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Titre: Saint Dominique
Date de la premire publication: 1928
Auteur: Georges Bernanos (1888-1948)
Lieu et date de l'dition utilise comme modle pour ce
   livre lectronique: Paris: ditions de la Tour d'Ivoire, 1928
   (premire dition)
Date de la premire publication sur Project Gutenberg Canada:
   18 octobre 2007
Date de la dernire mise  jour: 18 octobre 2007
Livre lectronique de Project Gutenberg Canada no. 27


Note du transcripteur:

L'dition utilise comme modle contenait
quelques erreurs, que nous avons corriges.

Page 15: il nous donnent => ils nous donnent

Page 45: blmable et intolrable. => blmable et intolrable,

Page 51: le matre des Prceurs => le matre des Prcheurs

Page 67: colline ou l'air est pur  => colline o l'air est pur

Page 69: extendbat caritatem suam => extendebat caritatem suam





GEORGES BERNANOS




SAINT DOMINIQUE


 LA TOUR D'IVOIRE
 PARIS
 1928

   A
   LA
   MMOIRE
   DE
   GENEVIVE-GISLE DUVAL
   OBLATE SCULIRE
   DE
   SAINT BENOIT
   DU
   MONASTRE
   DE
   LIGUG
   MORTE
   A
   VINGT ANS




SAINT DOMINIQUE


Si l'on interroge pour la premire fois la vie d'un de ces
saints, et particulirement d'un de ces saints fondateurs
d'ordres, les voix qui en sortent paraissent d'abord innombrables
et diverses au point de troubler l'esprit. L'espce de vertige
ne fera que crotre si vous vous appliquez  suivre pas  pas
l'ordre des faits, car ici leur succession n'apprend rien ou peu
de chose. Ces grandes destines chappent, plus que toutes les
autres,  n'importe quel dterminisme: elles rayonnent, elles
resplendissent d'une clatante libert.

Au premier examen, le seul gnie semble donner  certaines vies
exceptionnelles ce mme caractre d'indpendance, de
spontanit souveraine. Il n'en est rien pourtant. On pourrait
soutenir au contraire--et par quels illustres exemples!--que le
gnie a toujours en soi quelque chose d'hostile et
d'irrductible, et comme un principe de strilit. S'il
ralise cette merveille d'inspiration et d'quilibre qu'est
l'oeuvre d'art acheve, c'est le plus souvent, et quand la
divine charit n'y collabore, par une espce de spcialisation
monstrueuse qui puise toutes les puissances de l'me et la
laisse dvore d'orgueil dans un gosme inhumain. L'homme de
gnie est si peu dans son oeuvre, qu'elle est presque toujours
contre lui un tmoignage impitoyable. Au lieu que l'oeuvre du
saint est sa vie mme, et il est tout entier dans sa vie.

La difficult n'est point vaincue pour autant:  ce point de la
mditation, elle apparat, au contraire, presque insoluble.
L'exprience des hommes nous enseigne  pntrer assez avant
dans leurs intentions par la seule comparaison--dj trop
cruelle--du public et du priv. Pas d'attitude, si bien et si
patiemment garde qui ne porte en elle sa propre contradiction,
pas de mensonge si compact qui n'ait sa brche, ou du moins ne
puisse tre pris  revers. Comme le chirurgien apprend la vie
sur le mort, comme le biologiste analyse les dchets organiques
pour tcher d'y surprendre le secret des changes et des
fonctions, le moraliste sait qu'il a devant lui ce personnage
d'artifice et de fraude, ce cadavre camoufl dont nous sommes
nous-mmes dupes aussi souvent qu'autrui, jusqu' ce que le
premier regard du juge, au del de la mort, le fasse voler en
clats. Mais le saint est devant nous ce qu'il sera devant le
juge. Nous touchons l, d'un regard bloui, non pas (comme on
voudrait le faire croire) une vie diminue, o la mortification
retranche sans cesse, mais la vie dans son effusion et comme 
l'tat naissant, la vie mme, ainsi qu'une source retrouve.
Retrouve, car nous l'avions perdue, et sitt retrouve, nous
la perdons encore. Le pauvre nomade, au coeur de ses dserts de
sable, dress  disputer au sol, pour lui et ses btes, un
mince filet d'eau bourbeuse, a peine  croire qu'il est toujours
un pays des fontaines, et que ce sera de nouveau pour ses lvres
et ses mains ce jaillissement glac, ce bondissement plein
d'cume et d'azur.

On pense qu'un Benot, qu'un Dominique, qu'un Ignace nous sont
plus proches qu'un Jean de la Croix ou qu'une Catherine de
Sienne, parce qu'ils sont aussi des lgislateurs et des
conqurants. Il est vrai qu'ils nous donnent ainsi des leons
que la prudence humaine peut entendre. Mais que cette vue est
courte! L'ambitieux qui rverait de trouver ici une mthode et
des recettes originales perdrait son temps. La saintet n'a pas
de formules, ou pour mieux dire, elles les a toutes. Elle
rassemble et exalte toutes les puissances, elle ralise la
concentration horizontale des plus hautes facults de l'homme.
Pour la seulement reconnatre, elle exige de nous un effort et
que nous participions, en quelque mesure,  son rythme,  son
immense lan. Sans doute il parat plus facile de transcrire,
selon le vocabulaire commun, l'Histoire, de la fondation des
Prcheurs plutt qu'une illumination d'Angle de Foligno. et
pourtant, s'il tait en notre pouvoir de lever sur les oeuvres
de Dieu un regard unique et pur, l'ordre des Prcheurs nous
apparatrait comme la charit mme de saint Dominique
ralise dans l'espace et dans le temps, comme sa visible
oraison.

Voil pourquoi les mthodes modernes de la critique historique,
en de telles matires, n'ont pas fini de nous dcevoir. Les
vies que les grandes passions humaines commandent, au del de
leur apparent dsordre, ont une certaine unit grossire qui
permet de transposer les plus illustres sur le plan des vies
ordinaires, de leur trouver, si l'on peut ainsi dire, une sorte
de dnominateur commun. Rien de plus monotone que la passion, et
qui se rpte si misrablement. Csar nous fait comprendre
tel ambitieux de chef-lieu de canton et tel fonctionnaire
colonial nous ouvre l'me de Nron. La passion prend tout ce
qu'on lui cde et ne rend rien. Au lieu que la charit donne
tout, mais il lui est rendu plus encore. Quelle comptabilit
surhumaine rendrait compte de ce magnifique change? Si
l'historien s'en tient  une rigoureuse exactitude, il nous
apprendra peu de chose de l'existence d'un saint. Les vieilles
lgendes en disent beaucoup plus long, parce qu'elles
transcrivent en symboles des ralits profondes. Elles ont ce
caractre d'ingnuit qui semble drouter exprs notre
logique et notre exprience. Comment n'auraient-elles pas ce
caractre? Chaque vie de saint est comme une nouvelle floraison,
l'effusion dans un monde rendu, par l'hrdit du pch,
esclave de ses morts--d'une miraculeuse, d'une dnique
ingnuit.

     *     *     *     *     *

En ce sens, il nous importe peu que Dominique appartnt ou non
 l'illustre famille des Guzmans, et ft ainsi parent des
anciens rois d'Espagne. C'est assez de savoir qu'il tait de
sang militaire, et de l'imaginer petit enfant, avec les cheveux
blonds, presque fauves, les yeux bleus et la peau blanche de ses
anctres visigoths, Ruodric, Wilhem ou Frola, au sommet de
l'humble tour seigneuriale de Carleruega, de l'unique "torron"
rectangulaire bti par son aeul,  la frontire du pays
maure, et regardant glisser vers la mer les eaux ples du Douro.
A l'extrme horizon, bien au del des plaines grises, tigres
par les rochers rouges du trias, plantes de bruyres roses, de
gents et de salicornes, avec ses fourrs de lavande, d'hysope
et de romarin, o paissent les petits pourceaux noirs, la sierra
de Guadarrama lve au ciel ses hauts contreforts sombres, et
derrire leur masse norme, c'est Tolde, o les chefs
castillans luttent contre les Maures. En une ou deux tapes, la
brche ouverte, les petits chevaux infatigables seraient au bord
du fleuve, et l'on verrait de nouveau s'agiter sur les rives les
longs manteaux blancs et les haubergeons dors... Le temps n'est
pas si loin o sur les marchs maures on avait une femme pour
un dirhem, et un enfant chrtien pour un demi-dirhem! Pas une de
ces chaumires de torchis tasses autour du donjon o l'on ne
s'entretienne de merveilleuses histoires, graves et sanglantes,
qui sont dans le gnie de cette race forme dans le malheur et
la pauvret. Le berger, couvert des pieds  la tte de peaux
de mouton, et qui semble, au milieu de ses btes, une autre
bte gante, en nourrit ses songes la main ferme sur sa
houlette garnie de fer. Mais on parle aussi  voix basse de ces
parents--pre, fils ou frre--enlevs par les hardis voleurs
paens, vendus comme un btail, et qui achvent lentement de
mourir dans les supplices et les terreurs de l'esclavage, au fond
de ces villes mystrieuses pleines de richesses inoues et sous
un ciel enchant. Parfois les femmes se passent en pleurant
quelque message apport de si loin par un catalan suspect,
probablement rengat ou par un juif. Aprs un souvenir
dsespr  tout ce qu'il ne retrouvera jamais plus, le
misrable nonce timidement le prix de sa ranon--chiffre
fabuleux, dchirant mirage! "La captivit, chez les Maures, fut
l'une des plaies de l'Espagne, plus angoissante que la famine,"
crit le R. P. Petitot. Or, tandis que ces durs paysans, ou
leurs nobles si pareils  eux, rvaient de reprsailles,
d'armes dfaites et de ttes coupes, n'est-il pas permis de
supposer que le petit Domingo, qui, jusqu' sa mort, fut un ami
si tendre, sentait,  de pareils rcits, son coeur trembler de
piti? Thierry d'Apolda nous rapporte que, vingt ans plus tard,
le jeune chanoine d'Osma rsolut un jour de se vendre pour
racheter le fils d'une pauvre femme. Peut-tre touchons-nous ici
le ressort secret d'une enfance dont les chroniqueurs ne nous
apprennent que peu de chose. Cette imagination dlicate fut tt
cruellement blesse. Bien d'autres jeunes Castillans subirent
dans le mme temps la mme preuve, et s'y endurcirent
seulement. Mais celui-ci s'ouvre d'instinct et tout entier  la
divine compassion--et, ds lors, commence sans doute le pome
de sa charit.

     *     *     *     *     *

La mre de Dominique, la bienheureuse Jeanne, tait fille des
seigneurs d'Aza, et de noblesse ancienne. Il tait le dernier de
ses enfants, et peut-tre le plus chrement aim si l'on en
croit la tradition qui veut que la future gloire de son fils lui
ait t annonce par des songes. Elle le garda sept ans prs
d'elle, puis le conduisit chez son oncle, l'archiprtre de
Gumiel d'Izan (mais Gumiel d'Izan n'est qu' quatre lieues de
Carleruega). Il y vcut obscurment et studieusement jusqu'
l'ge de quinze ans. Alors, on dcida de l'envoyer aux coles
de Palencia, qui seront plus tard l'illustre universit de
Salamanque. Ces coles taient ds ce moment clbres, et
d'ailleurs l'Espagne tout entire, comme le reste de la
chrtient, se sentait emporte dans l'irrsistible mouvement
d'ascension que fut le prodigieux treizime sicle.

Selon le vnrable programme carolingien, six annes furent
consacres  l'tude de la grammaire, de la potique, de la
logique, puis de l'algbre, de l'astronomie et de la musique. Ce
premier cycle achev, Dominique avait atteint sa vingt et
unime anne, mais il tudiera ou professera la thologie 
Palencia jusqu' l'ge de trente et un ans. C'est alors que le
prieur du chapitre d'Osma, Diego de Azevedo, l'ayant appel
prs de lui, il devint chanoine rgulier de ce chapitre et en
fut nomm sous-prieur, lorsque Diego fut appel lui-mme au
sige piscopal d'Osma. Dominique a trente quatre ans.

Que d'autres, aussi bien ns, non moins studieux, loquents,
sont morts prieurs d'Osma! Et pourtant,  l'insu de tous, et
sans doute mconnue de lui-mme, la grande oeuvre, dj
conue, a tressailli dans son coeur. Ce jeune chanoine aux
cheveux blonds, aux belles mains,  la voix forte et douce, qui
va lire sur les rives de l'Ucero et rpond aux saluts avec cette
sorte d'urbanit tendre que ses fils ont tant aime, c'est
l'ordre des Prcheurs, non point form par un calcul abstrait,
mais dans la plnire effusion de la vie. Ici tout est frais,
tout est pur, tout est neuf, tout s'efforce vers le haut, comme
l'universelle ascension de l'aube. C'est l'ordre des Prcheurs,
cette grande avidit de la science et ce grand dsir encore de
l'instaurer dans le Christ. C'est l'ordre des Prcheurs, cette
impatience sacre qui, dans sa petite cellule, aux pieds du
Crucifix, fait rugir Dominique comme un lion--"a gemitu cordis
sui rugitus solebat emittere." C'est l'ordre des Prcheurs, le
cri de l'aptre qui, en temps de famine, vend ce qu'il a de plus
cher, ses livres: "Comment pouvez-vous tudier sur des peaux
mortes, alors que vos frres meurent de faim!" C'est l'ordre des
Prcheurs enfin, la sublime inquitude du sous-prieur obscur
qui, en pleine floraison de la vie monastique, cherche en vain
une rgle  sa mesure et ne la trouve point. Si semblable aux
autres hommes--et au regard de Dieu et de ses anges, nouveau,
exprs cr, unique!

     *     *     *     *     *

Il est pauvre, il est seul, et le temps lui est mesur: dix-sept
ans, deux cent quatre mois! De plus, il ne semble avoir aucun
plan, il ignore toujours sa voie. Mais il a mieux qu'aucun plan:
le dtachement fondamental, la libert intrieure qui attire
sans doute l'Esprit du haut des airs, ainsi qu'un oiseau
fascin. Et c'est alors qu'un premier signe, d'ailleurs obscur,
lui est donn tout  coup. Le roi de Castille envoie Diego de
Azevedo et Dominique en Danemark pour y ngocier le mariage de
son fils avec une princesse de ce pays.

Qu'au terme de ce long voyage les deux ambassadeurs aient appris
le dcs de la petite princesse, cela sans doute n'importe
gure. L'aventure, un peu burlesque, a un autre sens. Dominique
est encore sous-prieur d'Osma, et dj ses liens sont briss.
Il a travers maints pays, il a vu la grande dtresse de
l'Eglise, les moines retranchs dans leurs couvents, les
vques inertes ou suspects, perdus de procs et de chicanes,
le clerg maintenu dans une ignorance abjecte au milieu d'un
peuple que le progrs matriel et la facilit croissante de la
vie affinent chaque jour, les paroisses  l'abandon, livres
par leurs pasteurs lgitimes,  des vicaires mercenaires, la
prdication rduite  rien, limite  la rcitation
dominicale du "Credo et du Pater," ou afferme  des
associations laques sans doctrine,  des orateurs de foire; la
papaut impuissante, submerge, trahie, contrainte d'engager sa
dernire troupe, la suprme rserve cistercienne--et dans ce
dsordre effroyable, ainsi que des loups  travers une ville
pille--les aptres d'une doctrine trange, venue d'Orient, et
qui font du diable l'gal et le rival de Dieu... Vous voyez le
vieil vque, sur la longue route monotone,  tant de lieues
de sa pauvre cathdrale, et qui ne peut croire que le monde est
si mchant, tandis que la fameuse voix d'airain encore inconnue
crie dans la campagne dserte sa colre et son espoir! Et les
voil tout soudain, le jeune et le vieux, qui, rassasis de
tristesse, prennent une rsolution--si belle, si touchante, si
pareille aux grands rves de l'enfance! Ils brlent les
tapes, courent  Rome, se jettent aux pieds du Saint-Pre, et
sollicitent humblement la permission d'vangliser les Cumans.
Qu'est-ce que les Cumans? Ce sont des paens nomades de
l'extrme Dacie, dont ils ont ou parler en Danemark, et si
cruels et fourbes, qu'ils auront tt fait de les mettre  mort,
eux, pauvres serviteurs de Dieu...

Innocent III, crit le Pre Petitot, tait petit de taille,
portait un bonnet pointu, parlait d'une voix forte et brve.

Il renvoya Diego  son diocse. Chaque homme prdestin, au
moins une fois dans sa vie, a cru couler  pic, toucher le fond.
L'illusion que tout nous manque  la fois, ce sentiment de
complte dpossession est le signe divin qu'au contraire tout
commence. Il est vraisemblable que le vieil vque, qui,
d'ailleurs, mourra bientt, et son jeune compagnon, connurent
sur le chemin du retour quelque chose de cette amertume. Ils
suivirent la valle de la Loire, puis celle du Rhne,
traversrent Lyon, Avignon, Nmes. On respire partout un air de
trahison. Grands et petits seigneurs, pres  la cure des
biens d'Eglise, vques flons, moines bloqus dans leurs
forteresses, petit peuple dj railleur, demain froce,
regards sournois, mains drobes, places de villages bruyantes
comme des ruches, tout  coup muettes quand on passe... la
petite caravane cheminait lentement  travers l'orage prt 
crever. Comme les filles devaient rire haut sur leur passage! Aux
heures du jour,--car la nuit n'tait qu'une grande rumeur
obscure,--ils croisaient parfois l'escorte d'un riche abb,
furtive, arme jusqu'aux dents, comme en pays ennemi. Et lorsque
la poussire tait retombe, l'on voyait souvent l'un de ces
Parfaits cathares, pieds nus, tte nue, la chevelure encore
pleine de la dernire averse, sordide et svre sous sa bure,
et les mres  genoux venaient lui prsenter les petits
enfants... Ils atteignirent ainsi, prs de Montpellier,
Castelnau.

Ils trouvrent au bourg grande presse d'hommes, de mules, de
chevaux: c'tait l le double cortge du puissant abb de
Cteaux, Arnauld Amalric, et des deux lgats du pape,
Chteauneuf et Raoul de Fontfroide, qui les accueillirent avec
honneur. Ds le lendemain, on fit confrence. Les lgats
dplorrent amrement le libertinage et la simonie des
prtres, l'ambition des prlats, leurs intrigues avec les
seigneurs, l'indignit de l'vque de Narbonne, l'insolente
partialit du comte de Toulouse et de sa noblesse en faveur des
rengats et des mutins. Avec Amalric, ils jugeaient que la
rbellion serait bientt gnrale et qu'il faudrait
l'touffer dans le sang... Puis ils demandrent honntement
l'avis des deux trangers. A cet appel, comme les coeurs des
deux amis leur durent sauter dans la poitrine! Ils dclarrent
ensemble qu'il fallait renvoyer sur l'heure cuyers, chevaux et
mules, dpouiller les riches habits, et s'en aller  pied sur
les routes,  la grce de Dieu, en mendiant le pain de chaque
jour.

Voil comment Diego de Azevedo, Dominique, les moines
cisterciens et les lgats rsolurent de prendre en tel
quipage la direction de Bziers. Le moyen ge a donn le
scandale de beaucoup de vices, mais il n'a jamais t vulgaire.

Ce qu'il faut admirer d'une proposition si hardie, ce n'est pas
seulement sa gnrosit, c'est sa parfaite convenance. Quand
le monde chappe  la tyrannie des ides mdiocres, il est la
proie des ides hardies qui deviennent folles, car rien n'est
plus rare que le vritable esprit pratique o saint Thomas voit
justement une extension de l'esprit spculatif. Mais la pense
de Dominique rejoint ici sans le savoir celle des grands papes
qui, dans la premire moiti de ce sicle, vont jeter dans la
mle les prcheurs et les mendiants. Les monastres taient
rests ce qu'ils taient dj au plein de l'anarchie
fodale, des asiles et des forteresses. On peut dj les
comparer  ces soldats si pesamment arms que la lgre
infanterie anglaise dtruira de loin sans jamais se laisser
aborder. Pour qu'une telle rvolution ft accomplie,
c'est--dire sanctionne par Rome, il fallait d'abord que saint
Franois et saint Dominique se fussent sacrifis afin de
prouver qu'elle tait possible. Car telle est la part que Dieu
rserve  ses saints.

Ds lors, il n'est peut-tre pas dfendu d'imaginer que
Dominique ralise un plan. Mais que la vrit doit tre loin
de cette hypothse paresseuse! Si la saintet droule une
histoire, ce serait plutt quelque chose comme une succession
sans rptition, o tout moment est unique. L'oeuvre n'est pas
mre, c'est la charit qui est prte, c'est l'tre vivifi
par l'Esprit qui a atteint dsormais son plus haut point
d'excellence. Rien ne l'arrtera, et l'obstacle, dchu
d'avance, n'est plus qu'un guide ou qu'un repre. La volont du
grand homme a toujours quelque chose de roide. Que celle du saint
est au contraire libre, docile et pure! Que voulez-vous opposer
de solide, ou quel pige voulez-vous tendre  celui qui, 
chaque seconde, est toujours prt  tout donner?

Il donne tout en effet. Son premier mouvement est de se jeter en
avant. Ces magnifiques esprants se battent toujours en
dsesprs. Le chteau fort du seigneur Etienne,  Lervian
est un repaire de rengats cathares, dont le plus clbre est
Thierry, ancien doyen du chapitre de l'glise cathdrale de
Nevers. La petite troupe y court. Ne croyons pas que ces
no-manichens fussent des sots: l'rudition scripturaire de
quelques-uns d'entre eux tait inoue, et ils savaient en tirer
un parti merveilleux, liant adroitement leur cause d'une part 
la raction des consciences devant la dchance et la
dgradation d'un certain clerg, d'autre part au mouvement
dmocratique plus puissant  cette poque qu' aucun autre
moment de notre histoire.

L'closion d'une hrsie est toujours d'ailleurs un
phnomne assez mystrieux. Lorsqu'un vice dans l'Eglise
atteint comme une certaine maturation, l'hrsie germe
d'elle-mme, pousse aussitt ses monstrueux rameaux. Elle a sa
racine dans le corps mystique, elle est une dviation, une
perversion de sa vie mme. L'hrsie cathare a pouss sur
l'ignorance et la paresse des clercs, comme la vaudoise sur leur
avarice et leur luxure. "Les vques, dira solennellement le
Concile de Latran,  cause de leurs infirmits, pour ne point
parler du dfaut de science, lequel est absolument blmable et
intolrable, ne suffisent plus  prcher la parole de Dieu."
Si la charit de Dominique n'en avait eu le pressentiment,
l'exprience le lui et appris au cours des controverses si
rudes qu'il va soutenir pendant des mois  Lervian,  Bziers,
 Carcassonne,  Toulouse,  Verfeuil,  Montral.

Les lois de la dialectique sont celles aussi de l'action. Le
vritable dialecticien ddaigne les erreurs parasites et se
porte d'emble au centre mme du raisonnement ennemi.
Pareillement nous voyons Dominique, ainsi qu'un chef de guerre,
chercher le contact, non pour tter l'adversaire, mais pour le
battre. Certes, il trouverait parmi les cathares des hypocrites
 dmasquer, des ambitieux  humilier, des ignorants 
confondre. Je le vois mpriser ces triomphes faciles, et sans
doute il n'y songe point. Mais puisque les meilleurs d'entre les
Parfaits sont  Fanjeaux, au milieu d'un peuple fanatique, c'est
l qu'il court s'enfermer, au grand pril de sa vie. Et il n'a
pas plus tt ramen  Dieu neuf dames de petite noblesse,
qu'il fonde avec elles la maison de Prouille--son premier et
humble butin.

Presque aussitt le pape Innocent III appelait le roi de France,
le duc de Bourgogne, le comte de Champagne au secours de la
chrtient. Dix-huit mois plus tard, Bziers tombait, puis
Carcassonne. Pendant six autres annes, le flot passe et repasse
sur la misrable terre. Quand il se retire, Prouille est
toujours debout, et Dominique, d'accord avec l'vque Foulques,
s'est fortement install  Toulouse. Nanmoins, aprs dix ans
de prdications incessantes, le saint ne compte encore que six
compagnons. Plus d'un se serait dcourag, ou du moins et
montr quelque hte  rparer le temps perdu: celui-ci envoie
tranquillement sa petite troupe au matre Stavensby, qui
professe,  Toulouse mme, l'apologtique et la thologie. Un
tel sang-froid fait rver.

     *     *     *     *     *

L'institut des "missionnaires apostoliques de Toulouse" date de
1215. Dominique est  la quarante-cinquime anne de son ge,
et il mourra six ans plus tard.

Le destin des grands hommes est soumis  la loi commune: il
semble que leur chance ait sa jeunesse, son ge mr, son
dclin, sa dcrpitude. A Marengo, tout s'arrange;  Waterloo
rien ne va plus. Mais la vie d'un saint a un autre rythme. Les
dbuts en sont lents, souvent fastidieux; les contradictions
viennent du dehors, et elles paraissent aussi venir du dedans.
Puis, lorsque l'oeuvre a trouv son quilibre mystrieux, elle
est comme arrache de terre et s'envole.

Tous les historiens de saint Dominique consacrent  l'tude de
ces six dernires annes plus de la moiti de leurs pages. Ce
pitinement forc risque de laisser le lecteur insensible  un
lan si prodigieux. La charte par laquelle Innocent III prend
sous sa protection immdiate le monastre de Prouille est du 8
octobre 1215. Dominique et l'vque Foulques sont alors 
Rome. En janvier 1216, nous retrouvons le saint  Narbonne, puis
 Prouille. Une communaut de religieuses est installe 
Toulouse. Le projet de la premire rgle est tabli, qui
amorce dj l'innovation la plus hardie: la suppression du
travail manuel, ayant pour corollaire la renonciation aux
possessions territoriales. Le 28 aot de la mme anne, le
matre des Prcheurs prend possession du prieur de
Saint-Romain, premier couvent rgulier de l'ordre. En dcembre,
il est de retour  Rome, o il obtient du successeur
d'Innocent, Honorius III, une approbation solennelle. Ds le
printemps 1217, il est de nouveau en Languedoc, et, en dpit de
tous les conseils, avec une audace inoue, tandis que la
rvolte gronde dans toute l'tendue de la province. il disperse
ses frres--sept  Paris, quatre  Madrid--et il retourne
lui-mme  Rome avec un seul compagnon. C'est pour y fonder
presque aussitt le couvent de Saint-Sixte. Il a dj
rassembl une trentaine de frres, mais fidle  son
tonnante maxime que "le grain pourrit quand on l'entasse et
fructifie quand on le sme", il jette une partie de sa troupe 
Bologne, dont l'Universit est rivale de celle de Paris. Puis il
court en France, pour y apprendre la dsastreuse mort de Simon
de Montfort et la ruine de la croisade. Les fondations de
Prouille et de Toulouse sont en pril: belle occasion de
prlever sur les effectifs rduits deux frres, et puisque
Lyon est la capitale de l'hrsie vaudoise, c'est  Lyon qu'il
les envoie. D'ailleurs il n'a pas le loisir de les suivre,
puisqu'il est dj en Espagne, o il fonde,  Sgovie, le
couvent de Santa-Cruz, repasse les Pyrnes, s'arrte 
Prouille juste le temps ncessaire pour donner  chacune de ses
chres filles un beau couvert d'bne qu'il a honntement
rapport  leur intention dans son bissac, et s'envole 
Paris, prenant au passage le frre Bertrand de Garrigue. Il
trouve l-bas trente religieux. C'en est assez pour fonder coup
sur coup les maisons de Reims, de Metz, d'Orlans, de Poitiers,
de Limoges, et il repart cinq semaines aprs pour l'Italie, o
il arrive, toujours  pied, bien entendu. D'ailleurs il a
grand'hte d'en finir, et s'accuse encore d'tre trop lent, car
voil qu'il a laiss pousser sa barbe et s'apprte  gagner
enfin--aprs tant de retard--ce pays lgendaire des
Cumans--sans doute en expiation de sa paresse et pour la
rmission de ses pchs.

Il est, en septembre 1219,  Bologne, o la prdication de son
fils Reginald, dit la chronique, a clat comme la foudre. La
communaut de Saint-Nicolas est en pleine prosprit: on y
attend merveilles du disciple prfr du matre. Raison
suffisante pour l'envoyer  Paris. "C'est une chose bien
admirable, crit le bienheureux Jourdain de Saxe, que de voir le
serviteur de Dieu disperser ses frres avec tant d'assurance!"
L'aptre incendiaire a contre lui, un peu partout, les doyens,
les chanceliers, les archidiacres, les vques, mais il a pour
lui le pape. Il entreprend la rforme des moniales romaines,
fonde la communaut de Saint-Sixte avec l'aide de quelques-unes
de ses filles de Prouille, rappeles en hte. Les lettres et
les bulles pontificales se succdent sans interruption, brisant
toutes les rsistances  Paris,  Prouille,  Toulouse, 
Madrid,  Rome mme. En fvrier 1220, l'vque de Cracovie
amne  Rome quatre de ses prtres. Dominique en fait quatre
prcheurs et, deux mois aprs, les lance  l'assaut de la
Pologne. Ils s'en vont trs loin vers l'est, du ct des monts
Carpathes, presque  la frontire du pays cuman. Ah! le
bienheureux Pre compte les rejoindre bientt! Mais il veut
tenir d'abord le premier chapitre gnral de l'ordre... Il n'a
plus que onze mois  vivre.

D'un regard de l'me, il peut compter ses monastres pars,
dj puissants, demain rivaux sans doute des plus antiques et
des plus riches abbayes. Tous ces prieurs, quelques-uns de race
illustre, instruits dans les premires universits du monde,
orateurs clbres, thologiens si srs que, par la force des
choses et  l'exemple du fondateur, on les voit partout non
seulement prcher contre l'hrsie, mais en rechercher les
promoteurs, les convaincre et les livrer au bras sculier (si
bien que les fils pleins de douceur des sans-culottes terroristes
runiront dans la mme honorable haine les Prcheurs et
l'Inquisition), reoivent par centaines des legs pieux et des
donations. O n'atteindra pas dsormais la puissance du nouvel
ordre?... C'est le moment que Dominique choisit pour dcider
d'abandonner les biens dj acquis, domaines ou dmes, et pour
faire contracter par son premier chapitre gnral une seconde
et plus solennelle alliance, cette fois indissoluble, avec la
Trs Sainte Pauvret. Il dchire solennellement et
symboliquement les chartes devant les pres capitulaires
runis. Et comme ces pauvres gens venus de fort loin, au prix de
grandes fatigues et privations, pourraient tre tents de
cder  quelque faiblesse sur le chemin du retour, il dcide
d'insrer dans la rgle, expressment, la dfense d'aller 
cheval et de s'embarrasser d'argent.

Puis il fait vendre  l'encan les chevaux et les mules.

Il quitte Rome en mai 1221, il s'en loigne  jamais. Deux fois
la fivre l'a terrass par surprise sans pouvoir encore lui
arracher son dernier secret, l'humble mort que Dieu prpare en
lui, et qui brille dj doucement dans son coeur, ainsi que la
fidle petite lampe du sanctuaire avant l'largissement du
matin. Aprs une suprme entrevue  Venise, avec le cardinal
Hugolin, son ami, il regagne le couvent de Bologne, d'un dernier
vol de ses grandes ailes infatigables. Il y arrive mourant.

Nos agonies portent le signe du remords: elles tmoignent contre
le pass, elles rompent ses liens, et, devanant le jugement
ineffable, dnoncent  plein notre honte. Ah! que le drap
recouvre du moins dans un instant le corps humili, vide, o
resplendissent les seules onctions! Mais la vie auguste du saint
vient se jeter dans l'agonie comme dans un gouffre de lumire et
de suavit.

     *     *     *     *     *

On tale un grand sac par terre, et il se couche dessus.

Voici l'homme dont certains forcens voudront faire un bourreau,
et les moins fanatiques une sorte de ministre de la police des
mes. S'il les voit  cette heure, de ce regard qui dj
baigne dans l'avenir, le moine noir et blanc peut bien lever sur
eux sa grande main douce et les dissiper comme une fume! Lui
devant qui tout s'ouvre, il ne comprend rien  leur haine, car
justement leur haine n'est rien. Ils invoquent contre lui la
science, et il l'a plus chrement aime qu'aucun d'eux. La
lumire, et il sent qu'elle dborde de lui. Son seul scrupule,
s'il y avait place pour un scrupule dans une me si claire,
serait plutt d'avoir trop aim, trop servi la premire
renaissance intellectuelle, jusqu' paratre sacrifier 
l'tude cet office choral mme que ces moines rciteront
dsormais avec une rapidit joyeuse, si diffrente de la
tradition bndictine. Le sicle s'effrayait d'une source de
clart perdue, tout--coup retrouve sous les ruines du monde
antique, et d'accord avec deux admirables papes, il a redress
son sicle, l'a maintenu frmissant dans la gerbe de lumire
que son fils Thomas tournera dcidment vers la Croix.

Autour du moribond qui achve de se vider de son sang mystique,
de sa toute divine charit, dans une effusion de larmes
austres, l'ordre bourdonne comme une ruche avec ses centaines
de moines qui seront demain des milliers, ses cinq provinces de
France, d'Espagne, de Lombardie, de Rome, de Provence, et ses
cinquante monastres. La chrtient occidentale est sauve,
non seulement des fanatiques obscurs dont le zle barbare
condamnait avec le mariage la vie mme, mais de l'Islam, du
schisme grec et des fureurs de Frdric II. Oui, tel quel, cet
homme couch est un des plus grands de l'histoire, et il entre
nanmoins dans la mort, ainsi qu'il a surmont la vie, du mme
lan sans retour, avec le regard de l'enfance. A large pas
rguliers, sa pauvre besace sur le dos, les poches vides, il a
parcouru plusieurs royaumes, et  prsent qu'il est couch, il
a laiss sa besace, mais il a gard ses gros souliers. Il est
prt, si Dieu le suscite de nouveau. Il ne laisse rien
derrire. Ses fils brleront o disperseront ses lettres, les
livres annots de sa main, son bton de voyage, ses habits, la
chane de fer dont il se flagellait chaque nuit avec ce puissant
rle dont l'cho se rpercutait jusqu' la dernire cellule
des frres qui l'coutaient, terrifis. Alors il
s'enveloppait, tout sanglant dans sa chape, et s'tendait sur un
banc ou sur une table...

     *     *     *     *     *

Cette fois, il est tendu pour toujours. Ni le souvenir des
immenses travaux, ou des mortifications trs dures, des
prdications ni des miracles, ne dtourne un instant son coeur.
Il redoute seulement que ses fils ne se laissent, aprs sa mort,
entraner  une vie trop confortable, et lorsqu'il apprend que
les moines agrandissent le monastre et exhaussent les cellules,
on le voit fondre en larmes, puis clater en imprcations
terribles, jurant la maldiction de Dieu  quiconque
introduirait l'usage des possessions temporelles dans son ordre.

     *     *     *     *     *

Ils l'ont transport sur une colline o l'air est pur, mais il
craint qu'on ne garde ici son corps. "A Dieu ne plaise que je
sois enseveli autre part que sous vos pieds!" Ils le rapportent
sur une claie jusqu'au couvent de Saint-Nicolas. Ils l'tendent
par terre tout en sueur. Etienne d'Espagne l'essuie avec un
hallon de toile. Ventura de Crmone entend sa confession
gnrale. Ce petit souffle que le frre sent passer sur sa
face, c'est dsormais toute la grande voix qui soulevait Rome,
et c'est la mme voix aussi qui, dans le retrait de la nuit,
appela Dieu tant de fois d'un cri dchirant, rugissant pour les
infidles, les hrtiques, les Juifs, et dans l'admirable
dlire d'une charit universelle allant jusqu' prtendre
forcer la justice mme du Pre, en priant pour les damns--"ad
in inferno damnatos extendebat caritatem suam".

     *     *     *     *     *

Les frres sont assembls pour recueillir, s'il est possible,
quelque chose de la parole qui va s'affaiblissant. Dominique fait
un signe de la main, ils approchent. A l'humble geste du saint,
ils reconnaissent qu'il a quelque aveu public  faire, et qui
pse lourd sur son coeur. Celui qui apparut au pape Innocent III
dans un songe, portant l'glise de Latran sur ses paules,
conseiller des pontifes, conseiller des princes, arbitre de tant
de destines, matre et lgislateur de tant de consciences,
dcouvre-t-il, en cet instant solennel, avec effroi, le
caractre abstrait, presque terrible, de sa vocation doctrinale?
Quel scrupule le tourmente?

Il lve sur les frres ses yeux bleus, son regard intact. "'Je
m'accuse, dit le matre des Prcheurs, d'avoir toujours
prfr,  celle des vieilles personnes, la conversation des
jeunes femmes."

     **     **     **     **     **

"La religion de mon fils Dominique est un dlicieux jardin,
immense, joyeux et parfum", dit un jour Notre-Seigneur 
sainte Catherine, qui le rapporte.

[FIN]


   II a t tir de cet ouvrage quinze
   exemplaires sur japon ancien  la
   forme, numrots de 1  15, trente
   cinq exemplaires sur japon Imprial,
   numrots de 16  50, cent
   quatre-vingt exemplaires sur
   Hollande  la forme de Pannekoek
   numrots de 51  230 et mille cinq
   cents exemplaires sur Verg gothique,
   numrots de 231  1730. II a
   t tir en outre sur ces mmes
   papiers quelques exemplaires
   hors-commerce numrots en
   chiffres romains.

   No XXX

   Achev d'imprimer
   le 20 Fvrier 1928
   sur les Presses des
   Imprimeries L'Hoir,
    Paris, pour les
   ditions de la Tour
   d'Ivoire,  Paris

[Fin de _Saint Dominique_ par Georges Bernanos]