
* Livre lectronique de Project Gutenberg Canada *

Le prsent livre lectronique est rendu accessible gratuitement
et avec quelques restrictions seulement. Ces restrictions ne
s'appliquent que si [1] vous apportez des modifications au
livre lectronique (et que ces modifications portent sur le
contenu et le sens du texte, pas simplement sur la mise en
page) ou [2] vous employez ce livre lectronique  des fins
commerciales. Si l'une de ces conditions s'applique, veuillez
consulter gutenberg.ca/links/licencefr.html avant de continuer.

Ce texte est dans le domaine public au Canada, mais pourrait
tre couvert par le droit d'auteur dans certains pays. Si vous
ne vivez pas au Canada, renseignez-vous sur les lois concernant
le droit d'auteur. DANS LE CAS O LE LIVRE EST COUVERT
PAR LE DROIT D'AUTEUR DANS VOTRE PAYS, NE LE
TLCHARGEZ PAS ET NE REDISTRIBUEZ PAS CE FICHIER.

Titre: Dictionnaire du patois du pays de Bray
Auteur: Decorde, Jean-Eugne (1811-1881)
Date de la premire publication: 1852
Lieu et date de l'dition utilise comme modle pour
   ce livre lectronique:
   Paris: Derache;
   Paris: V. Didron;
   Rouen: A. Lebrument, 1852 (premire dition)
Date de la premire publication sur Project Gutenberg Canada:
   15 mars 2009
Date de la dernire mise  jour: 15 mars 2009
Livre lectronique de Project Gutenberg Canada no 279

Ce livre lectronique a t cr par:
Gill Martin, Rnald Lvesque, Hugo Voisard, David T. Jones
et l'quipe des correcteurs d'preuves (Canada)
 http://www.pgdpcanada.net,  partir d'images
gnreusement fournies par Google Book Search




                             DICTIONNAIRE

                                  DU

                        PATOIS DU PAYS DE BRAY

                                 PAR

                         L'ABB J.-E, DECORDE,

                            CUR DE BURES,

       _Membre de l'Acadmie des Sciences, Arts et Belles-Lettres
           de Caen, de la Socit des Antiquaires de Normandie,
              de la Socit des Antiquaires de Picardie et de
                   la Socit d'mulation d'Abbeville._



                        Bientt les patois auront compltement disparu;
                        beaucoup de mots employs par les pres ne
                        sont dj plus intelligibles pour les enfants,
                        et l'on doit se hter de les recueillir, si l'on
                        porte quelque intrt aux origines de la langue.
                             (M. E. De Meril, _Dictionnaire du patois
                              normand,_ Introduction, page XXXIV.)


                               Prix: 3 fr.



A PARIS:
Chez | DERACHE, libraire, rue du Bouloi, 7.
     | V. DIDRON, libraire, rue Hautefeuille, 13.

A ROUEN:
Chez A. LEBRUMENT, libraire, quai Napolon, 45.

A NEUCHATEL:
Chez tous les Libraires de la ville.

1852.




INTRODUCTION.


M. Edlestand du Mril termine la remarquable introduction de son savant
_Dictionnaire du Patois Normand_ par ces mots: Nous prions toutes les
personnes qui portent quelque intrt  l'histoire de notre province et
aux origines de la langue franaise de nous fournir les moyens d'lever
 la mmoire de nos anctres un monument qui, moins encore par son sujet
que par la multiplicit des auteurs, appartiendrait  la province
entire: nous ne rclamons pour nous que l'honneur de tenir la plume et
le plaisir de leur adresser nos remercments.

Cet appel nous a t communiqu par un homme auquel nous avons vou la
plus grande estime et la plus vive reconnaissance, pour les conseils et
les encouragements qu'il nous a donns en plus d'une circonstance. Pas
un de ceux qui connaissent M. Auguste Le Prevost ne nous accusera de
flatterie en traant ces lignes; et, quand nous ajouterons que
l'illustre membre de l'Institut de France et de tant de Socits
savantes nous a conseill de rpondre  l'appel de M. du Mril, en ce
qui concerne le pays de Bray, on comprendra notre empressement  nous
mettre  l'oeuvre. Au reste, enfant du pays et ayant pass la plus grande
partie de notre vie au milieu de ses habitants, il nous tait plus
facile qu' beaucoup d'autres de faire connatre le langage, les
croyances et les habitudes de cette contre. Si notre travail est
dfectueux en certains points, il aura au moins le mrite de la vrit;
car nous ne rapporterons pas un seul mot que nous n'ayons entendu
prononcer, pas un seul usage dont nous n'ayons t tmoin.

Le mot BRAY est ordinairement considr comme emprunt  la langue
celtique, et signifie _de la boue_. Mais, tout en reconnaissant que la
nature du terrain de cette contre se prte merveilleusement  cette
tymologie, M. A. Le Prevost fait venir _Brai_ de _bracus_, mot employ
plusieurs fois dans la chronique de Fontenelle comme synonyme de
_valle_[1].

[Note 1: _Anciennes divisions territoriales de la Normandie_, page 15.]

On distingue dans cette contre, qui s'tend depuis Bures jusqu'
Frocourt et Auteuil, prs de Beauvais, le _Bray normand_ et le _Bray
picard_: le premier fait partie de la Seine-Infrieure, le second dpend
de l'Oise. Nous nous occuperons seulement de la division qui se rattache
 la Normandie; et, comme il est pour ainsi dire impossible de fixer des
limites exactes  cette contre si peu explore, nous allons tirer une
grande ligne autour du champ dans lequel nous avons glan les mots dont
se compose notre glossaire: ce sera  peu prs l'tendue de
l'arrondissement de Neufchtel. En partant de Neuf-march, nous
longerons l'Epte jusqu' Gournay, o nous trouverons la route no 8 qui
nous conduira  Formerie: de l, nous irons  Hadancourt et nous
suivrons la Bresle jusqu'au petit village de l'Epinoy, en passant par
Aumale, le Vieux-Rouen, Senarpont et Blangy. Ensuite, nous redescendrons
par Grandcourt, Londinires, Bures, Saint-Saens, Buchy, Bosc-Edeline[2],
Bruquedalle et Morville. Puis, aprs avoir ctoy la fort de Lions,
nous nous retrouverons  Neuf-march, notre point de dpart.

[Note 2: Quoique cette commune fasse partie de l'arrondissement de
Rouen, elle est dsigne, dans un document relatif  la marquise de
Genlis, sous le nom de _Bocqueline-en-Bray_ (_Mmoires de la Socit des
Antiquaires de Normandie_, XVIIIe vol., page 210).]

Le langage est aussi ancien que le monde: en crant les premiers membres
de la grande famille humaine, Dieu a d leur donner une manire de se
communiquer leurs penses, leurs dsirs, leurs volonts. Ce moyen, c'est
le langage. Mais quelle est la langue primitive communique  l'homme?
Perron se montre le patron zl de la langue celtique; Webb plaide
chaudement la cause du chinois; plusieurs auteurs modernes se font les
champions de Goropius-Becanus qui proclame le flamand comme la langue du
paradis terrestre;  ct de ces prtentions, viennent les dfenseurs
des langues semitiques; enfin l'hbreu runit en sa faveur de nombreux
et puissants suffrages. Mais nous n'avons pas le moindre dsir de nous
arrter  cette question qui a tant occup les savants. Nous laissons
les uns soutenir que le langage peut tre une invention graduelle de
l'espce humaine, les autres prtendre que c'est le rsultat ncessaire
et spontan de l'organisation de l'homme. Nous passons  ct de Smith,
qui assure que l'invention du langage a commenc par les substantifs, et
de Herder, qui donne le pas aux interjections. Pour nous, nous voulons
seulement jeter un coup-d'oeil rapide sur les divers langages qui sont
venus tour  tour rgner dans le petit coin de terre qui nous occupe, et
aboutir au patois actuel du pays de Bray; patois qui s'efface de jour en
jour, et dont on ne trouverait bientt plus la moindre trace, si l'on ne
s'empressait de recueillir ce qui en reste: Il est facile de le
prvoir, dit M. du Mril, bientt les patois auront compltement
disparu; beaucoup de mots employs par les pres ne sont dj plus
intelligibles pour les enfants, et l'on doit se hter de les recueillir
si l'on porte quelque intrt aux origines de la langue[3].

[Note 3: _Dictionnaire du Patois normand_, Introduction, page XXXIV.]

Cependant, il ne faudrait pas croire que la diffrence qui existe entre
le langage du savant le patois du paysan soit uniquement une diffrence
d'origine; il faut aussi faire la part du progrs et du temps, La
langue du savant et celle du vulgaire au fond sont identiques,  cette
simple diffrence prs, que la langue parle par le vulgaire  une
poque dtermine est toujours celle que parlait le savant  une poque
antrieure, et que la premire n'a d'autre avantage sur la seconde que
d'tre constamment avec elle de quelques sicles en retard; ainsi le
franais de nos villages est aujourd'hui, sur beaucoup de points, le
franais qui se parlait il y a trois ou quatre cents ans,  la cour mme
de nos rois[4]. Nous aurons plus tard occasion de donner la preuve de
ce que dit ici le savant et laborieux autour auquel nous empruntons ces
paroles.

[Note 4: _Essai sur le langage_, par M. A. Charma, page 171.]

Les Gaulois sont les premiers habitants connus de notre contre: mais,
comme ils ne nous ont point transmis de langue crite, il est impossible
de rien conjecturer sur leur langage. Leurs doctrines religieuses, leurs
lois, leurs annales passaient d'ge en ge par tradition orale, et nous
ne saurions pntrer des secrets qui reposent ensevelis avec eux sous le
tertre o dort leur dpouille mortelle, depuis deux mille ans[5].

[Note 5: On peut consulter, sur les habitudes et usages des Celtes ou
Gaulois, notre _Essai sur le canton de Londinires_, pag. 100-113.]

L'an 51 avant J.-C, Jules Csar devint matre souverain des Gaules,
aprs une lutte qui avait dur dix ans. Il prleva de lourdes
contributions sur les Gaulois, fonda des coles et dclara le latin la
seule langue officielle. Mais, comme le fait observer avec beaucoup de
vrit M. l'abb Corblet, le peuple prouva  Csar qu'on n'obtient pas
aussi facilement l'adoption d'une langue qu'on improvise une victoire;
il introduisit dans le latin des constructions de la langue maternelle;
il confondit arbitrairement tous les cas; il altra les mots par des
constructions bizarres; des terminaisons latines s'allirent  des
radicaux celtiques, des dsinences celtiques s'imposrent  des radicaux
latins, et l'emploi des auxiliaires vint bouleverser l'harmonie des lois
grammaticales[6]. Aussi Quintilien crivait-il, vers la fin du premier
sicle de notre re, qu'il y avait une grande diffrence entre parler
latin et parler grammaticalement, _aliud esse latin, aliud grammatic
loqui_[7]. Au rapport de saint Jrme, la langue latine subissait encore
de grandes modifications au IVe sicle, _latinitas et regionibus
quotidi mutabatur et tempore_[8]. Et saint Augustin nous apprend qu'au
Ve sicle, le latin pur perdait du terrain au profit de la langue
vulgaire qu'on regardait comme plus utile dans les relations habituelles
de la vie, _plerumque loquendi consuetudo vulgaris utilior est
significandis rebus, qum integritas literata_[9].

[Note 6: _Glossaire du Patois picard_, page 65.]

[Note 7: _De Institutione oratori_, lib. I, cap. 6.]

[Note 8: _Epistola ad Galatas_, lib. II, prf.]

[Note 9: _Doctrina christiana_, lib. II.]

Bientt,  ces difficults vinrent s'ajouter de nouveaux lments
contraires  l'uniformit de langue: l'introduction des Francs[10] dans
la Gaule, qui tantt en guerre, tantt en paix avec les Romains,
finirent par devenir les matres,  la fin du Ve sicle. Alors la langue
tudesque apparat; mais elle s'efface insensiblement, et bientt se
forme la langue romane. En reconnaissant que le latin a jou le
principal rle dans la formation de cette langue, dit M. Ph. Le Bas, il
convient de distinguer la langue latine littraire de la langue latine
usuelle.... C'est du latin parl par les masses, que s'est form le
roman[11].

[Note 10: _Frek_, _frak_, _frenk_, _franc_, _vrang_, selon les
diffrents dialectes germaniques, dit Frrel, rpond au mot latin
_ferox_, dont il a tous les sens, favorables et dfavorables: fier,
intrpide, orgueilleux, cruel.]

[Note 11: _Univers pittoresque_, France, tome X, page 41.]

Au milieu de ce mlange de langues, on comprend aisment que la puret
du langage ne pouvait dominer: Alcuin nous apprend qu'il existait, au
VIIIe sicle, une langue lettre qu'on pouvait crire et une langue
illettre qui ne pouvait tre crite, _literata qu scribi potest,
illiterata qu scribi non potest_[12].

Aussi,  partir de 813, voyons-nous plusieurs conciles prescrire aux
vques de prcher en langue vulgaire, afin de pouvoir se faire
comprendre du peuple[13]. Le plus ancien monument de cette langue
vulgaire ou romane d'o s'est form insensiblement notre franais, est
le serment prononc, en 842,  Strasbourg, par Louis-le-Germanique,
frre de Charles-le-Chauve, commenant par ces mots: _Pro Deu amor et
pro Christian poblo et nostro commun salvament_, etc. Pour l'amour de
Dieu et pour le peuple chrtien, et pour notre salut commun[14].

[Note 12: _Opera_, tome II, page 268.]

[Note 13: Le deuxime concile de Reims, canon 15.--Concile de Tours,
canon 17 (_Encyclopdie thologique_, tome XIV, pages 486 et 1035.)]

[Note 14: _Un million de faits_, page 1203.]

En se dcomposant, le latin a produit deux idiomes distincts, dit M. Ph.
Le Bas, deux gracieux dialectes dont les ressources sont grandes: la
langue d'OIL et la langue d'OC. On ramne  trois les principaux
dialectes, de la langue d'OIL, qui sont le _normand_, le _picard_ et le
bourguignon[15]. Les trouvres, potes languedociens, s'exprimaient dans
la langue d'OIL; et les troubadours, potes provenaux, se servaient de
la langue d'oc. La dnomination de ces deux langues vient de ce que
l'affirmation oui se prononait oil au nord de la Loire et oc au midi de
ce fleuve[16]. M. A. Maury nous apprend qu'au XIIe sicle, ces deux
contres taient spares par de vastes chtaigneraies qui formaient
comme une frontire vgtale entre les deux langues[17]. Avant l'an
1000, les formes grammaticales de ces deux idiomes offraient peu de
diffrence: mais,  partir de cette poque, dit M. l'abb Corblet, les
nuances deviennent de plus en plus distinctes, jusqu' ce que, vers le
XIIe sicle, les deux langues firent un divorce complet, en se
partageant la France[18]. Aussi Jean-Luc d'Achery nous dit-il qu'au
XIIe sicle, les moines d'un monastre du Boulonnais souffraient
impatiemment de leur dpendance d'une abbaye du Poitou,  cause de la
diffrence des langues, _propter linguarum dissonantiam_[19].

[Note 15: _Univers pittoresque_, France, tome VI, page 537.]

[Note 16: _Un million de faits_, page 1203.]

[Note 17: _Histoire des grandes forts de la Gaule_, page 280.]

[Note 18: _Glossaire du Patois picard_, page 68.]

[Note 19: _Spicilegium_, tome IX, page 430.]

Nos lecteurs ne seront peut-tre pas fchs de lire ici l'oraison
dominicale dans le langage de cette poque recule: nous l'empruntons 
Charles Batteux, cit par l'abb Pluche[20].

      Sire pere, qui es s ciaus, sanctifiez soit li tuens noms,
      avigne li tuens regnes, soit faite ta volant, si comme ele
      est faite el ciel, si soit ele faite en terre; nostre pain
      de chascun jor nos done hui, et pardone nos meffais, si
      comme nos pardonos  os qui meffait nos ont; sire ne soffre
      pas que nos soions tempt par mauvesse temptation, mais sire
      delivre nos de mal.

[Note 20: _Spectacle de la nature_, tome VII, page 230.]

Le XVe sicle vint oprer la transformation du franais du moyen-ge en
franais moderne; mais le langage ne s'pura qu'au sicle suivant et
n'atteignit la perfection que sous le rgne de Louis XIV. Le XVIe sicle
semble tre le moment d'enfantement du franais actuel; nous en trouvons
la preuve dans les satyres de Vauquelin de la Fresnaye qui crivait dans
la seconde moiti de ce sicle et qui, au milieu des incertitudes et des
fluctuations du langage, prouvait un vritable embarras sur la manire
d'crire correctement;

      Car, depuis quarante ans, desja quatre ou cinq fois,
      La faon a chang de parler en franois.

Cette irrsolution venait de tous les idiomes avec lesquels la nouvelle
langue s'tait trouve en contact; cre par les rapports et le mlange
des patois, la langue commune participe de tous; elle prend  l'un ses
habitudes de prononciation,  l'autre ses tours de phrase; elle conserve
les idiotismes d'un troisime, et comble, en puisant indistinctement
dans tous, les lacunes qui existaient dans les diffrents
vocabulaires... Mais, malgr cette fusion  l'usage de la classe leve
de la socit, presque jamais les patois ne disparaissent entirement;
le peuple auquel ils suffisent les conserve avec obstination, et les
savants sont obligs de les consulter pour connatre les lments
constitutifs de la langue et remonter  la forme primitive des
mots[21]. En effet, comme en fait la remarque M. G. Brunnet, les
patois renferment des mots qui remontent jusqu'au grec et qui furent
imports par des colonies hellnistes; ils en contiennent d'antres qui
restent comme des dbris de la domination romaine; ils en prsentent qui
sont videmment le produit de la cration populaire, mais le fond du
dialecte est tout latin[22].

[Note 21: _Dictionnaire du Patois normand_. Introduction, page III.]

[Note 22: _Encyclopdie du_ XIXe _sicle_, tome XVIII, page 663.]

Ceci nous ramne  notre patois du pays de Bray, dans lequel nous
retrouvons, malgr les nombreuses corruptions qui en masquent la forme
primitive, un assez grand nombre de mots qui se rattachent aux langues
des diffrentes nations qui ont parcouru ou habit cette contre.
C'est ainsi que DIEPPE, ancien nom de la Bthune, est une corruption
de l'islandais _Diup_, profond;--ITOU, du latin _It_, aussi;--RAINE,
du celtique _Ran_, grenouille;--FREULER, du breton _Frel_,
flau;--BISQUER, du saxon _Beiskiar_, rager;--SUPER, de l'anglais _To
sup_;--RIO, de l'espagnol _Rio_;--BRAIES ou BRAGUES, du grec _Brakos_;
etc.


Pour remonter aux radicaux primitifs et saisir les lois qui ont domin
les dveloppements de la langue et lui ont donn de l'ensemble et de
l'harmonie, dirons-nous avec M. du Mril, il faut l'tudier  la source,
dans la bouche mme du peuple... En effet, les patois, soumis dans
chaque localit  des influences diverses qu'aucune raison gnrale ne
neutralise, se grossissent au hasard d'importations trangres et
d'imaginations individuelles; qui ne relvent que du caprice.... Par
exemple, le moineau est appel _Pisli_  Avranches, _Pottin_ 
Coutances, _Friquet_  Bayeux, _Quilleri_ dans l'Orne, et _Moisson_ dans
le pays de Bray[23].

[Note 23: _Dictionnaire du Patois normand_. Introduction, pages LVII,
LVIII et LIX.]

Maintenant abordons notre travail principal, et tchons de donner une
ide gnrale du patois brayon, avant d'en venir au glossaire des mots
que nous avons recueillis. Deux voies s'ouvrent devant nous: l'une que
suivent les savants, l'autre dans laquelle marchent les simples
travailleurs. Cette dernire voie sera la ntre. Nous nous bornerons
donc  constater ce qui est, sans rechercher le _cr_, _quomod_,
_quand_; c'est--dire que nous abandonnerons aux matres de la science
les observations scientifiques et les dcouvertes tymologiques, pour
nous occuper seulement  recueillir des matriaux sur lesquels ils
puissent exercer leur sagacit. Nous suivrons cette recommandation
pleine de vrit: La science tymologique, dit M. Auguste Le Prevost,
est une arme  deux tranchants, qui ne doit pas tre abandonne  des
mains novices. On peut encore la comparer  ces flambeaux qui jettent de
la fume et de l'obscurit sur leur passage, quand ils n'clairent pas.
Elle demande non-seulement la connaissance approfondie et la comparaison
continuelle d'un grand nombre de langues, de dialectes, d'idiotismes,
une facult d'observation et de rapprochement exquise, mais encore
beaucoup de sobrit, de loyaut, de circonspection dans l'exercice de
cette facult; sans quoi on arrive par une pente trs-rapide  faire
venir _affana d'equus_[24]; on se discrdite soi-mme et l'on discrdite
l'une des recherches les plus piquantes et les plus utiles  la
satisfaction de la raison humaine, qui puisse occuper les loisirs d'un
rudit. Nous insistons d'autant plus sur la ncessit d'une grande
rserve  cet gard, que, dbarrass de cette grave responsabilit, le
travail que nous dsirons voir entreprendre dans chaque arrondissement
n'offrira plus qu'une tche facile  chacun de nos collaborateurs[25].

[Note 24: L'tymologie-monstre  laquelle l'auteur fait ici allusion a
donn lieu au quatrain suivant:

      _Affana_ vient _d'equus_ sans doute;
      Mais il faut convenir aussi,
      Qu'en venant de l jusqu'ici,
      Il a bien chang sur la route.]

[Note 25: Ce passage est extrait de la prface d'un ouvrage indit de M.
A. Le Prevost, qui a bien voulu nous donner communication de son
manuscrit.]

Quoiqu'on ne puisse pas dire, selon la rigueur de l'expression, qu'il
existe un code particulier au patois du pays de Bray, il n'en est pas
moins vrai que ce patois est soumis  certaines rgles dont il s'carte
peu. Pour plus de clart, nous allons essayer d'indiquer ces rgles
touchant les lettres, l'article, le nom, l'adjectif, le pronom et le
verbe.

 1er.--DES LETTRES. Le _c_ doux se change assez frquemment en _ch_:
Ex. Les _capuchins_ taient comme _cha_. Il en est de mme de la double
lettre _ss_; on dit _nourichon_ pour _nourrisson_.

Le _ch_ est souvent remplac par le _c_ dur, _qu_ ou _k_: Ex. Un _cat_,
un _quien_, un _kauche-pied_, etc.

L'accent circonflexe se remplace en plusieurs circonstances par l'accent
aigu sur la lettre _e_: Ex. _Tte_, _fte_, _bte_, etc.

Le _tr_ se prononce quelquefois _ter_, comme dans _truie_, qu'on
prononce _teruie_, et _teruite_ pour _truite_.

 II.--DE L'ARTICLE. Selon quelques auteurs, notre article masculin _le_
serait tout simplement la dernire syllabe du mot latin _ille_, et notre
article fminin _la_, la dernire de _illa_. D'autres voient plus
particulirement dans l'article une combinaison du pronom _ille_ et des
prpositions _de_ et _ad_. Quoi qu'il en soit, dans les commencements de
la langue franaise, nous trouvons presque toujours pour articles
simples ou composs les mots _el_, _del_, _al_; ces mots forment encore
la base de l'article dans le patois brayon.

Le, _el_, _l'_.   La, _el_.   Les, _ls_, _l's_.
De, _d'_, _d'l'_. Du, _du_.   De la, _del_, _d'l'_. Des, _ds_, _d's'_.
Au, _au_.         A la, _al_. Aux, __, _ les_.

On trouvera dans le Dictionnaire les diffrences qui existent entre ces
divers articles.

 III.--DU NOM. Certain nombre de noms en _eur_ et en oir changent leur
terminaison en _eux_: Ex. Menteur, tricheur, conteur, mouchoir, battoir,
couloir, etc., se prononcent _menteux_, _tricheux_, _conteux_,
_moucheux_, _batteux_, _couleux_.

Quelques noms en __ font leur singulier en _ai_: Ex. Curiosit fait
_curiositai_, _t_ fait _tai_, etc.

Les noms propres prennent le pluriel; ainsi on dit: les Duvals, les
Dumonts, etc., en parlant des membres de ces familles.

On donne aussi le genre fminin aux noms de famille, en les faisant
prcder de l'article: ex. la durand_e_, la guerard_e_, la boquet_te_,
la cordir_e_, la vasseu_se_, la brianchon_ne_, etc. mais, quand le nom
propre est prcd du prnom, il garde sa terminaison primitive: ex.
rose durand, marie guerard, etc.

Dans le patois brayon, les noms n'ont pas toujours le mme genre que
leurs correspondants franais; en voici de nombreux exemples:


             NOMS QUI CHANGENT DE GENRE DANS LE PATOIS BRAYON.

AGE. Ex.: La jeunesse est _une belle_ ge.
AIR. Ex.: Cette chanson est sur _une vilaine_ air.
AMADOU. Ex.: Ce marchand ne fournit que de _mauvaise_ amadou.
ARGENT. Ex.: Je vous donne _de la belle_ argent.
AS. Ex.: Voil _une vieille_ as qui m'a fait perdre.
AUGURE. Ex.: Cela n'est point d'_une bonne_ augure.
AUTEL. Ex.: Voil _une riche_ autel.
BOL. Ex.: Mettez cette tisane dans _une petite_ bol.
BORNE. Ex.: _Quel gros_ borne!
CANTIQUE. Ex.: Je sais _une belle_ cantique.
CENTIME. Ex.: _Cette_ centime est _toute neuve_.
CIMETIRE. Ex.: Je ne passerais pas la nuit dans _la_ cimetire.
CLAIRE-VOIE. Ex.: Je ferai l _un beau_ claire-voie.
COUDRIER. Ex.: On fait des cercles avec _de la coudre_.
CRAVATE. Ex.: On m'a fait cadeau d'_un beau_ cravate.
EMPLATRE. Ex.: C'est _une_ empltre inutile.
ESCLANDRE. Ex.: Il y a eu _grande_ esclandre.
VANGILE. Ex.: L'vangile de dimanche est _longue_.
EXEMPLE. Ex.: Il nous a donn _une nouvelle_ exemple de douceur.
FROID. Ex.: _La_ froid est bien _gnante_.
GARDE-ROBE. Ex.: Avez-vous _un bon_ garde-robe?
HERBAGE. Ex.: Son herbage est _excellente_.
HIVER. Ex.: L'hiver de 1830 n'a pas t _douce_.
IMAGE. Ex.: Vendez-vous de _beaux_ images?
MANQUE. Ex.: C'est _une_ manque de rflexion.
MARNE. Ex.: Servez-vous de marne _sec_.
MERLE. Ex.: Entendez-vous siffler _la mle_?
MEUBLES. Ex.: Voil de _belles_ meubles.
ORAGE. Ex.: Nous allons avoir _une terrible_ orage.
ORGANE. Ex.: Votre frre a _une belle_ organe.
OUVRAGE. Ex.: Son ouvrage n'est jamais _faite_ en temps.
PARAFE. Ex.: Notre Instituteur fait de _belles_ parafes.
PATRE. Ex.: Placez votre chapeau _au_ patre.
POISON. Ex.: Vous m'apporterez _de la_ poison pour les rats.
RGLISSE. Ex.: Apportez-moi _du_ rglisse.
RHUME. Ex.: J'ai toujours _la_ rhume.
RISQUE. Ex.: A _toute_ risque.
SAULE. Ex.: _La sau_ est un mauvais bois.
TEMPE. Ex.: Il a reu un coup de bton _au_ tempe.
VIPRE. Ex.: J'ai t mordu d'_un_ vipre.

 IV.--DE L'ADJECTIF. Plusieurs adjectifs ne forment pas leur fminin
comme en franais: Ex. Blanc, sec, vieil, fou, malin, frais, font
_blanque_, _sque_, _vieuille_, _flle_, _malinne_, _fraique_. Presque
tous les adjectifs termins en _i_ ont le fminin en _ite_: Ex. Pourri,
guri, font _pourrite_, _gurite_.

Les adjectifs possessifs se rendent ainsi:

Mon, _man_, _min_, _m'n'_.        Ma, _m'_.             Mes, _ms_, _m's'_.
Ton, _tan_, _t'n'_, _tin_, _t'n_. Ta, _t'_.             Tes, _ts_, _t's'_.
Son, _san_, _s'n'_, _sin_, _s'n_. Sa, _s'_.             Ses, _ss_, _s's'_.
Notre, _not'_.                    Notre, _not'_.        Nos, _nos_.
Votre, _vot'_.                    Votre, _vot'_.        Vos, _vos_.
Leur, _leu_, _leut_.              Leur, _leu_, _leut'_. Leurs, _leus_.

Les adjectifs dmonstratifs sont:

Ce, _u_. Cet, _c't'_. Cette, _c't'_, _c'te_. Ces, _cs_, _chs_.

 V. DU PRONOM. Voici les diffrentes formes des pronoms personnels:

Je, _j_', _ej'_. Moi, _mai_, _mi_. Me, _m'_.        Nous, _j'_.
Tu, _tu_.        Toi, _tai_.       Te, _t_.        Vous, _vos_, _os_.
Il, _y_, _il_.   Elle, _al'_, _a_. Ils, _y_, _ils_. Elles, _al'_, _y_.
Lui, _li_.   Leur, _leu_.   Eux, _eux_.   Se, _s'_, leus.  Soi, _sai_.

Les pronoms possessifs n'offrent d'autre diffrence avec le franais que
la suivante: _l' est_ employ pour _le_, et l'on supprime l'accent
circonflexe sur _notre_, _votre_, _notres_, _votres_.

Voici maintenant les pronoms dmonstratifs:

Celui, _le sien_. Celle, _la sienne_, _la celle_. Ceux, _les ceux_, _les
siens_. Celles, _les celles_, _les siennes_.

Celui-ci, _c't'ichite_. Celle-ci, _c't'ichite_. Ceux-ci, _cheux-chite_,
_ceux-chite_. Celles-ci, _cheux-chite_, _ceux-chite_.

Celui-l, _'t'ila_. Celle-l, _'t'la_. Ceux-l, _cheux-la_.
Celles-l, _cheux-la_.

Ce, _cha_. Ceci, _cha_. Cela, _cha_.

Les pronoms relatifs se prononcent de la manire suivante:

Qui, _qui_. Que, _qu'_, _que_. Lequel, _l'queul_. Laquelle, _l'queulle_,
_laqueulle_. Lesquels, _lqueuls_. Lesquelles, _lqueulles_.

Nous ajouterons les pronoms interrogatifs: qui, que, quoi; lesquels se
rendent ordinairement par _qu_.

En parlant de l'interrogation, nous voulons faire une remarque qui ne
trouverait peut-tre point place ailleurs. Dans le pays de Bray, et
gnralement en Normandie, on rpond  certaines questions par la
ngation ou l'affirmation de la proposition oppose. Ainsi,  cette
question: _Fait-il froid aujourd'hui?_ on rpondra: _Il ne fait pas
chaud_, ou _il fait assez chaud_, ou _il fait trs-chaud_.

 VI.--DU VERBE. Afin de donner une ide du systme des conjugaisons,
nous placerons ici quelques temps des verbes auxiliaires AVOIR et TRE.

         AVER.                                  ETE.

                       INDICATIF PRSENT.

J'ai.                           Ej'sis.
T'as.                           T'es.
Il a.                           Il est.
J'avons.                        J'sommes.
Os avez _ou_ vos avez.          Os tes _ou_ vos tes.
Il ont.                         Y sont.

                         IMPARFAIT.

J'avais.                        J'tais _ou_ j'tois.
T'avais.                        T'tais _ou_ t'tois.
Il avait.                       Il tait _ou_ il toit.
J'avions.                       J'tions _ou_ os tions.
Os aviez.                       Os tiez _ou_ vos tiez.
Il avaient _ou_ aviont.         Il taient _ou_ toient _ou_ tiont.

                       SUBJONCTIF PRSENT.

Que j'aie _ou_ que j'uche.      Que j'sais _ou_ que j'suche.
Q't'aies _ou_ que tu uches.     Que tu sais _ou_ que tu suches.
Qu'il ait _ou_ qu'il uche.      Qu'il sait _ou_ qu'il suche.
Qu'j'avions _ou_ qu'j'uchions.  Que j'sayions _ou_ que nous suchions
                                        _ou_ qu'os soyomes.
Qu'os aviez _ou_ qu'os uchiez.  Qu'os sayez _ou_ qu'os suchiez.
Qu'il aient _ou_ qu'il uchent.  Qu'y saient _ou_ qu'ils suchent.

Le patois du pays de Bray offre beaucoup d'irrgularit dans les
conjugaisons; nous en mentionnerons seulement quelques-unes.

Gnralement l'_u_ du pronom _tu_ s'ellipse  la seconde personne du
singulier, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _T'aimes_,
_t'avertis_, _t'as_, _t'entends_.

Le _j'_ remplace ordinairement le pronom _nous_,  la premire personne
du pluriel, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _J'aimons_,
_j'avertissons_, etc. Si le verbe commence par une consonne, le pronom
_nous_ est remplac par le monosyllabe _ej_: Ex. _Ej trouvons_, _ej
prvenons_, etc. Il parat que les courtisans de Henri III regardaient
comme de bon ton de dire: _J'avions_, _j'tions_, _j'allions_; c'tait
alors une manire de parler recherche dans la bonne compagnie, mme 
la cour[26].

[Note 26: _Essai sur le langage_, page 302.--_Glossaire du patois
picard_, page 173.]

Parmi les verbes de la premire conjugaison qui sont irrguliers dans
plusieurs temps, nous mentionnerons le verbe _aller_ qui fait au prsent
du subjonctif: _que j'ouaiche_, _que tu ouaiches_, _qui ouaiche_, _que
j'ouaichions_, _qu'os ouaichiez_, _qui ouaichent_.

Les verbes termins en _ier_ et _uer_ ont ordinairement le prsent du
subjonctif en _che_: Ex. Charrier, ruer, etc., font: _que je carriche_,
_que je ruche_.

Le _r_ terminal de l'infinitif ne se fait point sentir dans les verbes
de la seconde conjugaison; ainsi on dit: _mouri_, _parti_, _r'veni_,
etc., pour _mourir_, _partir_, _revenir_. Plusieurs de ces verbes
forment aussi leur participe pass tout--fait irrgulirement; c'est
ainsi que _soutenir_ fait _soutint_ pour _soutenu_.

Les verbes de la troisime conjugaison changent leur terminaison _oir_
en _er_; par exemple: _Apercevoir, recevoir, mouvoir_, etc., font
_aperchever, r'chever, mouver_, et, au participe pass, _aperchu,
r'chu, mouv_.

Au nombre des verbes de la quatrime conjugaison qui s'loignent du
franais, nous mettrons le verbe _suivre_ qui fait _sieure, je sieus,
j'ai sieus_, etc.

Une rgle qui se rapporte  toutes les conjugaisons consiste dans
l'emploi de la troisime personne au lieu de la premire et de la
seconde, comme dans les phrases suivantes: _C'est moi qui se trompe;
c'est toi qui ira; c'est nous qui a joui; c'est vous qui chantait_, etc.

Nous pensons que ces courtes remarques suffisent pour indiquer  nos
lecteurs les ressemblances et diffrences du patois du pays de Bray avec
les patois des autres provinces, surtout de la Normandie et de la
Picardie. Il nous resterait  citer quelque fragment de cet idiome, afin
d'en faire mieux comprendre le mcanisme; mais nous ne connaissons aucun
monument crit auquel nous puissions avoir recours. Sous ce rapport,
nous sommes aussi pauvres que la Picardie est riche. L, des hommes
d'esprit s'amusent souvent a recueillir les reparties, les boutades, les
saillies populaires, pour en former de plaisants dialogues, de gais
refrains. Ici, rien de semblable; _Ch'est pat  dire que j'soyomes_
(simus) _pus enchifrns q'd'autes, mais j'manquons d'diteux_, disait
dernirement un de nos amis. C'est donc une bonne fortune pour nous que
la rencontre de l'article suivant que nous extrayons d'une rcente
publication[27].

[Note 27: _Almanach du pays de Bray_, pour 1852, page 99 et suiv.]




                        LIBERT, GALIT, FRATERNIT


_Jacques_.--Ah! Boujou, Mousieu _Esprit_...

_Le citoyen Esprit_.--Ne m'appelle donc pas _Monsieur_; ce titre
aristocratique est aboli et remplac par le mot galitaire de _citoyen_.

_Jacques_.--Ah! chest cha; j'comprends pas, mais chest tout d'mme.

_Le citoyen Esprit_.--Tu es si bte!

Jacques.--Ah! par exemple, cha pourrait ben tre vrai; car tout l'monde
me l'dit. Mais en attendant, j'voudrais ben saver qu qu'veulent dire
chs trois mots _Libertai, galitai, Fraternitai_, quo vait tout
partout; o dirait que l'zimprimeux n'peuvent plus rien crire sans mette
chs mots-l.

_Le citoyen Esprit_.--Tu ne comprends pas cela?

_Jacques_.--Ma foi, non.

_Le citoyen Esprit_.--Libert!!! mot divin qui fait battre tous les
coeurs, quand on le prononce...

_Jacques_.--Ah! bah! l'mien des coeurs n'bat pas du tout.

_Le citoyen Esprit_.--C'est une manire de parler.

_Jacques_.--Chest--dire qu'cha n'signifie rien.

_Le citoyen Esprit_.--C'est--dire que tu es un imbcille.

_Jacques_.--Os me l'avez dj dit, _Mousieu citoyen_.

_Le citoyen Esprit_.--Comment pourrais-tu en effet comprendre la
libert, toi qui as t toute ta vie esclave et malheureux.

_Jacques_.--Ma foi, pas core trop.

_Le citoyen Esprit_.--coute, Jacques, et tche de comprendre.

_Jacques_.--J'vo z'coute des yeux et des oreilles.

_Le citoyen Esprit_.--Par le mot libert, on entend que chacun est libre
de faire ce qui lui plat.

_Jacques_.--Tout c'qui li plat?

_Le citoyen Esprit_.--Tout!

_Jacques_.--Absolument tout?

_Le citoyen Esprit._--Oui.

_Jacques._--Y a ti longtemps, cha?

_Le citoyen Esprit._--Depuis le 24 fvrier, l'an 59 de la libert.

_Jacques._--Et moi qui ne l'savait point core! Faut que j'sais rudement
bte!

_Le citoyen Esprit._--Je ne dis pas non.

_Jacques._--Mais, comment qu'man mate n'me l'a pas dit?

_Le citoyen Esprit._--Nigaud, est-ce qu'il n'est pas intress  te
laisser dans l'ignorance?

_Jacques._--Chest vrai! ben asteu, chest ben fini; quand y m'dira
d'batte du blai, j'battrai d'l'aveine; quand y m'dira d'vaner de l'orge,
j'ferai des guerbes; quand y m'dira de monter l'grain au grenier,
j'irai m'mette  table; puis plutot j'li dirai que j'veux te mate
chacun note semaine... Asteu, j'voudrais bien saver quoique chest
qu'l'_galitai_.

_Le citoyen Esprit._--Cela signifie qu'il n'y a aucune diffrence entre
les hommes, et qu'ils sont tous gaux.

_Jacques._--Mais chest pas vrai, cha.

_Le citoyen Esprit._--Comment, ce n'est pas vrai?

_Jacques._--Non! Est-ce que j'sis l'gal de man mate?

_Le citoyen Esprit._--Sans doute.

_Jacques._--Ah! cha mais!... comment s'y prendre? Man mate qu'a six
pouces plus qu'mai.

_Le citoyen Esprit._--On le rognera.

_Jacques._--Par queu bout?

_Le citoyen Esprit._--Par la tte.

_Jacques._--Diable! mais... puis, Nicolas, li qu'est trois pouces plus
p'tit qu'mai; est-ce qu'on me rognera itou par la tte?

_Le citoyen Esprit._--Mon pauvre Jacques, tu ne comprends donc rien;
quand on dit que nous sommes gaux, on veut dire que nous avons tous les
mmes droits et les mmes avantages.

_Jacques._--Chest--dire que j'pourrais mette l'zhabits de man mate,
manger san dinner, monter sur san bidet?

_Le citoyen Esprit._--Certes, tous les biens sont communs.

_Jacques._--Mais les propritaires?

_Le citoyen Esprit._--Il n'y a plus de propritaires: la proprit,
c'est le vol.

_Jacques._--Tiens! je l'aurais jamais cru.... Man mate qui passe pour
si honnte homme dans le pays! Mais y va me renvyer, ptte, quand
j'l'y demanderai l'excution d'l'_galitai_.

_Le citoyen Esprit._--Ne crains rien.

_Jacques._--Pourquoi?

_Le citoyen Esprit._--Parce qu'il ne saurait trouver un autre domestique
aussi bte que toi.

_Jacques._--Chest ben possible... Puis c't _fraternitai_, elle, qu
qu'chest?

_Le citoyen Esprit._--Cela veut dire que nous sommes tous frres.

_Jacques._--Ah! cha, du coup, chest une btise; car, quand ma mre, qui
n'vient plus d'pis qu'al est morte, venait m'ver, a m'embrachait toujou;
puis a disait: _Boujou, man fieu_! Mais a n'embrachait pas man mate; au
contraire, a faisait une rvrence, puis disait: _Boujou, mate Pierre_!
mais a n'y disait jamais: _Boujou man fieu_, ni _boujou man frre_! Cha
fait ben ver qu'a n'tait pas sa soeur et qu'il n'est pas man frre.

_Le citoyen Esprit._--Il ne s'agit ici ni de pre ni de mre.

_Jacques._--Chest vrai, y sont morts tous deux.

_Le citoyen Esprit._--Tu ne comprends pas. Il n'y a plus ni pre ni mre
pour personne; nous sommes tous enfants de la nature.

_Jacques._--De la nature? Connais pas! J'avais toujou cru qu'j'tais
l'fieu d'ma mre qu'est morte, pauve fame.

_Le citoyen Esprit._--Pauvre Jacques! quel dommage qu'on ait paralys
l'action des clubs! je t'aurais fait admettre pour t'initier aux grands
principes....

_Jacques._--Pardon! excuse! _Mousieu citoyen_, mate Pierre m'crie pour
manger la soupe.

_Le citoyen Esprit._--Mais j'aurais un petit service  te demander.

_Jacques._--J pas l'temps; cha sera pour une aute fais.

UN FLANEUR BRAYON.




Nous terminerons cette introduction par quelques proverbes et dictons
populaires, auxquels nous joindrons un court expos des croyances et
usages du pays.

                        PROVERBES ET DICTONS.


Amis comme chiens et chats. Ennemis.

Adroit de sa main comme un cochon de sa queue. Maladroit.

Se laisser manger la laine sur le dos. Trop bon.

La semaine des trois jeudis. Jamais.

Il vaux mieux tuer le diable que le diable vous tue.

Caillou qui roule n'amasse pas mousse.

_Mais que_ les poules pissent. Jamais.

Engendr d'un coq et d'une oie. Sot et malin.

Ouvrir les yeux comme un chat qui c... dans du son. Ouvrir de grands
yeux.

Brouillard en mars, gele en mai.

Laid comme le diable.

Toute la _pouquette_ sent le hareng. Toute la famille a les mmes vices.

En attendant les souliers d'un mort, on va longtemps nu-pieds.

N'y voir que du brouillard. Ne rien comprendre  une chose.

Un coup de langue est pire qu'un coup de lance.

La premire mouche qui le piquera sera un taon. La dernire faute paiera
pour les autres.

Ne pas valoir les quatre fers d'un chien. N'avoir aucune valeur.

N'entendre ni  _hu_, ni  _dia_. N'avoir aucune intelligence.

Brebis qui ble perd sa goule. On ne peut parler et manger en mme
temps.

Au plus fort la _pouque_. En parlant de deux personnes qui se disputent
un objet.

Qui demande un hiver avant Nol, en demande deux.

Faire la _caloge_ du veau avant qu'il soit venu. Former de vains projets
sur un vnement ventuel.

Il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron. Pas de paroles
inutiles.

Aller ou venir pour des prunes. Pour rien.

Si le soleil luit quand il pleut, on dit que le _diable bat sa femme_.

Quand on se sent morveux, on se mouche. En parlant d'une personne qui
prend pour elle-mme un blme donn sans application particulire.

Gratter quelqu'un par o il a _manjure_. Lui proposer une chose qui le
flatte.

Faute de poisson, on mange des moules. Quand on n'a pas ce qu'on dsire,
il faut se contenter de ce qu'on a.

On n'est pas louis d'or. Ou ne plat pas  tout le monde.

Quand on quitte le marchal, il faut payer les vieux fers. Lorsqu'on
change de fournisseur, il faut payer ce qu'on lui doit.

Quitter brler ce qui ne cuit pas pour soi. Ne s'occuper que de ce qui
profite.

Quand il pleut sur l'un, il grle sur l'autre. En parlant de deux
personnes qui ont les mmes intrts.

Rebattre le _feurre_ de ses glanes. Perdre le fil de son discours et
faire des redites.

Il a mis une cheville  son trou. Rponse ou repartie trouve  propos.

Malin comme Gribouille qui se jette  l'eau de peur de se mouiller.

tre de la famille de Riquiqui. tre parent de tout le monde.

S'il y a pondu, il n'y a pas couv. Il n'a pas t longtemps parti.

Vaut mieux faire envie que piti.

Fvrier emplit les fosss, mars les vide.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez.
Mieux vaut conserver un objet avec ses dfauts que de le briser en
cherchant  le rparer.

Ils sont comme saint Roch et son chien. Insparables.

Ton nez branle. Tu mens. Il parat que ce dicton n'est pas neuf et qu'on
disait du temps d'rasme: _Nasus tuus arguit mihi te mentiri_, votre nez
me dit que vous mentez.

On ne peut gure manier de beurre, sans qu'il en reste dans les doigts.
En parlant des rgisseurs et autres qui ne rendent pas fidle compte de
leur administration.

Chaque grain a sa paille. Chacun a ses dfauts.

Manger son pain chaud, boire son cidre doux, brler son bois vert, c'est
mettre la maison au dsert.

Ne point mettre une chose dans l'oreille d'un chat. Donner un avis qui
sera suivi.

Chacun son mtier, les moutons seront bien gards.

Faire de la bouillie pour les chats. Faire une chose inutile ou mal
excute.

Les nourrices auront bon temps, les enfants se jouent. En parlant des
grandes personnes qui s'amusent  des jeux d'enfant.

Heureux comme un coq en pte. Nous pensons qu'il faudrait dire: _Comme
un coq empt_.

C'est comme  la maison du bon Dieu, l'on n'y boit, n'y mange. Allusion
aux personnes qui n'offrent rien  ceux qui font visite; ce qui est rare
dans le pays de Bray.

On a tir  son baptme. Il n'a pas invent la poudre.

On ne tire pas de farine d'un sac  charbon. On n'espre pas de bonnes
actions de la part d'un mchant.

C'est du bois  faire des vielles. Il se ploie de toutes faons. Par
allusion  ceux qui disent oui et non sur la mme question, pour plaire
 l'un et ne pas dplaire  l'autre.

Faire des contes  mourir debout. Impossibilits.

Rien ne dure plus longtemps qu'un pot cass. En parlant de personnes
souffrantes qui vont jusqu' la vieillesse.

Il n'y a pas moyen de _moyenner_. Il faut en convenir.

On vous donne des noix  casser, quand on n'a plus de dents. Faire des
douceurs, quand on ne peut plus en profiter.

C'est lui, en chair et en os, comme saint Amadou. Lui-mme.

Plus malin que lui n'est pas bte.

Sourd comme une _bose_. Trs-sourd.

Aller son petit bonhomme de chemin. Faire ses affaires, sans s'inquiter
du _qu'en dira-t-on_.

Ce n'est pas par l que le pot court. Ce n'est pas l que se trouve le
mal.

Courir comme un poulain dlicot.

tre du ct que le plat _pend_. tre bien plac.

Sec comme du bois.

Les paroles sont des femelles; les crits sont des mles. Les uns sont
plus srs que les autres: _Verba volant, scripta manent_.

Les rouges ( cheveux roux) sont tout bons ou tout mauvais.

Entt comme une mule.

Babiller comme une pie borgne. A tort et  travers.

Ne pas plus bouger qu'un 0 en chiffre.

Noir comme une taupe.

Partir dans le royaume des taupes. Mourir.

Aller  taupes-jouque. Mourir.

Avoir la compagnie d'un pel et trois tondus. Socit sans
considration.

Ne craindre ne Dieu, ne Vierge Marie. N'avoir aucune crainte.

Bte comme un pot. Trs-sot.

Un _quien_ regarde bien un vque. Un infrieur peut regarder son
suprieur.

Pre aux cus. Homme riche.

Avoir les yeux plus grands que le ventre. Gourmand qui ne peut manger
tout ce qu'il a demand.

      Les conseilleux
      Ne sont pas les payeux.

      Faites du bien  un vilain,
      Il vous c... dans la main.

      A la Saint-Romain,
      On prend les mouches  la main.

      A la Saint-Denis,
      Bcasse en tous pays.

      A la Saint-Denis,
      Perdreaux sont perdrix.

      S'il fait beau,
      Prends ton manteau;
      S'il pleut,
      Prends-le, si tu veux.

      Pluie du matin
      N'arrte pas le plerin.

      Jamais le mois d'avril
      Ne s'en va sans pi,
      Et le mois de mai
      Sans pi de _blai_.

      Aujourd'hui saint Thomas,
      Cuis ton pain, lave tes draps,
      Dans trois jours Nol t'auras.

      A la Saint-Luc,
      Ne sme plus, ou sme plus dru.

      A saint Luquet,
      Sme toujours jusqu' ce que tu aies fait.

      Brouillard en decours,
      De la pluie sous trois jours.

      Brouillard en croissant,
      C'est du beau temps.

      A la sainte Cateline, (25 nov.)
      Tout bois prend racine.

      Petits enfants,
      Petits tourments.

      Il ne faut qu'un coup
      Pour tuer un loup.

      Vaut mieux aller au moulin
      Qu'au mdecin.

      Pour filer,
      Faut mouiller.

      Avril le doux,
      Quand il s'y met, c'est le pire de tous.

      Anne de hennetons,
      Anne de grenaison.

      L'hiver n'est pas btard,
      Quand il ne vient pas d'_heure_, il vient tard.

      A la Chandeleur (2 fv.),
      L'hiver finit ou prend vigueur.

      Un essaim du mois de mai
      Vaut une vache du pays de Bray.




                           USAGES ET CROYANCES.


ABEILLES.

Sur le deuil des abeilles, voyez _Mouches  miel_, dans le Dictionnaire.
Les abeilles offrent bien assez d'intrt  l'observateur, sans leur
prter un instinct dont elles ne jouissent point.

On dit que les abeilles qui essaiment le jour du Saint-Sacrement
forment, dans la ruche, un travail en forme d'ostensoir, c'est--dire
que les rayons aboutissent au centre de la ruche, au lieu d'tre
transversaux. Nous ne nions pas ce genre de travail; mais, jusqu'
preuve contraire, nous croyons que tous les essaims qui sortent en ce
jour ne travaillent pas de la mme manire, et qu'on peut observer ce
genre de travail dans les ruches d'essaims sortis en d'autres jours.


CARREAU.

Dans la campagne, les bonnes femmes dsignent sous ce nom tout embarras
gastrique, toute maladie chronique, toute affection maladive dont la
gurison se fait attendre. Dans leur pense, aucun ge n'en est exempt;
nous nous rappelons avoir entendu dire d'une personne octognaire,
qu'elle tait _morte du carriau, parce qu'on ne l'avait pas fait
toucher_. Voyez, dans le Dictionnaire, le mot _Carriau_.


CHARDON (_Jeu du_).

Parfois les moissonneurs laissent un gros chardon debout; ils placent
quelques petits rubans dans ses feuilles; et, au moment de faire scier
la _dernire poigne_, ils prsentent au matre de maison une faucille
dont le manche est orn de _lisets_, en le priant de commencer le jeu,
c'est--dire de se placer  une distance convenable et de lancer la
faucille sur le chardon pour le couper. Ordinairement le cultivateur
place une pice d'argent au pied du chardon; c'est le prix de la
victoire.


CHEVAUX.

Lorsqu'on conduit les chevaux  l'eau, on a l'habitude de siffler pour
les engager  boire. Par un contraste assez singulier, il est aussi
d'usage de siffler pour les engager  p......


CHOUETTES.

Le cri de la chouette, aux environs d'une habitation, est considr
comme un signe de mortalit.


CIERGES.

Si les cierges placs  l'autel brlent mal, quand on fait clbrer la
messe pour un malade, on est persuad qu'il ne gurira pas.


DERNIRE POIGNE (_La_).

Dans les communes o l'on n'offre pas de _glane_ au commencement de la
moisson (voir plus bas), les moissonneurs font scier la _dernire
poigne_. Voyez ce mot dans le Dictionnaire.


EAU BNITE.

Le Samedi saint, en certaines communes, l'instituteur se prsente 
chaque maison de la paroisse, il trempe une branche de buis dans un
petit vase plein d'eau bnite, qu'il porte avec lui, et il asperge
l'habitation. Ensuite, il offre du pain  chanter qu'il a fait bnir, et
reoit des oeufs qu'il vend  son profit. (Voir notre _Essai sur le
canton de Neufchtel_, page 114.)

Quand il pleut le dimanche avant l'eau bnite, on est persuad que c'est
signe qu'il pleuvra pendant toute la semaine.

On prtend que l'enfant qui _trenne_ les fonts, c'est--dire celui qui
est baptis le premier aprs la bndiction des fonts, meurt dans
l'anne.


FLANS (_Les_).

C'est ainsi qu'on dsigne encore, en certaines communes, le jour de la
fte patronale. Ainsi, on dit: _Les Flans de Bures_, pour indiquer la
fte de Saint-Agnan, patron de cette paroisse. Cette habitude vient de
l'ancien usage, encore en vigueur, de prparer des _flans_ ou tartes
pour ce jour.


GLANE (_La_).

Le premier jour de la moisson, on forme une glane d'pis choisis,
artistement disposs et orns de fleurs et de rubans de soie. Les
moissonneurs se runissent en corps pour aller offrir cette glane  la
matresse de maison; celui ou celle qui la prsente dbite un petit
compliment; aprs quoi on arrose la fte avec quelques pots de gros
cidre.


NOEL (_Les douze jours de_).

On prtend que la temprature des _douze jours de Nol_, c'est--dire
des jours qui se trouvent  partir du 25 dcembre jusqu'au 5 janvier,
indique le temps de chacun des douze mois de l'anne suivante. Ainsi, le
temps du 25 dcembre indique le temps qu'il fera en janvier; le temps du
26, celui du mois de fvrier, etc.


RAMEAUX.

Bien des gens sont convaincus que les bls dpriront pendant quarante
jours, s'il pleut le jour des Rameaux.


ROIS.

La veille des Rois, les enfants parcourent les rues avec des lanternes
de papier de diverses couleurs, attaches au bout d'un bton, et crient
de toute leur force:

      _Boujou_ les Rois,
      Jusqu' douze mois!
      _Boujou_ la Reine,
      Jusqu' six s'maines!
      _Boujou_ l'_crapou_,
      Jusqu'au mois d'aot!

Le lendemain, jour des Rois, ils recommencent la mme procession et les
mmes chants, en remplaant le mot _boujou_ par celui d'_adieu_.


SAINT-JEAN (_Feux de_).

En certaines communes, on fait un feu de joie la veille de la fte de
saint Jean-Baptiste. Chaque habitant apporte un bton pour l'entretien
du feu; des danses ont lieu pendant une partie de la nuit, et l'on
n'oublie jamais d'emporter avec soi quelques charbons comme prservatifs
de la foudre et de l'incendie (Voir notre _Essai sur le canton de
Londinires_, page 242). Il nous semble voir l clairement un souvenir
des feux qui signalaient, chez les anciens Slaves, la fte du dieu
Koupalo (24 juin), et autour desquels dansaient hommes, femmes, enfants
et vieillards (_Encyclopdie du_ XIXe _sicle_, vol. XXIV, p.
559). Koupalo tait le dieu des productions de la terre. Avant la
rvolution de 1793, ces sortes de feux avaient lieu mme  Paris: La
veille de Saint-Jean, les chevins faisaient lever, sur la place de
l'Htel-de-Ville, un immense bcher auquel le roi mettait solennellement
le feu. En 1471, Louis XI,  l'exemple de ses prdcesseurs, communiqua
lui-mme la flamme  cet amas de matires combustibles dont l'incendie
clairait toute la ville. Les chroniques contemporaines nous ont
conserv les dtails de cette crmonie.

Au milieu de la place de Grve s'levait un arbre de 90 pieds de
hauteur, hriss de traverses auxquelles on attachait 800 bourres et
300 cotrets; 15 voies de bois et une immense quantit de bottes de
paille en formaient la base. Le tout tait surmont d'un tonneau et
d'une roue. Des guirlandes de fleurs dcoraient ce colossal appareil,
dans lequel il faut voir l'ide premire de nos feux d'artifice
officiels. Des bouquets volumineux taient distribus au roi, aux
personnes de sa suite, aux magistrats et aux notables. Une compagnie
d'archers de la ville, compose de 200 hommes d'armes, maintenaient
l'ordre conjointement avec 100 arbaltriers et 100 arquebusiers. Avant
de mettre le feu, on plaait dans le bcher les clbres doubles ptards
dits de la Saint-Jean, les grosses fuses et tous les produits
pyrotechniques connus  cette poque; on suspendait ensuite  l'arbre un
grand panier renfermant deux douzaines de chats et un renard.

Les registres de comptabilit de l'Htel-de-Ville contiennent, au sujet
de ce dernier article, la mention suivante:

_A Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent
sous parisis pour avoir fourni, durant trois annes, tous les chats
qu'il fallait audit feu, comme de coutume; mmement pour avoir fourni,
il y a un an, o le roi assista, un renard, pour donner plaisir  Sa
Majest, et pour avoir fourni un grand sac de toile o taient lesdits
chats._

Lorsque le feu tait apais, le roi montait  l'Htel-de-Ville, o
l'attendait une somptueuse collation. La foule se prcipitait sur les
dbris du bcher et se disputait les tisons, dont la possession tait un
gage de bonheur et de russite en toutes choses pendant une anne
entire.

Louis XIV n'assista qu'une seule fois  cette crmonie, et Louis XV
refusa de s'y montrer. Le feu de la Saint-Jean ne fut plus alors
considr que comme une tradition populaire, et les vestiges en furent
effacs par l'orage de la Rvolution. (_Journal de Rouen, 18 fvrier
1852._)


SAINT-BENOIT.

Quand il pleut le jour de saint Benoit (11 juillet), on est convaincu
que la pluie durera quarante jours. Il faut peut-tre voir l'explication
de cette croyance dans la lgende du saint. Un jour, tant all visiter
sa soeur, sainte Scholastique, celle-ci voulut le retenir au moment de
partir; mais, comme il se refusait  rester, elle pria Dieu qui suscita
_une si grande tempeste de tonnerre, d'esclairs et de pluye_, que saint
Benoit ne put sortir de la maison (_Fleurs des vies des Saints_, par
Ribadeneira, tome I, page 493, dit. in-4).


SAINT-MARC.

S'il pleut le jour de saint Marc, c'est signe qu'il n'y aura point de
merises. Voici ce qui a pu donner lieu  ce dicton: A cette poque, 25
avril, les merisiers sont en fleurs, et la pluie, si elle se
prolongeait, pourrait les empcher de nouer.


SAINTE-MONIQUE.

La pluie, le jour de sainte Monique, 4 mai, prsage qu'il n'y aura point
de pommes. C'est l'poque de la fleuraison des pommiers.


SAINT-PIERRE (_Feu de_).

On fait aussi des feux la veille de la fte de saint Pierre. Vers le
coucher du soleil, le clerg de la paroisse se rend en procession au
lieu o le bois a t dispos, le prtre y met le feu et prononce une
bndiction; aprs quoi la procession retourne  l'glise. Les habitants
se partagent ensuite les tisons qu'ils conservent dans l'espoir d'tre
prservs des accidents de l'incendie (Voir notre _Essai sur le canton
de Neufchtel_, page 148). Nous trouvons encore, dans cet usage, une
trace des feux nocturnes que les Romains allumaient pour clbrer
certains anniversaires, tels que les Palilies, fte fort ancienne 
laquelle Romulus rattacha la clbration annuelle de la mmoire de la
fondation de Rome. Cette fte, institue en l'honneur de la desse
Pales, se clbrait le 23 avril (_Encyclopdie thologique_, tome XXVIe,
3me des Religions, page 1056).


SAINT-SAUVEUR (_Plrinage de_).

Les plerinages de saint Sauveur ont lieu le jour de la Trinit et
pendant l'octave, et se font  l'intention des animaux malades, surtout
des chevaux. Assez souvent, on _touche_ un morceau de pain  la statue
du Sauveur, et l'on rserve ce pain pour le donner aux bestiaux pendant
leurs maladies. (Voir notre _Essai sur le canton de Blangy_, page 164 et
suiv.)


TABLIER.

Si, en sortant de chez soi, la premire personne qu'on rencontre est une
femme _sans tablier_, on est persuad qu'on prouvera quelque
dsagrment dans la journe. Au reste, les femmes du pays de Bray
sortent rarement sans cette partie de leur toilette.


TARTE (_La_).

Quand les moissonneurs finissant  couper le bl, ils se runissent et
crient  tue-tte: A la tarte!  la tarte!  la tarte! Cet usage vient
de ce que, antrieurement, on avait l'habitude de manger des tartes 
pareil jour. Aujourd'hui on se contente de vider quelques bouteilles 
large panse, et la tarte se mange  la _parcie_ (Voyez ce mot dans le
Dictionnaire).


TERRE-SAINTE.

Si l'on remue la terre sainte, c'est--dire si l'on creuse une tombe le
dimanche, on prtend qu'il mourra une personne pendant la semaine.


TREIZE (_Le nombre_).

Le nombre 13 est gnralement considr comme nfaste. Par exemple, si
treize enfants font leur premire communion le mme jour, on assure
qu'il en mourra un dans la mme anne. Il est plus d'une personne qui ne
voudrait pas tre treizime  table. Mais, en tous cas, ce qui est le
plus  redouter pour celui qui se trouve le treizime en cette
circonstance, c'est, avons lu quelque part, lorsqu'il n'y a  diner que
pour douze.


TRIGLYDOTE (_Le_).

C'est le petit oiseau qu'on appelle improprement _roitelet_; le peuple
le nomme _petite poulette au bon Dieu_, et ne veut pas qu'on le tue. On
prtend que chaque niche se runit dans le nid, la veille des Rois,
avec les pre et mre; aussi se garde-t-on bien de dtruire ce petit
nid, ordinairement plac au bas des couvertures en paille.


VACHERS (_Chanson des_).

Les petits vachers ont l'habitude de s'adresser de loin des espces de
dialogues, qu'ils chantent et terminent toujours par ces mots: _Lariala!
lariala! lariala! lalonlariala!_ Il nous semble reconnatre dans ces
paroles une invitation adresse aux autres gardeurs de vaches: _L! ris
il y a l!... L! allons l! ris il y a l!_ En effet, ces paroles sont
ordinairement le prlude d'une runion dans laquelle on mange des poires
et des pommes; aprs quoi on fait la partie de bilboquet, au milieu des
_ris_ et joyeux discours.

VENDREDI.

On considre gnralement le vendredi comme un jour nfaste, et beaucoup
de personnes ne voudraient pas entreprendre un travail en ce jour.
Serait-ce qu'on regarde ce jour comme malheureux, en mmoire de la mort
de Jsus-Christ?


VENT (_Fianailles et mariage du_).

On dit que le vent _se fiance_ le jour de saint Denis (9 octobre), et
_se marie_ le jour de la Toussaint. On ajoute que, pendant l'hiver
suivant, il souffle souvent du point o il se trouvait le jour de ses
_fianailles_ et de son _mariage_.




                             DICTIONNAIRE
                                 DU
                       PATOIS DU PAYS DE BRAY.

REMARQUES.


Nos lecteurs ne trouveront point dans cette publication les mots devenus
d'un usage gnral; et, quoique l'Acadmie ne leur accorde pas le droit
de naturalisation dans son Dictionnaire, nous avons pens qu'il
suffisait qu'ils fussent admis par les bons lexicographes pour tre
autoris  ne point les classer parmi les mots du patois brayon.

Nous avons cru devoir insrer quelques locutions vicieuses en usage
non-seulement dans le pays de Bray, mais encore dans toute la Normandie.

En rdigeant notre travail, nous avons surtout consult _le Dictionnaire
du patois normand_, par MM. dlstand et Alfred Dumril, Caen, 1849; le
_Glossaire du patois picard_, par M. l'abb Jules Corblet, Amiens, 1851,
et le prcieux manuscrit de M. Auguste Le Prevost, qui a recueilli les
mots du patois des environs de Rouen et de Bernay. Les mots du patois
brayon usits en Basse-Normandie sont indiqus par les initiales B.-N.;
nous indiquons ceux qui sont employs en Picardie par un P, et ceux de
la Haute-Normandie par les lettres H.-N.

Enfin, nous avons, autant que possible, crit le patois brayon comme on
le prononce; mais il existe un grand nombre d'expressions dont la
prononciation ne saurait tre rendue sans altrer profondment le sens
des mots.




                             DICTIONNAIRE
                                  DU
                        PATOIS DU PAYS DE BRAY.


                                   A

A, elle, s'emploie assez gnralement devant une consonne. Ex.: A m'a
dit de partir. P.

A, aux. Ex.: Dites __ charretiers de dteler.

ABAVENT, contrevent, qui _abat_ le vent. B.-N.

ABITER, toucher. Ex.: N'_abitez_ pas l. H.-N.

ABLO, somme qu'il fallait ajouter aux anciennes pices de monnaie pour
complter leur valeur diminue par la circulation. Aux pices de _six
sous_, on ajoutait un sou; aux pices de _douze sous_, deux sous; aux
pices de _vingt-quatre sous_, quatre sous; aux cus de _trois livres_,
cinq sous; aux cus de _six livres_, quatre sous; aux louis de
_vingt-quatre livres_, treize sous, etc.

ABOIRE, aboyer.

ABOLI, abattu, triste. P.

ABOULER, pousser comme une boule, Ex.: _Aboule-moi_ ton argent. P.

ABRE, arbre.

ABRIAS, grand paillasson dont se servent les moissonneurs, et  l'ombre
duquel ils prennent leurs repas.

ABRIER, abriter. Les uns font venir ce mot du vieil allemand
_ad-bi-rihan_, les autres du latin arbor. Nous ferons driver tout
simplement ce mot de _abri_, comme le verbe _abriter_. B.-N., H.-N., P.

ABRUVER, abreuver. P.

ABYMER, gter, salir, dchirer un objet. H.-N., P.

ACANT, ACANT, en compagnie,  ct de. Ex.: J'irai au march _acant_ ou
_acant_ vous. B.-N.

ACANTER, incliner, pencher un vase.

ACCIPER, prendre, recevoir; du latin _accipere_.

ACCORDS, conventions qui prcdent le mariage. Ex.: On fait demain les
_accords_ de Paul et de Julie. B.-N.

ACHEVALER (s'), se mettre  califourchon sur. P.

ACHOP, entt. H.-N.

ACHOPER (s'), s'entter  une chose. P.

ACONNAITRE (se faire). Se faire connatre  une personne. H.-N.

ACONDUIRE (se faire), se faire conduire . H.-N.

ACCOUTUMANCHE, ACCOUTUMANCE, habitude. P.

ACTIONNER, presser. Se dit particulirement du ministre d'un huissier
qui assigne une personne  comparatre devant un juge, un tribunal. P.

ACRE. L'acre se compose de 160 perches,  l'exception de celui de Blangy
qui n'en a que 147. Mais l'on distingue diffrentes espces de perches;
ce qui donne une grande diffrence dans la contenance des divers acres.
Voici ceux qui sont en usage dans le pays de Bray. Saint-Saens: perche
de 18 pieds 4 pouces et de 20 pieds 2 pouces, ce qui donne deux sortes
d'acres dans le mme canton, l'un de 56 ares 73 centiares, et l'autre de
68-66. Gournay: perche de 20 pieds 2 pouces, comme Saint-Saens _en
partie_. Londinires: perche de 21 pieds 1 pouce, de 21 p. 6 p. 1/2 et
de 22 pieds, formant trois sortes d'acres: 1 75 ares 05 centiares; 2
78-35; 3 81-72. Cette dernire mesure est la plus gnrale; elle est en
usage  Argueil, Aumale, La Feuillie, La Fert, Gaillefontaine,
Neufchtel, etc. Bazinval et quelques communes voisines; perche de 23
pieds, donnant  l'acre une mesure de 89 ares 31 centiares. (_Manuel
mtrique_, par P. Priaux, pag. 110 et suiv.)

ACULER, garer. H.-N.

ADIRER, garer.

ADIRER (s'), aller  un lieu voulant aller vers un autre; du latin
_adire_, aller .

ADLAISI, inoccup. Ex.: Voil trois jours qu'il est _adlaisi_. C'est le
_at leisure_ des Anglais,  loisir.

ADOUCHIR, adoucir. P.

AD PATRES (envoyer), donner la mort. P.

ADRCHE, adresse. P.

ADRET, adroit.

ADVINER, deviner. P.

AFFIQUETS, parures de femme. P.

AFFAIRE de (avoir une bonne), avoir une grande quantit de.

AFFAIRE (tre  son), connatre son commerce, le faire avantageusement.
H.-N.

AFFAITEMENT, assaisonnement. H.-N.

AFFAITER, assaisonner. Ex.: Voulez-vous _affaiter_ la salade. H.-N.

AFFLATER, flatter, caresser avec la main. P.

AFFLIG, contrefait, estropi. P.

AFFRIOLER, affriander. P.

AFFOURE, fourrage destin  un repas des vaches ou des moutons. Ex.:
Allez donner une _affoure_ aux vaches. B.-N.

AFFOURER, donner une _affoure_. Ne se dit pas en parlant des chevaux.
B.-N.

AFFUBER, envelopper. Ex.: Cette liqueur m'_affube_ le coeur.

AFFULER (s'), mettre son bonnet. P.

AFFULURE, coiffure de femme. P.

AFFUTIAUX, parures. P. Objets divers ncessaires pour former un tout ou
travailler  un objet. B.-N.

AGA! tiens! vois donc. Selon M. du Mril, vient du saxon _agarder_.
B.-N.

AGACHE, pie. P.

AGACHER, agacer, irriter. Se dit aussi du cri des oiseaux au moment
qu'on enlve leur couve.

AGALTRER, exciter, irriter, Ex.: Si tu _agaltres_ le chien, tu te
feras mordre.

AGE (en), majeur. P.

AGE (homme d'), homme g. P.

AGERS, distribution, places. Ex.: Je connais les _agers_ de la maison.
En Picardie, on dit _eziers_.

AGONIR DE SOTTISES, accabler d'injures. P. B.-N. H.-N.

AGRAPPINS, espce de grappins qu'on s'ajuste aux jambes pour monter aux
arbres et les brancher.

AGRIPPER, prendre en secret. H.-N.

AGRIPPER (s'), s'accrocher. Ex.: En tombant, il s'est _agripp_  une
branche. H.-N.

AGUIGNETTES, trennes du premier jour de l'an. On regarde assez
gnralement ce mot comme une corruption du cri: _au gui l'an neuf!_ que
poussent les enfants, en certaines contres, pour annoncer le nouvel an
et demander des trennes. On croit reconnatre dans cet usage un
souvenir de l'ancienne coutume des Bardes qui annonaient la nouvelle
anne en distribuant le gui sacr coup par les drudes (Voir notre
_Essai sur le canton de Londinires_, page 107).

AHI! Expression qui sert  exciter les animaux  avancer ou  reculer.
B.-N.

AHOQUER, accrocher. B.-N.

AHURI, stupfait, abasourdi. P. H.-N.

AHURIR, frapper d'tonnement. P.

AIAUX, narcisses des prs. P.

AIN, AINE, un, une.

AIR (avoir l'), ressembler. Ex.: Cet homme _a l'air_ de ton pre. H.-N.

AIR (faux), ressemblance lgre. Ex.: Il a un _faux air_ de ton oncle.
H.-N.

AJET, achat.

AJUSTER. Employ comme synonyme de _joindre_, _rassembler_. P.

AL'. Employ pour _ la_. Ex.: Il ira _al_ saint Jean. P.

AL', elle, elles.

ALENCONTRE, contre. P.

ALLER (s'en), se dit d'un liquide qui s'chappe d'un vase en bouillant.
B.-N.

A LES, aux.

ALLEZ! Exclamation d'indiffrence. Ex.: Vous pouvez vous moquer de moi,
_allez!_ je ne me fcherai pas.

ALLONGE, pice de bois qui unit les deux trains d'un chariot. P.

ALLURE (cheval d'), amble. B.-N.

ALLURES, dmarches suspectes.

ALOSER, donner trop d'loges  une personne ou  une chose. Ce mot, qui
tait usit ds le XIe sicle, viendrait-il de _laus_, louange?

ALUMTE, ALLUMELLE, lame de couteau sans manche.

AM',  ma. Ex.: Je chante _am'_ manire. Devant une voyelle, on
mettrait:

AM'N',  ma,  mon. Ex.: Pensez _am'n'_affaire.

A-MAIN (en), outil dont il est ais de se servir. Ex.: Cette faucille
est bien _en a-main_.

AMELETTE, omelette. P. H.-N.

A MME (tre), occup  faire une chose. Ex.: Je suis  mme de faire ma
barbe. H.-N.

A MME (prendre), prendre une portion de quelque chose. Ex.: Prends des
pois _ mme_ du plat... Bois _ mme_ de la bouteille. H.-N.

AMRE, espce de pommes  cidre.

AMTRER, mettre les cailloux par monceaux d'un mtre cube.

A-MI, parmi, au milieu de. Ex.: Il est _-mi_ les champs.

AMI (bon), amant.

AMIGNARDER, caresser.

AMIGNOTER, amadouer, caresser. P.

A-MITAN,  moiti.

AMITOUFLER (s'), s'envelopper la tte et la figure pour se prserver du
froid, Vient probablement du latin _amictus_, couvert. P.

AMITIEUX, caressant.

AMONT, au haut de: Ex.: _Amont_ la cte.

AMONT (vent d'), vent d'en haut, qui lve ou _amonte_ les nuages. H.-N.

AMONTER, monter, gravir une cte. H.-N.

AMOUCHELER, amonceler.

AMOUILLANTE (vache), vache dont la mamelle commence  s'emplir de lait,
et qui ne tardera pas  vler. B.-N.

AMOUROUQUES, camomille des champs. En Picardie et aux environs de
Bayeux, on dit _amourette_; prs de Bernay, c'est _amourioques_. H.-N.

AMUNITION (fusil, pain d'), de munition. H.-N.

AMUSER (s'). Se dit d'un homme qui a des relations coupables avec une
femme. H.-N.

ANDIER, chenet orn d'une hampe et d'un crochet mobile, qui sert 
placer la broche pour faire rtir les volailles ou autres pices.

ANE (oreilles d'), centaure noire. On appelait aussi de ce nom un
bonnet de papier, orn de longues oreilles, que les anciens matres
d'cole plaaient sur la tte des coliers rebelles.

ANGE, espce. Ex.: Donnez-moi de l'_ange_ de vos petits pois.

ANGER DE, fournir. Ex.: _Angez-moi_ d'un bon couteau.

ANGOLAT (chat), angora.

ANICROCHES, entraves.

ANNE, aune.

ANTENOIS (moutons), gs de moins d'un an.

ANTOMI, engourdi. Se dit aussi substantivement d'un squelette humain.

ANNELE. On dsigne sous ce nom chaque vole qu'on sonne pour les
dfunts.

ANNELER, agneler.

ANUIT, aujourd'hui. Mot conserv de l'ancien usage des Celtes qui
comptaient par nuits et non par jours (Voir notre _Essai sur le canton
de Londinires_, p. 106). Les Anglais se servent encore de l'expression
_fortnight_ (contraction de _fourteen nights_, quatorze nuits) pour
signifier quinze jours; ils disent aussi _sennight_ pour indiquer une
semaine ou huit jours. P. H.-N. B.-N.

ANUITER (s'), s'attarder, se laisser surprendre en voyage par la nuit.
P.

APATELLE, nourriture que les oiseaux portent  leurs petits. P.

APATELER, porter l'_aptelle_. P.

APPOIYAS, longues fourches de bois qui servent  soutenir les branches
des pommiers trop chargs de fruits.

APOIYER, appuyer.

A POINT (venir), arriver au moment convenable pour tre utile. P.

APOS (faire), s'ennuyer, regretter. Ex.: Il me fait _aps_ de mon fils
depuis qu'il est au collge.

APOTUME, apostme. P.

APOTUMER, abcder.

APPAREILLER, mettre par couple. P.

APPOLON, sorte de camisole de femme. P.

APPOLER, appuyer, pousser, presser contre.

APPRINS (mal), mal lev.

A QUAND? Locution interrogative. Ex.: _A quand_ notre runion?

ARABE (terre), arable. P.

ARCAIL (fil d'), fil d'archal.

AR! voyez! B.-N.

ARQUE, arte de poisson.

ARQUE DU DOS, pine dorsale.

ARGOT, ergot.

ARIAS, contrarits. Ex.: Il y a eu des _arias_ pour son mariage.

ARIRE (en), en cachette. P.

ARMANA, almanach.

AROUSER, arroser. P.

ARRANGEMENT (personne d'), avec laquelle il est ais de s'arranger.

ARRASER, passer prs de. Ex.: Sa voiture a _arras_ le mur.

ARSOUILLE, fille qui a des habitudes de dbauche et de malpropret. P.
B.-N.

ARTER, arrter. P.

ARUER, lancer, jeter vers quelqu'un. Ex.: _Arue_-moi ton couteau.

AS',  sa. Ex.: J'ai mang _as'_ table; mais devant une voyelle, c'est:

AS'N',  sa,  son. Ex.: Il est parti _as'n'_ ouvrage.

AS-COURANTE, as-courant, jeu de cartes.

ASSASSIN, assassinat. B.-N.

ASSASSINEUX, assassin. P.

ASSAVOIR (faire), faire savoir. P.

ASSITER (s'), s'asseoir.

ASSIR (s'), s'asseoir. P.

ASSOMILLER (s'), s'endormir.

ASSOTER (s'), s'prendre d'amour pour une personne qui ne le mrite pas.
P.

ASSOUFFI, rassasi. P.

ASTEURE,  prsent,  cette heure. P.

ASTICOTER, taquiner, chicaner. P. B.-N.

ASTIQUER. On dit _astiquer_  une porte pour signifier la secouer
longtemps, chercher  l'ouvrir sans pouvoir russir. M. E. du Mril fait
venir ce mot de _staga_, mot islandais qui signifie revenir trop souvent
 la charge. B.-N.

AT',  ta, devant une consonne. Ex.: Il est parti _at'_ maison; devant
une voyelle, on se sert de:

AT'N',  ta,  ton. Ex.: Il a t _at'n'_ cole. P.

ATAME, entamure, premier morceau d'un pain.

ATOUT, coup, blessure. P. H.-N. B.-N.

ATTAQUE, attache. P.

ATTAQUER, attacher. P. Un Picard devait tre pendu, quand on lui proposa
sa grce,  condition d'pouser une femme de mauvaise vie qu'on lui
prsenta. Il allait s'y dcider, quand il s'aperut qu'elle boitait:
_Elle cloke_, dit-il au bourreau, _attake! attake!_ (_Glossaire du
patois picard_, par M. l'abb Corblet, page 329).

ATTELE, temps pendant lequel les chevaux travaillent sans rentrer 
l'curie. P.

ATTELURE, certain nombre de chevaux de trait qui travaillent ensemble.
Ex.: J'ai une belle _attelure_ de six chevaux.

ATTENTIONN, qui a des attentions pour plaire  une personne.

ATTISE (bonne), grande quantit de bois mise au feu. P.

ATTOUCHER, toucher. Ex.: N'_attouchez_ pas l. H.-N.

ATTRAPER (s'), se blesser contre un objet quelconque. H.-N.

ATTRAVER, apporter. Ne se dit que des choses qu'on apporte en certaine
quantit et qui exigent plusieurs courses. Ex.: Vous aurez soin
d'_attraver_ de l'eau pour les moutons et du fourrage pour les chevaux.

ATTUIRE, tutoyer. P.

AUB, aubier.

AUCUNS (d'), quelques-uns.

AUMONDE, aumne. Voici la formule la plus ordinaire des mendiants: _Un'
p'tit' aumonde, si vo plat, pour l'amour du bon Dieu et de la sainte
Vierge._

AUTEUX, aouteron, qui travaille  recueillir la moisson.

AUTE, autre.

AUTOUR DE (tre), tre occup .

AVA, AVAL (veut d'), vent qui rapproche les nuages de la terre, les
prcipite _ad vallem_, et annonce la pluie. H.-N.

AVALLON, gorge de boisson. P.

AVANT, profond. P.

AVANTAGER (s'), se donner des loges.

AVANTEUR, profondeur.

AVEINDRE, atteindre, tirer une chose d'un lieu. P.

AVEINE, avoine.

AVEINERI, champ o l'on a rcolt de l'avoine.

AVENANT, poli, qui a de bonnes manires.

AVENANT ( l'), en proportion.

AVENIR, convenir. Ex.: Il ne lui _avient_ gure de faire le monsieur.
H.-N.

AVENTS (les), les quatre semaines qui prcdent la fte de Nol.

AVER, avoir.

AVEU, avec. P.

AVISER, regarder. Pourquoi me regardez-vous ainsi, disait un jour un
monsieur  un paysan?--Eh! repartit celui-ci, un chien _avise_ bien un
vque. P.

AVOCAT-SOUS-L'ORME, chicaneur, homme qui aime  donner son avis dans les
contestations et les procs. Cette dnomination vient de ce que les
plaids seigneuriaux se tenaient autrefois sous de grands ormes. M.
Lopold Delisle en cite plusieurs exemples, pour le XIIIe et le XIVe
sicle, dans son intressant ouvrage sur l'tat de l'agriculture en
Normandie, au moyen-ge (_Etudes sur la condition de la classe
agricole_, p. 357 et 738).

AVOUER, user. Ex.: Elle m'a avou deux morceaux de savon. H.-N.

AVRONE, aurone.

AYOU? o. H.-N.


                                   B

BABET, lisabeth.

BABINES, lvres. Ex.: Essuie-toi les _babines_. H.-N.

BABOUIN. V. _Babines_. H.-N.

BACHIN, bassin. P.

BACHINET, bassinet, espce de renoncule.

BACHINET (cracher au), donner de l'argent en plusieurs fols pour la
russite d'une affaire ou d'une dpense.

BACHINER, bassiner. _P._

BACHINOIRE, bassinoire.

BACU, petite vole  laquelle on attache les traits de chaque cheval et
qui lui _bac_ le derrire quand il marche.

BADRE, espce de bouillie qu'on place sur une ptisserie commune. Voy.
_Tarte._ P.

BAGAROT, petit garon de ferme charg de menus ouvrages, tels que tirer
la boisson  chaque repas, nettoyer les tables, apporter la nourriture
des bestiaux, etc.

BAGNOLE, petite charrette en mauvais tat. H.-N.

BAGNER, baigner, mouiller. P.

BAGOU, affluence de paroles inutiles, bavardage. P.

BAGUENAUDER, s'amuser  des riens. P.

BAJOUES, chair qui se trouve  ct des mchoires du porc. Se dit aussi,
en mauvaise part, des personnes qui ont les joues grosses et pendantes.

BAILLER, donner. P.

BALANDER (se), se balancer.

BALER, tre charg de, pencher. Ex.: Les pommiers _balent_ de pommes. P.

BALIER, balayer.

BALIETTE, petit balai. P.

BALIURES, balayures.

BALLOTER, ne point offrir d'une marchandise le prix qu'elle vaut
rellement.

BALLOTEUX, qui _ballote_.

BAMBOCHEUX, ivrogne.

BANCAR, flau servant  peser.

BANNETTE, berceau en osier pour les enfants nouveaux ns.

BANS (commander des), faire  l'glise des publications de bans.

BARAGOIN, langage tranger.

BABBOT, place de peu d'tendue, o il y a de l'eau et de la boue.

BARBOT (enfant), qui a la figure sale.

BARBOTER, parler entre ses dents. Se dit aussi d'un enfant qui joue dans
un _barbot_. P.

BARBOUQUET, bouton aux lvres. H.-N.

BARBOUQUET (faire un), remplacer la bride d'un cheval au moyen de sa
longe qu'on lui passe dans la bouche, et dont on lui entoure la mchoire
infrieure.

BARE, barrire.

BARETTE, petite barrire.

BARRAGE, clture faite au moyen de pieux et de longues pices de bois.

BARRURE. Voy. _Barrage_.

BAS D'ESTAMIER, fabricant de bas. On appelait autrefois _bas d'estame_
de gros bas de laine tricots. H.-N.

BASENCUL (homme), de petite taille. H.-N.

BASSET (homme), de petite taille. P.

BASSIRES, cidre qui reste avec la lie au fond des tonneaux. H.-N.

BASSURE, valle. P.

BATACLAN (emporter son), c'est--dire ce qu'on possde. S'entend
ordinairement de celui qui a peu de meubles.

BASTANT, E, personne agile et vigoureuse. Ce mot viendrait-il de _ben
astare_?

BATE! bah! tant pis!

BATISTRE, acte de baptme extrait des registres.

BATTE, seconde pice du flau qui sert  battre le bl. Voy.
_Maintient_.

BATTEMARE, bergeronnette, oiseau qu'on nomme aussi _hoch-queue_ ou
_hoche-cul_,  cause du mouvement continuel de sa queue.

BATTEUX, battoir de _lessiveuse_, batteur de bl.

BATTIRE, aire de grange o l'on bat le grain.

BAVERESSE, bavarde. H.-N.

BAVERETTE, pice carre qui se trouvait au haut du tablier et
s'attachait sur la poitrine avec des pingles. Elle n'est plus en usage.
H.-N. B.-N.

BAVOLETS, rubans et autres enjolivements de la coiffure des femmes.
B.-N.

BAYER, regarder niaisement.

BAYETTE, baguette. H.-N.

BAYOTTE (vache), rouge et blanche.

BBAIS, moutons (terme enfantin).

BBTE, animal, bte (terme enfantin).

BEC (donner un), baiser.

BCACHE, bcasse. P.

BCAR, pou.

BCOT, baiser.

BCOTER, donner des baisers.

BECVCHER, faire des gerbes en mettant des pis des deux bouts, quand
les grains sont courts. En parlant de la misricorde d'une stalle sur
laquelle deux hommes sont reprsents la tte de l'un aux pieds de
l'autre. H. Langlois dit qu'ils sont groups _ bchevet_. (_Stalles de
la cathdrale de Rouen_, page 144).

BDAN (pommes de), espce tardive de pommes  cidre. H.-N.

BEDIRE, mauvais lit; de l'anglais _bed_. B.-N.

BEDON, bdaine, ventre. H.-N.

BEDONNE (s'en donner une), manger avec excs.

BGAS, imbcile.

BGUER, bgayer. P.

BGU, BGUE, personne dont la mchoire infrieure s'avance plus que la
suprieure.

B HASARD, probablement, peut-tre.

BKE! expression dont on se sert pour dtourner les enfants de toucher 
une chose sale. P.

BEL ET BIEN, srieusement.

BELLE HEURE (), trs-tard. P.

BELLENE, contenu d'un banneau.

BELLOT, BELLOTTE, gentil, gentille. P.

BELZAMINE, balsamine.

BENAIS, homme simple.

BNIAU, banneau.

BENELE, ce que contient un banneau. Ex.: Une _benele_ de fumier.

BER, berceau.

BERBIS, brebis. P.

BERCAILLES, moutons maigres et de mauvaise qualit.

BERDAILLER, crier fort et sans raison.

BERDELLES, bretelles. H.-N.

BERLAFE, coupure.

BERLAN, brelan.

BERLANDER, flner, ngliger son travail pour courir par les rues.

BERLINGUER, vaciller en parlant de la vue.

BERLUQUE, petit objet, atome, petit fragment. P.

BERNEUX, petit enfant qui ne connat pas encore les rgles de la
propret.

BERNIQUE! interjection ngative. P. Un cur annonait ainsi  ses
paroissiens la clture de la pque: Mes frres, dimanche prochain nous
chanterons le Te Deum pour ceux qui ont _pqu_; pour ceux qui n'ont
point _pqu_, a fera _bernique_.

BROUETTE, brouette.

BERQUERIE, bergerie.

BERQUIER, berger.

BERS, ridelles d'un chariot.

BSER, se dit des vaches qui courent quand les mouches les importunent
trop.

BSOT, petit oiseau qui clot le dernier de la niche; il est
ordinairement plus petit que les autres. Se dit aussi du dernier enfant
d'une famille.

B SUR, certainement.

BTAS, sot.

BTE (mettre des harengs tte), placer la tte des uns sur la queue des
autres.

BTISES, obscnits.

BTON, bte; jeune veau.

BTONNER, dire des _btises_.

BTOT, bientt.

BIAU, beau. P.

BIAUT, beaut. P.

BIBERON, bec d'un vase. P.

BIBI, petite plate, gratignure, bouton  la peau.

BIDET, BIDETTE, cheval ou jument de selle.

BIVRE, harle. P.

BIGNE, petite bosse  la tte par suite d'un coup ou d'une chute. H.-N.

BILAUDES, gros et longs btons de bois servant  divers usages, tels que
cercles, _barrages_, etc.

BILLARD, boiteux, qui marche la pointe des pieds en dedans.

BISC-EN-COIN (de), de biais, d'un coin  l'autre. B.-N.

BISQUE, mauvaise jument.

BISQUER, tre contrari.

BISSON, buisson.

BISSOSNIRE (faire l'cole), se cacher dans les buissons pour se jouer
et ne point aller  l'cole.

BITAMBOUT (tout de), d'un bout  l'autre.

BITER, toucher.

BLAGUE, hblerie.

BLAGUER, hbler.

BLAGUEUX, qui _blague_.

BLAI, bl.

BLAI (bis), mteil.

BLAIRER, regarder.

BLAIRI, champ o l'on a rcolt du bl.

BLANCS (six), deux sous et demi. Le _blanc_ valait cinq deniers. Ce fut
sous Henri II qu'on fit des pices de six blancs nomms _gros de Nesle_.

BLANC-BEC, jeune homme qui n'a pas encore de barbe.

BLASER, panser une plaie avec un liquide quelconque.

BLQUE (pomme en poire), blette, fruit trop mur,  demi-pourri.

BLIN, mouton mle non chtr. On appelait autrefois les agneaux des
belins. B.-N.

BLINDER, action de jeter des palets pour voir lequel des joueurs sera le
plus prs du but et jouera le premier.

BLINGUER. Voy. _Blinder_.

BLO, pice de bois qu'on place sous une autre pour l'loigner de terre.

BLOQUER, mettre une maonnerie sous les poutres principales d'une
nouvelle construction en bois, en attendant qu'on fasse le reste.

BLOUGUE, boucle.

BLOUGER, boucler.

BLOUSER (se), se tromper ou se mettre dans l'embarras. P.

BLUQUE, Voy. _Berluque_.

BOBOS, sabots (terme enfantin).

BOCHE, bosse. P.

BOCHE (s'en donner une), manger avec excs.

BOCHU, bossu. P.

BOIRE (), cidre. Ex.: Veux-tu du vin, de la bire, etc.?--Non, je veux
_ boire_.

BOIS (couteau de), eustache.

BOISE, gros morceau de bois, poutre. H.-N. P.

BOISETTES, menues branches que les pauvres gens ramassent dans les bois
et forets. On dit en parlant d'un petit feu: C'est un feu d'_prte_, un
tison et deux _boisettes_.

BOISSON, cidre auquel on  ajout de l'eau. H.-N.

BON-JOUR, communion pascale. Ex.: Il fera demain son _bon-jour_. P.

BONNEMENT? est-ce vrai?

BOQUET, pommier qui n'a pas t greff. P.

BOQUILLON, bcheron. P.

BORDILLER, tre prs de. Ex.: Il doit _bordiller_ 60 ans, c'est--dire
avoir prs de 60 ans.

BOS, bois. P.

BOSCO, bossu (mot injurieux). P. B.-N.

BOSSIAU, boisseau, mesure pour les grains. On appelle boisseau rez celui
qu'on emplit jusqu'au bord, et boisseau comble, celui dans lequel on
verse autant de grain qu'il en peut contenir. Cette distinction tait
connue au moyen-ge. Voici les anciens boisseaux en usage dans le pays
de Bray, en prenant pour base le pot d'Arques, qui vaut en litre 1,824;
Argueil, 18 pots 1/25; Aumale, 11; Blangy et Gaillefontaine, 12;
Foucarmont, 11; Gournay et Saint-Saens, 18; Grandcourt, 11;
Neufchtel, 12.

BOTTER. On dit de la boue et surtout de la neige, qu'elle _botte_, quand
elle s'attache  la semelle des chaussures. H.-N.

BOUCAN, bruit, dispute. P.

BOUCAN (chercher, engendrer), susciter une querelle.

BOUCANE, maison de chtive apparence. Ce mot vient de _boucan_, bordel.
C'est  cause de la mauvaise acception de ce dernier mot qu'un cordelier
de Dijon, nomm _Boucan_, changea son nom et se fit appeler Beauchamp.

BOUCANER, quereller. Se dit aussi d'un fumeur qui aspire beaucoup de
fume  la fois.

BOUCAR, bocal, carafe  mettre du cidre ou des fruits  l'eau-de-vie,
tels que cerises, cacis, etc.

BOUCHE (tre sur sa), tre port  la gourmandise.

BOUCHEROT, boucher qui vend de la viande de mauvaise qualit.

BOUCHIE, bouche.

BOUCHIE (manger une), prendre un lger repas.

BOUDINE, totalit de boudin provenant d'un porc.

BOUFFE, accs de rage ou de colre.

BOUFFER, bouder.

BOUFFI (hareng), hareng qui a sjourn peu de temps dans la saumure. P.

BOUFRE! juron. H.-N.

BOUGONNER, gronder entre ses dents.

BOUGRE! juron frquent parmi les gens de la campagne qui ajoutent
souvent le mot sacr. Cette expression vient peut-tre de _bulgarus_, en
conservant  l'_u_ sa prononciation.

BOUGRE (bon, mauvais), comme on dit: Bon diable, bon enfant.

BOUILLON, pluie.

BOUIS (dimanche du), dimanche des Rameaux; ainsi nomm, parce qu'on
porte  la main du _bouis_ bnit.

BOUJOU! bonjour! On emploie aussi ce mot substantivement pour dsigner
la visire d'une casquette.

BOULE, pte renfermant des pommes ou des poires cuites au four.

BOULE (perdre la), radoter, devenir fou.

BOULOCHE. Voy. _Boule_.

BOUQUER. En parlant des abeilles qui se groupent  la _bouque_ de la
ruche, avant d'essaimer.

BOUQUETS, nom gnrique par lequel on dsigne toute espce de fleurs
cultives dans un jardin.

BOUQUET-D'HIVER, bouquet de fausses fleurs. H.-N.

BOURBE, boue.

BOURE, femelle du canard. H.-N. B.-N.

BOURIQUE, ne. H.-N.

BOURILLER, faire des boures.

BOUROTER (se), marcher lentement comme une _boure_. H.-N.

BOURSICOT, bourse. P.

BOUSA, BOUSE, BOUSE, Excrments de la vache.

BOUSIN, grand bruit, tapage. P.

BOUSTIFAILLE, bonne chre. P.

BOUT DE CHAMP ( tout bout de), a chaque instant. P.

BOUT D'HOMME, petit homme. P.

BOUT EN BOUT (tout de), entirement. P.

BOUT-RABATTU, croupe, toit qui se prolonge au-del du btiment, sans
support partant du sol. H.-N.

BOUTER, mettre, B.-N. P.

BOYERS, boues des rues.

BRACHE, brasse. P.

BRACHIE, brasse. Comme on le voit, le mot patois se rapproche davantage
de son origine, _brachium_.

BRADER, vendre  trop bas prix. P.

BRAIES, culottes. P. B.-N.

BRAILLER, s'habiller avec prtention, porter des vtements au-dessus de
son tat de fortune.

BRANDI (tout), tout entier.

BRANDILLER, remuer de ct et d'autre.

BRANLER, remuer. H.-N.

BRANNER, branler, remuer.

BRANQUE, branche. P.

BRAQUE (personne), vive et irrflchie. P. B.-N.

BRASSER, faire, agir. Se prend souvent en mauvaise part. P.

BRAVE, bon, probe. S'emploie aussi comme synonyme de _endimanch_.

BRLE, mlange d'orge et d'avoine qu'en sme au printemps. P.

BRLES, Voy. _Braies_.

BRQUE, ouverture. P.

BRQUE-DENTS, personne  laquelle il manque des dents. B.-N.

BREUILLES, intestins d'animal. H.-N.

BRICOLE, espce de licou qu'on met aux vaches pour les empcher de
brouter les arbres.

BRICOLER, aller de ct et d'autre; entreprendre plusieurs ouvrages et
n'en finir aucun.

BRIRES, bruyres, H.-N.

BRIMBALLER, sonner les cloches sans got et sans mesure.

BRIMBORIONS, bagatelles, petits morceaux du rubans, soieries, etc.

BRIN, pas du tout. Ex.: Il n'a _brin_ d'esprit.

BRINCHE, brins de bouleau dont on fait des balais.

BRINGAND, brigand.

BRINOTER, manger peu et sans faim.

BRIOCHE (manger de la), vendre  des conditions moins avantageuses que
celles qu'on avait d'abord refuses. H.-N.

BRIT, bruit.

BRONGNES, ttins de truie.

BROQUE-A-Z'YEUX (ne voir), tre dans une obscurit complte. H.-N.

BROSQUINS, brodequins.

BROSSE (a fait), c'est une esprance due. B.-N. P.

BROSSEE, rosse.

BROSSER, donner une _brosse_. P.

BROU, guy. H.-N.

BROUACHINAGE, bruine, pluie fine.

BROUACHINER, bruiner.

BROUAS (enfant), qui a la figure sale.

BROUEE, cume, mousse.

BROUER, mousser.

BROUET, pidmie. Ex.: Les enfants sont malades; _c'est un brouet qui
court_.

BROUILLARDER, bruiner.

BROUIR, aller trop vite. H.-N.

BROUSTILLES, menu bois qu'on recueille dans les forts. Un acte de 1330
parle d'une terre _o il croist des bissons et brostilles_ (_tudes sur
la condition, etc._, par M. L. Delisle, page 278).

BRU, nouvelle marie.

BRUCHER, broncher. H.-N.

BRULE-FER, mauvais forgeron.

BRULE-GUEULE, pipe dont le chalumeau est trs-court.

BRUMAN, nouveau mari, homme de la bru. B.-N. En anglais, _man_,
signifie homme.

BU (homme), ivre. B.-N. P.

BUE, vapeur qui s'chappe d'un liquide en bullition.

BUETTE, petite ouverture dans une muraille on une couverture.

BUHOT, corne de boeuf que les faucheurs placent  leur ceinture et dans
laquelle ils mettent du grs cras, de l'eau et la pierre  affiler. Il
n'est plus gure en usage.

BUQUER, frapper. Un jour deux enfants rpondaient  une basse messe.
Aprs le _Domine, non sum dignus_, au moment o les servants
prsentaient dj chacun sa burette au clbrant, une personne se
prsente pour communier. L'un des enfants donne le voile de communion,
et l'autre prend une burette de chaque main et se met  dire le
_Confiteor_. Mais, arriv au _me culp_, un embarras se prsente:
comment se frapper la poitrine? Alors, ouvrant les bras et avanant le
ventre vers son camarade: _Buque su m'panche!_ lui dit-il, _buque su
m'panche!_

BUQUETTE, courte-paille. P.

BUTIN, mobilier de peu d'importance. H.-N.

BUTTE, bouchon qui sert  un jeu qu'on appelle _la butte_. Ou dit aussi
_jouer au bouchon_.

BUTTE, argent plac sur la _butte_.

BUVABLE, potable.


                                   C

CABAS, meuble grossier et de grande dimension. Ex.: Que ferez-vous de ce
_cabas_ de buffet? B.-N.

CABEUIL, crasse produite par la graisse et l'huile qu'on met entre
l'essieu et la roue d'une voiture.

CABOCHARD, entt. H.-N.

CABOCHE, tte dure. H.-N. P.

CABROUET, espce de petite charrette sans ridelles.

CACA (faire), du latin _cacare_.

CACHARD (cheval), paresseux. B.-N.

CACHE, CHASSE, bout de ficelle qu'on met  l'extrmit du fouet et qui
sert  le faire claquer.

CACHE (vache en), vache en chaleur.

CACHE-MONNE, garon meunier qui parcourt les villages pour recueillir
les _monnes_.

CACHE-MOUTE. V. _Cache-monne_.

CACHER, CHASSER, faire marcher un animal devant soi,  coups de fouet ou
de bton.

CACHES (n'tre pas au bout de ses), avoir encore beaucoup  faire ou 
souffrir. P.

CACHEUX, chasseur. _Cache-moute._

CACHOIRE (coup de), dernier verre de liqueur qu'on offre  ses convives
au moment o ils partent.

CADESSIME, catchisme.

CADET, homme sans gne et sans peur.

CADRER, s'entendre bien avec une personne, tre en rapport comme le
cadre et la gravure. Ex.: Ces deux hommes _cadrent_ bien ensemble.

CAFIGNONS, corne qui termine les pieds des vaches, chvres, porcs, etc.

CAFOURET, petit appartement sale, dans un grenier ou ailleurs. H.-N.

CAFUTER, loigner, renvoyer, chasser un animal.

CAGE (mettre en), mettre en prison.

CAGNE (vache), de couleur gris-clair.

CAGNOLE, tte; espce de _carcan_ pour les jeunes porcs.

CAHOTS, secousses que les voitures prouvent dans les chemins raboteux.

CAHOTTEMENT, cahotage.

CAHOUETTE, petite corneille.

CAHUTTE, mauvais logement, taudis. P.

CAILLARD, caille trop jeune pour tre tue.

CAILLE (vache). V. _Cagne_.

CAINE, chane. P.

CAIRE, chaise.

CALBOTER (faire), laisser bouillir le lait jusqu' ce qu'il soit caill.

CAL (bien), habill richement et avec got. B.-N.

CALE, porte d'une chienne, d'une chatte, etc.

CALEMANDE, ancienne toffe qui servait  faire des jupes; la chane
tait de laine et la trame de fil. H.-N.

CALENGER, marchander. B.-N. P.

CALER. Se dit d'une chatte qui fait ses petits; on le dit aussi des
lapins, des chiens, etc. D'aprs M. A. de Poilly, ce mot viendrait du
grec _kali_, un nid. P.

CALER BAS, cder, fuir. P.

CALEUSER, se livrer  la paresse.

CALEUSET, paresse.

CALEUX, paresseux. Selon M. A. Le Prevost, ce mot provient de ce que les
personnes indolentes tant sdentaires, finissent par avoir les fesses
caleuses comme les singes. H. N.

CALIBERDAS (faire un), tomber avec grand bruit.

CALIVRE, genevrier.

CALIMACHON, limace.

CALIMACHON-A-HOTTE, limaon  coquille.

CALIN, lieu o les vaches _calinent_.

CALINE, chaleur touffante  l'approche de l'orage.

CALINER. Se dit des animaux qui se reposent  l'ombre dans les grandes
chaleurs; vient de _calor_.

CALIPETTE, petit bonnet rond que les femmes mettent le matin et la nuit.
P.

CALIT, mauvais lit qui se place dans les curies et les tables pour les
domestiques. Ce mot nous parat signifier _lit  cats_, en ce sens que
les chats vont souvent s'y coucher pendant le jour. P.

CALOGE, loge  chien.

CALOTTE, soufflet.

CALOTTES (donner une paire de), souffleter sur les deux joues.

CAMAILLER (se). Se dit des enfants qui se culbutent en jouant.

CAMPAGNE, plaine.

CAMPE (personne bien), d'une belle taille et qui se tient bien. H.-N.

CAMPS, champs.

CANCHELER, chanceler. P.

CANCHON, chanson, espce de ptisserie; pte qui renferme des pommes
haches.

CANEON, caleon. P.

CANEVIS, chenevis.

CANICHE. Voy. _Caloge_.

CANNE, cruche dans laquelle on tire du cidre pour le repas. En anglais,
_can_.

CANNE, ce que peut contenir une _canne_. B.-N.

CANNER, pleurer fort. Vient peut-tre de ce que l'enfant, en pleurant
ainsi, imite un peu le cri du canard ou celui du chien, _canis_, qui
hurle.

CANNETTE, petite _canne_.

CANT (de), de cot, inclin. Voy. _Acant_. B.-N.

CANTINETTE, criocre; espce de caloptre qu'on trouve frquemment sur
les feuilles du lis, auquel les savants ont donn l'pithte
_merdigera_, afin d'indiquer que ce petit chanteur, qui amuse tant les
enfants, fut d'abord un vers envelopp de ses excrments; prcaution de
la nature, sans laquelle la larve du pauvre insecte ft devenue la proie
des oiseaux. Ce mot semble venir de _cantitare_, chanter souvent, ou de
_cantilena_, chansonnette.

CANVERSER, renverser en partie. Ex.: Prends garde de faire _canverser_
le plat. H.-N.

CANVRE, chanvre.

CAPET, chapeau. Dernirement un bon paysan prenait place dans un des
wagons du chemin de fer de Dieppe  Rouen. Au moment o la locomotive
commenait  s'branler, notre homme mit la tte  la portire pour dire
un dernier adieu  la personne qui l'avait accompagn. _Hais!
charretier! charretier! arrtez donc!_ s'cria-t-il tout--coup; _man
capet, man capet que l'vent vient d'm'enlever.... Et b.... n'arrtera
pas, va!_ En effet, le charretier n'arrta pas, et le paysan dut
continuer son voyage sans _capet_.

CAPITAINE-J'ORDONNE. Sobriquet qu'on donne  un matre ou contre-matre
qui s'enorgueillit de son autorit. Le premier qui le porta fut le
vice-amiral Lhermite, de Caen, au moment o il commandait la frgate de
l'amiral Villarez-Joyeuse,  la mmorable action connue dans la marine
sous le nom de _Grand-Combat_, et livre le 1er juin 1793. Diffrentes
circonstances ayant rapport aux ordres qu'il fut oblig de transmettre,
lui valurent le surnom assez burlesque de _Capitaine-j'Ordonne_ (_Revue
de Rouen_, t. IV, p. 92).

CAPOT ou CAPOTE, espce de mante de camelot,  l'usage des femmes. On ne
la porte presque plus.

CAPUCHIN, capucin. P.

CAPPE, cuiret qui retient la _batte_ et le _maintient_ du _flais_. Jean
de Garlande mentionne ainsi les parties du flau: _Flagellorum partes
sunt manutentum, virga et cappa_ (_Dictionnaire_, no xlvj, p. 598).

CARAS, bergers. Ainsi dnomms parce qu'ils ont longtemps conserv la
rputation de sorciers, _caragi_. B.-N.

CARBON, charbon; du latin _carbo_. P.

CARBONNIER, charbonnier. P.

CARCAILLOT, appeau pour appeler les cailles.

CARCAN, appareil en bois qu'on met au cou des cochons pour les empcher
de passer  travers les haies.

CARDON, chardon. Ce mot se rapproche plus que le mot franais de son
origine, _cardo_. P.

CARE, charre. P.

CARSI, poires  brasser.

CARRETTE, charrette.

CARIAGE, charrol.

CARNAGE, charogne. Ce mot s'emploie aussi en mauvaise part. Ex.:
Va-t-en, vieux _carnage_!

CARON, charron.

CARONGNE. V. _Carnage_. P.

CARPENTER, charpenter. P.

CARPENTIER, charpentier.

CARPIE, charpie. P.

CARPLEUSE, chenille. Vient du latin _carnis pilosa_, chair velue; en
anglais, _caterpilar_. B.-N.

CARRE, coin, angle saillant d'une table ou autre meuble. Ce mot devrait
peut-tre s'crire quarre, pour _quarne_, de _quaternus_; c'est l'un des
quatre angles d'une carr qu'on appelle en franais _carne_.

CARRIAGE (chemin de), chemin o l'on passe en voiture.

CARRIAU, carreau de vitre; espace carre o l'on plante des lgumes;
maladie des enfants, dont quelques personnes prtendent gurir le malade
en lui posant la main sur l'estomac. Ceux qui se livrent  cette
pratique, dans le pays de Bray, se disent descendre de la famille de
saint Martin. Aussi, chaque fois qu'on fait _toucher_ un enfant, ne
manque-t-on jamais de faire dire  son intention une messe en l'honneur
de saint Martin, de Tours (Voir notre _Essai sur le canton de
Neufchtel_, page 7).

CARTRIE. Voy. _Chartrie_.

CARIER, charrier.

CARIER, grosse toile sur laquelle on place les cendres pour la lessive.

CARTI, corps d'un chariot ou d'une charrette sans ridelles. P.

CARTIER (faire), diriger les chevaux de manire  ce que les roues de la
voiture ne suivent pas les ornires.

CARTRIE, lieu o l'on rentre les charrettes et autres voitures pour les
mettre  l'abri de la pluie. P.

CARUE, charrue. P.

CAS, chaud, chaleur.

CAS QUE (en), au cas que, si.

CASAQUIN, camisole sans manches.

CASSE, espce de caisse dans laquelle les domestiques placent leur linge
et leurs vtements.

CASSENOIX, nom gnralement donn  la sistelle.

CASSETTE, ustensile en bois qui sert  retenir la crme dans les
terrines, tandis qu'on laisse couler le petit lait.

CASSINE, petite maison ancienne et incommode. P.

CASSIS, foss pratiqu pour l'coulement des eaux pluviales.

CASSISSIER, arbrisseau qui produit le cacis.

CASTEROLLE, casserole. H.-N. P.

CASTILLE, querelle, dispute. B.-N. P.

CAT, chat. Ce nom s'crit ainsi dans plusieurs langues. P.

CATAIGNE, chtaigne. P.

CATAINIER, chtaignier.

CATAPLASSE, cataplasme. H.-N.

CATAU, fille de mauvaise vie.

CATCHISSE, catchisme.

CATET (aller au), aller  Neufchtel.

CAT-HOUANT, chat-huant.

CATOUILLER, chatouiller.

CATREUX, mauvais couteau, homme qui chtre les porcs.

CAUCHE-PIED, chausse-pied.

CAUCHER, chausser. P.

CAUCHES, chausses, bas. P.

CAUCHONS, chaussons. P.

CAUCHURES, chaussures. P.

CAUD, chaud. P.

CAUDET, un peu chaud, tide.

CAUDIER, Voy. _Lessive_.

CAUDIRE, chaudire. P.

CAUDRON (jeu de), Collin-Maillard.

CAUDRONNE, ce que peut contenir une chaudire.

CAUFFER, chauffer. P.

CAUFOURNIER, chaufournier.

CAUSETTE, causerie familire. P. H.-N.

CAVE, chemin creux. P. H.-N.

CAYEU, moules. Ainsi nommes, parce qu'on en tire de trs-bonnes du pays
qui porte ce nom (Somme).

CLBRALE (fivre), fivre crbrale.

CELLE FIN (), afin que.

CELLES (les), celles.

CENSMENT, pour ainsi dire.

CENTAURE (voix de), voix de Stentor.

CENTINE, centime.

CERNE, cercle. Ce mot est surtout employ pour indiquer le cercle form
autour de la lune dans les temps brumeux. H.-N.

CERTAIN (un), assez grand. Ex.: C'est un homme d'_un certain_ ge. H.-N.

CERTIFIS, salsifis. H.-N.

CS, ces.

CEUX (les), ceux.

CEUX-CHITE, ceux-ci, celles-ci.

CHA, a, ce, ceci, cela.

CHABOT, sabot. P.

CHABOTER, faire du bruit en marchant comme si l'on avait des sabots. P.

CHABOTIER, sabotier.

CHABOULER, pousser rudement. H.-N.

CHACHAS, merle lytorne.

CHACUN (un), chacun.

CHA DPEND, peut-tre.

CHAIRCUITIER, charcutier. Le mot patois se rapproche plus de la
signification tymologique: marchand de _chair cuite_.

CHAMBE, chambre.

CHAMPART (bl), froment ml d'un peu de seigle.

CHAMPIGNON, pomme  cidre, tardive, trs-bonne. Lui aurait-on donn ce
nom parce qu'elle donne un excellent cidre, mousseux comme le vin de
Champagne?

CHANGLE, sangle.

CHANGL (tre), perdre beaucoup au jeu.

CHANPLEURE et CHANPLURE, robinet, et non chantepleure, dans le sens
attach  ce mot.

CHANTIAU, chanteau, morceau de pain bnit qu'on offre  celui qui doit
le rendre  sa paroisse le dimanche suivant. En Picardie, on nomme
_cantieu_ un morceau de gteau qu'une nouvelle marie envoie  celle des
jeunes filles du village qu'elle croit devoir se marier la premire
aprs elle (_Glos__saire du patios picard_, par M. l'abb Corblet).

CHAPIAU, chapeau.

CHARLOT, Charles.

CHARTRIE, lieu o l'on place les charrettes et autres instruments
aratoires.

CHATIAU, chteau.

CHAUFETTE, chaufferette.

CHAVATE, savate. P.

CHAVETIER, savetier. P.

CH, chair.

CHEIGNEUX, tablier de femme. Du latin _cingere_, ceindre.

CHLER, celer, cacher. P.

CHLIER, cellier.

CHENELLES, fruits de l'pine blanche. H.-N. Les dictionnaires donnent le
nom de _cenelle_ au fruit du houx.

CHENU (du), quelque chose de trs-bon ou trs-beau. P.

CHERCHER SON PAIN, mendier. H.-N.

CHERFEUIL, cerfeuil. P.

CHERFOUIR, cerfouir.

CHERVIAU, cerveau.

CHS, ces.

CH'EST, c'est.

CH'EST SELON, peut-tre, ce n'est pas certain.

CHEUX, chez, ceux. P.

CHEUX-CHITE, ceux-ci, celles-ci.

CHEUX-L, ceux-l, celles-l.

CHEVILLE, mesure de 12 pouces cubes, qui sert pour les bols de
charpente. V. _Marque_.

CHIBOT, ognon dont les tiges sont encore vertes.

CHIBOULER, marcher sans prcaution et renverser ce qu'on trouve sur son
passage. En parlant d'un homme ivre, on dit aussi de sa dmarche qu'il
se _chiboule_.

CHICON, gros morceau de pain. P.

CHICOTER, marchander, importuner.

CHICOTIN, blague ou petit sac de peau, en forme de valise, dans lequel
les fumeurs placent leur tabac.

CHIEN DE TERRE, larve du hanneton.

CHIFFONNER L'ESPRIT, inquiter, contrarier.

CHIGNOLE, dvidoir.

CHIGNON, cheveux naturels et souvent postiches que les femmes font
bouffer entre les deux ailes de leur _pierrot_.

CHIMETIRE, cimetire.

CHINGE, singe.

CHINQ, cinq. P.

CHINQUANTE, cinquante.

CHION, petite branche dont on se sert pour faire avancer les animaux ou
corriger les enfants. P.

CHIONNER, frapper avec un _chion_. P.

CHIPOTER, chicaner en marchandant. P.

CHIPOTEUX, qui _chipote_. P.

CHIPOTIER, Voyez _Chipoteux_. P.

CHIPPER, pousser en cpe.

CHIQUE, gros morceau de pain ou de viande.

CHIQUER, manger beaucoup.

CHIQUET. Voy. _Chique_. Ces deux mots ont un grand rapport avec le verbe
_dchiqueter_, faire des _chiquets_.

CHIRE, cire. P.

CHIRE-POIX, _poix_ qui sert aux cordonniers  cirer leur fil.

CHIROT, sirop.

CHIROTER (faire), faire bouillir jusqu' consistance de sirop.

CHIROTEUX, liquide pais comme du sirop.

CHITE, ici.

CHITRON, citron. P.

CHITROUILLE, citrouille. P.

CHIVIRE, civire. P.

CHOCHONNER. Se dit de deux petits cultivateurs qui runissent leurs
chevaux pour cultiver leurs terres. H.-N.

CHOMER, manquer de. H.-N.

CHOPEINE, chopine, mesure qui contient un peu moins d'un litre. P. V.
_Pot_ et _Velte_.

CHOPER, heurter un caillou ou autre obstacle en marchant.

CHOQUER, trinquer, heurter les verres. B.-N.

CHORBER, broncher. Voy. _Choper_.

CHOU! CHOU! cri par lequel on chasse les poules et autres volailles.

CHOULE, fte populaire qui se tient, pendant le carme, dans les
communes rurales; on y vend des noix, des gteaux, du pain d'pice, etc.
Ce nom vient d'un ancien jeu auquel on se livrait le jour du mardi-gras,
et qui consistait  s'emparer d'une balle, _la choule_, pour l'emporter
 un endroit convenu (_Dictionnaire du patois normand_, par M. M. du
Mril, au mot Soule). Le jeu de la _choule_, qu'on appelle aussi
_chole_, _cheole_, _sole_, _soule_, etc., est encore en usage dans
quelques localits de la Somme et du Pas-de-Calais. C'est, dit M.
l'abb Corblet, une espce de ballon rempli de son qu'on place sur la
limite de deux villages, et que les habitants des deux communes poussent
 coups de pied. La victoire appartient  ceux qui parviennent  le
garder sur leur territoire (_Glossaire du patois picard_, au mot
Chole). Ce jeu tait fort en vogue au XIIIe sicle et se terminait
ordinairement par un banquet. Mais, comme ce banquet tait assez souvent
la cause de graves accidents, il fut interdit, en 1369, par Charles V.
Selon les uns, le mot _choule_ ou _soule_ driverait du celtique
_hehaul_, soleil; selon les autres, il viendrait de l'islandais _sull_,
mle. Comme  Valogne, on donne  ce jeu le nom de _savatte_, parce
qu'on joue avec le pied; nous croyons, avec M. Corblet, qu'il pourrait
avoir de grands rapports avec le mot latin _solea_, sandales, ou
_solum_, plante du pied.

CHOULER, remuer, faire avancer. Ex.: Je ne puis _choler_ ce mauvais
cheval.

CHOUQUE, souche, extrmit infrieure d'un arbre. B.-N.

CHOUQUET, bloc de bois sur lequel on coupe du bois, de la viande, etc.

CHU, ce. P.

CHUCRE, sucre.

CHUINTER, suinter.

CH'VA, cheval.

CIBOT, Voy. _Chibot_.

CIDE, cidre.

CIERGE DORMANT, gros cierge qu'on porte aux enterrements et que l'on
place,  l'glise, auprs du banc du dfunt, aprs l'inhumation.

CISIAU, ciseau.

CISIAUX, ciseaux.

CITADELLE, grosse poire qu'on mange cuite ou en confitures.

CLAIRAUD, clairet. H.-N.

CLAIRE-VOIE, espce de grille ou de balustrade.

CLAIRONNER, reluire.

CLAIRT, clart, H.-N.

CLAMPIN, qui marche difficilement; poltron. H.-N. P.

CLAPER, branler dans le manche. On dit aussi d'un homme maigre ou
malade: Il _clape_ dans ses habits.

CLAPOT, petite lessive que les pauvres gens font chaque semaine. H.-N.

CLAPOTER, faire un _clapot_. Se dit aussi des enfants qui se salissent,
en se jouant dans un _varpot_.

CLAQUE-DENTS (trembler ), grelotter de froid.

CLAQUES, espce de chaussures de femme.

CLAQUET, digitale pourpre. On lui a sans doute donn ce nom parce que
les enfants s'amusent  faire _claquer_ les fleurs en frappant dessus,
aprs les avoir remplies d'air. H.-N.

CLATRI, couch, cach dans l'herbe.

CLATRIR (se). En parlant d'un livre ou autre animal qui se couche dans
l'herbe, de manire  s'effacer.

CLAVETTE, mauvaise langue. On dit en parlant d'une femme bavarde: Quelle
_clavette_!

CL (avoir perdu la), avoir la diarrhe.

CL DES CHAMPS (prendre la), s'enfuir.

CLERGEAU, petit clerc, enfant de choeur.

CLICHER, frapper rudement une personne ou un animal.

CLIGNER, fermer un oeil. H.-N

CLIMUCHETTE, cligne-musette. B.-N.

CLINCAILLER, quincaillier. H.-N.

CLIPSI, sauce trop claire.

CLIQUETER, agiter les _cliquettes_ ou la _cliquette_.

CLIQUETTE, clenche. En congdiant une personne  laquelle on dfend de
revenir, on lui dit: Tu peux baiser la _cliquette_ de la porte.

CLIQUETTES, clochettes des frres de charit. Ce nom est trs-commun
dans les chartes des XVIe et XVIIe sicles.

CLONGNE, quenouille  filer. D'aprs quelques tymologistes, ce mot
serait driv de _colonne_.

CLOPINER, boiter.

CLOPIN-CLOPANT, tant bien que mal.

CLOQUE, cloche.

CLOQUETEUX, celui qui marche en tte de la procession, en agitant les
_cloquettes_.

CLOQUETTES, clochettes. On donne aussi ce nom  la plupart des fleurs
campaniformes.

CLOU, furoncle.

CLOUPPER, glousser; cri de la poule qui demande  couver ou qui appelle
ses poussins.

C'MENT, comment.

CO, chat; coq. P.

COCAR, oeuf (terme enfantin.)

COCASSE, plaisant et ridicule. P.

COCHON, cloporte.

COCHONNAILLE, chair de porc, charcuterie. P.

COCHONNER, mettre bas; en parlant de la truie.

COCHONNER (se), s'enivrer au point de se vautrer dans la boue comme un
_cochon_.

COCO, chaussure; oeuf; expression enfantine. Autrefois les marchands
d'oeufs se nommaient _coconniers_. B.-N.

CODAQUER. Se dit du cri de la poule quand elle vient de pondre ou quand
elle est effraye. En Picardie, on le dit du coq qui chante. P.

CO-D'INNE, coq d'Inde, dindon.

COEUR JEUN (),  jeun. H. N.

COEUR DE JOUR (), continuellement, du matin au soir. H.-N.

COEURU, courageux. B.-N.

COFFIN, cornet de papier. Vient peut-tre du latin _cophinus_,
corbeille. B.-N. P.

COGNER, frapper fort. P.

COLAS, Nicolas.

COLREUX, colrique, port  la colre.

COLIDOR, corridor.

COLLE, mensonge. En vieil anglais, _coll_ signifiait _trompeur_. B.-N.
P.

COLLETER (se), se prendre au collet pour prouver ses forces. H.-N.

COMBLE, longue corde dont on se sert pour maintenir les gerbes charges
sur une voiture.

COMME-CHI, COMME-CHA, ni bien, ni mal.

C'MENT, comme. Ex.: Il est bon _c'ment_ son pre.

COMME TOUT, beaucoup, extrmement. P. B.-N.

COMPAS DANS L'OEIL (avoir le), avoir le coup-d'oeil juste.

COMPTES (rendre ses), vomir.

CONDOS, accident de terrein entre deux pices de terre; ce qui forme une
petite lvation en forme de rideau.

CONFESSEUX, confesseur. Mot qui, soit dit en passant, semblerait mieux
convenir au pnitent qu' celui qui entend sa confession.

CONSQUENT, adjectif employ, mme par des personnes qui ont reu de
l'instruction, comme synonyme de considrable, tandis qu'on ne devrait
s'en servir que pour marquer une induction tire d'un principe. Ainsi,
au lieu de dire: Cet homme fait des affaires consquentes, il faut dire
_considrables_. L'adjectif _consquent_ ne peut tre mis en usage que
dans des phrases semblables  celle qui suit: Le philosophe doit tre
consquent avec ses principes.

CONSOMM, consum, Ex.: Tout a t _consomm_ dans l'incendie.

CONTEPET, rapporteur de nouvelles, babillard qui raconte les choses de
la moindre importance pour faire punir ses compagnons.

CONTRAIRE (bien du), bien au contraire.

CONTRE (tout), tout prs. B.-N. P.

COPIN, dindon. On a dit que l'origine de ce nom venait de ce que le pre
Copin, jsuite, avait import le premier dindon d'Amrique en France,
vers 1670.

COPIN (grand), terme de mpris.

COPINIER, celui qui garde les _copins_ dans les champs.

COQ, coquelicot. H.-N.

COQ, menthe des jardins.

COQ (chanter le). Se dit d'une poule qui imite le chant du coq; alors
elle ne pond plus et on la tue. H.-N.

COQUENNE, espce de viorne qu'on cultive dans les jardins sous le nom de
boule-de-neige. On se sert des rejetons pour en faire des colliers qui,
dit-on, prservent les jeunes chiens de la maladie. Selon M. L. Delisle,
l'rable aurait t quelquefois appel _coqune_ (_Etudes sur la
condition de la classe agricole_, page 353).

COQUERON, petit _coquet_.

COQUET, petite veillote; petit coq.

CORAPRENANT, crpes. Se dit pour _carme-prenant_ parce qu'on en fait
beaucoup  l'approche du carme.

CORDE, mesure de bois  brler formant  peu prs deux stres.

CORDER, mettre en corde.

CORDES EN BRANLENT (les), pour dire qu'une chose va arriver. Ex.: Il
n'est pas encore deux heures, mais _les cordes en branlent_. H.-N.

CORE, encore. P.

CORET, encrier de corne.

CORNAILLES, pommes  cidre, prcoces, de mauvaise qualit.

CORNAILLES, nom par lequel on dsigne toute espce de corneilles et de
corbeaux.

CORNICHON, espce de pomme de terre qui a la forme des petits concombres
qu'on fait confire dans le vinaigre. On emploie aussi ce mot, en
mauvaise part, en parlant d'une personne. Ex.: C'est un _cornichon_.

CORNOITE, espce d'chaud form d'une pte tresse et trs-lgre.

CORPORANCE, corpulence.

CORSELET, corset. H.-N.

CORSET, jupe. H.-N.

COS, cou.

COS (n'tre pas lourd ), tre souffrant et chtif.

COS (tirer du), vomir.

COSSART, colza. H.-N.

COSSU, homme riche, opulent. P.

COTENT, content. H.-N.

COTRET (huile de), coups de bton. Ex.: Donnez-lui de l'_huile de
cotret_, s'il va mal.

COUANNE, couenne. H.-N.

COUCHETTES, langes.

COUCOU, expression employe quand on teint une chandelle ou une lampe.

COUCOU (bran de), gomme qui dcoule du merisier. Les enfants s'imaginent
que c'est l'excrment du coucou.

COUDRE, coudrier.

COUINCHE, homme rus, qui manque de franchise.

COULAGE, dtournements, soustractions, dissipations qui se font dans une
maison, par dfaut de soin et de surveillance. H.-N.

COULANT D'EAU, foss servant  l'coulement des eaux. H.-N.

COULAS, Nicolas.

COULEUX, filtre en crin ou en toile claire qui sert  passer le lait
quand on vient de le traire.

COUP (), en temps opportun. B.-N.

COUP (donner un), causer une surprise pnible. H.-N.

COUP-D'A-CHEVAL, verre d'eau-de-vie qu'on prend au moment de monter 
cheval.

COUPLET, cime d'un arbre, fate d'un difice. B.-N. P.

COUR, enclos dans lequel se trouvent les btiments et les bestiaux d'une
ferme. H.-N.

COURAIE, intestins d'un animal; ce qui comprend le coeur, le foie, les
poumons, etc.

COUREUX, porc qui vit en libert en attendant qu'on l'engraisse pour la
boucherie. H.-N.

COURIACHE, coriace, fort, vigoureux. P.

COURIAS, Voy. _Couriache_.

COURIETTE, lanire de cuir qui sert de cordon aux souliers ou qui se
trouve  la poigne d'un bton de voyage.

COURIR. Se dit d'un vase qui laisse chapper le liquide. H.-N.

COURS DE VENTRE, diarrhe.

COURTE BOTTE, petit homme. Guillaume-le-Conqurant avait donn lui-mme
ce sobriquet  son fils Robert. H.-N.

COUTEAU (pommes ), pommes de dessert.

COUTE QUI COUTE, cote que cote.

COUTET, couteau.

COUTEUX, dispendieux; irritable, d'une humeur difficile. H.-N.

COUTIAU, couteau, P.

COUTIAUX, rayons de cire et de miel forms par les abeilles.

COUTRE, bedeau.

COUTURIER, tailleur. H.-N.

CRACHE, crasse, graisse. P.

CRACH (tout), d'une parfaite ressemblance. En parlant d'un portrait
bien excut, on dira du sujet qu'il reprsente: _C'est lui tout
crach_.

CRACHINAGE, pluie fine. B.-N.

CRACHINER. Se dit d'une pluie fine qui tombe avec peu d'abondance.

CRACHOTTER, cracher frquemment.

CRAIRE, croire.

CRAMILLIE, crmaillire.

CRAN, entaille.

CRANE, bon, beau. Ex.: Voil de _crne_ bire.

CRANE, fier. B.-N.

CRANE (faire son), faire l'important.

CRANQUE, crampe.

CRAPE, salissure.

CRAPEUX, sale. P.

CRAPOUD, crapaud.

CRAPU (homme), trapu.

CRAQUER, mentir. B.-N.

CRAQUEUR, menteur.

CRASSETTE, pomme  cidre. P.

CRAVACHONNIER, prunier non greff.

CRAVACHONS, prunes sauvages.

CRMILLIE, crmaillire.

CRMILLIE (pendre la), donner  dner  ses amis quand on habite une
nouvelle maison.

CREMILLON, petite _crmillie_.

CRPETTES, pte trs-dlaye, compose de farine, d'oeufs et de lait,
qu'on fait cuire dans une pole,  l'poque des Rois et du mardi-gras.

CRQUES, fruits de l'pine noire.

CRESSANE (poires de), poires de crassane.

CRTELER. Se dit d'une femme qui parle haut et crie comme une poule.

CRTIR, frissonner. H.-N.

CRTON, rsidu du suif quand il est fondu et press; c'est une
excellente nourriture pour les chiens.

CRV, fatigu, puis par le travail. S'emploie encore comme synonyme
de _mort_, en parlant des animaux. On s'en sert aussi, en mauvaise part,
en parlant des personnes. Ex.: Il est _crv_ comme un chien.

CRVER, mourir.

CRVON, chevron. H.-N.

CRI, chercher, qurir. Ex.: Allez _cri_ du pain.

CRIGNIACHE, chevelure mal soigne. B.-N.

CRIGNES, mauvaises herbes qui s'accrochent aux dents des herses.

CRIQUET, grillon.

CRISTRE, clystre.

CROCHE, crosse.

CROCHER (se), se donner le bras en promenade.

CROCHUIRE, rendre une chose crochue. H.-N.

CROCS. On dsigne sous ce nom les dents des chiens, chats, loups,
renards, etc.

CROTE, crote.

CRUCHE, croissance, en parlant d'un enfant. Ex.: Il a fait sa _cruche_
trop vite.

CRUE. Voy. _Cruche_.

C'T', cet, cette, devant une voyelle.

C'TE, cette, devant une consonne.

C'T'LA, celle-l.

C'T'ILA, celui-l.

C'T'ICHITE, celui-ci, celle-ci.

U, ce.

CUIROT, morceau de cuir qui supporte le battant des cloches.

CULAS, btiments o l'on engrange les gerbes de bl, d'avoine, etc. Ce
mot se trouve dans un acte de 1395 (_Notes sur les communes de l'Eure_,
par M. A. Le Prevost, p. 97).

CULEUVRE, couleuvre. H.-N.

CULOT, cul d'un enfant; ce qui reste de tabac au fond de la pipe.

CULOTTE (faire une), gagner sans interruption trois parties de domino,
de cartes.

CULOTTE (avoir, se donner une), se soler.

CULOTTES (mes), ma culotte, quand il ne s'agit que d'une seule.

CURAI, cur.

CURAI (monsieur le), nom qu'on donne  tout ecclsiastique revtu d'une
soutane.

CURIOSITAI, curiosit.


                                   D

D', de. P.

DADA, cheval; expression enfantine.

DALE, vier, lien o on lave la vaisselle et d'o l'eau s'coule par un
trou pratiqu dans la muraille. P. B.-N.

DALOT, petit conduit pour l'coulement des eaux. H.-N.

DAMAGE (c'est), c'est fcheux.

DAME, femme de qualit ou qui affecte des manires hautaines. Ex.: Elle
fait la _dame_.

DAN-DAN (aller au). Se dit aux petits enfants pour signifier: Aller aux
offices de l'Eglise. C'est une onomatope forme par allusion au son des
cloches.

DANSPAROU, ou,  quel point,  quelle place. Ex.: _Dansparou_ as-tu
fauch?

DARDILLON, aiguillon d'une boucle.

DAUBE, vole de coups de bton. B.-N.

DAUBER, donner une _daube_.

DAUDINER (se), se dandiner.

DBAGOULER, vomir. H.-N.

DBALLER (se), se dcourager.

DBARRAS, cessation d'embarras. Ex.: Il est parti, c'est un bon
_dbarras_ pour moi. H.-N. P.

DBAUCHER (se), se dcourager. H.-N.

DBATISER (se), se donner beaucoup de peine pour faire croire ou
comprendre une chose.

DBERNQUER, dmonter, renverser, tirer d'un mauvais pas. B.-N.

DBILLER, dshabiller. P.

DBISTRAC, en mauvais tat.

DBINE (tre dans la), tre  moiti ruin. P. B.-N.

DBITER DU BOIS, le scier, le prparer pour la charpente, la menuiserie,
etc. H.-N.

DBLAI (bon). Voy. _Dbarras_. P.

DBLOUGUER, dboucler.

DBOULER, quitter son gte. Ex.: Il m'a _dboul_ un livre aux pieds.
B.-N.

DBRICOLER, ter la bricole d'une vache. H.-N.

DBUQUER, partir, sortir.

DCAINER, dchaner. P.

DCALIFOTER, ter une noix ou autre fruit de son enveloppe.

DCANILLER, dcamper, fuir comme un chien. B.-N. P.

DCARCANER, ter le _carcan_ d'un cochon. H.-N.

DCARMER (se), prendre un bon repas aprs le carme. P.

DCARPILLER, sparer, dmler. P.

DCAUCHER, dchausser. Se dit aussi des chevaux qui perdent leurs dents
de lait.

DCESSER (ne pas), ne pas cesser. Ex.: Il ne _dcesse_ de pleurer. P.
H.-N.

DCLAQUER, tomber rudement; parler sans mnagement. P.

DCOCTION, maladie. H.-N.

DCOMMANDER, contremander.

DCOMPOTER, changer le temps de l'engrais des terres et le mode des
semences. P.

DCONFORTER (se), s'affliger outre mesure. P.

DCRAMPIR (se), se dlasser. P.

DCRAP, nettoy. Se dit aussi d'un enfant malheureux qui prend des
habitudes de propret.

DCRAPER, nettoyer. P.

DCROUER, tomber ou faire tomber de haut. B.-N.

DDRAGUER, dlayer, rduire en marmelade.

DCULOTTER (se), se dit d'un homme qui se spare de biens d'avec sa
femme pour viter la poursuite des cranciers. L'pouse administre alors
en son nom, et les cranciers n'ont plus aucun recours. Souvent cette
formalit n'est pas exempte de fraude, et c'est ordinairement l'art
lgal de ne point payer ses dettes.

DFAIRES, habits qui ne servent plus et qu'on donne aux malheureux.
H.-N.

DFAITE (animal de), facile  vendre. H.-N.

DFECTIF (enfant ou animal), dissimul, qui a des dfauts. H.-N.

DFICELER, dlier ce qui est li par une ficelle.

DFILOQU (vtement), us, raill, qui montre la corde ou le fil. H.-N.

DFOURRURES, gerbes qui ont t pluches par les moutons.

DFRIS, contrari. P.

DFULER, dcoiffer. H.-N. P.

DFUNT, feu. Ex.: _Dfunt_ son pre.

DEGAINE, tournure, manires. Se prend toujours en mauvaise part. P.

DGANCER, tirer de l'argent de sa bourse.

DGANER, se moquer de quelqu'un en imitant ses actes ou ses paroles.

DGELE, rosse. P.

DGUEULER, vomir.

DGOBILLER, vomir, rendre les _gobes_ qu'on a prises. P.

DGOISER, parler vite et longtemps. P.

DGOMM, destitu.

DCOTER, voler.

DGOULER, vomir. H.-N.

DEGOUTINS, eau qui tombe d'une couverture.

DGRIER, dgringoler, glisser.

DGROULER, crouler, tomber. B.-N. H.-N.

DGUISER (se), se masquer au temps du carnaval.

DEHOQUER, dcrocher. P.

DHOUSILLER (se), sortir d'un lieu.

DJEUNER-DINANT, djeuner qui se fait tard et sert de dner.

DJOUQUER, djucher. On l'emploie aussi comme synonyme de _faire lever_
un paresseux qui est au lit.

DKERPILLER. Voy. _Dcarpiller_.

DEL', de la. P.

DLACHER, dlacer. P.

DLICOT, dbarrass de son licou. P. H.-N.

DLOQUET, dguenill. P.

DLUR, vif, hardi. Ex.: C'est un enfant _dlur_ pour son ge. B.-N. P.

DEMANDER APRS QUELQU'UN, demander quelqu'un.

DMAQUER, vomir. P.

DMARER, partir, sortir. B.-N. P. H.-N.

DEMAUNE, demi-aune.

DMENCE (tomber en), tomber en ruines. B.-N.

DEMENTER DE (se), s'occuper de. H.-N.

DMENTIBULER, dmonter, casser. P.

DMETTRE UN MEMBRE (se), se luxer. H.-N.

DEMEURE, habitation sans dpendances, o il y a seulement une ou deux
pices pour _demeurer_.

DEMEUR, paralys. H.-N.

DEMIANNE, demi-aune.

DEMIARD, quart de _chopine_. H.-N.

DEMI-GROS, quatre muids. Les aubergistes de Dieppe ont l'habitude
d'acheter leur cidre au _demi-gros_; et, en dpit de toutes les lois sur
les nouvelles mesures, ils ne consentent  se livrer dans le pays de
Bray que dans des pices frauduleuses qu'ils nomment _tierons_.

DEMI-HEURE, douze heures et demie. H.-N.

DEMION, deux _demiards_. H.-N.

DEMOISELLE, petite viellote de bl ou autres crales. B.-N.

DMONTER, impatienter. P.

DMUCHER, dcouvrir. P.

DNOQUER (se), se dvelopper; en parlant des enfants qui grandissent.
H.-N.

DPATICHER, dfricher un _ptis_ pour le mettre en culture.

DPENDEUX D'ANDOUILLES (grand), homme mince et grand, se tenant mal. P.

DPENSE, lieu o l'on serre le laitage. P.

DPERSUADER, dissuader.

DPIAUCER, corcher.

DPICHER, dmonter, dtruire, dcoudre. Ex.: _Dpichez_ cette redingote
pour en faire un habit-veste. H.-N.

DPITER, dfier. B.-N.

DPORTER DE SA PAROLE (se), se ddire. P.

DPOTER, tirer le cidre que contient un tonneau. P. H.-N.

DPOTEUX, grosse _chanpleure_ en cuivre qui sert  tirer le cidre dans
des seaux.

DPOTEYER, tirer du cidre d'un tonneau pour le mettre dans un autre.
Vient probablement de l'ancien usage de tirer le cidre ou le vin dans un
pot pour l'emporter.

DRACHINER, draciner.

DRAIN, dernier. P. B.-N.

DRAQUER, tirer d'un bourbier, d'un mauvais pas. H.-N.

DERLINDER, agiter une clochette.

DERRIRE (en), en cachette. P.

DERRIRE (faire du), dpenser en secret, tromper ses matres.

DRUNN, atteint de diarrhe.

DS, des.

DSAILLS (habits), hardes uses. H.-N.

DSARGENT (tre), n'avoir plus d'argent. P.

DESCENTE, hernie. H.-N.

DSHABILLER. Voy. _Dpiaucer_.

DSIGNALEMENT, signalement. H.-N.

DSORCEL, dsensorcel.

DESSAISONNER, changer l'assolement d'une pice de terre. H.-N.

DESSAQUER, faire sortir d'un lieu.

DESSAQUETER (se), quitter une place. P.

DESSAQUETER, tirer d'un sac.

DESSOLER. Voy. _Dessaisonner_.

DESSOULER, cesser d'tre sol. H.-N.

DESSOUS (personne en), dissimule.

DESSOUS (sens dessus), renvers, en dsordre.

DTEINDRE, teindre. P.

DTENTION D'URINE, rtention d'urine. H.-N.

DTEURDRE, dtordre.

DTOMBIR (faire), mettre chauffer un liquide jusqu' ce qu'il soit
tide.

DTOURBER, dranger, interrompre. Du latin _disturbare_.

DTRIER, trier, choisir. P. Ce mot vient peut tre du latin _trahere
de_, tirer de.

DEUILER, souffrir, languir. H.-N. Du latin _dolere_.

DEUSSE, deux. P.

DEUX-SOU (un), pice de dix centimes.

DEVALLER, descendre. P.

DEVANCHER, devancer. P.

DEVANT QUE, avant que. P.

DEVENIR (bien ou mal se), se dvelopper. En parlant d'un enfant ou d'un
animal. B.-N.

DVISAGER, regarder quelqu'un fixement, d'une manire importune. H.-N.

D'HEURE, de bonne heure. Ex.: Il n'est pas d'_heure_, c'est--dire: Il
est tard.

DIA, mot dont les charretiers se servent pour faire aller les chevaux 
gauche; c'est le contraire de _huot_. P. Un docteur a prtendu que
Balaam s'tait servi du mot _dia_, pour faire avancer son nesse qui
s'appelait _Logos_. Comme la pauvre bte se mit alors  parler  son
matre, qui la maltraitait, notre docteur a t assez heureux pour
trouver l l'tymologie du mot Dialogue, _discours  deux_.

DIABLE (bon ou mauvais), bon ou mauvais garon.

DIABLE (bran de), _assa fetida_. Ainsi nomm  cause de sa mauvaise
odeur.

DIANTRE! diable!

DIEU PLAIT (si), s'il plat  Dieu.

DIGONNER, importuner, travailler lentement. P. H.-N.

DIGUER, piquer. B.-N.

DIGUET, bton pointu, long de 50  60 centimtres, qui sert  ramasser
le bl pour l'engerber.

DINDE (un), une dinde.

DINDE (grande), femme de haute taille; terme de mpris. P.

DINDOT, dindon.

DIO, Voy. _Dia_.

DIOT, idiot, simple. H.-N.

DIOTISE, btise, simplicit. H.-N.

DISCOMPTE, escompte. H.-N.

DISCOMPTER, escompter. H.-N.

DISCRDIT, dcrdit.

DISPUTER, gronder, tre en colre. B.-N.

DIZIAU, dizeau, runion de dix gerbes.

D'L', de, de la.

DODO, lit. P. Espce de camisole.

DODO (faire), dormir.

DOGUE, patience, plante.

DOLER, quarrir, prparer le bois avec une hache ou autre instrument
tranchant.

DORE, tartine couverte de beurre, de fromage, de confitures, etc. B.-N.

DORER, tendre une pte quelconque sur un objet.

DORLOTER, traiter, lever un enfant avec soin. P.

DORMEUSE, coiffure de femme. La _dormeuse_ se distingue du _pierrot_, en
ce qu'elle ne se prolonge point en arrire et qu'on la noue sous le
menton.

DOSSES, premires planches de l'arbre o se trouve l'aubier et
quelquefois une portion d'corce.

DOUCHE, douce.

DOUCHEUR, douceur.

DOUCHINER, entourer de petits soins. H.-N.

DOUILLE, rosse. P.

DOUILLER, battre. P.

DOULIANT, douloureux, sensible.

DOUTANCE, doute. P.

DOUX-LEV (pain), dont la pte n'a pas suffisamment lev et dont la
crote forme des espces de cloches. P.

DRAGIE, mlange de vesce et d'avoine qu'on sme au printemps.

DRAGIES, drages.

DRAME, prise; en anglais, le mot _dram_ signifie _petite quantit_.

DRAMER, priser, aspirer par le nez.

DRCHER, dresser. P.

DRS, DRS QUE, ds, ds que.

DRET, droit. P.

DRET (tout), justement.

DRET DE (au), vis--vis. H.-N.

DRET-NOEUD, double noeud. B.-N.

DRIAN, DRIEN, Adrien.

DROGUE, mauvaise marchandise.

DROGUER, attendre longtemps. P. B.-N.

DROLESSE, femme hardie. H.-N.

DROUILLE, boue, sauce trop claire.

DRUIRE; en parlant des oiseaux qui commencent  avoir des plumes.

D'S', des, devant une voyelle.

DU DEPUIS, DU DEPUIS QUE, depuis, depuis que. H.-N.

DUIRE, corriger, rformer; du latin _ducere_, conduire. P.

DUMET, duvet. B.-N.

DURANT QUE, pendant que.


                                  E

EAU (lcher de l'), pisser.

BAQUER, effondrer.

BERDOUILLER, craser entirement.

BERLUCHER, lever. Ex.: Voil ses enfants _berluchs_.

BERNER, nettoyer les vtements d'un enfant _berneux_. P.

BLAIRER, regarder avec une sotte curiosit ce que font les autres.

BLUER, blouir. En parlant d'un enfant qui trouve moyen de s'chapper
sans tre vu, on dira: Il a _blu_ sa mre.

BOUILLI, trs-chauff.

BRANCAGES, branches coupes en _branquant_.

BRANQUER, brancher.

BREUILLER, craser, faire sorter les _breuilles_.

BRITER, bruiter, faire connatre.

BROUER, renvoyer, chasser, effrayer.

CABOCHER, donner un coup  la tte. P.

CAILLER, chasser, renvoyer. Ex.: _caillez_ donc ces gamins-l.

CALES, cosses de pois, de fves, etc.

CALER, cosser, corcher un bouton. P.

CALIFOTER, retirer des noisettes de l'enveloppe membraneuse qui les
recouvre en partie.

CALUER, ramasser les cailloux d'une pice de terre.

CARBOUILL, veill, vif. P.

CARBOUILLER, tendre la braise et les charbons de l'tre pour mieux se
chauffer.

CARBOUILLER (s'). En parlant du temps qui devient moins mauvais, on dit
qu'il s'_carbouille_.

CARDONNER, arracher les _cardons_ d'un champ. P.

CARDONNETTE, chardonneret. Ce mot semble tout--fait indiquer l'action
de cet oiseau lorsqu'il _cardonne_, c'est--dire lorsqu'il tire la
graine du chardon pour en faire sa nourriture.

CARPILLER, dmler, diviser des flocons de laine, de crin, etc.

CART (faux). On donne ce nom  diverses maladies des chevaux, notamment
 la tension des tendons.

CAUDER, chauder.

CAUFFER, chauffer.

CHANGER, laver le linge avant de le mettre  la lessive. H.-N.

CHARPE, charde.

CHAUFF (homme), gai; tat voisin de l'ivresse.

CHENAILLER. Voy. _Chenailler_.

CHERTER, couper les rouces et les branches inutiles au pied d'une haie
ou dans un bois. Semble venir de _exarare_, dfricher, piocher,
essarter.

CHETER, parpiller.

CHIGN, fatigu.

CHIGNER (s') s'extnuer.

CHIMER, essaimer.

CLAQUER A RIRE (s'), se prendre soudainement a rire trs-fort.

CLATER DE RIRE, rire trs-fort. H.-N.

CLYER (s'), se dit d'une cuve ou d'un tonneau dont les douves se
disjoignent par suite de la chaleur. P.

CLIPPER, clabousser. B.-N.

CLOPP, un peu malade.

COEUR (bois), bois auquel on a enlev l'aubier.

COLAGE, rtribution due au matre d'cole. P.

CONDIRE, nier ce que dit une personne; _dire contre_.

CORCHE, corce. P.

CORCHEUX, corcheur. P.

CORER, tayer.

CORER (s'), employer toutes ses forces  une chose.

CORNIFLEUX, cornifleur.

COSSIN, demi-botte de foin ou de paille. En Bourgogne, on dsigne sous
le nom d'_coussei_ les batteurs en grange.

COSSINS, bottes de paille formes des tiges de bl qui ne sont point
propres  faire des gerbes.

COUCHER, briser le chanvre ou le lin. P.

COUPLER, retrancher le _couplet_ d'un arbre. H.-N.

COURTER, couper la queue.

CRABOUILLER, craser. B.-N.

CRAMER, crmer. P.

CRVICHE, crevisse. P.

CUEILLIR (s'), prendre son lan pour sauter. H.-N.

ED', de. P.

EDPIS, depuis. P.

EDSOUS, dessous. P.

EFFONDRE, effrondrement.

EFFOUQUER, effaroucher. H.-N.

EFFOUTAILLER, chasser, effrayer.

EFFRONTER, intimider une personne pour lui faire avouer la vrit.

EFFROUER, mietter. P.

GALIR, unir, aplanir. P.

GASILLER (s'), carter les jambes.

EGNIME, nigme.

GOHIN, petite scie  l'usage des greffeurs.

GOSILLER (s'), s'user le gosier  force de crier. B.-N.

GRAFIGNER, gratigner. P.

GROULER, crouler. H.-N.

GUEULER, casser le haut d'un vase. P.

HOUPPER, battre le bout des pis d'une gerbe sans la dlier. P. Enlever
la _fleurette_ ds qu'elle est forme sur le lait.

EJ', je. P.

KELLE, chelle. P.

EL, le, la. P.

ELON, leon.

LINGOIRE, fronde.

LINGU, lanc, grand, fluet.

LINGUER, lancer. P. Se dit surtout d'une pierre lance avec une fronde
ou d'une pomme avec un bton pointu.

LISA, lisabeth.

LUGEMENT, tracas, bruit tourdissant.

LUGER, contrarier, ennuyer par ses paroles ou le bruit qu'on fait.

EM', ma, me. P.

MAGLER, craser un fruit.

EMBAGUEMENT, action d'_embaguer_.

EMBAGUER, faire les achats de bagues et autres joyaux pour une personne
avec laquelle on est sur le point de se marier.

EMBARBOUILLER, barbouiller, salir; embrouiller.

EMBARQU, se dit d'un cheval ou autre animal qui a pris trop de
nourriture.

EMBARRAS (faire ses), faire l'important. H.-N.

EMBERLIFICOTER, habiller d'une manire incommode et ridicule. B.-N.
Sduire par des paroles trompeuses. P.

EMBERNQUER, salir, encombrer, couvrir.

EMBLAYER, embarrasser, emplir un vase ou un appartement. P.

EMBOUCH (mal), qui tient des propos grossiers. H.-N.

EMBRACHER, embrasser.

EMBRLER, mettre la _bricole_  une vache.

EMBRICOLER, Voy. _Embrler_.

MEUCHER, pointer.

MILER, mier, rendre menu comme la graine de mil.

EMN', mon, ma, devant une voyelle. P. Voy. _Man_.

MOUQUER, chasser les mouches. P.

MOUQUET, nom par lequel on dsigne les petits oiseaux de proie, tels
que l'obereau, l'pervier, etc.

MOUSTILLER, rendre de bonne humeur. P.

MOUTURAGE, produit que le meunier retire des grains ports au moulin.

MOUTURER, se dit du grain que prend le meunier pour se payer en nature
des droits qui lui sont dus par ceux qui font moudre  son moulin.

EMPALER, rendre noir.

EMPAT (coq), auquel on donne la pte.

EMPLIR, laisser pntrer de l'eau dans ses chaussures en marchant dans
des chemins boueux.

EMPOISONNER, puer. Ex.: Cette viande _empoisonne_.

EMPUANTER, empuantir.

EMPUNANTER, remplir de mauvaises herbes. Ex.: Ce champ est _empunant_
d'ivrate.

MUTION, motion. H.-N.

EMBOISSONNER (s'), s'enivrer habituellement.

ENCAGNOLER, mettre une _cagnole_ airs porcs pour les empcher de passer
 travers les haies.

ENCARCANER, mettre un _carcan_. H.-N.

ENCARVALLER, mettre  califourchon.

ENCAUCHUMER, imprgner le bl d'eau de chaux avant de le semer.

ENCHAULER, ENCHAUSUMER. Voy. _Encauchumer_.

ENCHIFREN (n'tre pas), avoir de l'esprit, trouver de fines reparties.

ENCLUMME, enclume.

ENCONTRE, contre. B.-N.

ENCONTRE ( l'), contre.

ENCORSER, manger ou boire avec rpugnance; se mettre _en corps_. Ex.: Il
n'a pu _encorser_ sa mdecine.

ENCRAPER, rendre crasseux. P.

ENCROUER, mettre dessus. B.-N.

EN DESSOUS (personne), sournoise. P.

ENDVER (faire), contrarier, harceler. P. H.-N.

ENDIGUER, percer un objet avec une aiguille, une alne.

ENDIMANCH, vtu de ses habits du dimanche.

ENDIZELER, mettre en dizeau. P.

ENDOS, terre laboure un peu en dos d'ne pour faciliter l'got de
l'eau dans les sillons qui se trouvent de chaque ct.

ENDURANT, patient. H.-N.

ENDURANT (mal), sans patience.

ENFNOUILL, envelopp, enfonc dans. Ex.: _Enfnouillez_ bien vos pieds
dans le foin pour ne point avoir froid.

ENFRONNER, passer un _fron_ dans le nez des porcs pour les empcher de
remuer la terre, avec leur grouin, dans les herbages.

ENFILOQUER (s'), en parlant des crales dont la tige pousse trop menue,
comme si l'on disait pousser en forme _de fil_. H.-N.

ENFIQUER, ficher en terre. P. Dans un compte des dpenses faites pour
les vignes de l'archevque de Rouen, en 1409-1410, on trouve une somme
pour _deffiquer_ et _fiquer_ les chalas (_Etudes sur la condition de la
classe agricole_, par M. L. Delisle, pag. 453 et 460).

ENFIQUES, branches sches propres a faire une haie.

ENFISTOLER, habiller sans got.

ENGAGNE, contrarit, chagrin ml de haine.

ENGAGNER, endver.

ENGAMBER, enjamber. P.

ENGAV, se dit d'une volaille dont la nourriture, prise en trop grande
quantit, ne digre point.

ENGEOLER, tromper  l'aide de fausses promesses. P. H.-N.

ENGUERBER, engerber, mettre en gerbe.

ENGUEULER, dire des injures. P.

ENGUEUSER, tromper par de belles paroles. H.-N. P.

ENHAIR, toucher les oeufs, les petits, ou seulement le nid d'un oiseau,
de manire  en loigner le pre et la mre, et les porter  _har_ leur
nid, parce qu'il a t drang.

ENHEULIER, administrer le sacrement de l'extrme-onction, oindre
d'_huile_ bnite.

ENHOQUE, accroc. H.-N.

ENHOQUER, accrocher.

ENHUI, aujourd'hui. P. Voy. _Anuit_.

ENLICOTER, mettre un licou.

ENMITOUFFLER (s'). Voy. _Amitouffler_. P.

ENNERS, se dit du feu qui brle bien. P. On le dit aussi d'un chien
irrit contre un animal: On l'a _enners_ contre cette vache.

ENPAROL (mal), qui dit de mauvaises paroles; _mal en paroles_.

ENPQU (cheval), pris dans ses traits.

ENPRS (d'), auprs. H.-N.

ENRAQU, embourb. P.

ENRAYER, faire le premier sillon; placer une perche  une voiture, de
manire  empcher la roue de tourner. On usait frquemment de ce moyen,
il y a une trentaine d'annes, dans les temps de gele et dans les
descentes, pour empcher les voitures de forcer les chevaux; mais,
depuis cette poque, on a invent un mcanisme fort simple, beaucoup
plus propre  viter les accidents. Voy. _Mcanique_.

ENROUTER, mettre en chemin.

ENSAYER, essayer.

ENTAME, premier morceau d'un pain.

ENTENONNER, fixer une pice de bois  une autre au moyen d'un tenon ou
d'une mortaise.

ENTENTE, jugement, intelligence. Ex.: Cet enfant a de l'_entente_. B.-N.

ENTENTION, attention, prvenance. H.-N.

ENTTER, donner le mal de tte. Ex.: L'odeur des fleurs m'_entte_.
H.-N.

ENTINCHER, exciter, surtout par gestes,  jouer ou  plaisanter.

ENTIQUE, manire, moyen de russir. Ex.: Il ne pouvait d'abord ouvrir la
porte, mais il connat maintenant l'_entique_.

ENTIQUER, jeter dans, adresser.

ENTOMBI, engourdi.

ENTOMMI. Voy. _Entombi_.

ENTONNER (s') en parlant du vent qui souffle par une avenue, une fentre
ou une porte ouverte. H.-N.

ENTORTILLER. Voy. _Engeoler_. P.

ENTOUR, autour. H.-N.

ENTREBAYER, entr'ouvrir.

ENTRE-DEUX (l'), l'espace qui spare deux choses.

ENVALOIRE, partie du harnais qui sert aux chevaux pour retenir la
voiture dans les descentes.

ENVELIMER, envenimer.

ENVIER, envoyer. B.-N.

ENVOICHE (que je m'), que je m'en aille. P.

ENVOL, aventurier, tranger dont on ignore l'origine.

PALER, mettre  part le lait d'une vache pour savoir combien elle
produit de beurre chaque semaine.

PANDRE, parpiller. Ce mot est trs-ancien.

PANI, panoui. P.

PARTILLER, parpiller.

PARTIR, parpiller. H.-N. On se servait anciennement du verbe ESPARTIR
pour signifier _partager_, _diviser_, etc.

PAULE, charge de bois qu'un homme peut porter sur son paule.

PEQUE, peiche.

PERSINGLER, frapper dans l'eau pour mouiller ceux qui en sont
rapprochs.

PEUTER, effrayer. P.

PINE, alpine; toffe de laine et de soie ainsi nomme parce qu'on la
fabrique surtout  Alep.

PINGUET, petite branche au bout de laquelle se trouve une pingle
courbe pour atteindre les oiseaux qui nichent dans les creux d'arbre.

PLTANT (travail), qui se fait vite. H.-N.

PLTER, travailler vite. H.-N.

PLTEUX, espce d'homme de paille qu'on plaait, pendant la nuit, dans
le champ de bl des moissonneurs en retard. Cet usage existait encore il
y a une trentaine d'annes. C'tait un aide qu'on accordait aux
retardataires.

PLINGUER, clabousser.

PLUQUER, plucher. P.

PORT (objet), qui n'est plus neuf, qui a _t port_.

POUFF, essouffl. H.-N.

PREVIER, pervier; sorte de filet qui sert  prendre le poisson.

PROUVEUX, qui fait des preuves en agriculture ou autrement.

QUELETTES, espce de grands crochets en bois que l'on place de chaque
ct d'un chenal pour y accrocher des bourres dans les forts. H.-N.

RAIGNE, gobe-mouche. Ainsi nomm, parce qu'il se sert de toiles
d'araigne pour faire son nid.

RGNIE, araigne.

REINT (couteau), dont le ressort est cass ou le clou principal
branl.

ERN, reint, qui marche difficilement comme atteint d'une hernie.
B.-N.

ERRHES, arrhes. P.

ES', sa; devant une consonne. P.

ESCALIERS. Voy. _Bers_.

ESCARTS (faire des), en parlant d'un cheval difficile qui se cabre et
gambade.

ESCLANDE, esclandre.

ESCOFIER, tuer. B.-N. P.

ESCOUDET (coup d'), coup de coude. H.-N.

ESCOUER, secouer.

ESCOUETTE, crins runis autour d'une poigne, dont on se sert pour
chasser les mouches qui incommodent les chevaux, et pour faire partir la
poussire qui s'attache au poil.

ESCOUSSE, secousse.

SEUL, isol. H.-N.

ESN', son, sa; devant une voyelle. P.

ESPRER, attendre. Ex.: Allez faire votre commission, je vais vous
_esprer_. H.-N. P.

ESQUELETTE, squelette. H.-N.

ESSAVER, corcher lgrement. B.-N.

ESSI, essieu.

ESSOMMELER, effrayer.

ESSOUDRE, soulever. B.-N.

ESTAFIER, homme maigre et de petite taille. Se prend toujours en
mauvaise part.

ESTATUE, statue. H.-N.

EST-CHE? est-ce?

ESTOMAC (mettre dans son), en parlant d'une personne qui place quelque
chose entre sa chemise et sa poitrine. H.-N.

ESTOMAQUER (s'), se donner beaucoup de peine pour chanter fort ou pour
faire comprendre une chose. H.-N.

ESTRAMONTADE (perdre l'), perdre la tramontane.

ET', ta; devant une consonne. P.

TABLIR (s'), se marier. H.-N.

TAMPER, mettre son nom ou ses initiales sur un meuble ou un animal,
avec un fer rouge ou du goudron.

TAMPI, couch, plac  terre. En Picardie, ce mot signifie: _Debout_,
_dress_.

TANPER, galer, rendre de mme poids ou de mme volume. Nous trouvons
cette expression ds le XIIIe sicle. L'architecte Villard de
Honnecourt, aprs avoir indiqu quatre sortes de plantes qui entrent
dans l'ordonnance d'un remde pour les blessures, ajoute: _Estanps ces.
iiij. erbes, si qu'il n'i ait nient plus de l'une que de l'autre (Notice
sur l'album de Villard de Honnecourt_, par M. Jules Quicherat, page
57.--_Revue archologique_, 6me anne).

TAU, cpe ou arbre coup  quelque distance de la terre.

TAUX, chaume qui reste quand les crales sont scies ou fauches.
B.-N.

TE, tre.

TEL, toil.

ETN', ton, ta; devant une voyelle. P.

TERNIR, tendre la litire des bestiaux. Du latin _sternere_.

TES, tres.

TTER. Voy. _coupler_. H.-N.

TIBO, esquisse de bois. H.-N.

TIMER, tamer.

TOC. Voy. _Etau_. Le mot _estoc_ tait frquemment employ au
moyen-ge.

TOFF (vtement), ample. H.-N.

TOQUER (s'). V. _S'corer_.

TORER, fournir. Voy. _Anger_.

ETOUPE, porte qui bouche l'entre d'un four. H.-N.

ETOURNIAU, tourneau.

ETOUT, aussi; vient peut-tre du latin etiam. P.

ETRAMILLER, parpiller. B.-N.

ETREUNES, trennes.

ETRIQUER, se dit d'un vtement trop serr,  travers lequel les os se
dessinent, _triquent_.

ETRONGN (habit), trop court. B.-N.

EUCHE, espce de cl qui traverse le bout de l'essieu afin d'empcher la
roue de se dpasser. Depuis les nouvelles lois sur la police du roulage,
l'_euche_ a t remplace par un crou.

EVILL, EVILLOT (enfant), espigle. H.-N.

EVITER, pargner. Ex.: _Evitez_-moi la peine de sortir.

EXCUSE (demander), demander pardon, faire ses excuses.

EXEMPLE DE (imiter l'), suivre l'exemple de. On imite un exemple
d'criture.

EXTERMINER, rouer de coups. P.


                                  F

FABRIQUE (tre de la), membre du conseil de fabrique d'une glise.

FACHON, faon. P.

FACHONS ou FAONS (faire des), ne pas vouloir accepter ce que l'on offre
dans un repas, quoiqu'on ait besoin de manger ou de boire.

FAGOT (mal), habill d'une manire disgracieuse. H.-N.

FAGOTS (conter des), rapporter de fausses histoires.

FAIGNANT, fainant. P. H.-N.

FAILLIR, manquer de courage; tomber de faiblesse. Ex.: Le coeur me
_faillit_.

FAIN, foin.

FAIS, fois; foie.

FAISELLE, lieu o l'on presse les pommes piles, pour obtenir le cidre.
H.-N.

FAISELLIER, petite _faiselle_ sur laquelle on met le fromage en presse.

FALBALAS, objets de toilette, tels que robes, bonnets, rubans, etc. A
proprement parler, ce mot est employ pour dsigner l'ensemble d'une
toilette recherche, et non pour indiquer le _falbala_ qu'on appelle
aujourd'hui _volant_. L'etymologie de _falbala_ a t l'objet de bien
des recherches. On rapporte, dit Charles Nodier, qu'un prince fort
spirituel du XVIIIe sicle a invent le nom de _falbala_...... Il
visitait une boutique de modes si bien assortie, qu'on ne pensait pas
qu'il y manqut rien de tous les lments d'une toilette lgante.
Dcid  pousser  bout l'imperturbable assurance de la marchande, qui
tait probablement jolie, il forgea dans sa tte le mot le plus bizarre
qu'il lui fut possible de trouver, et demanda des _falbalas_. Elle se
hta de lui prsenter cette garniture de robe qui a pris depuis le nom
de volant,  cause de sa lgret, et qui se divisait alors par le bas
en pointes lgres et flottantes (_Notions de Linguistique_, chap. XI,
note J). Suivant le _Dictionnaire de Trvoux_, l'inventeur du mot serait
M. de Langle qui aurait dit  la marchande que cela s'appelait ainsi 
la cour. A part ce petit conte, Leibnitz, Le Duchat et le prsident de
Brosse donnent pour origine au mot _falbala_ l'allemand _faldplat_, jupe
plisse. M. Hoffmann et M. Eloi Johanneau le drivent de l'anglais
_furbelow_, mot compos qui signifie _fourrure en bas_. Boiste et
Napolon Landais le font venir du latin _flabella_, ventails, festons,
etc. (Voir l'_Essai sur le langage_, par M. A. Charma, p. 209 et 306).

FAMELOTTE, petite femme.

FAMEUX, gros, important. Ex.: Voil un _fameux_ fruit.

FAMINNE, famine.

FANCHON, Franoise.

FANGES, fanes de pommes de terre et des autres plantes lgumineuses.

FAQUIN, lgant, habill avec prtention. P. B.-N.

FARAUD, lgant, qui aime  tre bien mis. P. B.-N.

FARCE, farceur. Ex.: C'est un homme _farce_.

FARFOUILLER, chercher en remuant sans prcaution. P.

FAUCHILLE, faucille.

FAS, faux, instrument pour faucher.

FAUDE, lieu o se fait le charbon de bois.

FAUQUER, faucher.

FAUQUET (faire le), donner un croc-en-jambe. B.-N.

FAUQUEUX, faucheur.

FAUT (personne comme il), personne honnte.

FAVAS, tiges de fves dont on a retir le grain. B.-N.

FEMELLE, femme; souvent en mauvaise part. H.-N.

FENER, faner.

FENTE, terrain qui reste  labourer entre deux _endos_.

FERDAINES, fredaines.

FERLAT, frelat.

FERLE, gele blanche, frimas.

FERLOQUS (habits). Voy. _Dsaills_.

FERLUQUET, freluquet.

FERMILLE, fourmi.

FRON, fil de laiton.

FERTILLER, fretiller.

FERTIN, fretin.

FESSU (n'tre pas bien), tre souffrant et malade.

FTE, fate, toit.

FEUILLU, garni de feuilles. P.

FEUMIRE. On dsigne sous ce nom la fume qu'on voit sortir du _tuet_.

FEUNNER, faner.

FEURRE, paille. On dit une botte de _feurre_, comme on dit une botte de
foin. P. B.-N.

FVES (grosses), fves de marais. H.-N.

FICHANT (c'est), c'est contrariant. P. B.-N.

FICHELLE, ficelle.

FICHER, donner. H.-N. P.

FICHER (s'en), s'en moquer. P.

FICHER LE CAMP, s'en aller.

FICHU, perdu, condamn. B.-N. P.

FICH'TRE! juron; exclamation de surprise. H.-N.

FIEFF (menteur, voleur), qui a l'habitude de mentir ou de voler. H.-N.

FIENS, fumier, de _fiente_. Il est souvent question de _fiens_ dans les
conventions du moyen-ge.

FIER, irascible, _fameux_. P.

FIERCIR (se), se mettre en colre.

FIREMENT, beaucoup. P.

FIRIR (se), se mettre en colre.

FIROT, un peu _fier_. P. H.-N.

FIEUX, fils.

FIVES (avoir, trembler les), avoir une fivre intermittente.

FIGNOLER, s'habiller avec recherche. H.-N. P.

FIGNOLEUX, lgant. B.-N.

FIL (avoir le), s'y bien prendre pour russir.

FILER, FILER DE BAS, s'chapper furtivement. P.

FILLOLE, filleule. P.

FILLOT, filleul. P.

FIN. Mot expltif qui se met devant un adjectif ou un nom, pour lui
donner plus de force. Ex.: Il est tomb au _fin_ fond de l'eau.--Il est
_fin_ bte.--J'en veux tout _fin_ plein ma bouteille. H.-N. P.

FIN ( celle),  cette fin. H.-N.

FIN-FOND (au), tout au fond.

FINI. Adjectif qui se joint  certains mots pour en renforcer le sens.
Ex.: C'est une canaille _finie_. H.-N.

FINITE, finie. Ex.: Ma tche est _finite_.

FINOIN, poire  manger, excellente.

FION (avoir le), s'y prendre adroitement pour russir dans un jeu ou un
ouvrage des mains. B.-N. P.

FION (donner le coup de), finir un ouvrage, le polir. B.-N. P.

FISE, poire dont on fait des confitures.

FISE, petits clats de bois enduits d'argile, qu'on place en travers
sur les solives pour recevoir l'aire d'un grenier en terre. H.-N.

FISQUER, fixer, regarder. B.-N.

FISSIAU, bton transversal du bas d'une chaise; de _fuseau_.

FIXER QUELQU'UN, arrter ses regards sur une personne.

FLABIN. Voy. _Contepet_. H.-N.

FLAINDRE, reculer, ne pas aller franchement. B.-N.

FLAINDRE DU PIED, l'appuyer lgrement et avec prcaution, de peur de se
blesser.

FLAIR, mauvaise odeur. Ex.: Cette viande a du _flair_. P.

FLAIS, flau a battre le bl.

FLAMBE, flamme. P.

FLAMMER, ouvrir un abcs au moyen d'une flamme. H.-N.

FLAMEUCHE, flammche.

FLANE, causerie familire.

FLANIER, qui aime  aller chez les voisins pour apprendre les nouvelles.

FLANQUET, portion du bas de la chemise qui est fendue de chaque ct.
H.-N.

FLAQUET, petite flaque d'eau. H.-N.

FLANQUETTE ( la bonne), sans crmonie, tout bonnement. P.

FLATTER, dnoncer pour faire reprendre ou punir.

FLATTEUX, qui flatte.

FLAUDRE, rosse.

FLAUDRER, rosser.

FLCHIR, dgeler lgrement.

FLEUR-DE-MAI, pomme  couteau; prcoce.

FLEURS D'ORAGE, petits nuages agglomrs qui annoncent l'orage.

FLEURETTE, crme excellente qu'on recueille aprs douze heures de sjour
du lait dans la terrine. H.-N.

FLIGE (sauce), fige. On dit, en parlant d'une sauce claire et mal
faite: Celle-l ne _fligera_ pas sur le coeur. H.-N.

FLIPE, punch au cidre; espce de boisson compose de cidre, d'eau-de-vie
et de sucre, qu'on prend chaude; de l'anglais _flip_, cordial. B.-N.

FLOBER. Voy. _Flaudrer_. P.

FLORAISON, fleuraison.

FLOTTE, espce d'anneau plat qui se mettait entre la roue et l'_euche_,
avant que celle-ci ft remplace par un crou.

FOIRE, faire.

FOIRET, fort.

FOIREUX, qui a la foire. On dit aussi les _foireux_, en parlant de ceux
qui vont aux foires.

FONU, objet creux et plus ou moins profond. H.-N.

FONTANGE, large ruban de soie.

FORBU (cheval), fourbu, qui ne peut continuer sa route, parce qu'on ne
lui a rien donn  manger,  un lieu o il a l'habitude de s'arrter. On
dit aussi d'un homme qu'il a t _forbu_, quand on ne lui a rien offert
chez une personne o il s'attendait  dner.

FORCIR, se dvelopper. Ex.: Cet arbre, ou cet enfant, _forcit_. H.-N.

FORGES, forces qui servent  tondre les moutons.

FORGIONS, habitants du canton de Forges.

FORIRE, extrmit d'une pice de terre sur laquelle les chevaux
tournent  chaque sillon, et qu'on laboure aprs coup.

FORIRES, terres en friche le long des chemins, o les bergers mnent
patre les moutons. M. A. Le Prevost a trouv ce mot dans une Charte de
HENRI II, en faveur de Bondeville. H.-N. On appelle aussi _forires_ les
chemins qui longent les herbages et les sparent des terres en labour.

FORTUN (homme), riche, qui a de la fortune. H.-N.

FOUAILLER, fustiger. P.

FOUE (faire une), mettre le feu  une brasse de bourre. B.-N.

FOULON, frelon. P. H.-N.

FOURCE, porte d'un animal qui met bas; se dit surtout de la truie.

FOURE, excrment, foire. B.-N.

FOUREUX, qui a la _foure_.

FOURQU, fourchu.

FOURQUE, fourche, fourchet. Dans un acte de 1291, il est question d'une
_fourque  espandre_ le fumier.

FOURQUEFILE, fourche  deux dents de fer, qui sert  donner les gerbes
au charretier qui charge une charrette ou un chariot. P.

FOURQUET, entre-deux des jambes. On dit aussi le _fourque_. B.-N.

FOURQUETTE, fourche de bois,  deux dents, qui sert pour faner. Dans un
acte de 1427, il est question de _service de fain, c'est assavoir le
tiers d'une_ FOURQUETE (_Etudes_, etc., par M. L. Delisle, p. 82). Il
s'agit probablement ici d'un _tiers de journe_ employ  faner.

FOUTET (petit), petit garon. P.

FOUTINER, ne point avancer  son travail, s'amuser  des riens.

FOUTINIER, qui s'agite beaucoup et fait peu de besogne.

FOUTRE, donner. Ex.: Il m'a _foutu_ un coup de poing. Ce mot est regard
comme grossier, ainsi que les trois suivants.

FOUTRE! juron.

FOUTRE LE CAMP, s'en aller.

FOUTU, perdu sans ressource.

FOYER (mouton), agneau d'un an, qui a t nourri dans les herbages.

FRAIQUE, frache, mouille. P.

FRAIQUIR, frachir.

FRAIS, mouill par la pluie. P.

FRAIS (suivre le), en parlant d'un chien qui suit la trace d'un livre
ou d'un autre animal, en respirant les miasmes qu'il a laisss sur son
passage.

FRASE, fraise d'un animal.

FRATRES, barbier.

FRLER, fler.

FREMER, fermer. P.

FRMIE, fourmi. H.-N.

FRMILRE, fourmilire.

FRMILLER, fourmiller. H.-N.

FRMILLONS, petites fourmis.

FRMIR. Commencer  bouillir. H.-N.

FRREUX (cousin), cousin germain. H.-N.

FREULE. V. _Flaudre_. B.-N.

FREULER, battre. B.-N.

FRICHONNER, frissonner.

FRICHONS, frissons.

FRICOT, festin, et plus gnralement toute espce de met. Ex.: As-tu du
_fricot_ avec ton pain? P.

FRICOTER, faire bombance. B.-N. P.

FRIGOUSSE (faire), _fricoter_.

FRIMOUSSE, visage. P.

FRINNE, farine.

FRIPPER (se), se frotter le dos dans ses habits quand on ressent quelque
dmangeaison.

FROMAGE MAU, fromage nouveau qu'on dlaye dans la crme, tandis qu'il
est encore _mau_, mou. P.

FROU-FROU (mamezelle). Nom qu'on donne  une fille qui _fait ses
embarras_.

FU, feu. P.

FUMELLE, femelle. H.-N. P.

FUMER, tre vex. B.-N.

FUNQUER (faire), mettre du bois scher sur le feu, afin qu'il brle
mieux. Se dit aussi d'une personne qu'on fait attendre. Ex.: Il m'a fait
_funquer_ sur le chemin, pendant une heure.

FUNQUIRES, fougres.

FURIEUSEMENT, beaucoup, extrmement. P.

FUROLE, feu follet qu'on aperoit au commencement de l'hiver dans les
endroits marcageux. On assure que les _furoles_ se plaisent  garer
les voyageurs; mais on dit qu'en mettant son couteau en terre, la pointe
en haut, la _furole_ vient danser dessus; et le voyageur a le temps de
reprendre son chemin. On ajoute que le couteau reste couvert du sang de
la _furole_. La foi aux absurdits dbites sur ces feux follets n'est
pas encore entirement teinte. En Picardie, on les appelle _fofu_, faux
feu.

FUT, alla. Ex.: Il _fut_ trouver son ami. Il ne faut pas confondre les
temps du verbe ALLER avec ceux du verbe TRE. Voici la remarque de M.
Lvi: Dites _est all_ toutes les fois que vous voulez exprimer
l'action de se transporter d'un lieu  un autre; dites _a t_ lorsque
votre intention est de marquer le sjour dans un lieu dsign. Il y a
entre ALLER et TRE la mme diffrence que entre le mouvement et le
repos. (_Les Omnibus du langage_, 8me dit., page 5.)

FUTEUX, fcheux dans le boire et le manger.


                                  G

GABEGI, grabuge, dsordre, perte. P.

GABELOU, douanier; employ de la rgie des contributions indirectes. P.

GABILLER, gaspiller.

GABRIET, Gabriel.

GAFFE, morsure de chien. B.-N.

GAFFER (faire), faire donner une _gaffe_. En espagnol, _gaffar_,
mordre.

GAGNAGNE, gain, profit retir de son travail. P.

GAGNE-PAIN, celui qui soutient ses parents par son travail. P. On le dit
aussi du principal instrument d'un ouvrier.

GAI, geai. P.

GAI (porte du), porte du guet. On nomme ainsi une petite porte place au
haut de la flche des clochers. Au moyen-ge, les paysans suivaient
rarement leur seigneur  la guerre, mais ils taient souvent requis pour
faire le guet, soit dans les chteaux-forts, soit dans les glises
transformes alors en forteresses. Les habitants des campagnes
commencrent  se fortifier dans les glises en 1358 (_Etudes_, etc.,
par M. L. Delisle, pages 101 et 643). Nous pensons voir l l'origine de
la dnomination de ces _portes du gai_, qui n'ont t conserves que
pour faciliter aux couvreurs le placement de leurs chelles, quand ils
travaillent  la rparation de la couverture des clochers.

GAITER, regarder, guetter.

GALAFRE, glouton. P. En espagnol, _golafre_.

GALAPIAS, galopins. P.

GALIBIER, polisson. P. Homme maigre et sans valeur. A la Guadeloupe, on
nomme _galibi_ les squelettes qu'on trouve dans le tuf calcaire.

GALINE, ce que l'on peut porter de grain vann dans les deux mains.

GALLE, bouton sur la peau. H.-N.

GALOP (donner un), rprimander fortement. H.-N. P.

GAMBE, jambe.

GAMBETTES, soutiens du linteau d'une chemine.

GAMBIER, traverse de bois suspendue  une corde, qui sert  accrocher
les animaux tus pour la boucherie, afin de les dpecer plus aisment.

GANCIR (se). Se dit du bois rest trop longtemps  l'air et qui se
dcompose par suite de l'humidit.

GANDOLER (se), se balancer en marchant.

GANNE, jaune.

GANNET, renoncule cre;  cause de sa fleur qui est _ganne_.

GAQURES, jachres. P.

GARCHON, garon.

GARCHONNAILLES, runion de garons.

GARCHONNIRE, fille de conduite quivoque, qui cherche la socit des
garons. P.

GARDE-MESSIER, garde-champtre, qui garde  la moisson; de _messis_. P.
Cette dnomination remonte au XIIIe sicle.

GARDES, groseilles  grappes.

GARDIER, groseiller.

GARDIN, jardin; en anglais, _garden_.

GARET, jarret.

GARIR, gurir. P.

GARSE. Ce mot, qui semblerait pouvoir tre employ comme fminin de
_gars_, est toujours pris comme synonyme de fille de mauvaise vie.

GAS, gars, garon. Se prend ordinairement en mauvaise part. B.-N.

GATE, jatte. P.

GATE, contenu d'une jatte. P.

GATELOT, petite jatte. P.

GAUDAILLER, boire avec excs en disant des gaudrioles; du latin
_gaudere_, se rjouir.

GAUDIAMUS, gaudrioles; de _gaudeamus_.

GAU-GAU (), a satit. P.

GAUGUES, grosses noix. P.

GAUGUIER, noyer. P.

GAVE. On dsigne sous ce nom l'espce de poche dans laquelle la
nourriture des oiseaux sjourne avant de passer dans l'estomac. P.

GAVE (s'en donner une), prendre des aliments avec excs jusques  la
gorge.

GAVELLE, javelle. On trouve le mot _gavella_ dans les actes du XIIIe
sicle.

GAVELER (laisser), laisser longtemps en javelles.

GENOUIL, genou; c'est le vieux mot franais.

GAVIAU, gosier des oiseaux.

GANE, gante.

GEIGNEUX, qui se plaint sans raison.

GENTILHOMME, porc. En Picardie, on dit un _monsieur_; dans le Berry,
c'est un _noble_; les Normands disent un _vtu-de-soie_; aux environs de
Cherbourg, on l'appelle un _monsieur de travail_. C'est sans doute une
allusion satyrique, dit M. du Mril, faite par la classe des
travailleurs,  la vie oisive des gentilshommes et des habitants des
villes.

GERGON, jargon. P.

GERGONER, quereller sans raison.

GERNER, germer.

GERNER (laisser), faire attendre longtemps aprs soi. Ex.: Il m'a laiss
_gerner_ une heure, en l'attendant.

GERNOTTES, tubercules radicaux des raiponces, _bumium bulbocastanum_,
noix de terre. Quelques personnes les mangent, H.-N, B.-N. P. En
Bourgogne, cette plante est appele _anote_ ou _arnote_.

GEULU, gourmand.

GIBLET, vrille.

GIFFE. Voy. _Calotte_. P.

GIFFLER, donner des _giffes_. P.

GIGUES, longues jambes.

GISIER, gsier.

GLACHON, glaon.

GLACHANT (noeud), noeud coulant.

GLAGEUX, glayeuls.

GLANES (rebattre le _feurre_ de ses), rpter souvent la mme chose; en
parlant d'un prdicateur, d'un avocat, etc., qui est oblig de faire des
redites pour ne point rester muet, semblable  celui qui donne de
nouveaux coups de flau  ses glanes, afin de faire jaillir encore
quelques grains de froment.

GLEUMER, en parlant du coucou qui mange les oeufs des autres oiseaux. On
le dit aussi des personnes qui mangent des oeufs crus, dans la pense que
cela aide la voix et fait mieux chanter.

GLINNES, excrments des poules; de _gallina_. En Picardie, les poules se
nomment _glaines_. Le lendemain d'une noce, en certains endroits, les
jeunes gens vont, munis d'une longue perche, chez les convives de la
veille et rclament des poules pour faire un second repas; ils appellent
cela _aller  glaines_.

GLOU DE (tre), tre avare d'une chose; la donner difficilement.

GLU, paille de seigle _glue_ pour faire des liens.

GLUAGE, action de _gluer_.

GLUER, sparer les faibles tiges des gerbes de bl ou de seigle battu,
afin de rserver les plus fortes pour faire des liens ou des
couvertures.

GLUIACHES, gerbes faites avec les _dfourrures_.

GNIAFE, savetier. P.

GNOGNOTE (c'est de la), c'est une vtille, une menterie, etc. Le _gn_ se
prononce mouill comme en espagnol.

GOBE, grosse bouche.

GOBER. Frquemment employ pour indiquer quelqu'un qui mange avec
avidit, surtout des fruits, tels que prunes, cerises, etc.

GOBET, diminutif de _gobe_.

GOBIER, sot. Ex.: Tais-toi, grand _gobier_.

GOBITONS, petits morceaux d'toffe, de pain, etc. H.-N.

GOBLOT, gobelet.

GOBLOTER, boire avec excs.

GODARD, mari dont la femme est en couches. Selon M. Corblet, ce mot est
roman et signifie _un homme qui prend ses aises_. La signification qu'on
attache aujourd'hui  cette expression, viendrait alors de ce que, dans
plusieurs provinces, le mari d'une femme en couches se mettait au lit
pour recevoir les visites de ses parents, et prenait ainsi ses aises
pendant plusieurs jours. P.

GODETS, cahots, secousses dans les ornires.

GODICHE, ridicule, maladroit. B.-N.

GOHE, clat de rire. B.-N.

GOINFRE, glouton. P.

GORGETTE, ruban qui s'attachait de chaque ct du _pierrot_ et passait
sous le menton, afin de soutenir la coiffure.

GOSILLOT, cartilage thyrode.

GOSSE, menterie pour rire. H.-N. P.

GOSSER, mentir par plaisanterie. H.-N. P.

GOSSEUX, qui _gosse_. P.

GOT (entrer tout de), entrer brusquement, sans gard pour les personnes
au milieu desquelles on se prsente. Il y a prs de soixante-quinze ans,
le quai de l'Horloge,  Paris, fut largi vers le pont. La chronique
cite, au sujet de ce travail, les rimes suivantes:

      Monsieur Turgot tant en charge,
      Et trouvant ce quai trop peu large,
      Y fit ajouter cette marge!
      Passant qui passez _tout de got_,
      Rendez grce  monsieur Turgot.

      (_Journal de Rouen_, 4 mai 1852.)

GOTON. Voy. _Margoton_.

GOUAlLLER, railler, plaisanter. B.-N. P.

GOUAILLEUX, qui _gouaille_.

GOUGES (avoir les mains), engourdies par le froid, ineptes au travail.
Voy. _Gourdes_.

GOUINNE, femme de mauvaise vie.

GOULIAFRE. Voy. _Galafre_. P.

GOULIAS. Voy. _Galafre_. P.

GOULON, goulot.

GOURDES (avoir les mains). Voy. _Gouges_. Vient du latin _gurdus_,
stupide; aussi dit-on quelquefois dans le mme sens: J'ai les mains
_sottes_. H.-N.

GOURER, tromper. B.-N. P.

GOURGANNES, fves de marais. H.-N.

GOUTTE, petit verre d'eau-de-vie. On dit prendre, payer _la goutte_ ou
_une goutte_.

GOUTTE (n'y voir), tre priv de lumire; ne point trouver de solution 
une affaire. H.-N.

GOUTTE MILITAIRE, verre  cidre  demi-plein d'eau-de-vie.

GRABUGE, dsordre dans l'administration d'une maison. H.-N. P.

GRAFIGNER, gratter lgrement et sans cesse. P.

GRAFOUILLER. Voy. _Grafigner_.

GRAGEOIR, espce de mortier en bois dans lequel on crase le sel, au
moyen d'un pilon aussi en bois.

GRAGEUX. Voy. _Grageoir_.

GRANAISON, grain provenant des crales; rendement des gerbes.

GRANMENT, grandement, beaucoup, B.-N. P.

GRANCHE, grange. On trouve le mot _granche_ dans un titre de 1400.

GRAND, tendue. Ex.: Il y a _grand_ dans ce champ. P.

GRAND (tenir sa maison dans le),  la manire des grands.

GRAND'CHEMISE, blouse.

GRANDIER, fier, hautain. P.

GRAND'MRE, vieille femme. P.

GRAND'PRE, vieillard. P.

GRAS-BOUDIN, grande consoude.

GRASSETS (les), repas qu'on donne pendant les dernires semaines qui
prcdent le carme.

GRASSIER, grasseyer.

GRAV (homme), marqu de petite vrole. P. B.-N.

GRAVOIS, gravier.

GREC, svre.

GRL. Voy. _Grav_. On dit aussi de celui qui a perdu beaucoup au jeu:
Il a t _grl_.

GRMIR (faire), faire frissonner d'apprhension.

GRNADES. Voy. _Gardes_.

GRNADIER. Voy. _Gardier_.

GRNAISON, rendement en grains des crales.

GRSILL, brl au soleil.

GRVACHONS, prunes sauvages.

GRIBLETTE, riblette, morceau mince de viande qu'on fait cuire sur le
gril. Nous citerons  ce sujet un extrait du _Trsor des Chartes_,
relatif  un dner que les religieux de la Sainte-Trinit de Caen
donnaient chaque anne, avant 1450, aux habitants de Vaulx: Ilz lavent
leurs mains en une cuve plaine d'eaue, et apres se assient  terre et
ont chascun ung pain de vingt-une  vingt-deux onces, une toille
estendue devant eulx, sur laquelle ils ont une pice de lart peleis
barbouilly de la grandeur de demy pi en quarr; apres ont chascun une
_ribelette_ de lart routy sur le greil, chascun une escule de mortreux
fait de pain et de leit, et boire tant qu'ilz veullent, cidre ou
cervose, et sont assis trois on quatre heures (Cit par M. L. Delisle,
_Etudes_, etc., page 90).

GRIBOUILLER, griffonner.

GRIBOUILLONNER. Voyez _Gribouiller_.

GRIER, glisser.

GRIGNARD, enfant qui pleure sans cesse.

GRIGNER, faire mauvaise mine, pleurnicher.

GRIGNON (enfant), chagrin et de mauvaise humeur.

GRILLETTE A GRILLETTE, petit  petit.

GRIMPLET, grimpereau.

GRINGALET, homme petit et maigre. P.

GRIPPER, voler.

GROLLES, mauvais chevaux.

GRONE, ce qu'un tablier peut contenir de fruits, de grains, etc. Ce mot
vient du picard _gron_, qui signifie tablier. B.-N. P.

GROS (tirer du), tirer du gros cidre.

GROSELLES, groseilles.

GROSSIER, qui a de l'embonpoint. P.

GROSSIER, botte de paille trs-allonge dans laquelle on met le _halot_
pour les chevaux.

GROUE, pommes qui tombent, pendant la nuit, avant la saison de les
locher, et qu'on ramasse le matin.

GROUIN, groin.

GROULER, crouler, bouder. P. H.-N.

GROUMOULER (se), grommeler.

GRUMELOTS, grumeaux.

GUD, gonfl; qui a trop mang. B.-N.

GUNON, terme de mpris.

GUERBE, gerbe. P.

GUERBE, gerbe. P.

GUERBIRE, espce de niche pratique dans les _tas_, o se place une
personne pour recevoir les gerbes.

GUERGEOLER. En parlant du ramage des oiseaux, on dit: ils _guergeolent_;
on le dit aussi des enfants qui commencent  parler.

GURITE, gurie. P.

GUERNIER, grenier. P.

GUERNOUILLES, grenouilles. P.

GUERNU, grenu. P.

GUTES, gutres.

GUTES (harengs), guais.

GUEULARD, qui crie fort en parlant; se dit aussi du crieur public dans
les ventes aux enchres. B.-N.

GUEULE (tre de la), tre gourmand.

GUEUX, fripon.

GUIAME, Guillaume.

GUIAMET, petit Guillaume.

GUIFFE, bouche. P.

GUIGNER, regarder de travers, regarder indiscrtement. P.

GUILEBAUDE (grande), femme haute et maigre, aux manires communes.

GUILEBAUDES, trs-longues jambes.

GUILLE, diarrhe.

GUISIER, gsier.

G'VEU, cheveu.

                                  H

HABILE! vite! P. Ce mot semble avoir beaucoup de rapport avec le verbe
_abire_, qui fait,  l'impratif, _abi!_ va! pars!

HABITS (claper dans ses), s'y trouver trop au large, par suite de
dprissement ou de maladie.

HABIT-VESTE, vtement  courtes basques, qui tient le milieu entre
l'habit et la veste.

HABLEUX, hbleur; de l'espagnol _hablar_.

HAGER, hacher, couper menu.

HAGUE, gros bton de bois  brler.

HAGUER, hacher. On emploie aussi ce mot au figur. Ex.: Il l'a _hagu_
de sottises.

HAGUETTES, petites _hagues_ mises en corde.

HAGUIGNETTES. V. _Aguignettes_.

HAGUIGNOLER, couper malproprement. H.-N.

HAGUIGNONNER, couper maladroitement ou avec un mauvais couteau.

HAHAHA! interjection plus ou moins rpte qui indique le rire. Un
astrologue italien a prtendu connatre le temprament et les passions
de l'homme,  la manire dont il rit. Voici ce qu'il affirmait en 1662:
Quand un homme rit, s'il fait _ha, ha, ha_, il est flegmatique; s'il
fait _he, he, he_, il est colrique; s'il fait _hi, hi, hi_, il est
dissimul; s'il fait _ho, ho, ho_, il est sanguin. L'abb Damascne ne
nous dit point ce qu'il pense de l'homme qui rit en _hu, hu, hu_.

HAIS? que dites-vous? On se sert aussi de cette interjection pour
appeler une personne loigne.

HALITRE, hle.

HALOT, grains de bl encore couverts de leur paille, qu'on amasse dans
le van, en _halotant_.

HALOTER, agiter le bl ou autres grains horizontalement dans le van pour
runir le _halot_.

HAMES, mancherons de charrue. Mot qui est peut-tre une corruption de
_hampes_.

HANNE, mauvais cheval.

HANSE, hampe  laquelle la faux est ajuste.

HANT (lieu), lieu o les bestiaux de la ferme viennent souvent.

HANTER, frquenter; se dit surtout d'un jeune homme qui visite souvent
une jeune personne, en vue de mariage.

HANTIMENT, compagnie; se prend ordinairement en mauvaise part.

HARDE, oeuf sans coquille, seulement recouvert d'une pellicule.

HARDES, nom employ pour dsigner les divers vtements d'une personne.

HARQUE DU DOS, pine dorsale.

HARQUES, artes de poisson.

HARICOTER, se servir de mauvais chevaux, de haridelles et ne point
avancer dans son travail.

HARICOTIER, qui _haricote_.

HARLAND, qui _harlande_.

HARLANDER, russir mal dans son travail. On dit d'un cultivateur qu'il
_harlande_, quand il n'a pas assez de chevaux pour faire ses travaux en
bonne saison.

HARNAS, pieds et intestins de mouton runis et cuits dans l'eau.

HARRACHES, civires dont on se sert pour porter les morts.

HASTIQUER, travailler longtemps  une chose, sans pouvoir russir.

HATELET, carr de ctelettes de lard qu'on met ordinairement  la
broche. H.-N. B.-N.

HATIGNOLE, boulette de viande hache que vendent les charcutiers. Dans
son numro du 11 mai dernier, l'_Abeille cauchoise_ servait le canard
suivant  ses lecteurs: An 701, passage du Juif-Errant  Yvetot; il
s'arrte  l'auberge de la _Truie-qui-File_; il fait la dpense: 1 d'un
pain mollet, 10c,; 2 d'un pot de cidre, 10c; 3 d'un atignol, 5c. Dans
le pays de Bray, nous faisons de _Hattignole_ un substantif fminin.

HATILLE, rate de porc,  laquelle sont unies d'autres parties des
entrailles. H.-N.

HAUCHER, hausser.

HAUT-MAL, pilepsie. Ex.: Il tombe du _haut-mal_. P. B.-N.

HAUVELER, mettre en _hauviau_.

HAUVIAU, javelle d'orge, d'avoine, etc., qu'on runit par petites
portions, en _hauviaux_,  l'aide d'un rateau, avant de les mettre en
gerbes.

HAVET, petit crochet. On dit aussi en parlant des dents des chiens:
Quels _havets_! H.-N.

HAVIR, exposer  un feu trop vif. Ex.: Ce gigot va tre _havi_.

HAYEUR, ouvrier qui fait et rpare les haies. On disait autrefois
_hayer_, pour signifier le droit de prendre dans un bois les branches
ncessaires pour clore les _haies_.

HAYON. Voyez _Abrias_.

HAYURE, haie. P.

HPE, dernier effort pour atteindre un but. Ex.: Courage! il n'y a plus
qu'une _hpe_ pour arriver.

HQUE, petite barrire qu'on place  l'entre des maisons pour empcher
les volailles et autres animaux d'entrer quand la porte reste ouverte.

HQUE! exclamation qui exprime le dgot. P.

HQUET, hoquet.

HERBIERS, mauvaises herbes qui poussent dans les lieux incultes. H.-N.

HERCAILLES, mauvaises brebis.

HERCHE, herse.

HERCHE-CUL (), sur le derrire. Ex.: Il l'a tran _ herche-cul_.

HERCHELLE, branche de bois torse qui sert  lier les bourres. P.

HERCHER, herser.

HRER, jouer des oies, des dindons, des morceaux de pore, etc., avec un
jeu de piquet. Ce jeu a beaucoup de rapport avec l'_as-courante_.

HRICHON, hrisson. P.

HERNU, tonnerre. Ex.; Il y aura du _hernu_, c'est--dire il tonnera. On
dit aussi, en parlant d'poux qui _disputent_ souvent, qu'il y a du
_hernu_ dans leur mnage.

HERPER, mordre, saisir. Ex.: Fais-le _herper_ par ton chien. P. B.-N.

HSET. Voyez _Abrias_.

HTREAU, petit htre.

HEURE (d'), de bonne heure.

HEURE (pas d'), tard. Ex.: Il n'est pas d'_heure_.

HEUR (bien), rgulier dans les _heures_ du repas. P.

HEURIBLE, prcoce; qui mrit de bonne heure. On dit aussi qu'un homme a
t _heurible_, quand il arrive de grand matin. H.-N.

HIE! exclamation pour faire avancer ou chasser un animal.

HIER-MATIN, hier au matin.

HIER-SOIR, hier au soir.

HISTOIRE DE, pour.: Ex.: Jouons, _histoire_ de passer le temps. H.-N.

HIVE, ruche. C'est absolument le mot anglais prononc  la manire
franaise.

HIVERNACH, vesce d'hiver.

HOC (rester), perdre le fil de son discours; rester sans trouver de
rponse.

HOCSONNER, branler une porte pour l'ouvrir. H.-N.

HOMME, mari, Ex.: demandez  mon _homme_. H.-N.

HONEST, honntet, procd gracieux. Un commissionnaire dira:
Donnez-moi selon votre _honest_, c'est--dire ce que vous voudrez,
selon votre gnrosit. _H.-N._

HOQUER, accrocher, suspendre. P.

HORS, malpropre.

HORS-MONTEUX (pied), pied droit du cheval; du ct que l'_on ne monte
point_.

HORZAIN, du dehors; homme tranger  la commune. P. B.-N.

HOS! pour faire arrter les chevaux.

HOTONNER, branler en secouant. Voy. _Haloter_. P.

HOTONS, Voy. _Grossier_.

HOTTELE, ce que contient une hotte ou un _hottiau_.

HOTTIAU, banneau.

HOU! HOU! expression dont on se sert pour chasser ou faire avancer les
porcs. P.

HOUBILLER, en parlant du vent, quand il souffle fort et soulve la
poussire en tournoyant.

HOUBILLONNER. V. _Houbiller_.

HOUCHE! Voy. _Hou_.

HOUPER, appeler de loin en hlant dans ses mains.

HOURDER, prendre, saisir. Ex.: _Hourdez_-le au collet.

HOUS (mal), mal habill.

HOUSES, grandes gutres dont on se sert pour monter  cheval.

HOUSIAUX, grandes bottes qui montaient au-dessus du genou. Les
_housiaux_ ne sont plus en usage depuis une trentaine d'annes.

HOUSSER, mordre. Ce mot est surtout employ en parlant d'un chien enrag
qui en a mordu un autre.

HOUSSINE, petite branche.

HU! cri pour faire marcher les chevaux. On s'en sert aussi pour les
faire aller  droite.

HUCHE, espce de grand _hottiau_ qui sert  transporter les fumiers. Ce
mot sert aussi pour indiquer un chariot dont les _bers_ ont t
remplacs par des planches runies, pour le transport des pommes.

HUCHER, placer au haut. B.-N.

HUHO! hurhaut. Mot au moyen duquel on fait aller les chevaux  droite.

HULER. Voy. _Houper_.

HUMMER, humer.

HUPPE (sale comme une), trs-sale. Cette expression vient de ce que la
huppe ou _coq-merdeux_ enduit d'excrments humains le creux d'arbre o
elle place son nid.

HUQUER. Voy. _Houper_.

HUREUX, heureux. H.-N. P. Ce mot s'crivait quelquefois ainsi  la fin
du XVIIe sicle; nous en trouvons la preuve dans un ouvrage imprim en
1698, o il est question de la mort du _bien-hureux_ Guillaume, premier
abb d Fcamp (_Le grand Calendrier du diocse de Rouen_, p. 1re).

HURLUP, qui a les cheveux raides et mal peigns.

HURU. Voy. _Hurlup_. B.-N.

HUYO! Voy. _Huho!_


                                  I

I, s'emploie dans diffrentes interrogations. Ex.: Sont-i partis?
_Ch'est-i_ vous? pour: Sont-ils partis? Est-ce vous?

I, il, ils; devant une consonne. P.

IARD, liard. P.

IAU, eau. P.

ICHITE, ici; du latin _hic_. Sur les pierres tumulaires du XIIIe sicle,
on trouve _ichi_.

IDE (une, une petite), extrmement peu. H.-N.

ILA, ici, l; du latin _illc_.

ILO, l. P.

IMPOSER (en), employ pour _imposer_, commander le respect. En
_imposer_, signifie _tromper_.

IMPOSSIBLE (en avoir l'), avoir en grande quantit. H.-N.

IMPUNANTER, remplir. Ex.: Ce champ est _impunant_ d'ivraie.

INCAMO, intelligence.

INDUQUER, lever; instruire. P.

INNE, une.

INFIQUER, ficher en terre. P.

INNOCENT, jeune enfant; idiot. P. H.-N.

INN' TOUT, non plus; pas davantage. H.-N.

INSTANT (de),  l'instant. H.-N.

INTERLOQUE, stupfait, surpris. P.

INTIAU, linteau de chemine.

INTRER, entrer. P.

INVECTIVER UNE PERSONNE, invectiver contre.

IOU? o?

IRRASATIABLE, insatiable.

ISQUE, prononciation de la lettre X. H.-N.

ITOU, aussi. Suivant une remarque de M. l'abb Corblet, ce mot, qui
semble venir du latin _ita_, _etiam_, driverait du vieux franais _et
tout_, qui signifiait _avec_. P.


                                  J

J', nous. Ex.: _J_'avons dn, _j_'allons partir.

JACQ, Jacques. H.-N.

JAQUET, Jacques; en parlant d'un enfant.

JAMBETTE, Voy. _Gambettes_.

JAPE, babil, caquet. B.-N. P.

JAPER, babiller sans rflexion; aboyer. P. B.-N.

JAQUETTE, jupe de petit enfant. P.

JAUNET, pice de 20 francs. P.

JAUNET, un peu jaune. Ce nom est aussi employ substantivement pour
dsigner diverses espces de renoncules.

JEAN-CLAIR, poire  manger; tardive.

JEAN-FOUTRE, mauvais drle, homme peu stable.

JEANNETON, Jeanne.

JEANNETTE, Jeanne; en partent d'une jeune fille.

JEANNOT, Jean.

JEAN-QUIN, caf auquel on ajoute un peu d'eau-de-vie et de sucre. Vers
1825, le nomm Jean-Quin, de Neslette, garde de M. de Richemont, passant
par Bettencourt, prs de Blangy, entra au caf du pre Desmoulins,
surnomm _la Queue-Blanche_; il se fit servir pour un sou de caf, un
sou d'eau-de-vie et un peu de sucre; il mla le tout ensemble, et, comme
on lui demandait le nom de ce mlange, il rpondit: Appelez-le comme
moi, _Jean-Quin_. A partir de l, le _Jean-Quin_ devint en renom, et
aujourd'hui il en est fait une grande consommation. Les cafetiers
assurent qu'il y a peu de profit pour eux  prparer cette liqueur, le
_Jean-Quin_ ne se vendant que dix centimes; mais nous pensons qu'ils se
ddommagent sur les libations qui viennent  la suite, sous le nom de
_goutte_, _petit-verre_, _rincette_, _rinurette_, _coup-d'adieu_,
_coup-de-bout_, _coup-de-cachoir_, _coup-d'-cheval_, _coup-d'trier_,
etc.

JEUNESSE (une), une jeune fille. P.

JIFE, JIFFLE, soufflet.

JIFFLER, donner des _jiffles_.

JIGUER, ruer; en parlant des chevaux et des vaches. S'emploie aussi dans
le sens de _jougler_.

JIONS, joncs.

JOLI (bois), laurole.

JOLIMENT, beaucoup, trs. Ex.: Il est _joliment_ laid. P.

JOMARINS, ajoncs marins.

JOUGLER, se dit d'un cheval repos qui gambade et foltre.

JOUIR DE, tre matre. Ex.: Je ne puis _jouir de_ cet enfant. On dit
aussi, en parlant des personnes maladives: _Jouir_ d'une mauvaise sant.
H.-N.

JOUJOU, se dit d'une personne qui se joue comme un enfant. Ex.: Vous
n'tes qu'un _joujou_.

JOUJOUTE (faire), se jouer.

JOUQUER, jucher.

JOUR-FAILLI (), au soir.

JOURNAL, mesure agraire contenant  peu prs ce qu'un charretier peut
labourer en un jour; environ une demi-acre.

JOURNALIER, variable d'un jour a l'autre. Ex.: Il est _journalier_ pour
son adresse au travail. H.-N.

JUDAS (bran de), taches furfuraces qui paraissent, surtout au
printemps, sur le visage de certaines personnes.

JUSSE, juste. Ex.: C'est _jusse_. On dit aussi comme de _jusse_,
c'est--dire comme il est juste. P.

JUTER, rendre du jus. B.-N. P. On se sert aussi de ce verbe comme
synonyme de _pleurer_.

J'VA, cheval; au pluriel _j'vas_ ou _j'vaux_.


                                  K

KAFIGNONS, corne qui se trouve  l'extrmit du pied des animaux qui
l'ont fourchu, tels que la vache, le porc, le mouton, etc.

KAINE, chane.

KALIPTE, sorte de bonnet qui couvre les oreilles et une partie des
joues, dont les femmes se coiffent pour la nuit et qu'elles conservent
le matin. M. A. de Poilly fait venir ce mot du verbe _klpt_, qui
dsigne un ajustement de ce genre.

KARAS, berger.

KARUE, charrue.

KERDER, carder.

KERMINNE, charogne. P.

KROIX, croix.

KEVRON, chevron. P.

KIEF, pice de bois  laquelle on assujettit le soc de la charrue. Au
moyen-ge, on disait _cep_.

KIEN, chien. P.

KIGNE-EN-COIN (de), d'un coin  l'autre.

K'MINAYE, chemine.

K'MINSE, chemise.

K'VA, cheval.

K'VILLE, cheville. Cette expression nous parat offrir une de ces
bizarreries qu'on rencontre dans la prononciation de certains mots de la
langue franaise. Pourquoi mouille-t-on _ll_ dans _cheville_, tandis
qu'on ne le fait pas dans _ville_? C'est par suite de cette irrgularit
qu'un enfant, qui rcitait nagure une leon de grammaire latine,
disait: _Hostis urbem diripuit_, l'ennemi PILA (pilla) la ville.


                                  L

L', le.

LACHET, lacet.

LACHERON, laiteron. P.

LAI, le. Ex.: coutez-_lai_.

LAID (faire), faire la grimace  quelqu'un. H.-N.

LAIQUER, lcher.

LAIRER, laisser. On ne l'emploie qu'au futur et au conditionnel. Ex.: Tu
me _lairas_ bien parler  mon tour.

LAISANDER, faire le _laisant_.

LAISANT, paresseux; qui se promne le long des chemins sans travailler.
B.-N.

LAISI, loisir.

LAIT BATTU, lait de beurre.

LAITRON, poulain qui tette encore. B.-N.

LAMBIN, lent, nonchalant.

LAMBINER, marcher ou travailler lentement.

LANDIER, chenet.

LANDON, paroles ennnyeuses. B.-N.

LANDONNER, ennuyer par des propos inutiles.

LANGREUX, chtif, valtudinaire. P.

LANGUES DU MONDE, babils populaires.

LANGUE (taire sa), garder le silence. H.-N.

LANNER. Voy. _Landonner_. H.-N.

LANTURLU (avoir), avoir cinq cartes de mme espce au jeu de _pamphile_.

LA OU, l que. Ex.: C'est _l o_ je vais djeuner.

LAPIDER, tourmenter. Ex.: Cet enfant me _lapide_ du matin au soir.

LAPIER, rucher. Ce mot devrait s'crire _apier_, du latin _apiarium_,
lieu o l'on conserve les ruches. Il est probable que d'abord on disait
l'_apier_; et l'apostrophe aura fini par disparaitre.

LAQUEULLE, laquelle.

LARDER, donner une grande chaleur; en parlant du feu ou du soleil; du
latin _ardere_.

LARMER, pleurer. H.-N.

LARRIS, landes; terrein de mauvaise qualit abandonn pour le pturage
des moutons. P.

LAVE-MAINS, vase dans lequel les domestiques lavent leurs mains.

LAVERIE, lieu o on lave la vaisselle.

LAVETTE, linge qui sert  laver la vaisselle.

LQUEULS, LQUEULLES, lesquels, lesquelles.

LS, les; devant une consonne.

LESSIVE (couler, _caudier_ la), faire la lessive.

LESSIVE (battre la), frapper sur le linge avec un battoir pour faire
pntrer le savon.

LESSIVEUSE, lavandire. P.

LEU, leur.

LEU, loup. P.

LEU (paure), pauvre diable. On dit aussi _paure lve_, en parlant d'une
femme.

LEUS, leurs; se.

LEUT', leur.

LVE, louve.

LEV (mal), de mauvaise humeur.

LZAND, paresseux; qui prend du _laisi_.

LI, lui. Ex.: Donne-_li cha_. _Li_ est peut-tre pour _illi_. P.

LIACHE. Voy. _Comble_.

LIAN, lien. Cette expression se trouve dans les actes du moyen-ge.,

LIAGE, action de lier la rcolte. Ex.: Il n'y aura pas de _liage_
aujourd'hui.

LIGE (feuilles de), feuilles de lierre.

LIETTE, cordon. Ex.: J'ai cass la _liette_ de mon tablier.

LIGNEU, ligneul.

LIMONNIER, cheval qu'on met dans les _limons_. H.-N.

LIMONS, brancards d'une voiture.

LIMOUSINE, manteau limousin, de grosse laine grise  raies brunes, dont
se servent les charretiers. P.

LINGARD (cheval), efflanqu. Se dit aussi des personnes grandes et
maigres. H.-N.

LINGUE, langue. P.

LIORNES, lianes.

LIPPE, lvre.

LIPPU, qui a de grosses lvres. P.

LIQUEUREUX, liquoreux.

LIRLAS, lilas.

LIROTES! LIROTES! LIROTES! cri par lequel on appelle les jeunes canards.

LISA. Voy. _Elisa_.

LISET, petit ruban de soie.

LIT (haut de), ciel de lit, baldaquin.

LIU, lieu. P.

LO, l. P.

LOCHER, secouer un arbre pour faire tomber les fruits. H.-N.

LOLO, veau; expression enfantine. On dit aussi, d'un grand garon qui a
des manires enfantines: C'est un grand _lolo_.

LONGIN, lambin. P.

LONGUE, longe.

LOPIN, petite quantit. P.

LOQUENCE (avoir une bonne), avoir la voix forte.

LOQUETS, petites portions de laine qui tombent  terre,  la tonte des
moutons.

LORIOT (compre), orgelet, gros bouton en forme de grain d'orge, qui
vient sur les paupires. B.-N.

LORS DE, au moment de: _Lors de_ mon passage.

LOUCHE, cuiller  potage. C'est encore un de ces mots d'un usage gnral
qui, comme le fait observer M. Corblet, manque  la langue officielle de
l'Acadmie. P.

LOUDIER, grosse couverture de laine pique. P.

LOUISOT, Louis.

LOURE, espce de flte.

LOURER, jouer de la _loure_.

L'QUEUL, lequel, laquelle.

L'S', les; devant une voyelle.

LUBIN, lupin.

LUGAN, boudeur, sournois.

LUGANNER. Se dit des premires gouttes de pluie qui prcdent le mauvais
temps. Ce mot viendrait-il de _lugere_, verser des larmes?

LUMRO, numro.

LUMINAIRE. Voy. _Cierge dormant_.

LUQUER, loucher.

LURON, homme gai et sans peur.

L'Z, les. Ex.: Ils sont arrivs _l'z_ uns aprs _l'z_ autres. P.


                                  M

M', ma; devant une consonne. Ex.: Le tiroir de _m_'table. P.

M', me.

MA, mal.

MACHACRE, maladroit, mauvais ouvrier.

MACHACRER, massacrer.

MACHIN, MACHINE, mot par lequel on dsigne une personne ou un objet dont
on ne se rappelle pas le nom. B.-N. P.

MACHON, maon.

MACHOQUER, bossuer; signifie _mal choquer_. P.

MACRIAU, maquereau. En picard, c'est _macrieu_. Autrefois, quand il y
avait des maquereaux  la poissonnerie d'Amiens, on criait au coin des
rues: _On vous foet assavoir qui vient d'arriver eine grande
dballation d'macrieux_; _i gn'o des macrieux  mosieu_, _des macrieux 
procureux_, _des macrieux  povers geins_ (_Glossaire du patois
picard_, page 523).

MADAME, dame. P.

MADELEINE, poire  manger; prcoce.

MADLON, Madeleine.

MAGUE, bosse, ventre.

MAGE (bouteille), qui a un gros ventre. B.-N.

MAGUETTE, quatrime cavit de l'estomac des veaux, dont on extrait la
prsure qui sert  faire cailler le lait avant de le transformer en
fromage. H.-N.

MAHON, coquelicot. P.

MAI, moi.

MAIGRIER, maigre.

MAILLARD, nom donn au canard mle. P. Voy. _Bourre_.

MAIN DE (tre ), tre en mesure de. H.-N.

MAIN (tre en ), outil d'un usage facile. Ex.: Cette faucille est _bien
en  main_.

MAINOTTE, petite main. P.

MAINTIENT, manche du flau  battre le bl; la _main_ le _tient_. B.-N.

MAISON. Ce mot est gnralement employ pour dsigner une cuisine. Ex.:
S'il n'est point dans la _maison_, il est dans la chambre.

MAIS QUE, quand; avec le prsent du subjonctif. Ex.: Je vous donnerai
quelque chose, _mais que_ j'aille  la ville. H.-N.

MAITE, matre.

MAITRE, titre qu'on donne aux cultivateurs en le faisant prcder de
leur nom de baptme. Ex.: _Matre_ Jean, _matre_ Pierre, etc. M.
Auguste. Le Prevost regarde cette locution comme devant avoir une
origine fort ancienne (Voy. notre _Essai sur Londinires_, p. 103).

MAITRE-PIERRE, pomme  couteau, trs-tardive, et se conservant fort
longtemps; nous en avons vu qui taient rcoltes depuis prs de deux
ans.

MALADIE (faire une), prouver une maladie.

MALAISE (),  plus forte raison.

MALANDRE, coup, blessure, ulcre. Comme on le voit, ce mot a beaucoup de
rapport avec _maladrerie_, lieu o l'on retenait les lpreux (Voir notre
_Essai sur Neufchtel_, pag. 62 et suiv.).

MALE, marne. Une charte de 1318 fait mention de terres _malles de blanc
malle pris et champ meismes_, _x toises en parfont_ (_Etudes_, etc., par
M. L. Delisle, page 267).

MALER, marner. On disait autrefois _mailler_.

MAL-EN-TRAIN, souffrant. P. B.-N.

MALFAVEUR (coup de), mauvais coup, coup de maladresse.

MALGR QUE, quoique.

MALHU, malheur.

MALHUREUX, malheureux. P.

MALIRE, trou d'o l'on tire le _mle_.

MAL INCOMMODE, fort incommode.

MALINE (fivre), fivre maligne; on l'appelle aujourd'hui fivre
_ataxique_.

MALON, morceau de marne.

MAL-SAINT N.... (tre tenu du), expression dont se servent les bonnes
femmes pour dsigner diverses maladies, en conseillant d'aller en
plerinage au saint dont le malade est _tint_, afin qu'il soit guri.

MAN, mon; devant une consonne.

MANANT, misrable, homme sans dlicatesse.

MANCHONS, MANCHERONS. Voy. _Hames_; de _manica_, manche. H.-N.

MANGE-TOUT (des), espces de petites fves dont on mange les cosses au
moment de la formation du grain.

MANIQUET, selle de femme, couverte d'une peau de mouton. Les meuniers se
servent aussi de _maniquets_ pour leurs chevaux, mais ils sont
recouverts de peaux de veau et n'ont point de dossier.

MANJURE, dmangeaison. Ex.: J'ai _manjure_  la tte.

MANS, larves du hanneton. B.-N.

MAQUE-PAIS, gourmand.

MAQUER, manger; en parlant des animaux.

MAQUER, manger; nourriture des animaux.

MARCHER, parcourir. Ex.: Avez-vous _march_ les terres de la ferme?
H.-N.

MARCOU, chat mle. B.-N.

MARETTE, petite mare. P.

MARGANNER. V. _Dganer_.

MARGAU, fille d'une conduite quivoque.

MARGOTON, Marguerite.

MARGOUILLER, mcher, manger malproprement.

MARGOULETTE, bouche d'enfant. B.-N.

MARGUITE, Marguerite.

MARICAUDER, noircir le visage ou les habits; de l'espagnol _mascarar_ ou
de l'italien _mascharare_.

MARICHA, marchal ferrant.

MARJOLLES, chair rouge qui pend sous le bec des dindons et des coqs. Se
dit aussi des hommes trs-gras, en parlant de leur _double_ ou _triple_
menton. B.-N.

MARMOUZETS, statues.

MARONNER, MARMONNER, murmurer en secret. P.

MAROTE, Marie. H.-N.

MARQUE. Le bois de charpente se mesure  la _marque_. On en distingue de
deux sortes: 1 la grande _marque_, qui contient 300 _chevilles_, et la
petite _marque_, qui n'en renferme que 96. La grande _marque_ gale 0,71
dcistres, et la petite _marque_, 0,23.

MARS (faire les), se livrer aux travaux agricoles du printemps.

MARS EN CARME (arriver comme), arriver  propos; c'est une corruption
de _mare en carme_.

MARTIAU, marteau. P.

MASIRE, bord d'un bois, d'un foss, etc. P.

MASURE. On dsigne ainsi tout herbage attenant  une habitation. Cette
expression est commune dans les actes des XIIe et XIIIe sicles.

MASTOQUE, lourdaud. P.

MATRAUX, matriaux. H.-N.

MATIFAS, mortier fait de chaux, de sable et de bourre.

MATIN, juron; mauvais drle.

MATINES, livre d'heures  l'usage des laques.

MATINEUX, matinal, qui se lve matin.

MATTE, martre.

MATTES, lait coagul par suite de la chaleur de l't. B.-N.

MATTES (fond de). Ce qu'on dsigne ainsi est en ralit le _dessus_ des
_mattes_, auxquelles se trouve ml un peu de _fleurette_.

MATTONN (temps), couvert de petits nuages arrondis. H.-N.

MAU, mou. P.

MAUCURANT, qui fait _mal au coeur_. P.

MAUGRAI, malgr, P. C'est le vieux mot franais _maugr_.

MAUVAISET, mchancet. P.

MAUVIAR, espce de merle.

MCANIQUE, appareil adapt aux voitures et destin  ralentir leur
marche, dans les descentes, au moyen d'une vis.

MCHANT, pauvre. Ex.: C'est un _mchant_ porte-balle. B.-N.

MCREDI, mercredi. On le prononait ainsi au XVIIe sicle. P.

MDECHIN, mdecin.

MEIGLE, petit lait.

MLE, merle.

MLES, nfles. B.-N. Cette dnomination est ancienne.

MLIER, nflier. B.-N.

MELLE, merle. B.-N.

MLI-MLO, mic-mac. B.-N.

MME CHOSE (la), de mme, pareillement. Ex.: J'irai _la mme chose_
dimanche.

MMRE, grand'mre, femme qui a de l'embonpoint. P.

MNAGER, petit cultivateur. P. Meuble en bois o l'on dispose les plats
et les assiettes.

MENDRE, faible. Ex.: Cet enfant est bien _mendre_. Peu important. Ex.:
On punit pour la _mendre_ faute. Vient de moindre, _minor_.

MENON, chat.

MENTIRIE, mensonge. P.

MENTCHE (c')? comment est-ce? B.-N.

MRE-MAQUETTE (baptme de la), _Angelus_ de midi, dont le son annonce
l'heure du dner.

MRIENNE, mridienne.

MROTTE (petite), femme petite et replte.

MERQUER, marquer, tacher.

MS, mes; devant une consonne.

MESANGLE et MSANGUE, msange.

MT, espce d'auge en planches dans laquelle on ptrit le pain et o on
le serre, quand il est cuit. B.-N. P.

MESURE (), de temps en temps. P.

MTIER DE (avoir), avoir besoin de. Ex.: J'aurais _mtier_ de partir
demain.

MEULE, amas de gerbes qu'on garnit d'une couverture, en attendant que
les btiments de la ferme soient libres pour recevoir les gerbes ainsi
amasses.

MEURDRIR, meurtrir, H.-N. P. En 1408, on paya quatre sous deux deniers
au gelier des prisons du Pont-de-l'Arche pour avoir nourri en prison,
pendant vingt-quatre jours, un porc qui avait _muldri_ et tu un petit
entant, et qui, en expiation de ce crime, fut pendu  un des poteaux de
la Justice du Vaudreuil (_Etudes_, etc., par M. L. Delisle, p. 107).

MEURISON, maturit. P.

MI, moi. P.

MI-AOUT, quinze aot. La manire dont on prononce gnralement ce mot
rappelle cette rflexion de M. de Bellivre: Il me semble entendre
miauler des chats, disait-il, lorsqu'on prononce autour de moi la
MI-A-OU pour la MI-OU.

MIDI (sur les), vers midi.

MIE, point. Ex.: On ne peut _mie_ siffler et biller en mme temps. P.

MIETTE (une), un peu. P.

MIEUX (au), trs-bien.

MIGOT, provision.

MIGOT (pommes de), pommes de dessert qu'on conserve pour l'hiver et le
printemps.

MIGOTER (faire), faire bouillir un mets doucement; placer des fruits
dans la paille pour les faire mrir, aprs qu'ils sont cueillis.

MIGNARD, enfant gt.

MIGNARD (faire le). Se dit d'un enfant qui demande  tre caress.

MILICE (tre), tre la dupe.

MIN, mon. P.

MINABLE, misrable, qui inspire la piti. B.-N.

MINETTE, lupuline. P. Chatte.

MINNE (grande), mesure de pommes contenant huit boisseaux. La petite
_minne_ n'en contient que six.

MINNUIT, minuit. H.-N.

MINON, chat.

MINUTE! dans un moment.

MIOCHE, petit garon. B.-N.

MIONNER, manger avidement un morceau de pain.

MIOT (un), un peu. B.-N.

MIOTS, miettes. B.-N.

MIOUT (la). La fte de l'Assomption de la sainte Vierge, _la mi-aot_.

MIREUX, miroir. H.-N.

MISTIGRI, nom donn an valet de trfle.

MITAN, moiti, milieu. Les auteurs assignent diverses origines  ce mot.
M. Andr de Poilly le fait venir de deux mots grecs: MI pour MISU et
TAMU, _diviser par moiti_. M. l'abb Corblet croit qu'il vient du
tudesque MITTAN, milieu. M. Auguste Le Prevost le tire de MEDIETAS, _le
milieu_. Quoi qu'il en soit, Monet nous apprend que cette expression
tait gnralement admise en 1636.

MITON, poire  manger, prcoce.

MITONNE (soupe), soupe dans laquelle le pain a bouilli. H.-N.

MITONNER (faire), faire bouillir lentement. H.-N.

MITOUCHE (singe), hypocrite. On a fait venir ce mot de
_saint-n'y-touche_. H.-N.

MIYEU, meilleur.

M'N, mon; devant une voyelle. P. Nos paysans, dit M, Alfred Darcel,
dans ses notes sur la Chanson de Roland, pome du XIe sicle, disent _me
n'pe_ pour _ma n'pe_ avec l'n euphonique. Les lettrs disent et
crivent _mon pe_ pour _mo n'pe_ avec cette lettre euphonique. Or,
lequel a raison? du paysan qui, sans changer le genre de l'adjectif,
arrive  l'euphonie en intercalant une lettre dont il indique la raison
d'tre, ou du lettr qui en change le genre, sans garder par l'criture
aucune trace de l'origine de ce changement. _M'est avis_ que c'est le
paysan (_Revue de Rouen_, anne 1851, page 448).

MO, mon.

MODEUSE, modiste. H.-N.

MOIDOUX, moisson.

MOIDOUX (tre dans le), tre entr dans le temps de la moisson; dans le
_mois d'aot_.

MOIDOUX (faire), travailler  la moisson.

MOIE. Voy. _Meule_. P.

MOGNON, moignon.

MOIGNAU, moineau.

MOISILLON. On dsigne sous le nom de _moisillons_ les filles de la ville
qui portent robes et rubans, cherchant  prendre des airs de grandes
dames auprs des villageoises.

MOISON, maison, de _mansis_. P.

MOISSE, portion de lait que la vache donne en une seule fois.

MOISSON, moineau.

MOLACHE, faible, flexible.

MOLLE, botte de cercles dont le nombre diminue en proportion que les
cercles sont plus grands. Cette expression tait en usage dans le
moyen-ge.

MOLLET (un petit), un peu.

MOLLIR, baisser de prix. Ex.: Le bl a _molli_  la halle. B.-N.

MOLTON, toffe de laine.

MOMENT (du), en ce moment. H.-N.

MONCORNE, mlange de pois, de vesce, d'orge et d'avoine qu'on sme au
printemps. L'usage de ce mlange de semences est ancien; il en est
question dans une charte de 1199, _duas acras de mancorn'_; il est aussi
question, dans le cartulaire de la Trinit de Caen, de 80 acres de
_mancor_. A dfaut de renseignements, M. L. Delisle avait pens qu'il
fallait peut-tre entendre par _mancor_ le bl-mteil (_Etudes_, etc.,
page 320).

MON DIEU (tre hors des), ni beau, ni laid.

MONGNAN, chaudronnier ambulant. Ce mot vient peut-tre, par quelque
chemin dtourn, de l'italien _magnano_, serrurier.

MONGNE, soufflet. Ex.: Donnez-lui une _mongne_, s'il pleure.

MONGNER, donner des _mongnes_.

MONNE, bl qu'on porte au moulin, ou farine qu'on en rapporte. B.-N.

MONNIER, meunier.

MONSIEU, monsieur.

MONT, tas, monceau. P.

MONTARDE, moutarde. Un professeur du collge des jsuites,  Dijon, mit
un jour l'nigme suivante au tableau: _Multm tardat Divio rixam_.
L'inscription parut sditieuse, mais chaque mot expliqu calma les
jugements prmaturs: _multm_, moult (vieux mot franais qui signifie
_beaucoup_), _tardat_, tarde, Divio, Dijon, _rixam_, noise; ce qui
donne: _Moutarde dijonnoise_ (_Glossaire des Noels bourguignons_, de
Bernard de la Monnoye, au mot Moutarde.)

MONTEUX (pied), pied gauche du cheval, du ct qu'on _monte_.

MONTON, mouton.

MONTRER, enseigner. Ex.: Je lui _montrerai_ l'algbre.

MORCET, morceau.

MORCIAU, morceau.

MORDIENNE ( la bonne), simplement, sans faon.

MORFILE (avoir du), se dit d'un couteau dont le taillant n'a pas t
adouci par la pierre, aprs avoir t aiguis sur la meule.

MORICAUD, noir.

MORNIFLE, soufflet.

MORZIEU! espce de juron.

MOUCHES A MIEL, abeilles. Lorsqu'il meurt une personne dans la maison de
celui qui possde des ruches, on a l'habitude de placer  chaque ruche
un morceau de tissu noir, afin de _faire faire le deuil_ aux abeilles,
sans quoi, dit-on, elles mourraient. Nous ignorons ce qui a pu donner
lieu  cette crdulit; mais nous pouvons assurer que nous avons eu la
preuve qu'elle ne reposait sur aucun fondement.

MOUCHET, amas, monceau. B.-N.

MOUCHEUX, mouchoir.

MOUCHEUX-DE-COS, cravate.

MOUCHIAU, monceau.

MOUFFLES, gros gants de peau dont on se sert pour se prserver les mains
en coupant les pines et en rparant les haies. B.-N.

MOUFLU. Se dit d'un pain ou d'un gteau bien lev. P.

MOUILLES, moules.

MOUL. Imprim. H.-N.

MOULE, sciure de bois.

MOUQUE, mouche.

MOUQUE-A-MIET, _mouche  miel_, abeille.

MOUQUER, moucher. Ex.: _Mouquez_ la chandelle.

MOUQUERON, moucheron.

MOURMAUD, morose.

MOURON, salamandre terrestre. B.-N.

MOUSIEU, monsieur.

MOUSIEU (poire de), bonne  manger; prcoce.

MOUSSE (rose), rose moussue.

MOUTARD, petit garon.

MOUTE, chatte. H.-N.

MOUTON, poire  manger; assez prcoce.

MOUTURE, orge ou avoine moulus grossirement pour donner dans l'table
aux porcs ou autres bestiaux. D'aprs M. L. Delisle, on entendait, au
moyen-ge, par _mouture_, le bl de qualit moyenne (_Etudes_, etc., p.
520.)

MOUVETTE, cuiller de bois qui sert  remuer les sauces. B.-N.

MOUYEU, noyau de noix, de cerise, etc.

MOYEN (tre), tre faible, malade.

M' S', mes; devant une voyelle.

MUCHER, cacher. P. Du vieux verbe _musser_.

MUCHE-TAN-POT (), en cachette. D'aprs M. Hcart, ce mot vient de ce
que certains marchands vendaient de la bire  meilleur march que leurs
confrres; mais comme ils ne payaient pas de droit, il fallait
l'emporter en cachette, _mucher san pot_. P.

MUCRE, humide. B.-N.

MUID, tonneau contenant quarante-deux _veltes_.

MULE. Voy. _Meule_.

MULETTE, estomac intrieur.

MULON. Voy. _Meule_.

MULOT, pomme  cidre; prcoce.

MURES, fruits de la ronce. Nous croyons voir l un fait  l'appui de
l'opinion de M. L. Delisle qui, en donnant le dtail des arbres et
arbustes de la Normandie, au moyen-ge, se demande si la ronce ne se
serait pas appele mrier (_Etudes_, etc., page 358).

MURISON, maturit. P.

MUSETTE, musaraigne; petit mammifre qu'on regarde  tort comme
dangereux.

MUSOTTER, s'occuper  peu de chose.

MUYEU, meilleur.


                                  N

NA! parbleu, certainement. B.-N. P.

NABOT, de petite taille. P.

NACHE (morceau de), morceau de fesse de boeuf ou de vache. Ce mot vient
du latin _nates_, et se trouve dans un acte de 1342, relatif  un
seigneur d'Auvilliers qui maltraita un clerc, le despant avec ses
esprons par les _naches_ et par les gambes et par tout le corps
(_Revue de Rouen_, 1840, 2me semestre, p. 91).

NACTIEUX. Voy. _Futeux_. P.

NANAN, chose excellente  boire ou  manger. P.

NANETTE, Anne.

NANS ou NANINS. Ce mot est souvent employ pour rpondre  une personne
qui adresse une question indiscrte. Ex.: Que portes-tu, mon ami, dans
ton panier?--_Des nanins pour souffler au c... des demandeux._ Cette
rponse est pour ainsi dire strotype, et s'adresse indistinctement 
toute demande faite sans discrtion. Cette expression aurait-elle
quelque rapport avec le mot espagnol _nenes_, petits enfants; ou plutt,
n'est-elle pas la traduction du latin _neni_, bagatelles, contes dont
on amuse les enfants?

NANON, Anne.

NASIAUX, narines du cheval, de la vache, etc.; de _nasus_, nez.

NAU, feuille de plomb ou de zinc qui se place  l'angle rentrant d'une
couverture en ardoises, pour servir de gouttire.

NE, ni. Ex.: C'est un impie qui ne craint _ne_ Dieu, _ne_ vierge Marie.
P. Ce mot est ancien.

NLE, nielle. P.

NENTILLE. Voy. _Judas_.

NENTILLES, lentilles. P.

NEU, neuf. P.

NEYER (se), se noyer. P.

NIANT, homme simple; _nant_, en fait d'intelligence.

NICHEUX, oeuf qu'on laisse dans le nid des poules pour les engager 
venir pondre. Parfois on taille un morceau de marne, en forme d'oeuf,
pour servir de _nicheux_. Les Picards disent un _nichoure_.

NIVRE, mutin.

NIFE, clair. Ex.: Ce cidre est bien _nife_.

NIQUEDOIULLE, niais. B.-N.

NIT (de), de naissance; _ nativitate_. Ex.: Il est sourd de _nit_.

NIVELOTER, s'amuser  des riens. B.-N.

NIXE! non pas! P.

NO, notre, nous, nos, et quelquefois ma. Ex.: _No_ femme est malade.

NOCER, faire bombance. P.

NOCEUR, qui fait bombance. P.

NOEUD-GABRIET, cartilage thyrode; noeud de la gorge. On dit d'un homme
qui a trop mang: Il en a jusqu'au _noeud-gabriet_. H.-N.

NOIRET, tirant sur le noir.

NOIROT. Voy. _Noiret_.

NOIRQUIN (homme), dont le teint est un peu noir.

NOM-DES-OS! juron. P.

NON-FAIT, non, pas du tout. B.-N. Ngation absolue.

NONOSTANT, nonobstant.

NOQUE, brche  un taillant; lgre entaille  un bton comme font les
boulangers pour tenir note des pains qu'ils fournissent.

NOROLLE, brioche, gteau. Ce mot est assez ancien.

NOS, nous; devant une voyelle. P.

NOSTRUM (perdre le), ne plus savoir o l'on en est de ce qu'on fait.

NOT, notre. Dans ses notes sur Vaugelas, Corneille fait remarquer que
l'_r_ ne se fait presque point sentir dans _notre_ et _votre_.

NOU (enfant), qui se devient mal. P.

NOURTIER, veau qu'on achte pour l'engraisser.

NOURTIER (bon), qui nourrit bien ses bestiaux. P.

NOURTURE, nourriture.

NOUVIAU, nouveau. P.

NUNNE-PART, nulle part. P.

NUNUS, riens, bagatelles, H.-N. P. De _neni_.

NUROLE. Voy. _Norole_.


                                  O

O, on. Ex.: _O_ ne sait plus  qui se fier. _P._

O, o, Ex.: _O_ voulez-vous allez?

O (il), il a. P.

OBLIER, oublier.

OBSERVER, faire observer. Ex.: Je vous _observe_ qu'il tait soir.

OCLE. Voy. _Noque_.

OCORE, encore.

ILLRE (dent), dent canine suprieure qui se trouve sous l'oeil. H.-N.

OGNON, poire prcoce.

OIN, oui; dans un sens ironique. P.

OIR, oie mle.

OIRESSE, oie femelle.

OL', on le, Ex.: Est-ce vrai comme ol' dit?

ONCHE, once. P.

ONGUES, ongles. P.

ONNI, uni.

ONZIN, amas de gerbes au nombre de onze, sur lesquelles la onzime
servait, dit-on,  payer la dme. Aujourd'hui on ne runit les gerbes
que par lots de dix, sous le nom de _dizeau_.

O Q'C'ET, quelque part; _o que c'est_. Ex. Je l'ai mis _o q'c'et_, mais
je ne le trouve pas.

ORANGE (eau de fleur d'), eau de fleurs d'oranger.

OREILLE, partie mobile de la petite charrue, qui se place auprs du soc
et se change de ct,  chaque raie, pour largir le sillon. La grande
charrue a deux _oreilles_ qui sont immobiles et qu'on dsigne sous le
nom de _petite_ et _grande oreille_.

ORGERI, champ o l'on a rcolt de l'orge.

ORILLER, oreiller.

ORMOIRE, armoire. P.

ORTILLER, frotter avec des orties.

ORTILLONS, doigts des pieds; diminutif d'_orteil_.

ORVRE, orvet. H.-N.

OS, vous. Ex.: _Os_ tes bien curieux. P.

OSCUR, obscur. P.

OSIAU, oiseau.

OSIRE, osier.

OU, que. Ex.: C'est l _o_ je demeure.

OUAICHE (que je), que j'aille. Ex.: Il faut que je _ouaiche_ au bois.

OUTCHE? o est-ce?

OUI (pour _cha_), oui; formule trs-affirmative. H.-N.

OUICHE! Exclamation dont on se sert pour tmoigner qu'on a froid.

OU Q'C'EST? o est-ce?

OURDON, largeur de grain que le faucheur abat  chaque javelle.

OUTARDES (aller aux), chasse aux oiseaux qui se fait de diffrentes
manires, pendant les nuits obscures de l'hiver,  l'aide d'une
lanterne.

OUTEUX. Voy. _Auteux_.

OUVRIER (jour), jour ouvrable.


                                  P

PAFFE! Exclamation de celui qui voit donner ou recevoir un soufflet.

PAGIE, pan de muraille. B.-N.

PAIE! Expression dont on se sert pour exciter un chien  manger ce qu'on
lui prsente. Ex.: _Paie, Mdor! Paie! Paie!_

PALER, parler.

PALETTE, pelle  feu.

PALIER, lieu ou l'on dpose les assiettes. Voy. _Mnager_.

PAIN-M'NIT, pain bnit.

PAMPHILE, espce de jeu de cartes; nom qu'on donne au valet d'atout, 
ce jeu.

PAN, pain. P.

PANCHE, panse. P.

PANCHE (s'en donner une), manger avec excs.

PANCHU, qui a une grande _panche_.

PANE, pan d'un habit. H.-N.

PANTALONS (mes), mon pantalon; a moins qu'on ne parle de plusieurs.

PAPIN, bouillie pour les enfants. P. Ce mot vient du latin _pappare_.

PAQUE-FLEURIE, dimanche des Rameaux. Le nom de _Pque-Fleurie_ est sans
doute un souvenir de l'usage o l'on tait jadis de joncher de verdure
et de fleurs, en ce jour, les rues par lesquelles devait passer la
procession.

PAQUER, faire ses pques.

PARAI, muraille; de _paries_.

PAR-APRS, aprs, ensuite. B.-N. P.

PARAPHE (une), un paraphe.

PARCIE, repas qu'on donne aux moissonneurs aprs les travaux de la
moisson; ordinairement on y boit  _tire-larigo_. B.-N.

PARDI! espce de juron; _par Die_, par Dieu. C'est le _por Dios_ des
Espagnols, et le _per Dio_ des Italiens. Les anciens Normands juraient
aussi par Dieu, en se servant de l'expression anglaise: _by God_ (_Revue
de Rouen_, 1839, page 14).

PAR (cidre), bon  boire.

PAR-ENSONS, par-dessus. Ex.: Jette-moi ton couteau _par-ensons_ la haie.

PARER UNE POMME, peler une pomme ou un autre fruit.

PARSINER, se dit de celui dont la main tremble.

PARFINIR, donner la dernire main  un ouvrage. B.-N.

PARINAGE. C'est ainsi qu'on appelle le parrain et la marraine qui
accompagnent l'enfant qu'on porte  l'glise pour recevoir le baptme.
P.

PARIURE, pari.

PARLER (se). En parlant de jeunes gens qui se font la cour pour se
marier, on dit: _Ils se parlent_. H.-N.

PARLER (se), parler avec affectation. H.-N. Les deux verbes suivants ont
la mme signification.

PARLOCHER (se).

PARLORER (se).

PARMI (le), le milieu. Ex.: Mets ta carte dans _le parmi_ du jeu.

PARTAGEUX, qui demande le partage des biens. P.

PAS? n'est-ce pas?

PAS-DE-CAT, lierre terrestre. On lui a sans doute donn ce nom  cause
de la forme de ses feuilles.

PAS-DE-CAT, espce de gaffe  trois dents, attache au bout d'une corde,
qui sert  retirer les seaux qui tombent dans un puits.

PAS-MOINS, nanmoins. P.

PASSAGE. Voy. _Passeux_.

PASSAGRE (rue), passante. P. H.-N. B.-N.

PASS-DE-CHALEUR, trs-chauff. H.-N.

PASSEUX, espce de barrire immobile qui spare les herbages, et qu'il
faut franchir quand on suit les sentiers qui traversent frquemment les
prairies et bouveries du pays de Bray.

PASSE-D'OUT. Voy. _Parcie_. H.-N.

PASSE-POMME, espce de pigeon d't.

PAS-VRAI? n'est-ce pas vrai?

PATACLAS, grand bruit. On rapporte qu'un bon cur, voulant donner  ses
paroissiens une ide du bouleversement du dernier jour du monde,
commena ainsi: Si tous les arbres taient runis en un seul arbre, a
ferait un bien grand arbre; si toutes les mares ne formaient qu'une
mare, a ferait une bien grande mare; si l'arbre tombait dans la mare,
quel _pataclas_, mes frres!...

PATALON, pantalon.

PATAR, gros _deux sous_. Le _patar_ tait une ancienne pice de monnaie
qui fut frappe sous Louis XII; d'un ct, on voyait deux fleurs de lis
sur la mme ligne, et au-dessous, un P et une croix; de l'autre ct,
une croix  branches gales, place sur un P. On a voulu voir dans ces
P l'initiale du mot _patar_; mais ce doit tre celle de _provincia_
(_Univers pittoresque_, France, tome X, page 372). M. l'abb Corblet
parle d'un _patar_ du Brabant, de la valeur de quinze deniers tournois,
qui offre la figure de saint Pierre sur une de ses faces. P.

PATRE (un), une patre.

PATIS. Voy. _Larris_. P.

PATOUF (gros), gros lourdaud.

PATRAQUES, paperasses.

PATRS (envoyer _ad_), faire mourir. P.

PATRON (faire son), tomber dans la neige ou dans la boue.

PAURE, pauvre; employ adjectivement devant une consonne. P. Ex.: C'est
un _paure_ malheureux.

PAUVERTE, pauvret. P.

PAUVRESSE, mendiante.

PAYS, PAYSE, compatiote. P.

PECUNE, argent, monnaie. P.

PEDRIX, perdrix.

PEINE DE VIVRE (prendre), en parlant de personnes qui travaillent et
sont conomes.

PEINTRE, espce de limace qui se rencontre dans les caves et laisse sur
son passage une matire gluante qui _peint_ sa route.

PELARD, bois de chne dont on a enlev l'corce. H.-N.

PLE, pole  frire.

PELE, ce qu'on peut porter sur une pelle.

PELETTE, pelle  feu.

PELLUCHE, pelle en fer.

PLOT, palet.

PENDRE QUE DE (ne), rester  faire. Ex.: La table est servie, il ne
_pend que de_ dner. H.-N.

PENSER, faillir. Ex.: Il a _pens_ tomber. H.-N.

PPRE, vieillard. P.

PPIN-FAVART, pomme  couteau; espce de calville.

PQUE, pche.

PQUENCER, bavarder.

PQUENCIER, PCANCIRE, qui _pquence_.

PQUER, pcher, aller  la pche.

PQUER, marcher sur, dans.

PERCHER, percer. P.

PERDU (sentir le), tre sur le point de perdre.

PRETTE, jeune fille foltre.

PRI, pril.

PERQUE, perche.

PERSIN, persil. P.

PSACHIS, nom sous lequel on dsigne les semailles et rcoltes de pois,
vesce et lentilles.

PSAS, tiges de pois ou de vesce lies en bottes aprs le battage.

PSERI, champ o l'on a rcolt des pois.

PESOUT, homme grossier et sans intelligence.

PESTER, tre contrari.

PET! paix! pour imposer un silence absolu.

PTIRE, ouverture qui se trouvait au haut de la culotte, par-derrire,
avant qu'on fit usage de bretelles; cette ouverture tait plus on moins
serre  l'aide d'un cordon ou d'une boucle. Nous n'oublierons jamais,
en entendant prononcer le mot de _ptire_, l'embarras et l'agitation
d'un brave homme que nous avons connu, dans la culotte duquel un mauvais
plaisant avait introduit une grenouille, par la _ptire_.

PTIOT, PTIOTE, petit, petite.

PETITS! PETITS! PETITS! cri pour appeler les poules.

PTOCHER, en parlant des enfants qui font du bruit en marchant.

PTONNIRE, bout de sureau dans lequel les enfants introduisent deux
balles de filasse, dont l'une chasse l'autre par la pression de l'air;
ce qui produit un bruit semblable  une lgre dtonation.

PTOTS, petits pieds.

PETRIR (auge ) V. _Mt_.

PEU (un petit), trs-peu.

PEU (un tant soit), excessivement peu, si peu que ce soit.

PEUPLE, peuplier. H.-N. P.

PHYSIQUE (beau), belle physionomie.

PIAFFE, coquetterie. H.-N.

PIAFFER, mettre de la recherche dans sa toilette.

PIAFFEUX, PIAFFEUSE, coquet, coquette. H.-N.

PIAI, pied. Dans un acte de 1356, il est question d'un _espasce de trois
piez  pi main_. Au sicle prcdent, on rencontre encore cette mesure
sous le nom de _pedes manuales, pedes ad manum_. Quoique cette
expression figure dans un assez grand nombre de textes, dit M. L.
Delisle, le sens n'en est pas encore dtermin avec certitude
(_Etudes_, etc., p. 530). Nous croyons que le _pied-main_ est une mesure
approximative encore trs en usage, parmi les ouvriers de la campagne,
quand il s'agit d'oprations qui ne demandent pas une grande exactitude
dans les apprciations. On prend un bton de petite grosseur, plus ou
moins long, selon l'tendue de l'objet qu'on veut mesurer; on le place
horizontalement devant soi, en le tenant dans ses deux mains, les doigts
ferms en dessous; on loigne ensuite les mains l'une de l'autre jusqu'
ce que les deux pouces, allongs contre le bton, se touchent par le
bout; alors on obtient le _pied-main_, c'est--dire que la longueur du
bton renferme dans les mains reprsente  peu prs un pied.

PIAN-PIAN, lentement. P.

PIANE-PIANE (aller), marcher doucement; de l'italien _piano_.

PIANT, PIANTE, personne malpropre, qui sent mauvais.

PIARD (cheval), blanc et noir comme certaines vaches; couleur de la
_pie_.

PIAU, peau. P.

PIAUCER, corcher, enlever la _piau_ d'un animal. On dit aussi: Faire
_piaucer_ un animal par un chien, pour signifier: le faire mordre, lui
faire arracher la peau.

PIAULARD, pleurnicheur. P.

PIAULER, pleurnicher. P. Se dit aussi du gloussement de la dinde.

PICHE, pice.

PICHE, aucun. Ex.: Combien as-tu de chapeaux?--_Piche_.

PIEDSENTE, _sentier_ par lequel on passe  _pied_.

PIERROT, coiffure de femme, dont le fond est trs-lev et charg de
plis, ainsi que les deux espces d'ailes qui se prolongent sur les
paules.

PITAIN, tumeur qui se forme dans la bifurcation du pied des moutons. P.

PIF, gros et long nez. B.-N. P.

PIGEON, pomme a manger.

PIGN (bien, mal), bien ou mal ajust, habill.

PIGNER, peigner.

PIGNOCHE, cheville. B.-N.

PILAGE, brassage.

PILE (donner une), donner une rosse. B.-N. P.

PILER, brasser les pommes. B.-N.

PILER SUR, marcher sur. Ex.: Vous me _pilez sur_ le pied. H.-N.

PILON. Voy. _Grageux_.

PIMPERNELLE, pimprenelle. P.

PINCHARD, pinson.

PINCHER, pincer.

PINCHES, PINCHETTES, pincettes.

PINGEON, pigeon. P.

PINGRE, avare. P.

PIONE, pivoine. P.

PIOS! PIOS! PIOS! cri pour appeler les porcs.

PINOS! PINOS! PINOS! cri pour appeler les dindons.

PIOT, PIOTE, enfant, petit, petite. P.

PIPET, ftu  l'aide duquel on aspire un liquide. B.-N.

PIPIE, ppie.

PIPIE (avoir la), avoir soif.

PIQUETS, mouillettes.

PIRE (aussi), aussi mauvais. B.-N.

PIRE (avoir du), tre le plus faible dans une lutte.

PIS, puits o l'on puise de l'eau.

PIS, mamelle de vache, de cheval, etc. B.-N.

PISSON, urine.

PLACHE, place. P.

PLACHER, placer.

PLACHEUX, offrant des places o il n'y a rien. Ex.: Ce bl est
_placheux_.

PLAIDEUX, plaideur. Ce mot est d'un usage frquent dans le pays de Bray,
comme dans le reste de la Normandie. Cependant nous n'en sommes plus au
temps de Jacques de Camprond qui composa, en 1597, le _Psautier du
Plaideur_, ddi au Parlement de Rouen. Un vrai Normand ne mourait pas
en ce temps-l sans avoir eu un ou plusieurs procs, et le livre du cur
d'Avranches tait le _Vade mecum_ de l'poque. Pour comprendre l'esprit
processif de nos bons aeux, il suffit de se rappeler _le grand prochez
meu par un nid de pie_, sur lequel le Parlement de Normandie eut  se
prononcer en 1629. Pendant que les avocats dployaient leur inpuisable
faconde, les _petits piards_ faisaient dfaut aux parties et les
mettaient d'accord, en abandonnant le nid. Aujourd'hui, on plaide moins
souvent qu'autrefois; cependant on assure qu'on rencontre encore  et
l de vrais _plaideux_ aussi familiariss avec le ptitoire, le
possessoire, le dclinatoire, le rcursoire, etc., qu'un vieil huissier.
C'est peut-tre par allusion  cet esprit de chicane qu'on a dit que:
_en Normandie_, _si l'on jette un nouveau-n contre une glace_, _il
trouvera moyen de s'y accrocher_.

PLAISI (au), au revoir; au _plaisir_ de vous revoir. P.

PLANCHE DU PIED, plante du pied. H.-N.

PLANCH (lieu), planchi.

PLANQUE, planche. P.

PLANQUETTE, planche place sur un petit ruisseau pour servir de pont. P.

PLATE, ce que contient un plat.

PLATE-FORME, sablire. H.-N.

PLATINE, langue sans frein. Ex.: Quelle _platine!_

PLAUDE, BLAUDE, blouse. Il n'y a pas encore longtemps qu'on dsignait
sous le nom de _plaude_, une espce de longue redingote en toile grise
que portaient les vieillards peu aiss. Il doit exister beaucoup de
rapport entre ce vtement et le _blialt_ du XIe sicle, dont il est
question dans la _chanson de Roland_.

PLAUDER. Voy. _Piaucer_.

PLEIN (tout), beaucoup. Ex.: Il a _tout plein_ de chagrin. P. B.-N.

PLEU-PLEU, pie-vert; ainsi nomm par onomatope.

PLEUVER, pleuvoir.

PLEUVERE. V. _Pleu-Pleu_.

PLI, leve de cartes. P.

PLION, pice de bois qui sert  maintenir le coutre d'une charrue dans
la position ncessaire; on change le _plion_ de ct,  chaque sillon.
Ce mot est aussi trs-usit dans le sens de _ployon_.

PLOTER (se), se jouer ou se battre  coups de pelotes de neige.

PLOUTRE, pne d'une serrure.

PLOYON, bton pliant qui sert pour les couvertures en paille. P. Voy.
_Plion_.

PLUCOTER, se dit des volailles qui cherchent, qui pluchent les grains
perdus devant les granges.

POUAC! pouah!

POCHER, espce de jeu de pair ou non, o l'on gagne des noix et du pain
d'pice aux ftes de villages, surtout aux _Choules_.

POGNE (avoir une bonne), serrer fort avec la main; du latin _pugnus_,
poing.

POGNIE, poigne.

POIGNE (dernire). A la fin de la moisson, on rserve une poigne de
bl  laquelle on en ajoute une autre artistement tresse et un bouquet.
Alors les moissonneurs vont inviter la matresse de la ferme  venir les
aider _ finir  bl_; et, quand on est arriv au lieu o la _dernire
poigne_ a t prpare, on danse une ronde et l'on vide une bouteille
de gros cidre, en mangeant une galette. Ensuite, on prsente une
faucille enrubanne  la fermire, et, au moment o elle s'avance pour
scier la riche poigne, les moissonneurs s'arment de fusils qu'ils
avaient cachs sous les javelles, et une premire dcharge a lieu. Mais
parfois la dernire poigne n'est pas facile  couper, et chacun dit son
mot: _Voil du bl qui est bien dur_.... _La faucille ne coupe pas_....
_Madame ne sait pas son mtier_.... _Le moidoux ne se ferait pas vite de
ce pas-l_.... _Il y a du sorcier_.... _Allons, courage!_ Enfin, la
matresse se redresse et parat renoncer au succs, lorsqu'un vieux
grognard s'avance: _Pardon! la matresse_; _m'est avis qu'il a pouss l
quelque chose depuis tantt_.... Et il retire une branche qu'il avait
fourre au milieu de la poigne de bl. On danse une nouvelle ronde; on
vide une seconde bouteille; on fait encore une dcharge, et l'on regagne
la ferme, o un bon dner est prpar, ainsi qu'une rcompense pour les
bonnes gens qui ont offert la _dernire poigne_. Pendant le reste de la
journe, les moissonneurs n'ont d'autre occupation que de tirer des
coups de fusil, manger et surtout boire. Un jeune garon, interrog sur
le plaisir qu'il avait eu dans une des circonstances que nous venons de
dcrire, rpondit: _On a eu du bon temps, mais on tait crv pour
verser  boire._

POIRES DE TERRE, topinambours. H.-N.

POIRIONS, verrues.

POISON (vieille)! Terme injurieux.

POLON, Napolon.

POLYTE, Hippolyte.

POMMAGE (bon, mauvais), bonne ou mauvaise nature de pommes dans un
herbage. B.-N.

POMMEROLES, primevres. B.-N.

POMON, poumon. H.-N.

POMONIQUE, pulmonique.

PONCHET, coquelicot.

PONNU, pondu.

POPOT, POPOTE, petit garon, petite fille, poupe.

POR, pour. P.

PORSINE, poix-rsine.

PORETTE, jeunes poireaux  repiquer. H.-N.

PORIONS. Voy. _Poirions_. P.

PORQUER, qui garde les porcs.

PORTRAIT (tirer en), faire le portrait, peindre. H.-N.

PORSUIRE, poursuivre. P.

PORTE-COS, espce de joug qui sert aux servantes de ferme a porter des
seaux.

PORTEUX DE LETTRES, facteur rural de la poste. H.-N.

POT, ancienne mesure qui contient deux _chopeines_.

POT, pice de charpente qui supporte les sommiers. H.-N.

POTAYE, pote.

POTICHE, cuisine de pauvres gens. H.-N.

POTIN, bavardage inutile.

POTINER, faire des remontrances  contre-temps.

POTINIER, POTINIRE, qui _potine_.

POTUIT, porte d'une cour, place entre deux _pts_ et surmonte d'une
petite couverture par laquelle on ne passe qu' pied.

POU, pour.

POUANT, faiseur d'embarras. P. Malpropre.

POUCHE, petit sac.

POUCHINE, couve d'une poule.

POUCHINIRE (la), les pliades.

POUILLARD, vaurien. B.-N. Perdreau trop jeune pour tre tu.

POULAIN. On nomme ainsi ce qui s'chappe d'un oeuf cuit dans les cendres,
quand la chaleur fait crever la coque.

POULE-D'INDE, dinde.

POULET-D'INDE, dindon.

POULIER, poulailler.

POULINE, fiente des poules. H.-N.

POULIOT, pice de bois mobile place  l'extrmit postrieure d'un
chariot ou d'une charrette, sur laquelle s'enroule la _liache_.

POULOT, jeune enfant; de _pullus_. Dans le grec moderne, on emploie
encore, dans la forme patronymique, l'expression _poulo_, quand on veut
joindre le nom individuel du fils  celui du pre. C'est comme _mac_, en
cosse; _o_, en Irlande; _ap_, dans le pays de Galles; _fitz_, _son_,
_en_, en anglais; _vitch_, dans les langues russes; _ez_, en espagnol;
_oglou_, en turc, etc. (_Encyclopdie_ du XIXe sicle, vol. 33me, p.
230). B.-N. P.

POUQUE. Voy. _Pouche_.

POUQUETTE, poche, petite _pouche_.

POUQUETTE (faire), mettre en cachette des fruits ou autre chose  sa
poche, quand on n'a plus faim.

POURCACHER, en parlant des animaux qui poursuivent les autres pour les
empcher de manger.

POURLQUER (se), se lcher les lvres aprs avoir mang quelque chose de
bon. P.

POURPE (le), suette militaire.

POURVANE, ration d'avoine ou de son qu'on donne aux chevaux et aux
vaches. H.-N.

POUSSE-POUSSE, jeu d'enfant. Les deux joueurs ont chacun une pingle
qu'ils poussent l'une contre l'autre, jusqu' ce que l'une des deux
reste sur l'autre; alors celle du dessous devient la proprit du
gagnant.

PRCHEUX, prdicateur. P.

PREMIER QUE (au), jusqu' ce que.

PRS, prs de, prs du. Ex.: Il demeure _prs_ l'glise, _prs_ le
boulevart, etc.

PRESSEUX, pressoir; lieu o l'on _pile_ et o l'on presse les pommes.

PRT (attraper son), lever un fardeau trop lourd et gagner une hernie.
En parlant d'une fille de conduite quivoque, qui se trouve enceinte.

PRTE, prtre.

PRTINTAILLES, petits grelots qu'on attache au collier des chevaux des
rouliers et de ceux qui conduisent les diligences.

PRINS, PRINSE, pris, prise. P. On dit qu'une fille est _prinse_, quand
elle est enceinte.

PRINSE, prise de tabac.

PRINSSEUX. Voy. _Presseux_.

PRIV, lieu d'aisance.

PRIV (animal), apprivois. P.

PTIOT. Voy. _Piot_. P.

PU, plus.

PUCHE, puce.

PUCHER, puiser. Ex.: _Puchez_ de l'eau dans le seau. P.

PUCHOT, lieu o l'on puise de l'eau dans une mare.

PUCHOT, altise; espce de caloptre qui vit sur le colza et les pois,
auxquels il cause un grand tort. H.-N.

PUFINE, excrment humain.

PUISSANT (homme), gros et gras. H.-N. P.

PURE, peur.

PURE (porter la), tre grond, pour un autre, sans l'avoir mrit.

PURER, presser dans ses mains un linge mouill pour le faire goutter;
des groseilles pour en obtenir le jus. H.-N.

PURGE, purgation.

PUS, plus.

PUTEAU, mare qui reoit l'got du fumier. On dit aussi _putet_.

PUTIER, homme dbauch.


                                  Q

Q'MENCHER, commencer.

Q'MIN, chemin. Le mot _quemin_ tait trs-usit au moyen-ge.

Q'MINAYE, chemine.

QUANTES (toutes fois et), quand on voudra. H.-N.

QUART-D'HEURE (pour le), pour le moment. H.-N.

QUARTE, quart du boisseau.

QUART-MOINS DE, quinze minutes avant l'heure. Ex.: Il est le
_quart-moins_ de dix heures, c'est--dire neuf heures quarante-cinq
minutes. H.-N.

QUARTRON, le quart d'un cent, ou plutt vingt-six, selon l'usage
consacr. Pour les fruits, le _quartron_ s'tend mme jusqu'
trente-deux.

QUASIMENT, presque; du latin _quasi_. B.-N. P.

QUATE, quatre.

QUATRE FERS D'UN QUIEN (ne pas valoir les), ne valoir rien. Ex.: Il ne
vaut pas les _quatre fers d'un quien_.

QUATRE-VINGT-DIX-NEUF COUPS (avoir fait les), avoir men une vie
aventureuse et drgle.

QU? qu'est-ce? Ex.: _Qu quo_ dites?

QUENAILLE, canaille. H.-N. On emploie aussi cette expression en bonne
part, en parlant aux enfants. Ex.: Embrasse-moi, _quenaille_.

QUNE, chne. P.

QUENOT, petit chien.

QUNOT, petit chne.

QUENOTTER, mettre bas; en parlant d'une chienne.

QUETOU, cochon.

QUETOUS! QUETOUS! QUETOUS! cri pour appeler les porcs. H.-N.

QUEUE DE LEU ( la), l'un derrire l'autre.

QUEUQUE, quelque.

QUEUQU'UN (un), quelqu'un.

QUVRE, chvre.

QUVRON, chevron.

QUI, qu'il, qu'ils.

QUIACHE, excrments des oiseaux; scorie du charbon de terre.

QUIARD. Voy. _Berneux_.

QUIEN, chien.

QUIEN DE FEU, chenet.

QUIEN DE TERRE. Voyez _Mans_.

QUIEU? quel, quelle?

QUIOLE, diarrhe.

QUIOT, QUIOTE. Voy. _Piot_.

QUO, que vous. Ex.: Je crois _quo_ mentez.

QUO. Employ dans les phrases interrogatives, pour suppler 
l'inversion. Ex.: O _quo_ z'allez? D'o quo venez? H.-N.

Q'VA, Q'VAS, cheval, chevaux.

Q'VEUX, cheveux.

Q'VILLE, cheville.


                                  R

RABTIR, rendre stupide. P.

RABIENNER, rconcilier.

RABISTOQUER, raccommoder de vieux habits et de vieux meubles. P.

RACACHER, ramener les bestiaux  l'table. P.

RACAILLE, mauvais bestiaux, mauvaises gens. Nous croyons voir un grand
rapprochement entre ce mot et le terme de mpris _raca_, dont il est
parl dans l'Evangile, et qui tait en usage du temps de J.-C. Le mot
_raca_, ou plutt _reca_, vient de l'hbreu RIK, et signifie  peu prs:
_tte lgre_. Aussi le Sauveur dclare-t-il que celui qui adressera
cette injure  son frre, sera seulement cit devant le conseil, tandis
que celui qui lui dira: _Vous tes fou_, mritera l'enfer.

RACCOLER, entraner quelqu'un avec soi.

RACCROC (par), aprs coup.

RACHINNE, racine.

RACLE, vole de coups de bton. P.

RACOIN, recoin.

RACCOURCHIR, rendre plus court.

RACCROCHER. Voy. _Raccoler_.

RACCROCHER (se), se ddommager d'une perte, en gagnant d'un autre ct.

RADOUBLER, revenir sur ses pas. B.-N.

RADRECHER, RADRESSER, recommencer, russir dans une entreprise o l'on
avait chou d'abord. H.-N.

RAFISTOLER, raccommoder grossirement. H.-N. P.

RAFOURE, portion de fourrages qu'on donne aux bestiaux pour un repas.

RAFOURER, donner  manger aux vaches et aux moutons dans l'table. P.

RAFULER, coiffer. P. Donner un soufflet.

RAGACHE, qui parle sans cesse et veut toujours avoir raison. H.-N.

RAGUISER, aiguiser. P.

RAIE, sillon de charrue.

RAILE DU DOS, pine dorsale.

RAILER, rayer, faire des raies sur quelque chose.

RAILETTE, milieu des cheveux spares en natte sur le front.

RAINCHE, rosse.

RAINE, grenouille; de _rana_. B.-N. P.

RAISONNER, rpondre mal  une personne qui vous fait une remontrance ou
vous reprend.

RAISONS (avoir des), tre abondant en paroles. Avoir des altercations.

R'ALLER, aller de nouveau. H.-N. Je _r'vais_, je _r'allais_, j'ai
_r't_, je _r'irai_, etc.

RALLONGE, allonge.

RAMARRER, rejoindre par un noeud les deux bouts d'une corde.

RAMBOURG, trs-grosse pomme  couteau. Ces pommes ont commenc  tre
connues  Rambures (Somme). Charles Etienne en a peut-tre fait un loge
un peu exagr dans son _Seminarium_.

RAMENDER, se vendre moins cher, aller mieux; en parlant d'un malade.
B.-N.

RAMENDEVER, rappeler; mme signification que le vieux verbe franais
_ramentevoir_.

RAMOUCHELER, mettre de nouveau en _mouchet_.

RAMOUDRE, ramoner. Aiguiser un tranchant.

RAMOULEUX, ramoneur. mouleur.

RAMUCRIR, rendre _mucre_.

RAN, blier, P. B.-N.

RANCER, avoir la respiration gne et bruyante.

RANCANGN; se dit d'une personne qui regarde en dessous et dont la
figure n'a rien d'attrayant.

RANDIR, rder, tourner autour. P.

RANDON, babil ennuyeux, revenant sans cesse sur le mme sujet. H.-N.

RANDONNER, rder, aller et venir dans un endroit. Bouillir trop
longtemps. B.-N.

RANDONNAGE, action de _randonner_. P.

RANDOUILLER; en parlant d'un mets qui reste trop longtemps sur le feu.

RANQUEUX, animal de rebut, qui se devient mal.

RAPARILLER, rappareiller.

RAPENSER (se), se souvenir.

RAPIAMUS (faire), enlever tout; du latin _rapere_, enlever. P.

RAPINEUX, qui vit de rapines. P.

RAPOUSSER, rendre ce que l'on avait reu.

RAPPORT A,  cause de. Le T ne se fait pas sentir. Ex.: Nous dinerons 
deux heures _rappor _ vous. H.-N.

RAPSAUDER, dire des rapsodies. P.

RAPTI, tiges de colza, dont on a enlev la graine.

RAS-DE-TERRE (),  rez-terre.

RASEUX, rasoir.

RASIRE, demi-hectolitre; mesure pour les pommes et les grains. B.-N.

RASSIRE, rasseoir.

RASSIR, rasseoir. P.

RASSOTER, raffoler. P.

RATATIN (homme), gros et de petite taille.

RATATOUILLE, fricasse grossire. P.

RAT-BAILLOT, lrol.

RATELAGE, ce qu'on ramasse dans un champ ou une prairie,  l'aide d'un
rateau, quand la rcolte est recueillie.

RATELLE, grand rateau qui sert  recueillir les pis chapps aux
moissonneurs.

RAT-LROT. Voyez _Rat-Baillot_.

RATIER, qui fait mtier de dtruire les rats.

RATIRER, attirer chez soi.

RATISER, attiser.

RATON. Voy. _Coraprenant_. M. l'abb Corblet cite une tymologie bizarre
de ce nom, extraite d'un manuscrit de la bibliothque de l'Arsenal:
L'an 893, Dodilo, vque, alla, accompagn des religieux de
Saint-Vaast, jusqu' Beauvais o avait t transport le corps de
Saint-Vaast, seize ans auparavant, pour le ravage des Normands, et fut
rapport  Arras par l'evque, avec affluence de peuple, lequel montra
grand signe d'allgresse et de dvotion, remerciant Dieu qui leur avait
rendu ce prcieux trsor sain et entier. Ce fut alors que le peuple, en
rjouissance, inventa une espce de pte compose d'oeufs, de lait et de
pain dont ils se regalrent, ce que depuis lors on a continu de faire
tous les ans, le jour de la fte du saint, dans ladite abbaye et dans la
plus grande partie du peuple, mme jusqu'aujourd'hui, ce que l'on a
nomm _raton_, parce que le peuple, allant au-devant du saint,
s'criait: _le raton? le raton?_ voulant dire: _l'a-t-on retrouv_?

RATOURS, dtours. P.

RATTRAPER (se). Voy. _Se raccrocher_. H.-N.

RATRUCHE, ratissoire.

RATRUCHER, ratisser.

RAVALEMENT, portion de muraille qui dpasse le plancher du grenier.
H.-N.

RAVEINDRE, rejoindre. Retirer d'un trou, d'une rivire, d'un mauvais
pas, etc. P.

RAVEUGLER TOUT, renverser tout, en cherchant dans une armoire ou
ailleurs.

RAVIGOTER, restaurer, faire revivre.

RAVISER, apercevoir. P.

RAVISER (se), revenir sur une dtermination. P.

RAVOIR, possder une seconde fois. H.-N. P. Ex.: Je _r'ai_, je
_r'avais_, j'ai _r'u_, je _r'rai_, etc.

RAYER (se), tracer des lignes au crayon sur le papier, pour les suivre
en crivant.

R'COMMANCHER, recommencer.

RECHEVEUX, grand cuvier qu'on place sous le canal de la _faiselle_, pour
recevoir le cidre nouvellement brass.

RE. Cette syllabe, au commencement des mots, se prononce ordinairement
comme _er_. Ex.: _Ervenir_ pour _revenir_, _erpos_ pour _repos_. P.

RBABARATIF (air), air rbarbatif.

REBIFFER (se), se rvolter contre. P.

REBLINDER, recommencer.

REBOUQUER, reculer, renoncer ; le plus souvent, ne plus pouvoir manger.
H.-N. B.-N.

REBOURS ( la),  rebours.

REBOURS (cheval), cheval qu'on ne peut faire avancer, mme  l'aide des
coups de fouet les mieux appliqus.

REBOUTEUX, homme qui reboute les os fracturs et soigne les luxations.
H.-N. P.

REBROQUER, rparer un mauvais vtement ou une mauvaise couverture en
paille. P.

RBROUER, renvoyer rudement. P.

REBULET, produit du bl qui tient le milieu entre la farine et le son.

REBUS (chemins), raffermis aprs la pluie.

RCART (mettre au), mettre au rebut.

RCAUFFER, rchauffer. P.

RECAUSER DE, reparler de. H.-N.

RCENT (homme), qui n'est pas ivre. P. H.-N.

RECHINCHER, revendeur.

RECHIPPER, pousser de nouveau en cpe. H.-N.

RCONFORTER, donner des forces, du courage.

RCOPILLE (tout). Voyez _Crach_ (tout).

RECOUPES. Voy. _Rebulet_.

RCOQUILLER, rendre la sant.

RECOUVRIR LA SANT, recouvrer.

RECTA, exactement. P.

RCURER, curer. H.-N.

RDE, vite. P.

RDILLON, sentier escarp. H.-N.

REFAIRE, attraper, tromper. P. B.-N.

RFORCHER, engager  manger. H.-N.

REFOUIR, fouir une seconde fois. P.

RGALER, payer la goutte. Ex.: _Rgalez_-vous aujourd'hui?

REGARDANT (homme), parcimonieux. H.-N. P.

RGENCE, petit pain fait au levain de bire. H.-N.

REGLER, avoir la respiration gne et faire du bruit en respirant.

RGLISSE (du), de la rglisse.

RGNON (dire son), en parlant du lger bruit produit par le chat avant
de s'endormir.

REGOURER. Voy. _Gourer_.

RGUISER, aiguiser.

REIDERIE, engouement pour certaines choses. P.

REIDEUX, qui a des _reideries_. P.

REJOINDRE, se venger. Ex.: Tu m'as nui, mais je te _rejoindrai_. P.

RJOUI, gai. P.

RELANNER, rosser; signifie peut-tre frapper avec une _lanire_.

RELEVE, aprs-midi. H.-N.

RELEVER, faire ses relevailles. P.

RELEVER UN ACTE, en prendre une expdition. B.-N.

RELICHE, rosse.

RELICHER, rosser.

RELIE, rosse.

RELIER, rosser.

RELIPPER, boire la part d'un autre.

RELUQUER, regarder longtemps ou plusieurs fois une personne avec
inconvenance, ou un objet pour le voler.

REMBARER, riposter avec nergie. P.

REMBRAILER, donner suite  une fte, le lendemain ou le jour de
l'octave; signifie peut-tre remettre ses _braies_ de fte.

REMBRAILER (se), remettre ses braies, ses pantalons.

REMETTEUX. V. _Rebouteux_.

RMINER, rflchir, chercher dans son souvenir; du latin _reminiscere_.

REMIRER, regarder avec attention. P.

REMONTE, aprs-midi. P.

REMONTER, reprendre son travail aprs midi. P.

REMOTTER, former une motte de terre au pied de certaines plantes, telles
que la pomme de terre.

RMOUDRE, aiguiser sur une meule.

REMPITER, refaire le pied d'un bas. P.

REMPLUMER (se), se remettre bien dans ses affaires; regagner au jeu ce
qu'on avait perdu. P.

REMUQUE (sentir le); se dit d'un vase ou d'un objet qui porte certaine
odeur dsagrable, semblable  ce qu'on appelle _odeur de ft_, _de
tonneau_.

RENAFLER, respirer bruyamment par le nez; s'emploie surtout en parlant
des chevaux qui sont effrays.

RENALLER, (se), s'en aller de nouveau.

RENAR (tre), trouv plus rus que soi.

RENCHARGER, recommander.

RENCHIN (faire un), faire un circuit et revenir  son point de dpart.

RENELLE, ruelle d'un lit.

RENFILER, affiler. B.-N.

RENFOURRE. V. _Rafoure_.

RENFOURER. V. _Rafourer_.

RENFRAICHIR, rafrachir. H.-N.

RAFRAICHISSEMENT, rafraichissement. H.-N.

RENGAINER SON COMPLIMENT, tre oblig de renoncer  un projet,  un
ouvrage qu'on allait entreprendre.

RENHAITER, exciter, encourager.

RENIFLER, aspirer par les narines; faire remonter l'humeur qui les
remplt, pour viter de se moucher. H.-N.

RENMESSER, faire dire une messe d'actions de grces, le lendemain de son
mariage.

RENOUVEAU (le), le printemps. P.

RENOUVIAU (au), au printemps.

RENTIQUES (avoir des), des rpliques, des reparties.

RENVOIS (avoir des), avoir des rapports.

RPARER (se), en parlant du temps qui passe au beau aprs la pluie.

REPASSEUX, mouleur.

RPER, avoir des _rpets_. P.

RPET, rot.

RPONNU, rpondu. H.-N.

REPIMP, qui a fait toilette.

RPRIMANDABLE, rprhensible.

RQUE, d'un got apre.

RQUE (air), air revche.

RQUER, abattre les dernires pommes d'un arbre.

RQUET, petite gaule qui sert  _rquer_.

RQUILLONS, restes.

REQUINQU, par, en toilette.

REQUIR, requrir.

RESAQUER, tirer de nouveau une personne d'un mauvais pas, un objet du
lieu o on l'avait mis.

RSIPLE, rysiple.

RESPECT (sauf, sous votre). Formule frquemment employe quand on parle
des animaux ou de choses immondes  une personne au-dessus de soi. Ex.:
Je viens de vendre des cochons, _sauf votre respect_. H.-N.

RESERRE, serre de jardin, lieu o l'on retire divers objets.

RESSOURDRE, rveiller, activer, relever; du latin _resurgere_. B.-N.

RESSUER, en parlant des murs quand ils se couvrent d'humidit.

RESSUYS (chemins). Voy. _Rebus_.

RESTER A, avoir son domicile. Ex.: Il _reste_  Paris.

RETAP, en toilette. B.-N.

RETAPER (se), faire toilette. P.

RTOQUER (se), faire de nouveaux efforts pour soulever un poids. Se
montrer _rtoquet_.

RTOQUET, petit homme qui parle beaucoup et n'aime cder  personne. P.

R'TRE, tre de nouveau. Ex.: Il _r'est_ parti. H.-N.

RETRUC (avoir du), avoir plus d'un expdient  son service.

RTU, qui jouit d'une bonne sant.

REUE, roue. P.

REUE (faire l'), en parlant d'une vache, et surtout d'un taureau qui
menace de ses cornes en mugissant.

REULIRE, ornire; trace profonde de la _reue_.

RUNIR A, avec, et. Le verbe RUNIR ne doit jamais tre suivi de A ni de
AVEC; ainsi il ne faut pas dire: _runir la prudence_ A _la hardiesse_,
mais _runir la prudence_ ET _la hardiesse_.

REVENEZ-Y (got de), mets ou boisson dont le got flatte.

REVERTRIS (avoir un), changer de rsolution.

REVOIN, regain.

RHABILLER, habiller de nouveau. Parler mal de quelqu'un. P. Piquer la
meule d'un moulin.

RHEUME, rhume. On a passablement dissert sur l'tymologie de ce mot. M.
Labourt le fait venir du celtique _rum_, qui signifie: runion,
agglomration en gnral, en ce sens que le rhume provient d'un amas,
d'une aggrgation d'humeurs sur la poitrine. M. l'abb Dartois repousse
cette origine, parce qu'elle repose sur une tymologie philosophique peu
en rapport avec l'habitude de procder du peuple, qui juge ordinairement
par la cause et les effets, et jamais d'une manire insaisissable aux
sens. Pour le peuple, _la rheume_ est un _refroidissement_; et c'est, en
effet, par des mots qui ont cette signification que cette maladie est
dsigne en hollandais, en anglais, etc. Puis, l'espagnol, le portugais,
le catalan, etc., ont une expression tout--fait en rapport avec le grec
_rema_. D'o le savant chanoine de Besanon conclut, avec M. A. de
Poilly, que la racine de rheume vient du grec (Voir le _Glossaire du
patois picard_, par M. l'abb Corblet, p. 598 et suiv.). P.

RIBAMBELLE, multitude. H.-N.

RIBLE. Voy. _Halitre_.

RIDEAU. Voy. _Condos_.

RIDIAUX, rideaux.

RIFLE, morceau de bois qui se place au bout du _hanse_, et dont les
faucheurs se servent pour aiguiser leur faux.

RIFLER, se servir du _rifle_. Effleurer.

RIGOLET, rigole.

RIGOLISSE, rglisse.

RIKIKI (un coup de), un verre de liqueur. P.

RIME, gele blanche; frimas. P.

RIMER, geler _blanc_.

RINCHE, vole de coups. P.

RINCHER LA LESSIVE, laver, aigayer le linge, avant de le tordre.

RINCHETTE, verre d'eau-de-vie qu'on prend aprs le caf.

RINCHURETTE, verre d'eau-de-vie qui vient aprs la _rinchette_.

RINGOLISSE, rglisse. P.

RIO, petite raie, poisson.

RIO, petite rigole dans laquelle on plante des pois, des fves, etc. P.

RIOCHER, rire en se moquant.

RIOCHEUX, qui _rioche_.

RIOTEUX, instrument de jardinage qui sert  faire des _rios_.

RIQUIQUI (famille de), compose d'un grand nombre de membres.

RISQUE-A-LA-RISQUE,  tout hasard. Au moment de dire la messe, un prtre
n'avait, pour lui rpondre, qu'un enfant peu en mesure de le faire. Le
prtre commence: Introibo ad altare Dei. Pas de rponse! Il recommence:
Introibo, etc.--_Risque--la-risque_, rpond le serrant: ET CUM SPIRITU
TUO.

RISQUEUX, douteux, prilleux.

RISQUIPTE (oeufs  la), oeufs  la coque, cuits dans les cendres, _ la
risque qu'ils pettent_.

RITELET, roitelet.

ROBIN, taureau. H.-N. En Bourgogne, on donne ce nom aux bliers.

ROBINIRE (vache), qui tourmente les autres et est impropre  la
reproduction.

ROGATONS (marchand de), qui vend des objets de peu de valeur, des jouets
d'enfants. H.-N.

ROGNONNEMENT, action de rognonner.

ROGNONNER, murmurer entre ses dents. H.-N.

ROGUE, runion des oeufs du poisson.

ROGUE (poisson), poisson femelle qui n'a pas encore fray. P.

ROMATIQUE, rhumatisme.--_Qu qu'ch'est que c'te plante-l_, demandait
dernirement un enfant au cur de sa paroisse, eu lui montrant une
touffe d'hysope?--C'est une plante aromatique...--_Une plante 
romatiques? Ah! donnez-m'en unne branque pou papa qu'en souffre tant!_

RONCHAILLES, lieu o il y a beaucoup de ronces.

RONCHES, ronces.

RONDINS, bois  brler qui n'est pas encore fendu.

RONGE (revenir au), got des aliments qui revient et se fait sentir
d'une manire incommode aprs le repas.

ROQUES, mottes de terre qui se trouvent dans les terres laboures. P.

ROQUET, pomme  cidre tardive; bonne espce.

ROS, roue.

ROS (faire la). Voy. _Reue_ (faire la).

ROSETTE, rose. On rapporte qu'un congnre de ce mot, _Roselle_, a donn
lieu  un des plus beaux vers de Malherbe, quand il adressa  un de ses
amis, qui venait de perdre sa jeune fille, le quatrain suivant, que tout
le monde connat:

      Ta fille tait du monde o les plus belles choses
                Ont le pire destin,
      Et Roselle  vcu ce que vivent les roses,
                L'espace d'un matin.

Lorsqu'on imprima ces vers, il parat que le compositeur lut mal le
commencement du troisime, et fit tout simplement un chef-d'oeuvre, sans
s'en douter, en mettant le vers suivant, qu'on se garda bien de changer:

      Et Rose elle  vcu ce que vivent les roses.

ROTEUX, lieu qui reoit l'got du fumier. H.-N.

ROUAN (cheval gris-), d'un gris tirant sur le roux.

ROUELLES, roues de charrue.

ROUGE, homme qui a les cheveux roux. H.-N.

ROUGE-BRIRE, pomme  cidre, tardive; excellente espce. H.-N.

ROULE, rosse. P.

ROULET, rouleau servant aux travaux des champs pour craser les
_roques_.

ROULET, ralement prcurseur de la mort.

ROULIRE, blouse dont se servent les rouliers et autres personnes. P.

ROUPIEUX, honteux. P.

ROUPILLER, faire le plus lger bruit, soit en parlant, soit en pleurant.
On dira  un enfant qui pleure: Si tu _roupilles_ encore, je te donne le
fouet.

ROUQUELOUSE, espce de houppelande.

ROUSSI. Voy. _Roteux_. P.

ROUSSI, lgrement atteint par le feu.

ROUSSI (sentir le), porter l'odeur d'une toffe qui brle.

ROUSSIR (se), brler ses vtements en les approchant trop du feu.

ROUSSOL, rissol.

ROUTER, vomir.

ROUVIEU, maladie de la peau, particulire aux chiens.

ROUVREUIL. Voy. _Rouvieu_. H.-N.

ROUX-VENTS, vents qui,  l'poque de la _lune rousse_, avril et mai,
brlent les jeunes pousses des plantes qui prennent une couleur
_rousse_. Nol a employ ce mot: Les _roux-vents_, dit-il, dcolorent
et transforment le bouton de la fleur en pointe de grofle... et
trompent l'esprance du cultivateur (_Premier Essai sur la
Seine-Infrieure_, p. 224).

RUCHE (que je), subjonctif du verbe _ruer_. P.

RUDE, grand, considrable, fort.

RUDEMENT, extrmement. P.

RUETTE, petite rue.

RUMINER. Voy. _Rminer_. H.-N.

RUQUE, ruche.

RUQUER, rucher.


                                  S

S', sa, se.

SACLER, sarcler.

SACRESTI, SACRISTI, juron.

SAFRE, goulu; se dit surtout des chiens. H.-N. B.-N.

SAGOIN, homme malpropre. H.-N. P. M. Corblet considre ce mot comme la
contraction de _sale grouin_.

SAI, soif.

SAI, soi.

SAL (petit), lard sal.

SALIGAUD. Voy. _Sagouin_. H.-N.

SALIGOTER (se), se salir. H.-N.

SALINNE, poisson ou viande sals.

SALOPE, femme malpropre.

SALOPIN, enfant malpropre.

SAN, son; devant une consonne.

SANG (tirer du), saigner.

SANRIETTE, sarriette. Cette plante tait cultive dans les jardins ds
le commencement du XIVe sicle.

SANS (tre de), manquer de. Ex.: Avez-vous des pingles?--Non, je suis
_de sans_.

SANS-CULOTTE, vtement des petits garons, qui comprend la veste et le
pantalon.

SANSURE, sangsue. H.-N.

SANVRE, sanve; espce de senev. H.-N. P.

SAOUL (raide), tout--fait ivre jusqu' la rigidit des membres. H.-N.

SAOULARD, ivrogne de profession.

SAPAS, malpropre. B.-N.

SAQUER, extraire d'un sac, d'un trou, d'une mare, etc. H.-N. Ce mot se
rapproche d'une des acceptions de l'espagnol _sacar_.

SAQUER (se), fuir promptement. H.-N.

SAREAU, espce de tablier  l'usage des petits enfants.

SAS, ivre, rassasi. H.-N. Saule.

SATAN, diabolique. H.-N.

SAUX, saule. Au moyen-ge, le nom de cet arbuste s'crivait constamment
_saux_, _saulx_.

SAVENIAU, verveux; espce de filet qui sert  prendra le poisson.

SAVOIR, SAVER, savoir, pouvoir. Ex.: Il ne _saurait_ travailler
longtemps sans se reposer.

SCIAU, seau. P.

SCIO, petite scie.

SEC, SCHE, SQUE. On confond ordinairement ces adjectifs pour le
masculin et le fminin. H.-N.

SCRAN, maigre. B.-N.

SEIGLERI, champ o l'on a rcolt du seigle.

SELLE A LESSIVE, espce de traiteau sur lequel on bat et on laisse
goter le linge qui a t lessiv.

SEMEUX. Ce mot dsigne: 1 un homme qui sme; 2 l'espce de nappe qu'il
passe en bandoulire pour porter la semence.

SENS (se manger les), s'impatienter fortement. H.-N.

SENTE, sentier. H.-N. P.

SENTU, senti.

SEOIR (se), s'asseoir. H.-N.

SQUER, scher; faire scher. Ex.: Avez vous _squ_ votre linge? H.-N.

SECHER, chercher.

SERCIES (lvres), lvres gerces.

SRIE (faire), travailler le soir  la chandelle. P.

SERRER, placer un objet en lieu sr. H.-N.

SERTE, temps de l'engagement d'un domestique ou d'une servante.

SERUGIEN, chirurgien. H.-N.

SERVIR, saillir. B.-N.

ST, SS, sel. Ses; devant une consonne.

SYANT, sant. B.-N.

SIEN (le), celui. Ex.; _Le sien_ qui sortira le dernier, fermera la
porte.

SIENNE (la), celle.

SIENNES (les), celles.

SIENS (les), ceux.

SIEN A (le), celui de. Ex.: Mon chapeau est plus beau que _le sien _
ton frre. H.-N.

SITEZ-VOUS! asseyez-vous!

SIEU, suif. H.-N.

SI-FAIT, nouvelle affirmation contre une ngation. Ex.: J'ai t 
Paris.--Non, vous n'y avez pas t.--_Si-fait._ P.

SIN, son.

SINER, signer.

SINNE, signe. Signature.

SI PEU QUE RIEN, en trs-petite quantit. H.-N.

SIROTEUX, qui a la consistance du sirop. H.-N.

SISSITE (faire), s'asseoir; terme enfantin. P.

S'N, son; devant une voyelle. P.

SOEURETTE, petite soeur. P.

SOIFFEUR, qui boit souvent, ivrogne. P.

SOIRANTE ( la), vers le soir. B.-N.

SOLAI, soleil.

SOLDAR, soldat. Le vieux mot franais tait _soudart_.

SOLE, pice de bois qui, dans les maisons en charpente, repose sur la
maonnerie de la base du btiment, et dans laquelle sont _entenonns_
les _pots_ et les colombes. H.-N.

SOLINAGE, maonnerie qui se trouve sous la _sole_.

SOMMLER, effrayer. H.-N.

SOMMIER, grosse pice de bois pose horizontalement, sur laquelle sont
appuyes les solives.

SONNER MOT (ne), ne rien dire. H.-N.

SORCILGE, sortilge. H.-N.

SORTIR DE, venir de. Ex.: Il _sort d'_tre malade.

SOTTES (avoir les mains), Voy. _Gourdes_. P.

SOTTISIER, qui dit des paroles obscnes.

SOUAIS ( vos),  vos souhaits! Paroles qu'on adresse aux personnes qui
ternuent. Nous pensons que cet usage remonte  une haute antiquit.

SOUDRE (faire), faire partir, lever. Ex.: Il a fait _soudre_ un livre;
vient peut-tre de _surgere_.

SOUILLON, femme malpropre; semble venir de _suillus_. P. H.-N.

SOULARD, ivrogne. P.

SOUPLE, moite.

SOURCIN, nom par lequel on dsigne les souris, les mulots, les rats,
etc.

SOURIS (cauque), chauve-souris.

SOUS-CHEVRON, arbaltier. L'Acadmie crit _arbaltrier_, ce qui,
d'aprs Napolon Landais, est un barbarisme, attendu que ce mot vient
d'_arbalte_. H.-N. On dit aussi _sous-quvron_.

SOUTINT, soutenu. H.-N.

SOUVENT, vite. Ex.: Il n'arrive pas _souvent_.

S'S', ses, devant une voyelle.

ST', ce, cette; devant une voyelle.

STE, cette; devant une consonne.

STICHITE, celui-ci.

STILA, celui-l.

STILO, celui-l. P.

SU, ce. Sur.

SUE (endurer une), avoir des souffrances aigus; entendre ce qui est
capable de faire suer de peur. B.-N.

SUERIE, action de suer. H.-N.

SUFFISANCE (manger  sa), selon son apptit. H.-N.

SUGRGEON, pautre. Il est souvent question, dans les chartes du
moyen-ge, d'une espce de froment dsign sous le nom de gros bl,
_grossum bladum_ (_Etudes_, etc., par M. L. Delisle, p. 321). Ne
serait-il point question ici du _sugrgeon_ dont la culture tait
autrefois assez tendue,  cause de sa rusticit et de sa facult de
russir dans les plus mauvais terrains? Son nom de _gros bl_ lui serait
peut-tre venu surtout de la grosseur de son pi. La varit la plus
cultive devait tre le _triticum spelta_ de Linne, le _froment grand
pautre_.

SUI, suivi. P.

SUIRE, suivre. P.

SUMER, semer. H.-N.

SUPER, boire peu  la fois et en aspirant,  la manire des animaux
ruminants, tels que la vache; en anglais, to sup. _B.-N._

SUPRIEUREMENT, trs-bien.

SUR (pour), certainement.

SURCOUPER; se dit d'un animal qui mange la nourriture des autres.

SURE, sureau. Le sureau tait une des espces de _mort-bois_ de la fort
d'Eu; on le dsignait autrefois sous le nom de _seur_ (Voir notre _Essai
sur Blangy_, p. 63).

SURIAUX, aigreurs.

SURIR, devenir aigre, Ex.: Ce cidre _surit_. H.-N.

SURQUER; se dit d'un chat qui guette les souris pour les prendre. Selon
M. Corblet, ce mot serait une crase de _surguetter_.

SURQUETTE, souricire.

SURQUETTE (prendre une), marcher sur un terrain spongieux, de manire 
faire jaillir l'eau dans les chaussures.

SURSIN. Voy. _Sourcin_.

SURTAI, sret.

SUSON, Susanne.

SYNCOP, stupfait. H.-N.


                                  T

T, ton; devant une consonne.

TAC, salamandre.

TACHER QUE, faire en sorte que.

TAGNE, teigne. Cuscute, plante parasite qui pousse dans les prairies
artificielles.

TAI, toi.

TAIS! TAIS! TAIS! cri pour appeler les chiens.

TALEURE, tout--l'heure. P.

TAMBRE, mince, Ex.: Cette planche est bien _tambre_.

TAMIS (jeu de), jeu de paume. H.-N.

TAMPONNER, frapper  coups de poing.

TAN, ton; devant une consonne.

TANCHER, gronder.

TANDIS, pendant. Ex.: Il a t malade _tandis_ longtemps.

TANN, fatigu.

TANNER, impatienter. P.

TANNER (se), se fatiguer. M. Andr de Poilly fait driver ce mot, qu'on
prononce _tn_ en Picardie, du grec _tieuomai_, je m'tends. C'est,
dit-il, l'effet pour la cause. (_Mmoires de la socit d'mulation
d'Abbeville_, anne 1844, p. 154).

TANT QU'A CELA, quant  cela.

TANTINET (un), un peu; du latin _tantillm ou tantillulm_. H.-N. P.

TANT PIRE, tant pis.

TANT PUS... TANT PUS, plus. Ex.: _Tant pus que_ vous le reprendrez,
_tant pus_ il fera mal.

TANT QU'A' MI, A MAI, quant  moi. P.

TANT SEULEMENT, seulement. P.

TANTOUILLER, traner dans l'eau, la boue, etc. B.-N.

TAPE, grande quantit. P. B.-N.

TAPOTER, frapper  petits coups continuellement. P.

TARABUQUER, frapper fort et longtemps.

TARDILLON, volaille close  l'arrire-saison; enfant n longtemps aprs
les autres. H.-N.

TARELLE, tarire.

TARINER, marchander, hsiter.

TAS, lieu o l'on _tasse_ la rcolte des gerbes de bl, d'orge,
d'avoine, etc.

TASSERIE. Voy. _Tas_.

TAUDION, taudis. P.

TAURIAU, taureau. Les Bourguignons appellent _torie_ une jeune vache qui
n'a pas encore port.

TAURELLIRE (vache), qui prend les allures du taureau, tourmente les
autres vaches et finit par devenir infconde.

TAYON, aeul. En Picardie, on dit aussi _thon_, mot que M. de Poilly
fait driver du grec _theios_, oncle. En vain, dit-il, objecterait-on,
contre la lgitimit de cette drivation, la diffrence des degrs de
parent, puisque la mme diffrence existe entre le mot latin _nepos_,
_petit-fils_, et son driv franais _nepveu_, qui n'est devenu neveu
qu'an XVIIe sicle (_Mmoires de la Socit d'mulation d'Abbeville_,
anne 1844, page 155).

T, te.

TEIGLER, tousser frquemment. B.-N.

TEIGUER, tousser, tre oppress. H.-N.

TEMPLE, tempe. H.-N.

TENDON DE VEAU, tendrons.

TERGER, tarder; ordinairement employ avec une ngation. Ex.: Il ne
_tergera_ pas  venir. P.

TERLUIRE, briller; de _ter lucere_, luire trois fois.

TROITE, truite.

TROUIE, truie.

TERQUE, brai; espce de goudron.

TERQU, sali, crott.

TERQUER, faire une croix, avec du _terque_, sur la porte des tables,
dans la pense de prserver les bestiaux des maladies contagieuses et
pidmiques.

TERTOUS, tous; sans exceptions. B.-N. P.

TS, tes; devant une consonne.

TSI (tre), avoir l'estomac plein.

TTARD, arbre _tt_. H.-N.

TTE, tton.

TTE D'ORILLER, taie d'oreiller. H.-N.

TTE, tte.

TTOS, ttons.

TEURDRE, tordre.

THRSE, espce de capuchon que les femmes portent sur la tte, quand
elles assistent aux inhumations et pendant le temps que dure leur deuil.
Ce nom semble indiquer clairement son origine et doit signifier l'espce
de voile dont les Carmlites dchausses se couvrent la tte,  la
manire de sainte Thrse, qui fit approuver cet ordre, dont elle fut la
fondatrice, en 1562.

TI? particule interrogative ajoute au verbe. Ex.: J'irai-_ti_?
Viendra-_ti_?

TIA! TIA! TIA! pour appeler les cochons. H.-N.

TIERSON, demi-partie du _demi-gros_. Le _tierson_ ne devrait contenir
que deux muids; mais, grce  sa forme plate, il porte un grand
prjudice aux cultivateurs sur la mesure relle.

THIERS, pieu auquel on attache les chevaux et les vaches pour les faire
pturer dans les champs. H.-N.

TIGNACHE. Voy. _Crignache_. B.-N.

TIGNEUX, teigneux. P.

TIN, ton. P.

TINCHER. Voy. _Tancher_.

TINETTE, petit coffre dans lequel on met du sel on du lard sal.

TINS, glas, coups de cloche isols. Pour annoncer la mort d'un homme, on
sonne neuf ou treize _tins_; pour la mort d'une femme, on n'en sonne que
sept ou onze.

TINT, tenu. Voy. _Mal saint_ N...

TINTERELLE, petite cloche. B.-N.

TIOT, TIOTE, petit, petite. P.

TIPONNER, habiller un enfant avec soin. B.-N.

TIQUER, avoir une toux sche et brve.

TIQUET, marqu de petites taches. P.

TIRANDER, tirailler. P.

TIREUX, tiroir.

TIR (en avoir du premier), avoir les prmices de quelque chose. H.-N.

TIRLARIGO (boire ), boire avec excs. Ce proverbe remonte au XIIIe
sicle. A cette poque, Eude Rigaud, archevque de Rouen, fit don  sa
cathdrale d'une cloche qui tait si difficile  mettre en branle, qu'il
dut s'engager  fournir  boire aux sonneurs. C'est de l que nous vient
le proverbe: _Boire  tire la Rigaud_ (Voir notre _Essai sur
Londinires_, page 237).

TITI, enfant; terme enfantin.

TITONNER. Voy. _Tiponner_.

TIU! TIU! TIU! pour appeler les vaches.

T'N, ton, ta; devant une voyelle.

TOCSON, fille grossire et malpropre. B.-N.

TOINE, TOINOT, Antoine.

TOINETTE, Antoinette.

TOLIR, enlever; du latin _tollere_. P.

TOMBE (faire une), faire une chute. H.-N.

TOMBER DU HAUT MAL, avoir des attaques d'pilepsie. B.-N.

TOMBES (les). On entend par l les arbres fruitiers qui _tombent_ par
suite de coups de vent; on les laisse ordinairement au fermier, qui est
tenu de les remplacer par de bonnes _entes_.

TONDELIER, tonnelier. H.-N.

TONDRE, amadou.

TOQUANT (homme), _entt_.

TOQUART, qui porte  la tte. Ex.: Ce cidre est _toquart_.

TOQUER (se), se heurter la tte. B.-N.

TOQUET, bonnet rond que les femmes mettent le matin. Voy. _Kalipte_.
B.-N. P.

TORCHE. Voy. _Maniquet_.

TORCHER, mettre la _torche_ sur le cheval.

TORCHON (Marie), femme malpropre. P.

TORQUE. Voy. _Torche_. Lien en foin qui se fait en tordant les liges de
l'herbe sur elles-mmes.

TORQUER. Voy. _Torcher_. Essuyer.

TORQUETTE, petite branche  laquelle sont runis, en assez grand nombre,
soit des cerises, soit des pois, soit d'autres fruits.

TOTONNER, jouer des grosses noix, des oeufs rouges, du pain d'pice, au
moyen d'une boule polygone, sur chaque ct de laquelle se trouve un
numro jusqu'au nombre 12.

TOTOS. Voy. _Ttos_; terme enfantin.

TOTTE, morceau de toile dans lequel on enveloppe du sucre et de la mie
de pain pour le donner  sucer aux petits enfants et les empcher de
pleurer.

TOUBAC, tabac. P.

TOUFFLETTE, houppe.

TOUILLER, mler, remuer, dlayer dans un vase. P.

TOULAID, homme trs-laid.

TOUPINER, tourner  la mme place et n'avancer  rien, comme une
_toupie_.

TOURGNIOLE, mal au doigt; espce de panaris.

TOURNE, vole de coups. P.

TOURNURE, mauvaise excuse. P.

TOURTILLER, tortiller. H.-N. En parlant de quelqu'un qui mange beaucoup,
on dit aussi: Il _tourtille_ bien.

TOUSSAILIER, tousser presque continuellement.

TOUSSOTER, avoir une toux faible et frquente.

TOUT n', non plus; non.

TOUT DRAIT, tout droit, sans se dtourner. P. Justement.

TOUT-PARTOUT, partout; de tous cts.

TOUT-PLEIN, beaucoup. P. On dit aussi: _Tout fin plein._

TOUZER, couper, tondre. Ex.: Demain, ou _tousera_ la haie et les
moutons. B.-N. Un titre de 1403 porte qu'on payait _ung denier pour
touser cinq brebiz_.

TOUZERIE, tonte des montons.

TOUZEUX, celui qui touze.

TOUYAU, extrmit de la queue du chou, qui touche  la pomme.

TRACER (se). V. _Rayer_ (se).

TRACHER, chercher avec attention. P.

TRACHER SA VIE, mendier. H.-N.

TRACIER, espce de _bacu_, dont les traits sont forms de petites
chaines de fer.

TRAIL, cylindre sur lequel s'enroule une corde pour tirer de l'eau d'un
puits ou de la marne d'une marnire. Ce mot viendrait-il de _trahere_,
attirer?

TRAIN (tre en), tre ivre.

TRAIN DE (tre en), tre occup . Ex.: Il est _en train de_ faucher.

TRAITE. V. _Moisse_.

TRAN-TRAN. Voy. _Potin_.

TRAS, trace. Voy. _Frais_.

TRASQUER, traquer, marcher dans l'eau sans prcaution.

TRAYONS, _tettes_ de la vache, par lesquelles on _trait_ le lait.

TRFLERI, terre sur laquelle on vient de rcolter du trfle. H.-N.

TRMAIS, travaux des champs qui se font au printemps, tels que labour,
semence et hersage de l'avoine, de l'orge, des pois, etc. Ce mot vient
du latin _trimestria_ ou _trimestris_, semences qui viennent en trois
mois.

TREMBLEMENT (un), une grande quantit. Ex.: Cette anne, il y a _un
tremblement_ de noix. H.-N.

TREMBLERIE, frisson. H.-N.

TREMPETTE, pain que l'on fait tremper dans le cidre ou dans le vin.
H.-N.

TREMPETTE DES MARIS. Il est encore assez d'usage, dans les campagnes,
de donner une trempette aux nouveaux maris au moment de se coucher. Cet
usage a une origine religieuse, et on le trouve encore mentionn dans
les rituels du XVIIe sicle (_Manuale Ecclesi Rothomagensis_, dition
de 1640). Aprs la messe de mariage, on apportait au prtre une coupe
remplie de vin et deux petits morceaux de pain; il bnissait le tout,
puis, trempant le pain dans le vin, il le distribuait aux poux. Le
soir, il se rendait au domicile des maris pour la bndiction du lit
nuptial; ensuite il bnissait encore du pain et du vin, comme le matin,
et le prsentait aux nouveaux maris, au moment de se mettre au lit
(_Journal de Neufchtel_, anne 1849, n 50). A Beauvais, il existe
encore un usage tout--fait analogue, connu sous le nom de
_mouillettes_. Au repas de noce, on prsente aux poux un vase de vin
dans lequel le mari trempe un morceau de pain dont il prend la premire
bouche et donne la seconde  sa femme. Ils boivent ensuite dans la
mme coupe, dit M. Tremblay, en signe de communaut de bien et de mal
(_Notice sur Beauvais_; cit par M. l'abb Corblet, _Glossaire du patois
picard_, page 542).

TRSALLE. Se dit du linge que l'humidit couvre de petits points noirs
ou rougetres. H.-N.

TRESSAUT, soubresaut.

TRESSAUTER, faire un _tressaut_. B.-N.

TRTINS, bottes de paille formes de petites tiges de bl produites par
le _gluage_. P.

TRETOUS. Voy. _Tertous_. P. Matre Jehan Clopinel, qui crivait vers la
fin du XIIIe sicle, dit, en parlant des hommes primitifs:

      _Trestous_ pareils estre souloient,
      Ne rien propre avoir ne vouloient.

TREU, trou. P.

TREUER, trouer. P.

TREULER, faire un vent en point d'orgue.

TREULIER, qui _treule_ souvent.

TRIBOUILLER, troubler. B.-N.

TRIBOULER. Voy. _Chabouler_. B.-N.

TRICON, brelan.

TRICON (avoir), avoir trois cartes semblables; par exemple: trois dix,
trois valets, etc.

TRIFOUILLER, remuer tout en cherchant une chose. P. Tromper au jeu.

TRICOTER, donner des coups de bton.

TRIMBALLER, porter ou traner un objet a et l. H.-N. Sonner les
cloches sans mesure et sans rgle. An XVIe sicle, le Parlement de Rouen
supprima toutes les tavernes; il fut seulement permis d'aller chercher
du vin pour le boire en famille. Voici ce que dit  ce sujet un petit
livre de l'poque:

      Si un voisin avec son familier
      Se veut esbattre, ainsy que de raison,
      Il est contraint de boire en sa maison
      Et d'envoyer qurir du vin au pot.
      Par ce moyen, en tout tems et saison,
      Femme et enfant ont leur part  l'escot.

Mais cet tat de choses n'tait gure commode pour les buveurs, et le
Parlement vint  leur secours en inventant une taverne ambulante qui
allait de porte en porte, d'atelier en atelier, _mais  trs-courtes
stations_, colporter des rafrachissements. Jusqu'alors, dit C. Nodier,
le peuple tait all chercher le divertissement dans les tavernes....
Les tavernes obtinrent permission d'aller chercher le peuple. L'on
donna  ces cabarets ambulants le nom de _triballe_ ou _trimballe_ (Voir
le _Journal de Rouen_, 21 mai 1852).

TRINGUE, tringle.

TRIOLE, grand nombre. Ex.: Quelle _triole_ de pauvres!

TRIPAILLES, intestins d'un animal.

TRIPE, entrailles d'un animal qui servent  prparer les _tripes_.

TRIPETTE (ne pas valoir). Se dit d'une chose qui ne vaut rien. Ex.: Il
ne vaut pas _tripette_.

TRIPOT, march. change. B.-N. Mnage, cuisine. P.

TRIPOTER, faire le mnage. P.

TRIPOTIER, qui se mle de petites intrigues, de petits marchs, etc.
H.-N.

TRIQUE, gros bton de voyage.

TROIS-PIEDS, trpied.

TROITE, truite.

TROMPE, erreur. B.-N.

TRONCHE, tronc d'arbre. P.

TROQUE, change. Ex. Faisons une _troque_.

TROTTE, distance, course plus ou moins longue. Ex.: D'ici  Rouen, il y
a une bonne _trotte_. H.-N.

TROTTERIE, place o l'on fait _trotter_ les chevaux, dans les foires,
avant de les vendre.

TROTTINER, marcher  petits pas prcipits. P.

TROU (boire comme un), boire continuellement. H.-N.

TROU (faire un), boire un petit verre d'eau-de-vie entre deux services.
H.-N.

TROUIE, truie.

TROVER, trouver. P.

TRUC (avoir le), tre habile, ingnieux, habitu  faire une chose. P.
B.-N.

TRUPER (ne pas), ne pas demeurer longtemps au mme lieu. Ex.: Il n'a pas
_trup_ chez sa mre.

T'S', tes; devant une voyelle.

TU AUTEM (connatre le), tre au courant d'une chose. Voici
l'explication de ce proverbe, donne par Verville: Les leons de
l'glise finissent toutes par les mots: _Tu autem_, _Domine_, _miserere
nostri_; et, comme dans les communauts ecclsiastiques, la coutume est
que le suprieur,  la fin du repas, frappe lgrement sur la table, en
disant: _Tu autem_, etc., pour avertir le lecteur qu'il est temps de
terminer,--si celui-ci finit immdiatement, on dit qu'il connat le _Tu
autem_,--s'il continue encore sa lecture, on dit alors qu'il n'entend
pas le _Tu autem_ (_Moyen de parvenir_, chap. 60).

TUER (se). Se dit du vin ou du cidre qui perd promptement sa couleur et
son got, par suite de son contact avec l'air, quand il est tir. H.-N.

TUET, extrmit extrieure d'une chemine.

TUNBER, tomber. H.-N.

TUNBES. Voy. _Tombes_.

TURELURE! nenni!

TURIAU. Voy. _Condos_.

TURLUPINER, tourmenter, inquiter. P.

TURNE, taudis. Maison sale et peu solide. H.-N.

TUTAYER, tutoyer.

TUTER, aspirer un liquide par la bouche,  la manire des porcs, ou bien
au moyen d'une paille. H.-N.

TUYOTER, disposer en tuyaux; expression de lingre. H.-N.


                                  U

UNI (homme tout), simple dans ses manires et sans crmonie. P.

UNNE, une.

UROPE, Europe. On supprime gnralement l'E dans les noms commenant par
la diphtongue EU; ainsi: _Eugne_, _Euphrasie_, etc., se prononcent:
_Ugne_, _Uphrasie_, etc. En approchant de la Picardie, il en est de
mme quand cette diphtongue se trouve  la fin d'un mot. On dit: _Adiu_,
_fu_, _blu_, etc., pour: _Adieu_, _feu_, _bleu_, etc.

USAI, us.

USAGE (avoir de l'), avoir l'usage du monde.

USAGE (d'un bon), d'un bon user.

USANCE, dtrioration qui rsulte de l'usage, pour les instruments
aratoires. Ex.: Cette ferme est bonne, mais il y a beaucoup d'_usance_.

USURE. Voy. _Usance_.


                                  V

VA! Exclamation qu'on ajoute  la fin d'une phrase, en diverses
circonstances. Ex.: Iras-tu  la promenade?--Je ne sais pas, _va_!

VACABOND, polisson; insolent.

VAGAND, qui va de ct et d'autre et ne travaille pas. Paresseux.

VAICHE (que je), subjonctif du verbe voir.

VAIE, voie. Employ en parlant des dents d'une scie qu'on dispose de
manire  ouvrir une voie plus ou moins large dans le bois. H.-N.

VAILLANT (homme), qui travaille avec courage. P.

VALET-D'AOUT, domestique qu'on prend  son service, pendant un mois ou
deux, pour travailler  la moisson.

VANNET, vanneau.

VANTARD, homme qui se vante sans cesse. H.-N.

VAPAIL, pice de bois, en forme de vole,  laquelle on attache les
_baculs_ ou les _traciers_ des deux derniers chevaux d'un chariot.

VAQUE, vache. P.

VAQUER, vacher.

VAQUETTE, petite vache. P.

VAQUETTES (faire des), laisser de la boisson au fond de son verre, ce
qui rpugne  certaines personnes, dans les fermes o plusieurs
domestiques boivent alternativement dans la mme coupe.

VAROQUE, gros bton qui sert  enrouler la _hache_ d'un chariot ou d'une
charrette autour du _pouliot_, afin de serrer les gerbes sur la voiture.

VAROQUER, serrer au moyen du _varoque_.

VAROUILLER (se), se salir, se vautrer dans la boue comme un _vrou_.

VARPOT, petit bourbier.

VASTRIGUER, courir de ct et d'autre.

VATE, boue; malpropret. Ex.: Donnez de la litire aux porcs; ils sont
dans la _vate_.

VATON. Voy. _Varoque_. B.-N.

VATONNER. Voyez _Varoquer_. B.-N.

VAUDOISE, trombe.

VAUDRE, gros balai de branches de genet, dont on se sert pour balayer
le four, avant d'enfourner le pain. B.-N.

VAULE, gaule; longue perche qui sert pour abattre les pommes. B.-N. P.

VAULETTES, gaulettes qu'on attache sur les chevrons pour recevoir les
couvertures en paille.

VAVITTE, diarrhe. B.-N.

VESCHE, vesce. Dans un compte du 23 mars 1466, il est mention d'une
dpense de _viij sous_, _pour vj boisseaux de veche_.

VEILLATIF (homme), vigilant. B.-N.

VELTE, mesure de sept litres et demi; ce qui fait quatre _pots_.

VENT (prendre), prendre haleine. P.

VENT (perdre), perdre haleine. B.-N.

VPRES, gupes.

VER, voir.

VRARD, vrat.

VERBIAGE, bavardage. H.-N.

VERDIER, bruant jaune.

VERDOT, gros fausset qui se met au bas des tonneaux.

VRETTE (vache), noire et blanche.

VERGE, quatrime partie de l'acre.

VERGETTE, petite verge de fer.

VER-GOUTTE (),  ttons.

VERGUES (bouquet de), verges pour fesser les enfants.

VERGUIE. Voy. _Verge_.

VERMINNE, rats et souris. B.-N. Terme injurieux.

VERPOT. Voy. _Varpot_.

VROLE, variole. H.-N.

VROT, ver de terre. H.-N.

VROU, vrat.

VROUILLER, donner un lger labour. B.-N. Remuer la superficie de la
terre, comme un _vrou_ qui fouille.

VERRE (un petit), un verre d'eau-de-vie. Ex.: Payez-vous _un petit
verre_, ce matin?

VERRINE, verre de montre, d'horloge, de petite bote, etc. B.-N.

VERTES-BONNES, prunes de Reine-Claude. H.-N.

VSE, force. Ex.: Il n'a pas plus de _vse_ qu'un enfant. H.-N.

VSILLANT, alerte, remuant.

VSON, qui _vsonne_.

VSONNER, se remuer beaucoup et faire peu de besogne.

VESSARD, qui vesse.

VESTON, petite veste.

VTU-DE-SOIE. Voy. _Gentilhomme_.

VEUCHE, vesce.

VEULE, qui n'a pas de consistance; facile  remuer. Ex.: Ce fourrage est
_veule_. P. B.-N.

VEUVE (homme), veuf.

VIAGE, voyage. Fols. B.-N.

VIAU, veau. P.

VIENT (semaine, anne qui), semaine, anne prochaine.

VITOU! VITOU! VITOU! pour appeler les vaches: _viens tt_.

VIEUILLE, trombe de poussire. Vieille.

VIVE, Genevive.

VILANNER, faire souffrir. Ex.: Mon soulier me _vilanne_.

VILLOTE, veillote. H.-N.

VINDICATION, vengeance; du latin _vindicare_. P.

VINT, venu. H.-N.

VIONDIR. Se dit du bruit produit par le vent, une toupie, une balle,
etc.

VIPILLON, goupillon. B.-N.

VIS-A-VIS DE, envers. Ex.: Il a eu bien des torts _vis--vis_ de ses
parents.

VIS-A-VIS (au) en face. H.-N.

V'LIN, venin.

V'LO, voil. P.

V'LO! V'LO! V'LO! pour appeler les veaux.

VO, vtre. P.

VOICHE (que je). Subjonctif des verbes voir et ALLER.

VOIN, regain. B.-N.

VOIRAI (je), je verrai; tu _voiras_, tu verras, etc.

VOS, vous.

VOT', votre.

VOUDER, enrouler; mettre en peloton. Se dit aussi d'un gourmand qui
mange avec avidit.

VOUI, oui.

VOYONS-VOIR, voyons.

VRAC (), en masse. B.-N.

VRAI-DA! trs-vrai.

VRPES, gupes.


                                  W

WERTAGES. On dsigne ainsi la rcolte de la vesce et des pois mls.

WOINGNARD, qui _woingne_.

WOINGNER, pleurnicher; pleurer sans raison; crier. On a donn aux
habitants d'une partie de l'Alihermont le sobriquet de _woignons_, parce
que leurs barrires _woignent_, quand on les ouvre. Les mauvaises
langues prtendent que ces barrires _intelligentes_ annoncent ainsi
l'arrive des visiteurs, afin qu'on ait le temps de mettre le verrou et
de se cacher, si les personnes ne plaisent point.

WOUAIRAS, pois et vesce rcolts sparment.


                                  Y

Y, il, ils, elles. Ex.: Y s'aiment comme _quiens_ et _cats_.

YIARD, liard. P.


                                  Z

Cette lettre sert souvent  former une liaison incorrecte entre deux
mots, dont l'une finit par une consonne, et l'autre commence par une
voyelle, ce qu'on appelle ordinairement un _velours_. Voici l'origine de
cette dnomination, qui nous donnera en mme temps celle des cuirs: Un
jeune homme se trouvait au spectacle auprs de deux dames. Tout--coup,
il trouve un ventail sous sa main:--Cet ventail n'est-il pas  vous?
dit-il  la premire dame.--Non, Monsieur; il n'est point-_z_-
moi.--Alors, il est  vous? dit-il, en le prsentant  la seconde
dame.--Il n'est pas-t- moi.--Il n'est point-_z_- vous... Il n'est
pas-_t_- vous... Ma foi! je ne sais pas-_t_- qu'est-ce.

Cette plaisanterie a donn lieu au mot PAS-T-A QU'EST-CE, et l'on est
convenu d'appeler _velours_ les fausses liaisons formes par la lettre
Z, et de donner le nom de _cuirs_  celles qui sont faites  l'aide de
la lettre T (_Les Omnibus du langage_, 8me dit., page 48).

ZIUS, yeux.




                                TABLE
                            DES MATIRES.


      Introduction.
      Bray normand.
      Origine du Langage.
      Langue d'Oil et langue d'Oc.
      Oraison dominicale au XIIe sicle.
      Science tymologique.
      Grammaire brayonne.
      Dialogue brayon.
      Proverbes et Dictons.
      Usages et Croyances.
      Remarques.
      Glossaire.
      Liste des Souscripteurs.




LISTE
DES
SOUSCRIPTEURS.



      MM.

ANSELIN, instituteur  Bures.
AZAIS, prsident de la socit archologique,  Bziers (Hrault).

BEAURAIN,  Mesnires.
BLANGERMONT (Levaillant de), propritaire  Bernapr, commune de
Romescamps (Oise).
BLANGERMONT (Levaillant de), propritaire  Aumale.
BOCHET, notaire  Forges-les-Eaux.
BOISSAY, facteur de la poste aux lettres,  Londinires.
BOULANGER, cultivr aux Noyers.
BOULANGER, propritaire  Saint-Lucien.
BOULANGER (madame), propritaire  Neufchtel.
BOUTRY-CREVEL, ng.  Aumale.
BOQUET, propr.  Bois-Hroult.
BRAQUET-DEVILLE, entrepositaire, quai du Mont-Riboudet, 48,  Rouen.
BREUIL (A.), membre de la socit des Antiquaires de Picardie,  Amiens.
BRIANCHON (l'abb), cur de Quivrecourt.
BRIDOU, propritaire, maire de la Chapelle-Saint-Ouen.
BROSSARD (de), propritaire, maire de Monchaux-Soreng.
BROUTELLES (de), docteur en mdecine  Foucarmont.

CARON, instituteur a Osmoy.
CAUCHOIS, propritaire  Bois-Guilbert.
CAUCHOIX (madame), propritaire  Bures.
CAV, mdecin  Forges.
CELLIER, rentier  Bures.
CHAILLOU (l'abb), au Saussay.
COCHET (l'abb), inspecteur des monuments publies de la
     Seine-Infrieure, membre de plusiers socits savantes,  Dieppe.
COLAS (l'abb), membre de plusieurs socits savantes,  Rouen.
CORBLET (l'abb), membre de plusieurs socits savantes,  l'abbaye des
Bndictines de Solesmes.
CORNEILLE (de), inspecteur honoraire de l'Acadmie, maire de Maucomble.
CRITOT, huissier  Neufchtel.

DAMIENS (l'abb), cur de Fresquienne.
DANIEL, propritaire, maire de Chef-de-l'Eau.
DAVOUST (Dominique), cultivateur  Bouelle.
DEBOUTTEVILLE, notaire  Neufchtel.
DEBOUTTEVILLE pre, propritaire  Neufchtel.
DECAUX, propritaire  Forges.
DECORDE, marchand  Beaubec.
DECORDE, adjoint  Bosc-Bordel.
DECORDE (madame), propritaire  Forges.
DELCOURT (A.), chef de division  la prfecture de la Seine-Infrieure.
DERENTY, cultivateur  Londinires, hameau d'pinay.
DESLANDES, couvreur  Neufchtel.
DVILLE, marchand de cidre, au champ de foire, 17,  Rouen.
DEVIMEUX, membre de la socit des Antiquaires de Picardie, avou 
      Beauvais.
DIEUDEGARD (l'abb), cur de Pommerval.
DOMART (l'abb), cur de Bouvresse (Oise).
DUCLOS, huissier  Gamaches (Somme).
DUCLOS, propritaire  Forges.
DUFEUILLY (loi), chez M. de Villers,  Villers-sur-Foucarmont.
DUNEZ, instituteur  Bosc-Bordel.
DUPIUS, avou  Neufchtel.
DURANVILLE (Lon de), membre de plusieurs socits savantes,  Rouen.

FRAY (l'abb), cur de Bouelle.
FEUILLETTE (l'abb), cur d'Avremesnil.
FOURCIN, propritaire  Bully.
FOURGON, propritaire  Saumont.
FOURNIER, propritaire  Bois-Guilbert.

GIRANCOURT (A. de), membre du conseil gnral de la Seine-Infrieure,
      aux Essarts-Varimpr.
GLANVILLE (Lonce de), membre de plusieurs socits savantes,  Rouen.
GOST, receveur principal et entreposeur des tabacs,  Neufchtel.
GRAVILLE (l'abb), cur d'Haucourt.
GROSSARD (madame), libraire  Neufchtel. 3 _exemplaires_.
GROSSARD, rentier  Londinires.

HAUSSEZ (baron d'), ancien ministre de la marine,  Saint-Saens.
HAVET (Paul), conseiller d'arrondissement, maire de
      Saint-Valery-sous-Bures.
HAVET (Romain), cultivateur  Bures.
HBERT, propritaire  Lignires-Chtelain (Somme).
HENNEGUIER (Ch.), membre de la socit d'mulation d'Abbeville,
      propritaire  Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
HRICOURT (Achmet d'), membre de la socit des Antiquaires de Picardie,
       Arras (Pas-de-Calais).
HOUEL, propritaire, maire de Bose-Edeline.
HUBARD, juge  Neufchtel.
HURPY, maire  Serqueux.

JOLY (Martin), pharmacien de l'cole de Paris, membre du jury mdical de
      la Seine-Infrieure, propritaire  Mortemer-sur-Eaulne.
JOSSE, notaire  Bouttencourt (Somme).

LANGLOIS, propritaire  Bois-Hroult.
LANGLOIS (l'abb), cur de Criquiers.
LEBLOND,  Neuville.
LE BRUMENT, membre de la socit des Antiquaires de Normandie, libraire
       Rouen. 12 _exemplaires_.
LECOMTE (Baptiste), propritaire, maire de Bois-Guilbert.
LECOMTE (Honor), propritaire, maire de Bois-Guilbert.
LECOMTE fils, propritaire  la Hallotire.
LEFVRE, greffier  Forges.
LEFRANOIS, pharmacien  Londinires.
LEMASSON (l'abb), cur du Bosc-Guerard.
LEROUX (Anselme), voyageur de commerce pour M. Braquet-Dville,  Rouen.
LEROUX, propritaire  Bosc-Edeline.
LEROUX-DUMONT, commis-greffier au Tribunal civil  Neufchtel.
LETELLIER, instituteur  Fresles.
LETELLIER, propritaire et cultivateur  Fallencourt.
LEVILLAIN, docteur en mdecine  Neufchtel.
LEVASSEUR, propritaire  Argueil.

MALOT, aubergiste  Neufchtel.
MARRE (l'abb), cur de Flamets-Frtils.
MARSY (de), membre de la socit des Antiquaires de Picardie, de la
      socit d'mulation d'Abbeville, etc., procureur de la
      Rpublique  Vervins (Aisne).
MATHON, correspondant du ministre de l'instruction publique pour les
      travaux historiques, libraire  Neufchtel.
MICHU, percepteur-surnumraire  la recette particulire d'Yvetot.
MILHET, mdecin  Bures.
MILLEVILLE (madame de), propritaire  Neufchtel.
MILLEVILLE (le comte Edmond de), propritaire  Boissy-sur-Eaulne.
MONCHY (de), propritaire, maire de Bosc-Bordel.
MONGNE (mademoiselle),  Beaubec.
MURPHY (John), professeur de langue anglaise au pensionnat de MM.
      Girardin et Marais,  Montivilliers.

NEL (l'abb), cur de Mesnires.
NICHET, buraliste au Bois-Hroult.

PANET, propritaire, adjoint au maire de Fresles.
PAPILLON (Landre), imprimeur  Vervins (Aisne).
PARISY-DUMANOIR, propritaire  Foucarmont.
PASTOREL (A. de),  Paris.
PICARD, instituteur  Mesnires.
PIETTE (Edouard), membre de la socit des Antiquaires de Picardie,
      prsident du Tribunal de commerce  Vervins (Aisne).
PONTHIEU (de), clerc de notaire,  Aumale.
PONTAUMONT (Le Chanteur de), membre de plusieurs socits savantes,
      commissaire de la marine  Cherbourg (Manche).
PRAUX (F.-E. des), docteur en droit  Cherbourg (Manche).
PRUDHOMME (O.). directeur du _Journal de Graville_,  Graville.

QUILLET (madame M.-C.), membre de l'Acadmie des sciences, arts, et
      belles-lettres de Caen,  Pont-l'Evque (Calvados).

RICHEBOURG (madame), directrice de la poste aux lettres  Londinires.
ROGER, inspecteur des coles primaires de l'arrondissement de
      Neufchtel,  Neufchtel.

RUHAUT, menuisier  Neufchtel.
SAINTE-BEUVE, substitut du procureur de la Rpublique, quai Napolon,
      51,  Paris.
SAVALLE fils, maire de Saint-Martin-l'Hortier.
SCOLARD, avou  Neufchtel.
SEPTENVILLE (Lon de), membre de la socit des Antiquaires de Picardie,
      au chteau de Lignires-Chtelain (Somme).
SICOTIRE (Lon de la), ancien directeur de la socit des Antiquaires
      de Normandie,  Alenon (Orne).

TERNISIEN, mdecin  Foucarmont.
THIERR, cultivateur  Saumont.
THIEULIN cur de Sigy.
TROUDE, prsident de la chambre des notaires,  Foucarmont.

VALLOIS (l'abb), cur des Ventes-Saint-Rmi.
VASSELIN (l'abb), cur d'Osmoy.
VILLERS (le baron Martin de), membre de plusieurs socits savantes, 
      Villers-sur-Foucarmont.
VOILLET DE SAINT-PHILBERT,  Paris.


__________________________________________________________
NEUFCHATEL.--IMPRIMERIE DE ERNEST DUVAL, RUE DU TROT-MAROT.




[Fin du _Dictionnaire du patois du pays de Bray_
par Jean-Eugne Decorde]
