
seigneuriale, comme on en leva auprs des anciens manoirs, en signe de
chtellenie, sur lesquelles on tenait les plaids sous un arbre. Il nous
parait plus probable que ces Mottes ont t faites par les ducs de
Normandie aux Xe, XIe et XIIe sicles. M. de Caumont cite un passage de
Jean de Colmieu, extrait de la vie de saint Jean, vque de Trouane,
vers la fin du XIe sicle, qui dit formellement que,  cette poque,
c'tait l'usage de faire lever ces _Mottes_. Voici la traduction de ce
que dit cet historien, en parlant des hommes les plus marquants de son
temps: Ils lvent aussi haut qu'il leur est possible un monticule de
terre transporte; ils l'entourent d'un foss d'une largeur considrable
et d'une effrayante profondeur; sur le bord intrieur du foss, ils
plantent une palissade de pices de bois quarries et fortement lies
entre elles, qui quivaut  un mur. S'il leur est possible, ils
soutiennent cette palissade par des tours leves de place en place. Au
milieu de ce monticule, ils btissent une maison ou plutt une citadelle
d'o la vue se porte de tous cts galement. On ne peut arriver  la
porte de celle-ci que par un pont qui, jet sur le foss et port sur
des piliers accoupls, part du point le plus bas, au-del du foss, et
s'lve graduellement jusqu' ce qu'il atteigne le sommet du monticule
et la porte de la maison, d'o le matre le domine tout entier.

D'aprs ce que nous avons dit des ducs de Normandie, qui possdaient une
chapelle  l'glise de Bures et un manoir dans le voisinage, _secut
atrium ecclesi_, nous concluons que la _Motte_ remonte  cette poque.

Aprs avoir donn la topographie de cette curieuse maison, nous allons
tcher de constater son origine et de reconnatre si vritablement elle
a appartenu au brave des Marets.

Que la famille du capitaine des Marets ait possd des proprits 
Bures, cela est tout--fait hors de doute. Mais que la maison qui
portail le nom de ce vaillant homme, et qu'on vient de dtruire, soit
celle qu'il habitait, quand on vint le chercher, en 1435, pour dlivrer
la ville de Dieppe de la garnison anglaise, nous ne le pensons pas. Tout
nous porte  croire que, aprs avoir t nomm aux fonctions de
capitaine de Dieppe, fonctions qu'il avait dj remplies quinze ans
auparavant, il ne revint gures ici, et habita la ville confie  sa
garde, occup  rparer ses fortifications et  en lever de nouvelles,
puisque c'est lui qui fit construire les trois grosses tours du chteau,
du ct de la mer. Nous ne supposons donc pas que Charles des Marets
vint se fixer  Bures aprs 1433. Ce dut tre prcdemment, vers 1420, 
la suite d'une autre invasion des Anglais en Normandie; mais notre belle
maison n'existait pas encore, et le moment n'tait gure favorable pour
la btir. Cette construction a d tre postrieure  l'anne 1430, qui
vit la fin de la domination anglaise en Normandie. Toutefois, comme le
pays ne commena gures  jouir d'une tranquillit parfaite que vers
1475,  la suite du trait conclu,  Amiens, entre Louis XI et Edouard
IV, pour le retour de ce dernier en Angleterre, nous supposons que c'est
alors qu'on vit s'lever la maison dont nous cherchons l'origine,  la
place occupe prcdemment par celle de Charles des Marets; ce qui a pu
donner lieu au nom sous lequel elle fut dsigne jusqu'au moment de sa
destruction. Les caractres architectoniques se rapportaient
parfaitement  cette poque, et certaines inductions nous semblent
confirmer notre hypothse.

Quand cette priode de calme arriva, la famille du clbre capitaine
habitait encore le bourg de Bures. En 1467, Raoul de Maretz, prtre,
demeurant  Bures, prit  fieffe de Nicole Le Roux, cur de la paroisse,
une portion de masure, au prix de 17 sous 6 deniers de rente annuelle.
Plus lard, un autre membre de cette famille, Thomas Maretz ou des
Maretz, prit  louage, pour cinq ans, d'un nomm Colin de Beaumont, une
tuilerie sise  Bures, moyennant quatre milliers de tuiles par an. Il
nous parait vraisemblable que Thomas des Maretz avait lou cette
tuilerie  son usage, au moment de la construction de la maison qui nous
occupe. Nous croyons galement que cette famille entreprit une oeuvre
d'art au-dessus de sa position de fortune, et qu'elle y trouva sa ruine.
En effet, les archives conserves  la prfecture nous apprennent que
Colin de Beaumont, n'ayant pu se faire payer de Thomas des Maretz, _fit
saisir une masure et hritages sis  Bures qui furent dcrts par
adjudication en 1482_. D'un autre ct, les mmes archives nous font
voir que Raoul Desmaretz se trouvant dans l'impossibilit de payer la
rente qu'il devait pour la masure qu'il avait prise  fief, il y eut, en
1495, adjudication, par dcret, de cette masure, _qui fut  Mre Raoul
des Maretz au proffit du prieur de nre Dame du Pr_. Puis, nous voyons,
dans les anciens titres de proprit de la maison des Maretz, que la
maison qui porte son nom fut vendue, en 1480, par Guillaume Paresy, _
la requeste et par vertu des lettres de noble homme Jehan..........
sieur de la Pommeraie_. Or, il est dit dans cet acte que la _maison,
masure, prez, jardins et hritages qui furent et appartindre  dfunt
Guille Paresy furent vendus pour payer les debtes du dit Paresy_. D'o
nous concluons que ce Paresy, qui devait tre alli  la famille des
Maretz ou qui avait achet sa proprit, se ruina probablement dans la
construction ou l'acquisition de cette maison.

Quoi qu'il en soit, nous n'avons trouv aucune trace de Charles des
Maretz dans les titres relatifs  cette proprit, et nous avons reconnu
d'une manire certaine qu'elle tait possde, en 1480, par _Jehan Le
Noble, escuyer, sieur de la Preuse_, lequel avait d en prendre une
partie  fieff du prieur de N.-D. du Pr, car nous trouvons dans le
_Papier du revenu de la baronnie de Bures_,  l'anne 1639, la mention
d'une rente due par la famille Le Noble _par la fieffe de la Mothe_[58].
De plus, ce qui indique que le prieur de N.-D. du Pr possda une
partie des dpendances de la maison de des Maretz, c'est qu'il donne 
fieffe, en 1523,  Pierre Le Noble, demeurant  Bures, _le jardin de la
Mothe_. Au reste, tout ce qui se rattache aux _fiefs_ en gnral est
souvent si embrouill, que nous ne saurions prtendre ne laisser ici
rien d'obscur.

[Note 58: En 1304, La Mothe tait possde par le marquis de Tendos.]

Lorsque Jean Le Noble fut possesseur de la maison de des Marets, il lui
prit fantaisie de faire construire une maison de quatorze  quinze pieds
de long sur la Mothe; mais, par suite d'une sentence rendue en 1497, il
fut _condamn de desmolir l'entreprise de bastiment qu'il avait fait
faire_.

La similitude des noms de baptme ne nous permet gure d'tablir une
liste exacte des membres de la famille Le Noble qui ont possd
successivement cette maison. Nous dirons seulement que,  la suite du
dcs de Jehan Le Noble, cuyer, sieur de la Preuse, _damoiselle_ Hlne
Poyer, sa veuve, _bailla les loths et partages  Pierre Le Noble escuyer
sieur du Feugueray et  Jacques Le Noble aussi escuyer sieur de la
Leane_ (ses neveux) _cohritiers en la succession mobilire et
hrditable dudit dfunt sieur de la Preuse des hritages qu'il avoit
acquis par droit de justice des hoirs de dfunt Guille Paresy assis en
la paroisse de Bures pour en choisir ung loth pour les dits sieurs
hritiers et l'autre moiti pour non choix  la dicte damoiselle pour
son douere_.

Les deux neveux de Jehan Le Noble demeuraient en la ville de Dieppe;
mais, en 1622, Pierre Le Noble vint habiter la maison qu'il avait fait
btir  Burette, pour laquelle il reconnut par aveu devoir une rente
seigneuriale de 27 _livres par an_.

En 1615, la ferme de la _Motte_ appartenait  Pierre Le Noble, cuyer,
sieur du Feugueray, demeurant  Dieppe.

En 1652, elle tait devenue la proprit de Jacques Le Noble, cuyer,
sieur des Londres.

En 1779, Jean-Edme-Pierre Le Roux, chevalier, seigneur et patron de
Ricarville, du Feugueray et d'Epinay, chevalier de l'ordre royal et
militaire de Saint-Louis et lieutenant-colonel de dragons, demeurant 
Neufchtel, paroisse de Saint-Jacques, fit un tat de lieux de la ferme
de la _Motte_, occupe par Jacques Courtois. Le bailleur se rservait la
salle, dans laquelle le preneur pourra nanmoins passer, dit-il,
except lorsque j'y serai.

Il y a quelques annes, elle tait la proprit de M. Prudent Carrel,
qui la vendit  M. Lopold Simon, en 1866.

Aprs avoir parl de la maison de Charles des Marets et de quelques-uns
de ses propritaires, il nous reste  ajouter une courte notice sur le
brave capitaine dont le nom est rest populaire  Bures.

Le lieu de la naissance de Charles des Marets n'est pis plus connu que
celui de sa mort. Pour nous, nous pensons qu'il est n  Bures, o sa
famille rsidait encore  la fin du XVe sicle, et qu'il est dcd 
Arques, o ses armes se trouvent dans une verrire de l'glise. On lit
au-dessous: CHARLES DES MARS et PHILIPPE DES MARS; ce qui semble
indiquer que plusieurs membres de cette famille s'taient retirs 
Arques. Il ne faut pas s'inquiter de l'orthographe du nom, qu'on
rencontre indistinctement crit: _des Mars, des Mares, des Marest, des
Maretz, des Marestz, des Marets, des Marais, du Marais, de Marts_.

Quoi qu'il en soit, M. de Grattier, qui appartenait par sa mre  la
famille de l'intrpide capitaine, a publi, dans les _Mmoires de la
Socit des Antiquaires de Picardie_, une notice sur Charles des Marets,
dans laquelle il le signale comme ayant dbut par un coup de matre
dans la carrire des armes, en combattant victorieusement, en 1415,
Henri V, roi d'Angleterre, sous les murs du chteau de Mesnil-Haquet
(aujourd'hui Charles-Mesnil). D'aprs cet auteur, le jeune des Marets,
qui n'avait alors que quinze ans, aurait de nouveau atteint et dfait
les Anglais, dans leur retraite, auprs du donjon d'Inerville, en face
de Bellengreville.

En 1431, Charles des Marets s'empare du chteau de Rambures par
escalade. En 1434, il surprend la ville et forteresse de Saint-Valery.
Mais il est bientt forc de capituler: on convient que chefs et soldats
s'en iront sauvement avecque leurs biens. Au mois de mars 1435, il
surprend la ville de Rue et y pntre par escalade. Il s'avance
jusqu'auprs de Boulogne, o il recueille,  la suite d'une escarmouche,
foison de chevaux et autre bestial. En revenant sur ces pas, il enlve
taples et Crcy aux Anglais. Mais il est bless dans une de ses
sorties, et oblig de venir  Bures pour faire soigner sa blessure dans
sa famille.

En se retirant de Dieppe, disent les _Mmoires chronologiques_ de
Desmarquets, Henri V y avait laiss une garnison; mais, comptant peu sur
la fidlit des Dieppois, et, pour s'assurer de leur conduite, il fit
enlever  Rouen les enfants des principaux bourgeois. Comme on se
mettait en mesure d'excuter cet ordre, un grand nombre de Dieppois prit
les armes et parvint  dlivrer plusieurs de ces enfants. Cependant, la
paix n'tait pas faite, et les habitants, traqus dans l'glise
Saint-Jacques, furent obligs de rendre ces enfants pour obtenir la
libert. Alors, afin d'viter la surveillance de la garnison, les
Dieppois s'en rapportrent  quatre notables d'entre eux pour oprer
dans le secret une nouvelle rvolution. Quand tout fut dispos, un des
quatre dlgus sortit de la ville sous un faux prtexte, et se rendit 
Bures, pour faire part  Charles des Marets des prparatifs. Le projet
fut approuv, et, dans la nuit du 17 novembre 1435, le vaillant
capitaine, _accompagn du marchal de Rieux, s'achemina avec les troupes
qu'il avait amasses, et, ayant pass la rivire de basse eau, surprit
la ville, en montant par-dessus les murailles avec des chelles, et la
prit par escalade, quoiqu'elle fut trs-forte et bien garde_.

Le manuscrit d'Asseline, qui nous donne ces derniers dtails, parle
aussi du projet des Anglais de faire enlever _les enfants mles du pays
de Caux et de Dieppe_; mais, d'aprs ce chroniqueur, l'enlvement devait
se faire en Angleterre, et non  Rouen, comme le disent les _Mmoires
chronologiques_. En agissant ainsi, les Anglais avaient le dessein
d'inspirer  ces enfants _l'amour du pays et de la nation, en leur
apprenant leur langue et leur manire de vivre, et, par ce moyen, les
rendre plus sociables_.

Vers la fin de l'anne 1442, le fameux Talbot quitta tout--coup
Caudebec, traversa rapidement le pays de Caux, s'empara du Pollet et
vint mettre le sige devant Dieppe. Au bout de cinq mois, il voulut
donner l'assaut; mais heureusement le capitaine des Marets tait l, et,
aprs une lutte acharne qui dura six heures, les Anglais furent
repousss et obligs de retourner  la bastille qu'ils avaient leve
sur la falaise qui domine le Pollet. Asseline dit que cette bastille
tait arme de deux cents canons, grosses bombardes et autre
artillerie. Nanmoins, elle fut prise un peu plus tard, le 14 aot
1443, par le Dauphin, qui tait venu au secours du capitaine des Marets,
 la tte de 3,000 hommes d'armes et de nombreux archers. C'est en
souvenir de cette victoire que le Dauphin, qui devint Louis XI, institua
 Dieppe une fte annuelle et religieuse qui durait plusieurs jours. De
son ct, le capitaine des Marets fonda une confrrie de l'Assomption,
dont il fut le premier grand-matre, et continua la guerre contre les
Anglais jusqu' la paix gnrale. En 1448, il reprit Fcamp, dont
l'ennemi s'tait de nouveau rendu matre. Enfin, en 1449, ce fut lui qui
s'empara de l'enceinte du chteau d'Arques et y tint en quelque sorte
ses dfenseurs prisonniers, pendant deux mois, en attendant leur
reddition. A partir de l, nous ne pouvons plus mentionner qu'une chose:
c'est que _noble personne Charles des Marets cuyer seigneur de Boissy
le Chtel en Brie capitaine de la ville de Dieppe et demoiselle Marge
des Essarts sa femme_ firent l'acquisition de la terre de
Saint-Aubin-le-Cauf le 29 octobre 1455, et que cette terre tait encore
dans la mme famille en 1669.




TOURPES[59].


[Note 59: Certaines personnes sont portes  driver ce nom du latin
_turpis_, qui signifie _honteux, sale_, etc. Nous croyons qu'il vient
plutt du teutonique _torp_, qui veut dire village. Nous avons rencontr
le nom de Jehan, chevalier, sire de Tourpes, ds l'anne 1347.]

Nous avons dit que la basse justice se rendait  Tourpes dans le manoir
de la famille d'Estres. C'tait alors un chteau entour de fosss
remplis d'eau, o l'on n'entrait qu' bonne enseigne; mais il ne reste
plus que le squelette de cette construction du XVIe sicle, flanque de
deux tours dont l'une servait de prison. Les fosss ont t combls; une
grande partie des appartements a t convertie en tables, curies,
etc.; la lune n'a plus  clairer de promenades sur la galerie du
principal corps de logis; la chapelle sert de laiterie, et les dbris du
saint patron (saint Christophe) gisent oublis au coin d'une muraille. A
l'intrieur, un ou deux panneaux des lambris primitifs rappellent seuls
la richesse des anciens htes du manoir qui depuis longtemps dj sert
d'habitation au fermier.

Le dernier membre de la famille d'Estres qui possda Tourpes fut
Victor-Marie, marchal duc d'Estres, qui mourut en 1737 sans postrit.
Alors, sa succession fut recueillie par Louis-Charles-Csar Letellier,
marquis de Louvois et de Courtanvaux, connu plus tard sous le nom de
comte d'Estres, qui mourut galement sans enfants, en 1771, aprs avoir
institu son neveu pour hritier: Franois-Csar Letellier, marquis de
Louvois et de Courtanvaux.

Devenu seigneur de Tourpes, Fresles, Mansigny, Favencourt,
Isamberteville[60], etc., le marquis de Courtanvaux, comte de Tonnerre,
ne conserva pas ces terres longtemps. Il les vendit en 1779 
Nicolas-Louis Becquet, sieur de Lengmesnil, qui ne tarda pas  les
revendre au marquis de Biencourt-Poutraincourt, seigneur de Mesnires,
lequel les possdait dj en 1781. En 1833, la terre de Tourpes fut
achete par M. Payenne-ville-Queval, de Rouen, qui fit faire de
nombreuses plantations sur les coteaux environnants.

[Note 60: Le hameau de Mesnires qui porte aujourd'hui le nom
d'_Isamberteville_ doit tre le mme lieu qui figure dans l'acte de
donation d'une pice de terre (avril 1231) situe  l'arbre
d'Herenberteville: _ad arborem Herenberteville_. Nous sommes d'autant
plus port  le croire que, parmi les tmoins, on cite Robert, cur de
Mesnires.]

A l'poque de sa splendeur, Tourpes avait son chapelain particulier;
mais il arriva plus d'une fois que la chapelle resta sans titulaire. Au
commencement du sicle dernier, nous voyons les curs de Bures se
plaindre de ce que cette chapelle _n'est point desservie, et ils
ajoutent que son bien sert  gager le garde chasse_. Ce bnfice finit
par tre joint  celui du cur de la deuxime portion de Bures. Le
dernier _titulaire de la chapelle de saint Christophe du chteau de
Tourpes_ fut l'abb Augustin-Jacques Belami, d'Abancourt.

Maintenant, il nous reste  parler de Gabrielle d'Estres, dont le nom
est si cornu des habitants de Bures.

M. A. Guilmeth dit que Gabrielle naquit au manoir de Tourpes, dans la
premire moiti du XVIe sicle, tandis qu'au rapport de M. Berger de
Xivrey, elle ne vint au monde que vers 1575. Elle descendait d'Antoine
d'Estres, marquis de Coeuvres, vicomte de Soissons, premier baron du
Boulonais, et de Franoise Babou de la Bourdaisire. De ce mariage
sortirent sept enfants, que les mauvaises langues de l'poque appelrent
les _sept pchs mortels_.

Ce fut au chteau de Coeuvres, en passant chez M. d'Estres, que Henri IV
vit la belle Gabrielle, pour la premire fois, le 10 novembre 1590. La
premire lettre qu'il lui crivit est du 4 fvrier 1593 et commence
ainsi: _Mon bel ange, si  toutes heures m'estoit permis de vous
importuner de la mmoire de votre subject, je crois que la fin de chaque
lettre seroit le commencement d'une aultre, etc._ On fit courir, dans le
temps, l'pigramme suivante sur le nom de bel ange que le Barnais
aimait  donner  Gabrielle:

          Gabriel vint jadis  la Vierge annoncer
          Que le Sauveur du monde auroit naissance d'elle;
          Mais le roi aujourd'hui par une Gabrielle
          A son propre salut a voulu renoncer.

Si Antoine d'Estres fut flatt de recevoir la visite du roi au chteau
de Coeuvres, il parait que plus tard il ne vit pas de bon oeil ses
relations avec Gabrielle; car, dans une lettre date du 26 juin 1593,
Henri IV crit  sa matresse: _Je suis trs ayse que vous soys bien
avec vostre pre; vous ne me reprocherez plus qu'il vous veuille mal 
mon occasion_.

Quoi qu'il en soit, Gabrielle d'Estres fut marie pour la forme, disent
les historiens, en 1591,  Nicolas d'Amerval, seigneur de Liancourt;
mais le mariage fut cass, en 1594, pour cause d'impuissance. A la cour,
on ne dsignait Mme d'Amerval que sous le nom de madame Gabrielle. Vers
la fin de 1595, elle prit le titre de marquise de Monceaux. Le 10
juillet 1397, elle fui faite duchesse de Beaufort, et mourut
empoisonne, le 10 avril 1399, laissant au roi trois enfants: Csar, duc
de Vendme; Catherine-Henriette, lgitime de France, depuis duchesse
d'Elbeuf, et Alexandre de Vendme, grand-prieur de France.

Les historiens s'accordent  dire que Gabrielle exhorta beaucoup Henri
IV  se convertir. On a prtendu que sa conversion n'tait pas sincre,
parce qu'il avait crit, le 23 juillet 1593, avant-veille de son
abjuration: _Ce sera dimanche que je fairay le sault prilleux_. Mais on
a souvent oubli la vivacit d'esprit de Henri IV, et nous croyons qu'on
s'est souvent tromp en jugeant ses sentiments intimes d'aprs les
saillies qu'il laissait chapper. Si la conversion du roi n'et t
qu'un acte d'hypocrisie, il n'et pas pris la peine de runir des
prlats et des docteurs pour confrer avec eux sur plusieurs points
touchant lesquels il dsirait tre clair; d'ailleurs il dclare
lui-mme qu'il voulait se convertir depuis longtemps, et que sa
conversion a t _bien des fois interrompue par les artifices de ses
ennemys_.

Nous ne saurions dire si Gabrielle habitait ordinairement Tourpes; nous
ne le pensons pas, mais nous croyons qu'elle y vint plus d'une fois
pendant que le bon Henri tait harcel par l'arme du duc de Mayenne. Il
semble d'ailleurs qu'il soit venu souvent  Arques: or, la distance
d'Arques  Tourpes n'tait pas difficile  franchir pour le Barnais,
lui qui, au dire du pape Sixte-Quint, passait moins de temps au lit que
le duc de Mayenne n'en passait  table.

On assure qu'une nuit, pendant que l'arme du duc de Mayenne se livrait
au repos, Henri IV traversa le camp ennemi pour venir visiter la belle
Gabrielle; mais, comme c'tait la premire fois qu'il venait  Tourpes,
et ne sachant par quel endroit aborder, il fit demander  la dame
chtelaine par o l'on entrait pour parvenir jusqu' elle:--Par
l'glise! rpondit-elle, en faisant abaisser le pont-levis. C'tait un
mot  double sens, adress au Barnais, qui alors tait huguenot et
n'avait pas encore voulu se convertir  la religion catholique.

Nous avons su, par une personne qui tenait ces dtails de la bouche d'un
vieillard, petit-fils du domestique qui recevait le cheval du visiteur,
que c'tait ordinairement pendant la nuit que Henri venait  Tourpes. Il
avait l'habitude de se dguiser en marchand de boeufs; mais il tait
toujours pourvu d'une bonne monture et bien arm. Souvent il annonait
son arrive par un cri particulier qu'il faisait entendre; il prononait
le mot d'ordre, et la porte s'ouvrait. Alors il remettait son cheval 
un domestique, en lui frappant familirement sur l'paule, et il tait
introduit.

Nous ne quitterons pas Tourpes sans rappeler que celui qui, selon ses
propres expressions, _maria la France avec la paix_, tait non-seulement
protecteur des lettres, mais encore qu'il les cultiva lui-mme. A onze
ans, il avait traduit les cinq premiers livres des _Commentaires de
Csar_, et il commenait  rdiger ses Mmoires quand il fut assassin.
On a aussi de Henri IV plusieurs morceaux de posie, entre autres une
chanson commenant par ces mots: _Charmante Gabrielle_, etc.. qui fut
compose en 1596. et que nous avons lue dans les publications de M. Le
Roux de Lincy.




BURETTE.


Ce hameau, qui n'est spar de Bures que par la rivire, formait
autrefois une paroisse distincte. En 1242, Nicolas Torte, de la paroisse
de Saint-Ouen de Burette, vendit un terrain situ auprs du grand chemin
qui conduisait de la cour de Bures  la fort d'Eawy, _situm inter
terram domini Petri de Buris militis et magnam viam que vadit a curia de
Buris apud forestam Dauvi_. En 1249, Robert dit _Belet_ vendit galement
une pice de terre sise aux _Londes_, sur le territoire de Burette, _in
territorio de Buretes apud Londinas_.

En diverses circonstances il s'leva des discussions entre les deux
paroisses, et l'glise de Burette finit par ne plus tre considre que
comme aide  celle de Bures; ce qui fit qu'elle n'eut pas de registres
particuliers pour les actes religieux,  partir de 1672 jusqu' 1741.
Alors les habitants commencrent  reprendre une existence  part et
nommrent un trsorier pour veiller  l'entretien de leur glise, qui se
trouvait dans un grand dlabrement. En 1742, les qutes, l'herbe du
cimetire, les pommes, les gerbes de bled _aumomes_ et les rentes[61],
produisirent 46 livres 9 sous. Avec de telles ressources, il n'tait pas
ais d'entreprendre de grands travaux de restauration. Aussi, en 1746,
voyons-nous le trsorier autoris  faire consolider la charpente du
clocher et de la nef _qui menacent ruine_; ce qui n'empche pas le
vicaire gnral Sehier d'ordonner, le 29 juillet 1750, de nouvelles
mesures de consolidation.

[Note 61: Au nombre de ces rentes figure celle de _XXX sous_ pour loyer
d'une pice de terre, sise aux _Glinettes_, qui fut fieffe  Claude Le
Noble, sieur du Feugueray, en 1654.]

Cependant, les habitants de Burette, reconnaissant qu'ils allaient
dpenser leur argent inutilement, se runirent _en commun_ et conclurent
un march avec Mathieu Drouet, entrepreneur, qui s'engageait 
reconstruire la nef et le clocher, moyennant 2,100 livres. Le travail
devait tre termin en 1759, et pay sur les fonds de l'glise et 
l'aide d'une imposition sur tous les propritaires, fixe _en leur me
et conscience_ par une commission de quatre membres nomms  la
pluralit des voix. Mais il parait qu'on ne se contenta pas de
reconstruire la nef et le clocher, car nous avons trouv, aux archives
de la prfecture, une pice de laquelle il ressort que, le mercredi 9
novembre 1763, Pierre-Etienne du Bois, cur de Notre-Dame de Neufchtel,
fut dput par l'archevque pour bnir l'glise de Burette _nouvellement
rdifie dans son entier_. le 2 octobre 1774, eut lieu une runion _en
commun_, dans laquelle on demanda l'tablissement de fonts baptismaux,
d'un tabernacle, d'un confessionnal et d'une sacristie; mais
l'autorisation ne fut accorde que pour les fonts,  cause des grandes
eaux qui interceptaient frquemment les communications entre Bures et
Burette.

Il y avait, dans le cimetire de Burette, une magnifique croix en grs.
On reconnat, le 11 juin 1775, la ncessit de faire raccommoder
solidement cette croix, qui par sa beaut mrite d'tre conserve et
menace ruine. C'est le pied de la croix de Burette qui supporte
aujourd'hui le calvaire plac devant l'cole de Bures. On lit sur la
base: L'an MVCCXLVII (1547) FUST RPARE CESTE [croix]. M: R: P: T.

Malgr tous ses sacrifices pour son glise, la section de Burette ne
jouit pas longtemps de la tranquillit. L'abb Bellami, cur de la
deuxime portion de Bures, refusa de venir clbrer la messe paroissiale
en 1776. Alors il fut arrt qu'on ne prsenterait le pain  bnir que
tous les quinze jours, quand l'abb Langlois, cur de la premire
portion, viendrait dire la messe. Cependant, on ne s'en tnt pas l. Les
habitants de Burette se cotisrent pour faire face aux frais de
poursuites, et ils obtinrent un jugement contre le rcalcitrant, au
bailliage d'Arques. L'entt cur fit appel devant le parlement de
Rouen; mais il ne fut pas plus heureux, et il dut rembourser aux
habitants de Burette la somme de 937 livres 4 sous 9 deniers, en
ddommagement des avances faites par eux pour le poursuivre. A partir de
l, l'abb Bellami revint dire une basse messe  son tour dans l'glise
de Burette, les dimanches et ftes. Il n'y avait de messe chante que
deux fois chaque anne: le jour de la fte du patron et le dimanche dans
l'octave[62].

Quoiqu'il n'y eut pas de registres spciaux pour l'glise de Burette,
cela n'empchait pas d'y faire les baptmes, les mariages et les
inhumations des habitants de la section, qui pouvaient galement y
remplir le devoir de la pque.

Il y avait, dans l'glise de Burette, trois autels sous le vocable de
saint Barthlemi, de la sainte Vierge et de sainte Marguerite. On y
clbra encore une premire messe, le dimanche, pendant peu de temps,
aprs la rvolution de 1793; mais il ne parat pas qu'on y ait fait
aucun mariage, administr le baptme, ni inhum dans le cimetire. Au
reste, le clerg n'a recommenc  clbrer publiquement les mariages et
faire les inhumations qu' la suite du concordat.

La pauvre petite glise, qui avait t reconstruite en 1763, et qui
avait servi de salptrire au temps de la Rpublique, fut donc peu  peu
abandonne et finit par tre vendue, en 1816,  M. Gabriel Simon, pour
le prix de 1,600 francs, y compris le sol sur lequel elle tait difie,
ainsi que le cimetire! Elle tait situe  droite,  trente ou quarante
mtres du coude de la route qui conduit  la ferme de M. du
Feugueray[63],  la place occupe aujourd'hui par une petite chaumire.

[Note 62: Au XIIIe sicle, le patron tait saint Ouen; mais, dans les
derniers temps, on lui avait substitu saint Barthlemi.]

[Note 63: Le corps de logis de cette ferme est une ancienne
gentilhommire, btie vers 1630 par l'un des anctres du propritaire
actuel.]




LE MESNIL-AUX-MOINES.


C'est ainsi qu'on dsigna, jusqu' la fin du sicle dernier, la commune
qui porte aujourd'hui le nom de _Mesnil-Follemprise_. On avait ainsi
nomm ce village  cause de sa dpendance de Bures, dont la seigneurie
appartenait aux moines de N.-D.-du-Pr; son nom actuel lui vient de la
runion d'un autre village au moment de son rection en commune.

Jusqu'au milieu du XVIe sicle, les habitants du Mesnil furent obligs
de venir  l'glise de Bures pour remplir leurs devoirs religieux; mais
un contrat du 16 dcembre 1556 nous fait connatre que, en cette anne,
une glise fut _construite et donne par maistre Jean Dubucq, vivant
cur de Quiquebeuf_ (Quillebeuf) _pour faciliter aux habitants leurs
dvotions  cause de la difficult d'accder l'glise de Bures_.

Nous ne saurions donner la liste de tous les chapelains de cette
succursale; nous savons seulement que le premier fut nomm par le
fondateur de l'glise. Le 5 octobre 1728, J.-B. Dubucq, _marchand
apoticaire en la ville d'Eu_, nomma aussi et prsenta  Mgr de Tressan
Mre Guillaume Marcotte, qui devint cur de Bures en 1739. Plus tard, le
droit de prsentation change de famille, et, le 5 juin 1784, _messire
Marie-Franois-Joseph-Fortun de Croutelle, cuyer, sieur du Mesnil,
patron de la chapelle de St-Jn-Bte_ du Mesnil-aux-Moines, dans les
limites de la paroisse de Bures, demeurant aux Boquets, paroisse de
Maintru, nomme et prsente comme chapelain Jacques-Antoine Bessin,
vicaire de la paroisse de Londinires, en remplacement de Charles-Adrien
Vincent, dmissionnaire.

L'glise du Mesnil renferme quelques restes d'anciens vitraux, dans
lesquels on trouve un des rares exemples du Saint-Esprit reprsent sous
_forme humaine_.

En reconnaissance de la paroisse de Bures comme matrice, Mgr Rouxel de
Medavy, qui fut archevque de Rouen de 1671  1691, publia une
ordonnance en vertu de laquelle le chapelain du Mesnil devait venir en
procession  l'glise de Bures le jour de saint Agnan et de la Ddicace.
Ce tmoignage de dpendance n'tait pas toujours donn de bonne grce,
et nous voyons l'abb Stallin, cur de Bures, demander le changement du
chapelain Joly, qui refusait cette marque de soumission. En 1711, ce
chapelain avait vendu  la fabrique de l'glise de Mesnires une renie
de _huit livres_ pour un capital de _cent douze livres_.

En 1663, par suite de contestations et de scandales, l'archevque
Franois II de Harloy dfendit de faire en l'glise du Mesnil: _eau
beniste, pain bnist, processions, et y dire vespres_. Mais les
habitants s'amendrent, et, sur la reprsentation que ce hameau
renfermait _plus de 70 feux et 350 communiants_, l'archevque semble
avoir lev la dfense. Le 26 mars 1667, il permit mme d'tablir en
cette chapelle un tabernacle et des fonts baptismaux. Le prlat date
l'autorisation de sa ville archipiscopale de Dieppe; ce qui nous
rappelle l'poque  laquelle Richard-Coeur-de-Lion concda  Gautier de
Coutances, archevque de Rouen (1196), la ville et seigneurie de Dieppe,
les moulins de Rouen, la terre de Bouteilles, la ville de Louviers et la
fort d'Aliermont, qui a t dfriche plus tard et remplace par les
paroisses de Saint-Nicolas, de Saint-Jacques, de Notre-Dame, de
Sainte-Agathe et de Croixdalle.

Les chapelains du Mesnil taient pays par les deux curs de Bures, _sur
les dixmes qu'ils tenoient des gros dcimateurs_. Un acte du 30 octobre
1771 nous fait connatre que,  cette poque, ce payement avait lieu
tous les trois mois.

Le Mesnil est aujourd'hui une commune de l'arrondissement de Dieppe,
runie pour le culte  la paroisse d'Ardouval.

L'glise du Mesnil est sous le vocable de saint Jean-Baptiste, et l'on y
vient en plerinage en l'honneur de saint Onuphre.




FOLLEMPRISE.


Il y avait dans ce hameau, qui dpendait de Bures avant la rvolution de
1793, une chapelle appele communment _Notre-Dame-de-Piti_, quoique
son fondateur, Jean Toussains, docteur en thologie, l'et fonde en
l'honneur de l'_Annonciation de la Sainte-Vierge_. Cette fondation fut
approuve, le 16 fvrier 1538, par l'archevque Georges d'Amboise II.
Dans le principe, la nomination du chapelain appartenait  la famille du
fondateur, mais, dans la suite, elle passa aux religieuses du second
monastre de la Visitation de Rouen, comme propritaires de la ferme sur
laquelle se trouvait la chapelle[64]. Le 21 dcembre 1763, cette
chapelle tant sans titulaire, par suite de la dmission de
Nicolas-Franois Denel, les dites religieuses se runirent, _ leur
principal parloir_, et nommrent, pour tre prsent  l'archevque,
Dominique de la Rochefoucauld, _discrette personne Jean-Pascal
Leboucher, prtre habitu en la paroisse de Saint-Vivien de Rouen_.

[Note 64: Cette chapelle est aujourd'hui  usage de grange.]

Auprs de la chapelle tait une maison portant le millsime de 1632,
habite par plusieurs religieuses du monastre.

La maison, qui sert aujourd'hui d'habitation au fermier, est du XVIe
sicle. Les pignons sont taills en gradins; une galerie couverte
s'avance sur le rez-de-chausse; le linteau des chemines est en bois
grossirement sculpt, et reprsente des arbres, des loups, un cerf
crucifre, un livre, une biche, des oiseaux, un piqueur sonnant de la
trompe et menant deux chiens en laisse, etc.

Au croisement de la route de Follemprise au Mesnil, avec celle qui
conduit de Bures  Ardouval, est un lieu nomm le
_Cimetire-des-Huguenots_. Comme il y avait des familles protestantes
dans le voisinage, c'est la sans doute que nos frres spars inhumaient
leurs morts.




LE PRESBYTRE.


Avant 1793, le presbytre tait attenant au cimetire, sur une proprit
appartenant actuellement  M. Dumanoir. Vendu, au moment de la
rvolution, le corps de logis fut dmoli et rdifi,  Osmoy, sur la
proprit de Mlle de Crny, o il sert, depuis cette poque, de maison
d'habitation au fermier.

Aprs la rvolution, l'abb Laboulais desservit la paroisse pendant
trente-quatre ans et habita une maison dont il tait propritaire,
touchant une somme de cent francs pour indemnit de logement. Cette
maison, aprs avoir pass en plusieurs mains, appartient aujourd'hui 
M. Turpin.

En 1835, lorsque l'abb Laboulais cessa l'exercice de ses fonctions, il
continua d'habiter sa maison, de sorte que,  l'arrive de son
successeur, la commune n'avait pas de logement  lui offrir. Pendant
plusieurs semaines, il fut oblig de retourner dans sa famille, le lundi
matin, et de revenir, pour l'office du dimanche, le samedi soir. Il faut
avouer que l'administration communale avait donn la preuve d'une grande
ngligence en cette circonstance, et que l'autorit ecclsiastique
s'tait bien hte, en donnant un prtre  une paroisse qui n'avait pas
de maison pour le recevoir.

Quoi qu'il en soit, on finit par louer une partie de maison nouvellement
btie, dont la distribution n'tait mme pas faite, ni la chemine
monte. D'normes pommiers  cidre occupaient la place o plus tard on
tablit un petit jardin. Enfin, aprs avoir fait deux chambres dans le
grenier, le nouveau cur habita cette maison pendant quatre ans, au bout
desquels il loua une habitation beaucoup plus commode. Cette maison,
situe auprs de celle dont nous venons de parler, appartenait  H.
Havet, notaire  Neufchtel, qui n'avait pas voulu louer  la commune,
par suite de la division qui rgnait parmi les habitants. Le cur lui
payait le loyer (225 francs), et il lui en tait tenu compte sur les
fonds de la caisse communale.

Sous l'administration de M. Planchon, qui fut nomm maire en 1843, on
acheta, en 1854, la maison qui servait de presbytre depuis quatorze
ans, moyennant la somme de 7,892 fr., tous frais pays. Puis le
gouvernement accorda un secours de 2,000 fr., qui, joint  un autre
secours de 600 fr., donn sur les fonds dpartementaux, forma une somme
de 2,600 fr., avec laquelle on fit lever un tage sur le
rez-de-chausse de la maison. A la demande de M. le cur, M. Havet avait
consenti  joindre au nouveau presbytre, sans augmentation de prix, un
petit coin d'herbage pris sur la proprit voisine qui lui appartenait.
De cette manire, on put faire une ouverture sur la petite rue, afin de
donner une entre  cheval et en voiture.

Lorsqu'il fut question d'enclore le petit herbage, M. le cur proposa de
faire un mur, afin d'viter les dsagrments qui pourraient se prsenter
plus tard avec le voisin, si l'on se contentait d'une haie. Cette
proposition fut adopte, et il est certain que celui qui l'a faite ne
sera blm par aucun de ses successeurs.

En reconnaissance du vote du conseil municipal, M. le cur fit tablir 
ses frais une grande porte, dans la pense que l'administration locale
ferait disposer la rue de manire  ce qu'on pt arriver en voiture dans
le petit herbage du presbytre. Il y comptait d'autant plus, qu'on lui
avait remis un titre qui, d'aprs l'avis d'un homme de loi, en confrait
le droit. Malheureusement, M. Planchon donna sa dmission de maire en
1857, aprs avoir fait tout ce qui dpendait de lui pour l'glise et le
presbytre, et son successeur fut loin de marcher sur ses traces[65].

Lorsque M. le cur lui remit le titre dont nous venons de parler, il
s'aperut qu'il allait se heurter contre un parti pris d'avance de
repousser sa demande[66]. En effet, on trana en lenteur pendant
plusieurs annes; on fit semblant de craindre de l'opposition; on dit
hautement qu'on redoutait un procs imaginaire; on se livra  des
manoeuvres qu'il est inutile de relater ici! Cependant, comme il
s'agissait d'une chose utile et avantageuse  ses successeurs, M. le
cur renouvela sa demande. Le conseil municipal lui rpondit, par une
lettre date du 12 mai 1865, que, _aprs avoir entendu le rapport de
l'agent-voyer en chef_, on tait D'ACCORD POUR NE PAS FAIRE DROIT 
cette demande.

[Note 65: C'est M. Planchon qui a fait relier,  ses frais, tous les
volumes du _Bulletin des lois_, les circulaires, les registres et
archives de la mairie.]

[Note 66: Ceux de nos lecteurs qui sont trangers  la localit sont
invits  ne pas poursuivre la lecture de ce paragraphe, qui ne saurait
leur offrir aucun intrt. Nous ie publions uniquement pour
l'dification de ceux des habitants de Bures et des environs qui ont pu
entendre dire que l'abb Decorde avait demand, _sans motif_,  partir
d'une paroisse dans laquelle il tait trs-aim. Hlas! lui aussi aimait
cette paroisse, dans laquelle il n'a jamais cherch  faire que le bien,
et il n'et pas attendu si longtemps pour la quitter, s'il et eu moins
d'affection pour les habitants.]

Le sous-prfet avait, en effet, crit que l'agent-voyer s'tait rendu
sur ls lieux, et qu'il n'avait pas rencontr M. le cur. Or, au jour
indiqu dans la lettre du sous-prfet, M. l'agent-voyer ne s'tait pas
prsent au presbytre, et M. le cur n'a jamais t inform de sa
venue,.... s'il est venu.

Alors M. le cur fit connatre cet tat de choses  la prfecture et 
l'archevch, afin qu'on ne pt pas l'accuser plus tard de ne point
avoir signal le mauvais vouloir des administrateurs de la commune
relativement  un travail qui ne pouvait que donner plus de prix  la
proprit communale et plus de commodits  ceux qui devaient en jouir.
Cette dmarche de M. le cur provoqua une nouvelle runion du conseil
municipal, le 2 juin 1865, dans laquelle on dit qu'on ne voulait pas
engager la commune dans un procs onreux; que M. le cur demandait 
exproprier des btiments; que, comme preuve de bon vouloir, on lui
accordait 150 fr., en cas de succs, s'il voulait entreprendre, _ ses
risques et prils, les dmarches et dpenses ncessaires_. M. le cur
crivit  M. le maire pour la remercier de cette _preuve de bon
vouloir_, en lui disant qu'il n'avait pas qualit pour s'occuper de
l'administration municipale. En mme temps, il le pria de lui remettre
le titre relatif  cette affaire, qu'il lui avait confi, et de lui
indiquer le jour et l'heure o il pourrait se prsenter  la mairie,
afin de prendre communication des dlibrations concernant l'affaire en
litige[67]. M. le maire refusa tout, et ne fit mme pas  son cur
l'honneur de lui rpondre! Les choses en restrent l, et M. le cur ne
s'en occupa plus. Il avait pniblement rempli son devoir, et il tait 
l'abri de tout reproche de la part de ses successeurs.

Peu de temps aprs le refus du conseil municipal de faire droit  la
demande de M. le cur, l'un des opposants acheta une proprit 
laquelle il conut l'ide de donner accs, en voiture, par la petite rue
qui conduit  l'herbage du presbytre. Alors tous les obstacles
tombrent comme par enchantement, et la ruelle fut largie sans qu'il en
cott beaucoup plus de 25 francs  la caisse communale[68]. Dans le
principe, M. le cur avait propos de contribuer pour 39 francs  cette
dpense, dont on avait fait un pouvantail!

L'largissement de cette rue ne fut pas ie seul objet

[Note 67: Tout contribuable a le droit de prendre communication, sans
dplacement, du registre des dlibrations du conseil municipal, avec
copie, s'il y a lieu _(Arrt du Conseil d'tat.--loi du 14 juillet
1837.)_]

[Note 68: Le projet d'ouverture sur la petite rue ne fut pas ralis,
pour une raison que nous ne pouvons faire connatre; mais il n'en est
pas moins vrai que ce projet n'a pas t tranger  l'largissement.]

qui procura au nouveau maire l'occasion d'exercer son _bon vouloir_,
doubl de ngligence et d'apathie. Aprs la construction d'un tage sur
le presbytre, on avait promis de mettre des persiennes aux quatre
fentres les plus exposes au midi, afin de rendre les chambres plus
habitables et de prserver les rideaux et les lits des atteintes du
soleil. On en plaa d'abord  une fentre. Dix-huit mois plus tard, une
deuxime fentre en fut garnie, et l'on s'en tint l. On avait dpens
48 francs!

Contrari de cette lsinerie, M. le cur fit boucher les deux autres
fentres, au moyen de planches cloues extrieurement, dans la pense de
conserver ses meubles et d'amener M. le maire  faire placer les deux
autres persiennes. Au bout de deux ans, tout tait encore dans le mme
tat. Alors M. le cur adressa  la prfecture une rclamation pour tre
dcharg de l'impt de ces deux fentres. Aussitt on crivit au maire,
qui rpondit qu'on garnirait prochainement de persiennes ces deux
ouvertures, qui n'avaient t supprimes que provisoirement. Bas sur ce
renseignement, le conseil de prfecture dcida que les fentres
n'avaient pas cess d'tre imposables...... et les deux persiennes
furent places.

Autre tracasserie! Devant le presbytre, il y avait un terrain inculte,
couvert de chardons, d'orties et d'autres mauvaises herbes. M. le
prfet,  la demande de M. le cur, accorda une somme de 300 francs sur
les fonds dpartementaux, afin de faire niveler et enclore
convenablement ce terrain, de manire  ce que le logement du prtre ft
isol de la rue. M. le maire ne fit pas excuter le travail en temps
opportun, et les 300 francs ne purent entrer dans la caisse municipale.
M. le cur fit une nouvelle demande, et M. le maire attendit encore prs
d'un an avant d'employer la somme alloue en second lieu[69].

[Note 69: A la demande de M. le cur, une somme de 100 fr. fut galement
accorde pour concourir aux frais d'tablissement d'une pompe. M. le
prfet mit aussi  sa disposition 150 fr. pour faire faire un pressoir;
on dpensa 157 fr., et, sur le refus de M. le maire de solder
l'excdant, les 7 fr. durent tre pays  l'ouvrier par M. le cur.]

Fatigu de rencontrer tant de mauvaise volont, en rcompense de tout ce
qu'il avait fait pour le bonheur du pays o il avait dbut dans la
carrire sacerdotale et o il aurait voulu mourir, M. le cur rsolut de
partir. Cependant, avant de demander son changement, il tenta un dernier
effort. Par suite de la ngligence de M. le maire, il tait urgent de
faire divers travaux au presbytre, les uns trs-utiles, les autres
tout--fait ncessaires. Le 10 janvier 1868, le conseil municipal fut
inform que, si l'on se refusait  faire telles et telles rparations
urgentes, M. le cur laisserait  un successeur plus heureux la chance
d'tre mieux second. On reconnut que toutes les demandes taient
justes; on vota 500 fr. pour y faire droit; on s'engagea  faire
excuter les travaux immdiatement, except la maonnerie, qu'on ne
pourrait _gure commencer avant le mois de mai_; on nomma trois dlgus
pour activer le travail;..... mais oyez!

En tte de ces trois dlgus, tait M. le maire, le seul qui se soit
occup de l'excution de la dlibration. C'est tout dire! Il se
conduisit de manire  faire croire qu'il voulait obtenir le moins de
travail possible avec la somme dont il avait l'emploi. Au lieu de mettre
les ouvriers  l'oeuvre au mois de mai, il attendit les mois d'OCTOBRE
1868 et 1869: le prix des journes est le mme, mais l'on fait beaucoup
moins de besogne; puis, aucun contrle du travail! point de solidit! et
c'est toujours  recommencer[70]. Si encore on avait fait tout ce qui
avait t promis; mais non! et ce qu'on a laiss de ct, c'est
prcisment ce que dsirait surtout M. le cur[71].

En rsum, on s'tait engag par crit  faire des travaux au mois de
mai 1868, et ils n'taient pas encore faits au mois d'aot 1870. C'est
ce qui a contribu  la dtermination prise par M. le cur de demander
son changement de paroisse. Toutefois, le seul motif allgu par lui fut
tout autre.

[Note 70: C'est ainsi qu'un travail en ciment, sur toute la longueur de
la muraille du presbytre, excut vers la fin d'octobre 1830, tait 
recommencer au printemps 1870. Il est vrai que M. le maire dit que les
ouvriers ne viennent pas quand il les demande; mais, ce qu'il ne dit
pas, c'est que plus d'une fois ils sont venus et ont t obligs de
repartir, parce qu'ils ne trouvaient pas de matriaux pour leur travail;
puis, on leur a parfois fait attendre le payement pendant un ou deux
ans, quoique les fonds fussent disponibles.]

[Note 71: Au reste, si M. le maire n'a pas fait ce qu'on l'avait charg
de faire, il n'a pas  se reprocher d'avoir entrepris quoi que ce soit
en dehors de wn mandat, peur tre agrable  l'hte du presbytre. Le
plafond d'un petit salon devait tre peint  la colle; M. le cur
tmoigna le dsir qu'on fit une peinture  l'huile avec vernis, afin de
pouvoir y passer l'ponge au besoin pour enlever les traces de la fume.
La diffrence de prix tait de 9 francs. Le maire dit qu'il ne payerait
pas cette diffrence. On fit nanmoins le travail; mais les 9 fr. furent
pays  l'ouvrier par M. le cur. Il y avait pourtant des fonds
spciaux, vots pour le presbytre; il y avait d'ailleurs au budget
communal un article pour dpenses imprvues; peut-tre mme existait-il
encore d'autres petites ressources; mais..... on les employait  autre
chose, ou bien on les rservait pour d'autres temps[A]. Cependant, il
semble que la commune et pu faire le sacrifice de NEUF FRANCS en faveur
de son cur, lui qui avait fait tant de dmarches, de voyages et de
dpenses, afin d'obtenir des secours de tous cts pour la restauration
de l'glise, ainsi que pour l'appropriation du presbytre. Qu'il nous
soit permis de relater ici quelques lignes d'une lettre de H. Corneille
pre, dput au Corps lgislatif, dans laquelle il annonait au cur de
Bures qu'un secours de 2,000 francs venait d'tre accord. Votre
commune reoit une faveur que les habitants ne doivent attribuer qu'au
mrite du prtre qui l'occupe et  ses crits. C'est une vrit que je
dois faire connatre et qui doit tre connue de la population, afin de
l'engager  s'imposer un dernier sacrifice pour le presbytre. La
souscription de M. l'abb Decorde est rellement de 1,000 francs. Si un
autre prtre avait t  sa place, la commune n'aurait obtenu que 1,000
francs, au lieu de 2,000... Nous n'avons pas la pense, Dieu merci! de
citer ce passage par amour-propre, mais uniquement comme pice  l'appui
de nos affirmations.]

[Note A: Il parait que, aprs le dpart de l'abb Decorde, M. le maire a
la surprise de dcouvrir, dans la caisse communale, une sonne de 200
francs, destine aux travaux du presbytre, qui se trouvait l ON NE
SAIT COMMENT (peut-tre un effet de la gnration spontane!). Aussi, en
quelques mois, a-t-on fait au presbytre des dpenses beaucoup plus
considrables que celles qui avaient t demandes par l'ancien cur de
la paroisse.]

Il fallut peu de temps  M. le cur pour s'apercevoir du changement
survenu dans la police locale  la suite de l'entre en fonctions du
nouveau maire, la principale cause du dsordre se trouvait dans la
libert illimite dont jouissaient les cafetiers  tout point de
vue[72]. Des rixes scandaleuses ayant eu lieu en diverses circonstances,
et notamment dans une nuit d'assemble du village, M. le cur pria M. le
maire de porter remde  toutes ces orgies, en faisant approuver un
rglement destin  ramener le bon ordre. Le rglement fut rdig et
soumis  l'approbation de M. le prfet. Le maire promit de le faire
afficher dans tous les cafs et d'en assurer l'excution; mais ce
rglement n'a jamais t publi, et dort tranquillement dans le tiroir
du magistrat municipal. Aussi, tous les piliers de cabaret disent-ils
que M. le maire est un bon homme, et ils s'en souviennent au moment des
lections..... C'est  la pense des dsordres qui rsultent
ncessairement de ce laisser faire que M. le cur a demand  changer de
paroisse, afin de ne pas voir s'vanouir totalement sous ses yeux le peu
de bien si pniblement obtenu pendant trente-quatre ans et neuf mois de
ministre.

[Note 72: Nous avons dit ailleurs: L'usage des cafs et des cabarets
est pass dans nos moeurs; il ne s'agit pas de les supprimer, mais de les
rglementer. Alors le matre de maison, le cultivateur n'entendra plus
ses domestiques lui rpondre insolemment  leur retour de la taverne, et
refuser l'obissance qu'ils lui doivent. Alors on ne rencontrera plus
des tres dous de raison se vautrant dans la fange de la voie publique,
et provoquant les gaudissements de l'enfance, en mme temps que le
dgot des personnes senses. Alors la pauvre mre de famille n'attendra
plus en tremblant le retour d'un mari transform en brute par ses
libations alcooliques, et les oreilles des voisins ne seront plus
attristes par le bruit des blasphmes et des imprcations qui chaque
dimanche trouble leur repos. Alors les petits enfants ne se voileront
plus la face en pleurant,  la vue de leur pre qui les maltraite, aprs
avoir dpens en orgies l'argent destin  leur procurer un morceau de
pain. Alors on ne verra plus tant de jeunes gens s'attabler au cabaret
et se livrer  l'enseignement mutuel de la dbauche et de la rsistance
aux volonts paternelles, au lieu d'aller  l'glise, o l'on prche le
respect de soi-mme et des autres.....

Nous le rptons, nous ne demandons pas la suppression des cafs et
cabarets; mais qu'ils soient soumis aux lois et rglements de l'autorit
suprieure; mais qu'on n'aille pas y prendre des leons de dsordre et
d'immoralit; mais qu'on n'y empoisonne pas la sant publique par le
dbit de boissons dltres; mais que les hommes calmes puissent s'y
rencontrer paisiblement et en sortir sans dshonneur; mais qu'on ne soit
pas abasourdi  chaque instant par les cris et les chants de ceux qui
les frquentent. En un mot, nous demandons qu'on trouve dans ces
tablissements un lieu de runion dcemment tenu, o le commis de
bureau, qui n'a pas son chez toi, puisse aller lire les journaux; o les
amis, qui se rencontrent par hasard, puissent converser pendant quelques
instants; o les hommes d'affaires puissent tranquillement s'occuper de
leur commerce. Encore une fois, voil ce que nous demandons, et nous
sommes assur de ne pas avoir  craindre le blme des honntes gens,
quelle que soit leur position sociale; si l'approbation des autres nous
fait dfaut, nous saurons nous en consoler.]

La multiplicit illimite des cabarets a fait dire au
cardinal-archevque de Rouen, dans son Mandement pour le carme de 1871:
Nos moindres villages ont du subir cette invasion des cabarets, o
l'homme des champs et l'ouvrier des manufactures abrutissent leur
raison, perdent toute notion de Dieu et engloutissent le salaire qui
devrait faire vivre leurs familles.

Dans la Note prsente  M. Gambetta par le _Comit central de dfense
de la Seine-Infrieure_, dont les membres ne sauraient tre souponns
de bigoterie, il est dit qu'on construira des baraquements pour les
mobiles et les mobiliss, o ILS SERONT LOGS AUSSI LOIN QUE POSSIBLE
DES DISSOLVANTES INFLUENCES DES CABARETS DE VILLAGE (Brochure intitule:
_Comment Rouen n'a pas t dfendu_, par M. Raoul DUVAL). Pourquoi
a-t-on voulu que les baraquements des soldats fussent loigns des
cabarets? C'est parce qu'il a t dmontr que la frquentation de ces
lieux faisait disparatre le respect, l'autorit, la discipline,
l'obissance si ncessaires dans l'arme pour combattre avec gloire et
avantage. Aussi,  la suite des dsastres de notre dernire guerre,
a-t-on reconnu la ncessit de rprimer le dbordement qui avait
multipli les cabarets sous le rgn de Napolon III[73]. Mais, comme
l'a dit un publiciste: Ce n'est pas en dcrtant la mise en vigueur des
rglements qu'on arrtera le mal, mais bien en les appliquant
rigoureusement, sans faiblesse, avec cette tnacit que doit inspirer le
mal qui nous ronge. Pour cela, il faut des agents honntes, sobres,
dvous, inflexibles devant les tentatives de sductions qui leur
viennent _des parties intresses_.

Il faut que l'ivresse soit un dlit passible des tribunaux. Il faut
poursuivre, _fltrir_, traquer d'une manire implacable les abreuvants
et abreuvs. Si l'on ne parvient  extirper le vice invtr chez les
vieux ivrognes, on enrayera du moins et une bonne fois les ivrognes de
l'avenir.--(_Courrier eu Havre_.)

[Note 73: Malgr les rsolutions prises, nous ne croyons pas que le
nombre des cabarets ait beaucoup diminu. D'aprs une statistique
officielle, publie au commencement de 1879, le nombre des dbits de
boissons, qui tait de 282,000 en 1830, est aujourd'hui de 873,000!!! ce
qui donne en moyenne un cabaret par 102  103 habitants.]




L'COLE.


Aux sicles passs, les paroisses ne possdaient pas ordinairement de
maison d'cole, comme l'usage en est devenu gnral de nos jours. Le
plus souvent, dans les campagnes, c'tait le vicaire de la paroisse qui
tait charg de donner l'instruction primaire aux enfants, moyennant une
lgre rtribution, et il se casait comme il pouvait pour les runir. En
1235, Pierre de Collemieu, archevque de Rouen, recommandait dj  ses
prtres d'avertir leurs paroissiens, afin qu'ils fissent instruire leurs
enfants avec soin, en les envoyant plus exactement aux classes: _Ut
filios instrui faciant diligenter et scholas frequentius frequentare_.

Cependant, il y avait aussi des instituteurs laques. Un acte du 17
fvrier 1780 nous donne le dtail du traitement fourni au matre d'cole
de Bures: 60 livres du trsorier de l'glise; 50 l, du seigneur
haut-justicier; le produit du cimetire, estim 30 l.; 40 l. des
habitants; le casuel des curs, produisant  peu prs 80 l.; lesquelles
sommes, jointes aux colages des enfants et aux petits prsents, se
montaient  prs de 300 livres; ce qui rendait la position du matre
d'cole de Bures, est-il dit dans le document o nous puisons ces
renseignements, _la plus gracieuse de tout le canton_.

Il y a dj longtemps que, mme dans nos villages, les enfants des deux
sexes ne frquentaient pas toujours la mme cole. Nous en trouvons la
preuve dans une rclamation des curs de Bures, qui se plaignent, vers
4700, de ce que _les filles vont  l'cole avec les garons_. En 1715,
le 4e canon d'un synode de Rouen recommande aux curs de veiller  ce
que les enfants des deux sexes ne soient pas admis dans la mme cole,
mais que les garons soient instruits par des hommes de bonne renomme,
et les filles par de pieuses femmes: _Pueros  viris bon fam et
puellas  piis feminis instrui curent_.

Quoi qu'il en soit, pendant de longues annes, la commune de Bures fut
sans cole communale. Cependant, ce n'tait pas faute d'instituteurs: on
en vit jusqu' trois en exercice[74]! La dsunion tait telle dans le
pays, que chaque parti voulait avoir un maitre d'cole  sa disposition.
De plus; il est  noter que, de mme que les ouvriers d'un bord ne
devaient jamais accepter de travail chez les matres de l'autre, de mme
aussi il tait interdit aux lves d'une cole d'avoir aucunes relations
avec ceux de l'autre: on entait la haine paternelle dans le coeur de ces
pauvres petits enfants, naturellement ports  s'aimer et  se livrer
aux mmes jeux!

[Note 74: Pendant longtemps, la population de Bures fut divise en deux
partis, les Noirs et les Blanca, qui avaient chacun un instituteur; le
troisime faisait une classe d'adultes, le soir, sans doute pour les
_Gris_.]

Les trois matres ayant quitt la commune,  la suite de l'arrive d'un
nouveau cur, en 1836, il en vint un autre auquel on finit par envoyer
les enfants de chaque parti, et une maison d'cole fut btie en 1838. On
dpensa  cette construction 6,200 francs, y compris un secours de 2,000
francs fourni par le gouvernement et le dpartement. Ce fut seulement en
1867 que la commune consacra une somme de 360 fr. pour l'tablissement
d'un puits, afin que l'instituteur ne fut pas oblig d'aller puiser de
l'eau chez les voisins.

D'aprs un ancien usage, l'instituteur communal de Bures va, le samedi
saint, porter du pain bnit  domicile et reoit, en change, des oeufs
ou une petite somme d'argent de chaque habitant[75]. Autrefois, il
portait galement de l'eau bnite nouvelle, pour asperger chaque
domicile; mais cet usage a cess il y a vingt-cinq  trente ans.

[Note 75: Autrefois, il portait des pains azimes connus sous le nom de
_pains  chanter_; mais, depuis l'introduction de la liturgie romaine
(1861), il est dfendu de distribuer des pains ayant quelque
ressemblance avec ceux qui servent au saint sacrifice de la messe.]

Dans cette commune, le matre d'cole fait aussi une qute de pommes 
cidre vers la fin de l'anne; usage qui existe galement dans quelques
communes voisines.




STATISTIQUE.


Nous terminerons par quelques dtails de statistique:

NOMS DE LIEU. MAISONS, POPULATION,

                 Maisons  Habitants

 Le Bourg,          55       140
 Burette.           33        92
 Le Chaos,          38        99
 Le Valiquet,       15        60
 Le Bas Bray,        2        11
 Le Haut-Bray,       2         8
 Tourpes,            1        10
 Locus,              1         2.

BESTIAUX.

 talons.............     3.
 Chevaux hongres.....    15.
 Juments.............    78.
 Poulains............     8.
 Anes................     3.
 Mulets..............     2.
 Taureaux............     5.
 Boeufs[76]...........    18.
 Vaches..............   280.
 Gnisses............    87.
 Moutons.............   671.
 Porcs[77]...........  .....

[Note 76: Ce nombre est incomplet, attendu que le dnombrement a t
fait avant que les bouveries fussent garnies de btail.]

[Note 77: Il en existe un assez grand nombre, mais nous n'avons pu en
connatre le chiffre; approximativement 150  200, comme terme moyen.]

SUPERFICIE DU SOL.

                      Hect.    a.    c.

Eglise et cimetire    --     27     --
Chemins et places.     13     38     40
Rivire et ruisseaux.   4    448     40
Terres labourables    678     17     85
Herbages.             308     35     30
Prairies.              34     40     40
Bois.                  99     37     10
Friches.               52     24     80
Jardins.                3     89     80
Ppinires.            --     23     50
Mares et fontaines.    --     10     90
Proprits bties.      3     91     60

TERRES et BOIS.

Les Londres. Le Fond-Marga.
 Les Charbonnires.
 Le Fond-des-Haches.
 Les Malies.
 Les Bohues.
 Le Fond-des-Prieux.
 Le Pr-aux-Boeufs.
 Le Trou-aux-Loups.
 Tous-Vents.
 Le Valiquet.
 Les Miclons.
 Coq-Fan.
 Le Gardinet.
 Les Landres.
 Les Bugares.
 Le Val-Saint-Martin.
 Tourpes.
 Le Mont--la-Vigne.
 Le Grle-Val.
 Le Val-Maurice.
 Le Val--la-Dame.
 Les Ctes-de-Bures.
 Le Grand-Rideau.
 Les Plaines-de-Bures.
 Les Bergeries.
 La Terre-de-Bray.
 Les Petits-Prs.
 Les Fortes-Terres.
 Le Bas-Bray.
 Le Haut-Bray.
 Le Talon-de-Gargantua.
 Loquois. Locus.
 Le Clos-Louiset.

ROUTES, CHEMINS,, RUES et SENTES.

Route de Dieppe, n 1er.
  de Saint-Sns, n 12
Grande-Rue.
Rue Saint-Ouen.
  du Boeuf (supprime).
  du Chaos.
  Belle-Florence.
  Neuve.
  S-Germain-de-Bordeaux.
Chemin de Fresles.
   de Sainte-Agathe.
   de Bailleul.
   de la Verrerie.
   des Falaises.
   d'Arques.
   du Valiquet.
   de Rue-en-Rue.
   du Mont--la-Vigne.
   du Mesnil.
   du Bois de Locus.
   de Bellencombre (supprim).
   de Tourpes.
   du Bas-Bray.
   de la Pelote.
   du Val-Maurice.
Ruelle Fizet.
Sente de Saint-Valery.
   de la Fontaine-d'Orient.
   du Talon-de-Gargantua.
   de Fresles.
   de Bures  Neufchtel.
Vide du moulin.




                        TABLE DES MATIRES.

AVANT-PROPOS.

BURES.--Topographie.--Anecdotes.--La Grande-Rue.--Antiquit du
pays.--Guerres.--Chteau et fort de Bures.--Cent dix chevaliers, du nom
de Guillaume,  table.--Les _Ordonnances_ de Richard Ier.--Les bracelets
de Rollon.--L'_Ordne de chevalerie_.--Crime et pnitence de Gautier
Carue.--Les glises de l'_Aliermont_ en 1248.--Dfaite des Anglais par
Charles des Marets.--La _Jure_.--Combats livrs par Henri IV.--Le
bouffon Chicot.--Les Prussiens  Bures.--Dtails sur leur
conduite.--Dpenses occasionnes par eux.

JUSTICE.--Haute, moyenne et basse justice.--Le gibet _ quatre
piliers_.--Conflit entre les hauts justiciers.--Arrt du Parlement.
--Justice de Paix.

SEIGNEURIE ET FIEFS.--_Le Valiquet_.--_Coquefen_.--_La
Valouine_.--_Favencourt_.--_Tourpes_.

FOIRES ET MARCHS.--Halles en 1323.--Taxer des taux.--Prtentions du
prieur-du Pr.--Coutumes et usages des potiers, boulangers;
brasseurs.--Moulin  l'huile.--Droit sur la vente des
boissons,--Exemptions diverses en 1541.

MOULIN BANAL.--Exemption des _manants de Tourpes_--La _Verte moulte_.

DOYENN DE BURES.--tat des seize paroisses.--Dmembrement au XIIIe
sicle.

PRIEUR.--Visite en 1260.--Les moines rprimands  propos de
matelas.--Emplacement du Prieur.--Procuration de l'archevque.

HOPITAL.--Son antiquit.--Un prieur, trois chanoines et cinq soeurs en
1256.

GLISE.--Description.--Chapelle des ducs de Normandie.--Droits de
chapelle.--Contestations.--Taquineries.--Rparations.--Ngligence.--Le
clocher en ruines.--Sa dmolition dcrte.--Nouveau plan
rejet.--Nouvelles discussions.--Vote d'impts.--Protestation des
habitants de Burette.--Excution des travaux.--Baudribos meurt dans le
clocher.--Rception des travaux.--La foudre tombe sur la
flche.--Dpenses aux couvertures.--Nouvelle
sacristie.--Verrires.--L'anneau du refuge.--Fonts
baptismaux.--Orgues.--Souscription communale.--Inhumations dans
l'glise.--Construction des premiers
bancs.--Chaire.--Spulcre.--Bas-relief de l'_Assomption_.--La
_Reprsentation des morts_.--Les cloches.--Anecdotes.--Les
stalles.--Siges dans la muraille.--Jub.--Ddicace de glise
(1168).--Patrons.--Verrires.--Vin  communier.--Tabernacle:--Offrande
des Gerbes.--Luminaire.--Nomination des trsoriers (1789).--Profanation
de l'glise.--Rorganisation.--Faits divers.--Nouveau calvaire.--Conflit
sur la location des bancs.--Confirmation.--Dnonciation.--Messe en
musique et concert.--Pain bnit de bergre.--Dmission du conseil de
Fabrique.

CURS DE BURES.--Cure en deux portions.--Difficults pour la nomination
des curs.--Liste des cures depuis le XIIIe sicle. Petites notices sur
les derniers curs.

CONFRRIE DE LA CHARIT.--Origine.--Statuts.--Usages.--Rformes en
1621, 1699, 1746, 1772, 1803 et 1836.--Fin de la confrrie.

PLERINAGE D'ORIVAL.--Le voyage.--Les chants.--Origine de cette
procession.--Pestes et pidmies.

ASSOCIATION DE SAINT-PATERNE.--Institution.--Cierge de cent livres.--La
qute.--Liste des trsoriers depuis 1836.--Pain bnit.--Effraction du
tronc.

TRSORIERS DE L'GLISE.--Liste depuis 1836.--Qutes.

TRSORIRES DE LA VIERGE.--Liste depuis 1836.--Qutes.

QUTES.--Dtail.--Total gnral.

MAISON DU CAPITAINE DES MARETS.--Destruction de deux vieilles
maisons.--Description.--Une ide de contrleur.--Belles
chemines.--Cachettes.--Guerres de religion.--Singulire dcouverte.--La
_Motte_.--Conjectures.--Le capitaine des Marets.--Sa maison.--La famille
du Feugueray.--Notice sur Charles des Marets.--Ses faits d'armes.

TOURPES.--Description.--tymologie.--Les familles d'Estres, de Louvois,
de Courtanvaux, de Longmesnil, de Biencourt.--La chapelle.--Gabrielle
d'Estres.--Ses relations avec Henri de Bourbon.--Son
mariage.--Conversion d'Henri IV.--Ses visites  Tourpes.--Ses oeuvres.

BURETTE.--Existait en 1242.--Discussion.--Rdification de
l'glise.--Croix.--Vente de l'glise.

MESNIL-AUX-MOINES.--Dpendait de Bures.--Chapelains.--Le Saint-Esprit
sous forme humaine.--Scandales.

FOLLEMPRISE.--Chapelle.--Religieuses de la _Visitation_.--Ancienne
maison.

PRESBYTRE.--Long chapitre  ne pas lire par ceux qui n'habitent point
Bures ou les environs.--Rponse  ceux qui ont prtendu que l'abb J.-E.
Decorde tait parti _sans motif_.

COLE.--Les coles de village en 1235.--Traitement du matre d'cole en
1780.--Sparation des sexes en 1700.--Trois instituteurs en
exercice.--Construction de l'cole actuelle.--Usages locaux.

STATISTIQUE.--Noms de Heu.--Population.--Maisons.--Bestiaux.--Superficie
du sol.--Terres et Bois.--Routes, chemins, rues et sentes.




[Fin du _Histoire de Bures-en-Bray_ par Jean-Eugne Decorde]
